Dans les Hauts-de-France, 83 000 personnes boivent une eau contaminée à un fongicide
28 janvier 2026 à 17h20

La contamination dure depuis plusieurs mois et même une année pour certaines communes. Dans les Hauts-de-France, 83 000 personnes sont exposées à des concentrations de fluopyram à des taux bien supérieurs à la limite de qualité réglementaire de 0,1 microgramme (µg) par litre. L’alerte a été donnée le 28 janvier par l’association Générations futures. Celle-ci a pu obtenir ces données grâce à la plateforme Dans mon eau *, développée avec Data for good, qui permet de savoir quels polluants contaminent ou non l’eau courante.
D’après Générations futures, cette situation concerne 17 unités de distribution d’eau potable alimentant un total de 46 communes réparties dans le Pas-de-Calais, la Somme et le Nord. Dans ces communes, les concentrations de fluopyram sont en moyenne quatre à cinq fois plus élevées que la limite de qualité réglementaire. La concentration maximale a été retrouvée à Inchy-en-Artois dans le Pas-de-Calais, avec un taux de 1,778 µg/L mesuré le 13 août 2025, soit plus de 17 fois la limite de qualité.
Betteraves, arbres fruitiers…
Bien qu’autorisé en France, le fluopyram est un fongicide potentiellement dangereux et fait l’objet de discussions quant à son potentiel cancérigène. 127 tonnes de ce produit ont été épandues en 2023 — notamment dans des cultures de céréales, de pommes de terre, de betteraves ou d’arbres fruitiers. Surtout, il appartient à la famille des PFAS et d’après les données fournies par Bayer, il se dégrade lentement en TFA, le plus petit des PFAS. « La présence de fluopyram dans l’eau potable laisse donc présager d’une contamination de l’eau par le TFA, molécule ultrapersistante et qui passe à travers la quasi-totalité des méthodes de traitement de l’eau potable », alerte Générations futures.
*Avec cette carte inédite, vérifiez si l’eau du robinet est polluée chez vous
Par Scandola Graziani16 octobre 2025 à 09h59

https://reporterre.net/Avec-cette-carte-inedite-verifiez-si-l-eau-du-robinet-est-polluee-chez-vous
Pouvez-vous boire sereinement l’eau du robinet chez vous ? La carte interactive Dans mon eau, développée par Générations futures et Data For Good, permet de savoir quels polluants ont contaminé votre eau potable. Un outil inédit.
Pollution aux PFAS, aux pesticides, au gaz toxique… Face aux multiples alertes concernant l’eau du robinet, vous pouvez dorénavant utiliser le site Dans mon eau. Développé par l’ONG Générations futures et Data For Good, cet outil novateur permet de savoir précisément quels polluants contaminent, ou non, votre eau courante.
Le principe est simple : une carte interactive permet aux internautes de rechercher, via leur adresse, quel est l’état de leur eau potable. Cinq types de polluants sont recherchés : les pesticides et métabolites de pesticides (tous les pesticides sont recherchés, soit environ 300 substances), les PFAS (des polluants éternels), le chlorure de vinyle monomère (CVM) [1], les perchlorates [2] et les nitrates. L’utilisateur a accès aux analyses mensuelles ainsi qu’à celles des années passées.
Un outil basé sur les données des ARS
Le site Dans mon eau se base sur les données de toutes les agences régionales de santé (ARS). « Elles sont difficilement compréhensibles pour le citoyen lambda, c’est pourquoi nous avons voulu les rendre accessibles à travers cet outil », explique à Reporterre Nadine Lauverjat, déléguée générale de Générations futures.
L’idée est de fournir aux citoyens une base d’information à jour, objective et fiable sur l’eau qu’ils boivent. Les habitants découvrent en effet bien souvent après coup que leur eau est polluée, comme dans la Sarthe avec le chlorure de vinyle monomère. Ou bien à Arrantès de Corcieux, ce village des Vosges où les seuils de contamination de l’eau potable aux PFAS sont dépassés depuis quatre mois.
« Grâce à Dans mon eau, ces défaillances dans l’information du public ne se reproduiront plus. Nous serons capables d’identifier ces situations très rapidement, au plus tard un mois après la publication de résultats inquiétants », explique Pauline Cervan, toxicologue chez Générations futures.

Un rapide coup d’œil à la carte permet de se rendre compte que certains secteurs sont plus touchés que d’autres en France, notamment le Nord et la Picardie, où plusieurs problématiques se combinent, entre les pesticides, les nitrates, et les perchlorates, issus de la dégradation des obus pendant la guerre. Le sud et le pourtour méditerranéen sont davantage touchés par la problématique des PFAS, liés aux activités industrielles. L’ouest est plutôt concerné par le CVM, en lien avec le non-renouvellement des canalisations en PVC.
Lire aussi : Eau du robinet : à quel filtre se fier ?
Que faire lorsqu’on s’aperçoit que son eau est polluée ? Nadine Lauverjat incite les populations concernées à saisir leurs élus locaux pour tenter d’obtenir une réponse collective, plutôt que de se tourner vers les « solutions de bouts de tuyaux » : « Certaines, comme l’osmoseur inverse [qui filtre uniquement les molécules d’eau], peuvent être efficaces à court terme ou pour des populations vulnérables, comme les femmes enceintes et les jeunes enfants. Mais cela ne permet pas d’agir sur les sources de pollution. »
Elle met aussi en garde contre les « arnaques » et autres fausses solutions, comme le charbon actif et les perles de céramique qui ne filtrent pas l’essentiel des polluants.
« C’est important que les citoyens continuent à boire l’eau du robinet »
Toutefois, les situations d’extrême pollution sont assez rares, et seules 3 % des unités de distribution de l’eau [3] présentent une eau déconseillée à la consommation pour tout ou une partie de la population, selon Générations futures.
« Dans la globalité, l’eau du robinet en France est de bonne qualité », confirme la déléguée générale de l’ONG. La carte devrait donc permettre de rassurer celles et ceux qui auraient tendance à se tourner vers l’eau en bouteille, par crainte de la contamination.
Pour Nadine Lauverjat, « c’est très important que les citoyens continuent à consommer l’eau du robinet, ça reste une eau très contrôlée et elle présente plusieurs avantages par rapport à l’eau en bouteille, parfois elle-même polluée, chère et pleine de microplastiques ».
« Cette carte est une super initiative, mais elle reste assez lacunaire, notamment sur la question du CVM », observe Gaspard Lemaire, chercheur et lanceur d’alerte sur ce type de pollution de l’eau potable. Les cas de contamination au CVM ont en effet été sous-estimés, les données remontées par les ARS et le ministère de la Santé étant incomplètes. Ainsi deux des communes les plus concernées par la pollution au CVM, Châtenoy et Sury-aux-Bois (Loiret), sont notées en vert sur la carte. Même chose pour les PFAS, où il manque des analyses dans la moitié des unités de distribution, leur recherche n’étant pas encore obligatoire dans les contrôles de l’eau.
Générations futures et Data For Good sont conscientes de ces lacunes liées aux remontées de données aléatoires. « Certaines situations vont en effet paraître bizarres aux habitants sur place, mais dans ces cas précis, nous pourrons remettre la carte à jour manuellement au fur et à mesure que nous obtiendrons les données officielles, s’engage François Veillerette, porte-parole de Générations futures. On ne pourra pas laisser perdurer un écart aussi important avec la réalité. »
Pollution de l’eau par un pesticide : beaucoup de bruit pour rien ?
Quentin Haroche | 29 Janvier 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/pollution-leau-pesticide-beaucoup-bruit-rien-2026a10002v3?ecd=wnl_all_260129_jim_daily-doctor_etid8065456&uac=368069PV&impID=8065456&sso=true
Ce mercredi, une alerte émise par l’ONG Générations Futures sur la pollution de l’eau dans les Hauts-de-France a été relayée par une grande partie de la presse. Il semble que le danger soit en réalité grandement exagéré.
Si la question de la pollution de nos aliments, de notre eau et de nos terres par les pesticides utilisés en agriculture est éminemment importante et complexe, elle donne régulièrement lieu à des emballements médiatiques et à des paniques excessives. Une nouvelle illustration de ce phénomène nous a été donnée ces 24 dernières heures dans le nord-est de la France.
Ce mercredi, une grande partie de la presse nationale (Le Monde, Libération, L’Humanité, France info, BFM TV…) rapporte ainsi la même information anxiogène : 83 000 habitants des Hauts-de-France boivent une eau non conforme et ce depuis près d’un an. L’information émane de l’ONG écologiste Générations Futures. Sur son site, elle affirme avoir, grâce à des prélèvements et analyses effectuées par ses soins, relevé « plusieurs cas de non-conformité de l’eau potable liés à la présence du fongicide fluopyram à des concentrations dépassant la limite de qualité réglementaire de 0,1 µg/L ».
Une « conséquence de l’usage intensif des pesticides » selon Générations Futures
Selon l’association, ce serait « 17 unités de distribution de l’eau potable (UDI) alimentant un total de 46 communes (24 dans le département du Pas-de-Calais, 19 dans la Somme et 3 dans le Nord) » comptabilisant 83 000 habitants qui seraient concernées par cette pollution à ce pesticide notamment utilisé dans la culture des céréales, des pommes de terre et des betteraves. L’ONG indique avoir relevé des dépassements du seuil réglementaire de fluopyram dans l’eau de ces communes il y a près d’un an et en avoir informé l’Agence régionale de Santé (ARS) des Hauts-de-France ainsi que l’agence de sécurité sanitaire (Anses). Elle accuse à demi-mot les autorités d’avoir tenté de cacher cette pollution et de ne pas en avoir fait assez pour régler la situation.
Qualifiant le fluopyram de « fongicide dangereux », Générations Futures appelle donc les habitants des communes concernées par cette pollution à ne pas boire l’eau du robinet. « Cette pollution de l’eau potable par le fluopyram est une énième illustration des conséquences de l’usage intensif de pesticides et de l’inaction des pouvoirs publics pour protéger les aires d’alimentation de captage » dénonce Pauline Cervan, toxicologue chez Générations Futures. « Cette inaction conduit une nouvelle fois à exposer les populations à des substances dangereuses ». L’association en profite pour appeler les députés à voter en faveur d’une proposition de loi sur la pollution de l’eau qui doit être examinée à l’Assemblée nationale le 12 février prochain.
Mais ce qui semblait être un scandale sanitaire d’importance s’est très rapidement dégonflé. Dès ce mercredi, l’ARS des Hauts-de-France a publié un communiqué plutôt rassurant démentant en partie les déclarations anxiogènes de Générations Futures. Si elle confirme que le taux réglementaire de fluopyram a bien été dépassé dans l’eau de la région, ce dépassement ne concerne que 26 communes, dont 23 dans le Pas-de-Calais, 3 dans le Nord et aucune dans la Somme.
Quand Génération Futures se trompe de point d’eau
Dans un communiqué, la communauté de communes de Coquelicot, dans la Somme, explique que l’association Générations Futures a commis une erreur. L’ONG aurait ainsi analysé l’eau provenant d’un captage…qui n’alimente plus aucune commune en eau depuis 2022. Les 19 communes de la Somme prétendument victimes de pollution au fluopyram selon Génération Futures sont ainsi en réalité alimentées par un autre point de captage pour lequel les analyses n’ont pas rapporté de trace de fluopyram.
Pour les 26 communes dont l’eau présente en effet des traces de pollution au fluopyram, l’ARS se veut rassurante. « L’impact du fluopyram pour la santé n’est pas établi » rappelle ainsi l’ARS. Ce pesticide est ainsi toujours autorisé et il n’est aujourd’hui pas classé dangereux pour la santé humaine par l’agence européenne des produits chimiques (ECHA). Une analyse de 2013 avait ainsi conclu à l’absence de potentiel génotoxique, tératogène ou neurotoxique de cette substance.
Le seuil réglementaire de 0,1 µg/L n’a donc été mis en place, selon l’ARS, que par précaution, en raison des incertitudes qui demeurent sur la dangerosité potentielle du fluopyram. L’Anses travaille d’ailleurs à l’élaboration d’une valeur sanitaire maximale de fluopyram, c’est-à-dire d’un seuil au-delà duquel l’eau contenant cette substance ne doit pas être consommée, seuil qui devrait être bien supérieur à 0,1 µg/L. L’ARS indique enfin avoir « demandé, par précaution, aux organismes responsables de la distribution de l’eau de réaliser les travaux nécessaires pour abaisser la concentration sous la limite de qualité de 0,1 microgramme par litre ». « Les autorités n’ont prononcé aucune restriction de consommation et informent les habitants des communes qu’ils peuvent continuer à boire l’eau du robinet » conclut l’ARS.
La santé environnementale semble être décidément une affaire trop sérieuse pour être confiée à des militants écologistes.
Voir aussi: