Geneviève Henault Psychiatre publique
Une émulation* d’essai clinique vient montrer que les mesures de contrainte exercées lors d’hospitalisation en service de psychiatrie sont associées à une évolution clinique moins favorable pour les personnes y bénéficiant de soins.
Selon quelques études, ces mesures de contrainte sont notamment associées à :
❌ des blessures
❌ des décès
❌ une détérioration de la relation thérapeutique
❌ des réadmissions
La recherche des Dr Alexandre Wullschleger et Stéphanie Baggio porte sur les effets des mesures de contrainte – chambre fermée, contention mécanique, traitement forcé – sur la santé mentale des patients à leur sortie d’hospitalisation psychiatrique. Résumé de l’article d’APMnews.
L’émulation d’essai clinique randomisé a utilisé les données longitudinales rétrospectives recueillies entre 2019 et 2021 de 43 hôpitaux psychiatriques suisses pour adultes offrant des soins aigus
🔸 204.205 hospitalisations ; 9,2% ont impliqué au moins une mesure de contrainte :
* chambre fermée : 7,4% des hospitalisations
* traitement forcé : 3,3%
* contention mécanique 1,7%
🔸 Evaluation à la sortie d’hospitalisation du score HoNOS (Health of the Nation Outcome Scale) de sévérité de la symptomatologie psychiatrique globale (échelle employée de routine dans tous les hôpitaux suisses), appliquant une pondération par probabilité inverse de traitement pour simuler une répartition aléatoire à l’exposition à une mesure de contrainte
L’analyse montre que l’utilisation de la contrainte est associée de manière significative à un score HoNOS plus élevé, de 1,9 point par rapport à un patient qui ne subit pas une telle mesure :
🔺 chambre fermée : hausse de 1,6 point
🔺 traitement forcé : hausse de 2 points
🔺 contention : hausse de 2,8 points
Cette étude montre que le recours à des mesures de contrainte peut être associé à une évolution clinique moins favorable.
Et en France ? Quelques chiffres concernant les mesures de contrainte :
En 2022, 285 947 personnes majeures ont été hospitalisées à temps plein en psychiatrie en France. 27 % d’entre elles (n=75 817) l’ont été au moins une fois sans leur consentement : 37 % sont concernées par un recours à l’isolement, soit 28 000 personnes, et 11 % par un recours à la contention mécanique, soit 8 000 personnes. (source IRDES Institut de Recherche et Documentation en Economie de la Santé : https://lnkd.in/erR3b8N2)
En France en 2022, il y avait donc 10% des personnes isolées et 2,8% des personnes contentionnées mécaniquement lors de leur hospitalisation en psychiatrie (tous placements confondus)
* émulation d’essai clinique : https://lnkd.in/esrUXura
Delphine Glachant Huet • Abonné
2 j
Et si on inversait la proposition ? Une situation clinique moins favorable, et donc une évolution clinique moins favorable, associée à davantage de contraintes ? Il est évident que la coercition ne contribue pas à une bonne alliance thérapeutique. Pour moi la réflexion est incomplète si on s’en tient au constat d’analyse ci dessus. Il y a plein d’autres éléments de réflexion d’ordre clinique à ne pas négliger.