La « définition pratique de l’antisémitisme » n’a jamais eu pour but de museler la liberté d’expression, mais c’est pourtant ce qu’a accompli le décret présidentiel de Trump cette semaine et ce que risque de faire une PPL Yadan en France

Aux USA:

Une définition de travail de l’antisémitisme utilisée comme une arme (K. Stern, 2019)

La « définition pratique de l’antisémitisme » n’avait pas pour but de museler la liberté d’expression. C’est pourtant ce qui a été accompli. Traduction automatique par deepl de l’article publié en décembre 2019 par l’auteur de cette définition : Kenneth Stern.

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Kenneth Stern : « J’ai rédigé la définition de l’antisémitisme. Les juifs de droite s’en servent comme d’une arme »

La « définition pratique de l’antisémitisme » n’a jamais eu pour but de museler la liberté d’expression, mais c’est pourtant ce qu’a accompli le décret présidentiel de Trump cette semaine.

[photo] Jared Kushner, gendre et conseiller spécial du président, a écrit dans le New York Times que cette définition « établit clairement [que] l’antisionisme est de l’antisémitisme ». Photo : Manuel Balce Ceneta/AP

The Guardian – Vendredi 13 décembre 2019, 12h25 CET

Il y a quinze ans [vers 2004], en tant qu’expert en antisémitisme de l’American Jewish Committee, j’ai été le principal rédacteur de ce qui s’appelait alors la « définition pratique de l’antisémitisme ». Elle a été créée principalement pour que les collecteurs de données européens sachent ce qu’il fallait inclure et exclure. De cette façon, l’antisémitisme pouvait être mieux surveillé au fil du temps et au-delà des frontières.

Elle n’a jamais été conçue comme un code de conduite contre les discours haineux sur les campus, mais c’est ce qu’a accompli le décret présidentiel de Donald Trump cette semaine. Ce décret est une atteinte à la liberté académique et à la liberté d’expression, et il nuira non seulement aux défenseurs de la cause palestinienne, mais aussi aux étudiants et professeurs juifs, ainsi qu’au monde universitaire lui-même.

Le problème n’est pas que le décret présidentiel accorde une protection aux étudiants juifs en vertu du titre VI de la loi sur les droits civils. Le ministère de l’Éducation a clairement indiqué en 2010 que les juifs, les sikhs et les musulmans (en tant qu’ethnies) pouvaient se plaindre d’intimidation, de harcèlement et de discrimination en vertu de cette disposition. J’ai soutenu cette clarification et j’ai déposé une plainte qui a abouti pour des lycéens juifs qui avaient été victimes d’intimidation, voire de coups de pied (il y avait eu une « journée de coups de pied aux juifs »).

Mais à partir de 2010, des groupes juifs de droite ont repris la « définition de travail », qui comportait quelques exemples concernant Israël (tels que tenir les Juifs collectivement responsables des actions d’Israël et nier aux Juifs le droit à l’autodétermination), et ont décidé de l’utiliser comme arme dans des affaires relevant du titre VI. Si certaines allégations concernaient des actes, la plupart des plaintes portaient sur des intervenants, des textes assignés et des manifestations qui, selon eux, violaient la définition. Toutes ces affaires ont été perdues, alors ces mêmes groupes ont demandé à l’université de Californie d’adopter la définition et de l’appliquer sur ses campus. Lorsque cela a échoué, ils se sont tournés vers le Congrès, puis, lorsque ces efforts ont été bloqués, vers le président.

Comme le soulignent clairement les partisans du décret, tels que l’Organisation sioniste d’Amérique, ils considèrent que l’application de cette définition « couvre bon nombre des outrages anti-juifs […] fréquemment menés par […] Students for Justice in Palestine, notamment […] les appels à l’« intifada » [et] la diabolisation d’Israël ». Même si je ne suis pas d’accord avec SJP, cette organisation a le droit de lancer des « appels ». C’est ce qu’on appelle la liberté d’expression.

Si vous pensez qu’il ne s’agit pas ici de réprimer le discours politique, réfléchissez à un parallèle. Il n’existe aucune définition du racisme anti-Noirs ayant force de loi pour évaluer un cas relevant du titre VI. Si vous deviez en élaborer une, y incluriez-vous l’opposition à la discrimination positive ? L’opposition au retrait des statues confédérées ?

Jared Kushner, gendre et conseiller spécial du président, a écrit dans le New York Times que cette définition « établit clairement [que] l’antisionisme est de l’antisémitisme ». Je suis sioniste. Mais sur un campus universitaire, où l’objectif est d’explorer des idées, les antisionistes ont le droit à la liberté d’expression. Je soupçonne que si Kushner ou moi-même étions nés dans une famille palestinienne déplacée en 1948, nous aurions peut-être une vision différente du sionisme, et cela ne serait pas nécessairement parce que nous dénigrons les Juifs ou pensons qu’ils conspirent pour nuire à l’humanité. De plus, il existe un débat au sein de la communauté juive pour savoir si le fait d’être juif implique nécessairement d’être sioniste. Je ne sais pas si cette question peut être résolue, mais le fait que le gouvernement définisse essentiellement la réponse à notre place devrait effrayer tous les Juifs.

Le véritable objectif de ce décret n’est pas de faire pencher la balance dans quelques affaires relevant du titre VI, mais plutôt d’avoir un effet dissuasif. La ZOA et d’autres groupes traqueront les discours politiques avec lesquels ils ne sont pas d’accord et menaceront d’intenter des poursuites judiciaires. Je crains que les administrateurs ne soient désormais fortement incités à réprimer, ou du moins à condamner, les discours politiques par crainte de poursuites judiciaires. Je crains que les professeurs, qui peuvent tout aussi bien enseigner la vie juive dans la Pologne du XIXe siècle ou l’Israël moderne, choisissent probablement la première option, plus sûre. Je crains que les étudiants et les groupes juifs pro-israéliens, qui se plaignent à juste titre lorsque des orateurs pro-israéliens sont parfois chahutés, ne soient accusés d’utiliser les instruments de l’État pour réprimer leurs opposants politiques.

L’antisémitisme est un problème réel, mais trop souvent, tant à droite qu’à gauche, les gens ferment les yeux si une personne a la « bonne » opinion sur Israël. Historiquement, l’antisémitisme prospère surtout lorsque les dirigeants attisent la capacité humaine à définir un « nous » et un « eux », et lorsque l’intégrité des institutions et des normes démocratiques (telles que la liberté d’expression) est attaquée.

Plutôt que de défendre la censure des propos que les juifs pro-israéliens trouvent dérangeants, ou de formuler la critique la plus modérée (si tant est qu’il y en ait eu) à l’encontre d’un président qui utilise régulièrement des clichés antisémites, pourquoi les responsables juifs présents lorsque Trump a signé le décret ne lui ont-ils pas rappelé que l’année dernière, lorsqu’il a diabolisé les immigrants et les a qualifiés d’« envahisseurs », Robert Bowers est entré dans une synagogue de Pittsburgh parce qu’il croyait que les Juifs étaient derrière cette « invasion » de personnes de couleur dans le cadre d’un complot visant à nuire aux Blancs, et a tué 11 d’entre nous ?

source : https://www.theguardian.com/commentisfree/2019/dec/13/antisemitism-executive-order-trump-chilling-effect

EN FRANCE:

22 JANVIER 2026 – TRIBUNE COMMUNE « EN PÉNALISANT TOUTE CRITIQUE DE LA POLITIQUE D’ISRAËL, LA PROPOSITION DE LOI YADAN N’AIDERA PAS À LUTTER CONTRE L’ANTISÉMITISME » PUBLIÉE DANS LIBÉRATION

Tribune commune signée par Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la LDH

Lire la tribune sur LIBÉRATION

https://www.ldh-france.org/22-janvier-2026-tribune-commune-en-penalisant-toute-critique-de-la-politique-disrael-la-proposition-de-loi-yadan-naidera-pas-a-lutter-contre-lantisemitisme-publiee-da/

Un collectif d’origine juive militant pour le respect des droits nationaux des peuples israélien et palestinien

Le texte entretient «la fausse assimilation entre juifs, Israël et sionisme», dénonce le collectif de citoyens et de citoyennes d’origine juive. Ils appellent les député·es à rejeter ce texte qui sera soumis au vote ce 26 janvier.

Citoyennes et citoyens d’origine juive, partisans d’une paix juste et durable fondée sur la reconnaissance et le respect des droits nationaux des peuples israélien et palestinien, nous demandons le retrait immédiat de la proposition de loi Yadan, qui, sous prétexte de lutter contre «les formes renouvelées de l’antisémitisme», entend, par la menace de sanctions pénales, limiter drastiquement les critiques de la politique israélienne.

Mélanger l’indispensable lutte contre l’antisémitisme avec l’interdiction de critiquer la politique criminelle du gouvernement d’extrême droite de Benyamin Nétanyahou est inacceptable. Après les attaques terroristes menées par le Hamas le 7 octobre 2023, l’Etat d’Israël a riposté en commettant des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Il est en outre suspecté d’avoir commis un crime de génocide. Ces qualifications ont été formulées dans des décisions répétées de la Cour internationale de justice et de la Cour pénale internationale sur le fondement de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée en 1948.

Rappelons que l’Etat d’Israël qui conteste aujourd’hui ces instances a joué en 1948 un rôle moteur dans le processus d’adoption de ce traité international.

Une politique de force qui fait fi des droits humains

Depuis deux ans et demi, la condamnation de la politique israélienne a pris une ampleur très importante à travers le monde. Fondamentalement cette condamnation exprime le rejet d’une politique de force qui fait fi des droits humains et non un antisémitisme caché.

Ce n’est pas être antisémite que de dénoncer la guerre qui a ensanglanté Gaza, qui a provoqué la mort d’au moins 70 000 Gazaoui·es de tous âges, qui a détruit l’essentiel des logements, des hôpitaux, des écoles, des universités, des bibliothèques, des lieux de culte, des terres cultivables, des oliveraies…

Il n’est en rien antisémite de critiquer les violations du droit humanitaire et du droit international en Cisjordanie où les colonies s’étendent, où le nettoyage ethnique continue et où les colons suprémacistes multiplient les spoliations, les agressions et les assassinats avec la complicité de l’armée et de la police.

La proposition de loi Yadan n’est pas seulement mauvaise parce qu’elle n’aidera en rien à lutter contre l’antisémitisme, elle est dangereuse à de multiples égards.

Nous nous limiterons aux quatre raisons essentielles qui nous amènent à demander son abandon par ses promoteurs ou son rejet par le Parlement français.

Premièrement, cette proposition de loi est liberticide en visant à interdire toute critique contre la politique d’Israël sous prétexte de lutter contre l’antisémitisme. Nous pensons que tout Etat violant le droit international, portant atteinte aux droits et libertés de son peuple ou des peuples de territoires qu’il occupe, peut et doit être critiqué dans une démocratie digne de ce nom.

Deuxième raison : le texte entretient la fausse assimilation entre juifs, Israël et sionisme. Le sionisme est une idéologie politique qui date de la fin du XIXe siècle, avec de multiples variantes allant de l’extrême gauche à l’extrême droite qui gouverne actuellement en Israël.

Critiquer le sionisme, comme toute idéologie politique, fait partie du débat démocratique normal alors que l’antisémitisme, comme tous les racismes, est un délit qui doit être combattu et sanctionné.

Amalgamer les deux, c’est mettre en cause la liberté démocratique de débattre et affaiblir la lutte contre l’antisémitisme, qui ne saurait être confondue avec la défense d’une politique barbare menée par un Etat.

Un projet qui renforcerait l’antisémitisme

Troisième raison : l’adoption d’une telle loi risquerait d’affaiblir la lutte contre l’antisémitisme au lieu de la renforcer. En interdisant de dénoncer les crimes inacceptables du gouvernement israélien pour ne pas être taxé d’antisémitisme, on laisserait libre cours à l’accusation du «deux poids deux mesures» et on alimenterait l’idée, réellement antisémite celle-là, selon laquelle «les juifs» sont toujours mieux traités que les autres.

Quatrième et dernière raison : si cette proposition de loi était adoptée, des enfants et petits-enfants de rescapés du génocide et, plus généralement, des victimes de l’antisémitisme, comme certain·es des signataires de cette tribune, pourraient être traînés en justice lorsqu’ils s’élèvent, comme nous continuerons de le faire, contre le génocide en cours.

Prétendrait-on aussi accuser d’antisémitisme les Israéliens qui avec beaucoup de courage s’élèvent contre la politique de leur gouvernement, refusent pour certains de porter les armes, et appellent l’opinion internationale à agir pour des sanctions internationales ?

Il faut cesser ces absurdités et jeter à la poubelle cette proposition de loi qui nous fait honte.

Parmi les signataires :Edgar Blaustein, militant associatif ; Rony Brauman, ex-président de Médecins sans frontières ; Alain Champaux, professeur agrégé retraité;  Yaël Dagan, professeure d’hébreu ; Sophie Ernst, professeure de philosophie ; Nicole Fayman, fille de déporté;  Georges Yoram Federman, psychiatre gymnopédiste ; Dominique Glaymann, professeur émérite en sociologie;  Laurent Kahane, correcteur ; Pierre Khalfa, économiste, Fondation Copernic ; Danièle Lochak, juriste ; Elsa Martayan, urbaniste ; Claude Szatan, militant associatif ; Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la LDH (Ligue des droits de l’Homme) ; Agnès Zissmann, magistrate honoraire.

Les signataires participent au rassemblement Juives et juifs pour le respect des droits du peuple palestinien.

Voir aussi: https://www.ldh-france.org/wp-content/uploads/2026/01/num_ppl_no575_note_plaidoyer.pdf

https://environnementsantepolitique.fr/2026/01/19/70597/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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