Pression sociale, puberté, sexisme : le décrochage de l’activité physique des adolescentes interpelle
Chronique
« Dix mille pas et plus ». Une enquête commandée par la MGEN montre que près de la moitié des jeunes filles disent avoir arrêté le sport, malgré un intérêt réel, en raison de contraintes sociales, de stéréotypes de genre ou de transformations du corps…

Les chiffres sont frappants : en France, 45,2 % des adolescentes renoncent à la pratique sportive avant l’âge de 15 ans, selon une étude de la Mutuelle générale de l’éducation nationale (MGEN), rendue publique le 13 janvier. Un constat préoccupant car elles disent avoir arrêté « malgré un intérêt réel pour le sport pratiqué ». Menée par l’institut Kantar auprès de 507 jeunes filles de 13 à 20 ans ayant cessé le sport entre septembre et octobre 2025, l’enquête révèle que ces renoncements sont majoritairement liés à des facteurs extérieurs à leur volonté. Une tendance confirmée par d’autres travaux, comme l’indiquait l’édition 2022 du rapport de l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps).
Plus largement, les données convergent : à tous les âges, les garçons sont plus actifs que les filles, et cela au niveau mondial, selon les données issues d’un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de 2024. en France, 45,2 % des adolescentes renoncent à la pratique sportive avant l’âge de 15 ans, 51 % des garçons et 33 % des filles âgées de 6 à 17 ans ont un niveau d’activité physique conforme aux recommandations de l’OMS, selon l’étude Esteban de Santé publique France.
« Le décrochage se produit à l’adolescence et, comme les filles sont déjà moins nombreuses à pratiquer, la situation est encore plus alarmante », alerte la docteure Alicia Fillon, ingénieure à l’Onaps. Chiffres à l’appui : le nombre de jeunes filles licenciées dans les fédérations olympiques plonge de 55 % entre les 10-14 ans (831 000 licenciées) et les 15-19 ans (375 000), selon les données de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire de 2024. La baisse est comparable (49 %) chez les garçons, mais ils restent bien plus nombreux avec 709 000 licenciés chez les 15-19 ans.
Parmi les principaux freins avancés par cette enquête figurent les contraintes sociales, les stéréotypes de genre, un environnement inadapté, une culture de la compétition jugée dissuasive. Les transformations corporelles liées à la puberté jouent également un rôle majeur : 63 % des adolescentes estiment que la prise de poids ou le développement de la poitrine rendent la pratique sportive moins agréable ; 55 % évoquent aussi les règles comme un frein, avec un tabou persistant dans les clubs.
Pas une fatalité
Le sentiment d’insécurité est un autre facteur préoccupant : 55 % des filles ne se sentent pas en sécurité dans certains lieux (vestiaires, trajets) et 42 % déclarent avoir subi des comportements déplacés allant des moqueries au harcèlement. A cela s’ajoute la pression des réseaux sociaux et des normes corporelles qu’ils véhiculent, particulièrement prégnantes chez les adolescentes, comme l’a récemment souligné l’Anses dans une expertise sur les effets des réseaux sociaux sur la santé, paru le 13 janvier.
Au-delà de ces obstacles sociaux et culturels, des difficultés concrètes sont mises en avant : l’absence de sections féminines à proximité (33 %), le manque d’installations (57 %) ou le coût de l’inscription et de l’équipement (58 %).
Pour Matthias Savignac, président de la MGEN, ces résultats confirment une inégalité structurelle. « Il existe une différence d’accès entre les filles et les garçons à l’activité physique, alors même qu’il s’agit d’un déterminant majeur de santé, de bien-être et de santé mentale », insiste-t-il. Il appelle à une prise de conscience collective afin que « les filles n’aient plus à s’excuser de leur corps ou de leur envie de faire du sport ».
Selon lui, les stéréotypes de genre s’installent dès l’école primaire : « La cour de récréation est souvent accaparée par les garçons qui jouent au football, pendant que les filles sont incitées à rester sur le côté. »
Ce n’est toutefois pas une fatalité. Des leviers existent, comme expliqué dans un rapport de l’Onaps sur les facteurs d’influence de l’activité physique à l’adolescence. Alicia Fillon souligne le rôle déterminant de la famille, de l’école, des pairs, « les filles étant davantage encouragées à faire des activités physiques plus pour leur santé que pour les performances ou l’épanouissement personnel ».
Engagée de longue date en faveur du sport féminin, la MGEN appelle à une approche « plus inclusive et physiologique »du sport féminin à l’adolescence, estimant que l’enjeu dépasse le cadre sportif mais concerne la santé des femmes.