Consommation électrique des data centers : 5 scénarios pour demain

Derrière chaque recherche en ligne, chaque vidéo ou chaque usage de l’intelligence artificielle, des bâtiments bien réels tournent jour et nuit : les data centers. Parce que ces infrastructures stratégiques sont devenues incontournables, l’ADEME explore cinq trajectoires possibles d’évolution de la consommation électrique des data centers en France à l’horizon 2035, puis 2060. Sobriété, organisation territoriale, pari technologique ou course en avant : ces différents scénarios présentent des écarts majeurs, en termes de souveraineté et d’émissions de CO2 en France et à l’étranger. Et les décisions prises aujourd’hui influeront durablement sur l’avenir.
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Les data centers : une infrastructure qui pèse lourd
L’ADEME recense 352 data centers en activité en France. Leur consommation électrique totale est de 10 térawattheures (TWh) par an. Pour rappel, 1 TWh équivaut à 1 milliard de KWh. En 2025, la consommation électrique totale en France s’élevait à 449 TWh. Les data centers représentent donc à eux seuls 2,2 % de cette consommation annuelle, soit l’équivalent de l’électricité consommée par 9 à 10 agglomérations de plus de 100 000 habitants pendant un an. Derrière l’apparente immatérialité du numérique se cachent des infrastructures énergivores : en électricité, mais aussi en eau pour le refroidissement.
À quoi servent-ils concrètement ?
Les data centers sont devenus le socle de nombreux usages quotidiens : services publics dématérialisés, outils professionnels, plateformes de loisirs, commerce en ligne, réseaux sociaux… et intelligence artificielle, devenue majoritaire en quelques années. Une dépendance structurelle s’est installée. Certes, à l’échelle historique, cette dépendance est récente. Mais elle est néanmoins profonde. L’explosion des usages numériques, portée principalement par le développement de l’IA, entraîne une augmentation rapide des besoins en capacités de calcul et de stockage.
La souveraineté numérique en question
De nombreux services utilisés en France reposent sur des data centers physiquement situés à l’étranger. Ces infrastructures consomment de l’électricité et génèrent des émissions pour répondre à des usages français. Pourtant, ces consommations et ces émissions dites « importées » n’apparaissent pas directement dans les bilans nationaux. Cette réalité soulève également un enjeu important de souveraineté numérique. Maîtriser ses données, garantir leur sécurité et limiter la dépendance à des infrastructures étrangères suppose de disposer de capacités de traitement sur son propre territoire.La localisation joue aussi un rôle direct sur l’empreinte carbone du numérique. En France, l’électricité est très faiblement carbonée. À l’inverse, une grande partie des data centers situés à l’étranger fonctionnent avec des mix électriques en moyenne beaucoup plus émetteurs de CO2.
À quoi ressemblera la consommation des data centers d’ici 2060 ?
Pour éclairer les choix possibles, l’ADEME a modélisé cinq scénarios d’évolution de la consommation électrique des data centers. Ils ne constituent pas des prédictions, mais des trajectoires cohérentes, fondées sur différents choix de société, d’usages et de politiques publiques.
- Scénario tendanciel : si on ne change rien
Dans ce scénario, les tendances observées aujourd’hui se prolongent. Le nombre de data centers augmente fortement, tout comme leur consommation électrique. L’intelligence artificielle, le cloud et la multiplication des services numériques constituent les principaux facteurs de cette croissance. Cette trajectoire se traduit par une hausse rapide des émissions de gaz à effet de serre et par des tensions accrues sur les ressources énergétiques, hydriques et foncières. À court terme, ce développement peut s’envisager sans contrainte majeure sur le système électrique français, qui est largement exportateur d’électricité depuis plusieurs années. Mais il apparaît difficilement compatible avec les objectifs climatiques. En effet, dans ce scénario la consommation d’électricité induite par les usages français pourrait être multipliée par 3,7 d’ici 2035. Et près des deux tiers de cette consommation auraient lieu à l’étranger, dans des pays dans lesquels les mix électriques sont en moyenne beaucoup plus carbonés qu’en France. - Scénario 1 : réduire la demande numérique
Ce scénario repose sur une sobriété numérique assumée. Certains usages sont remis en question, en particulier ceux dont l’utilité sociale est jugée faible au regard de leur impact environnemental. Les services les plus consommateurs, dont certains usages de l’IA, font l’objet d’un encadrement strict. Cette orientation permet un ralentissement de la croissance, puis une baisse progressive des consommations électriques des data centers à long terme. - Scénario 2 : organiser et prioriser les usages
Ici, le développement des data centers se fait en concertation étroite avec les territoires. Les implantations sont encadrées et les usages numériques priorisés en fonction de leur utilité sociale, environnementale ou sanitaire. Ce scénario mise sur des synergies locales, notamment pour la récupération de la chaleur des data centers (qui peut-être valorisée dans des réseaux de chaleur) et sur une limitation des tensions sur l’eau, le foncier et les réseaux énergétiques. Les consommations restent maîtrisées, sans décroissance brutale. - Scénario 3 : s’appuyer sur l’innovation
Dans cette trajectoire, le développement des data centers et des usages numériques, y compris de l’IA, se poursuit à un rythme soutenu. On mise donc sur l’efficacité énergétique, les innovations technologiques et l’utilisation d’un mix électrique bas-carbone pour maîtriser l’impact. Les consommations augmentent néanmoins de manière marquée, même si une partie de l’impact est compensée par des gains d’efficacité et par les bénéfices attendus du numérique dans d’autres secteurs de l’économie. - Scénario 4 : compenser les impacts
Ce scénario repose sur une forte expansion des usages numériques, de l’IA et des infrastructures associées, avec une régulation limitée. Les solutions technologiques sont principalement mobilisées pour compenser les impacts environnementaux. La consommation électrique des data centers augmente très fortement, en France mais surtout à l’étranger, pour répondre aux usages des Français. Cette trajectoire a une conséquence importante : elle accentue la dépendance aux infrastructures hors du territoire national.
Ainsi, la poursuite de la croissance des usages numériques pose une question centrale : jusqu’où développer les data centers sans remettre en cause les équilibres énergétiques et climatiques, ainsi que la préservation des ressources ?C’est précisément pour éclairer cette question que l’ADEME a modélisé ces cinq trajectoires contrastées.
Le numérique impose des choix de société
Les data centers ne sont ni bons ni mauvais en soi. Ils constituent des infrastructures au service d’usages qui peuvent être bénéfiques, mais aussi fortement consommateurs de ressources. Leur trajectoire dépend des choix que nous faisons collectivement et individuellement en matière de numérique. L’étude de l’ADEME ne prescrit pas une voie unique. Elle montre en revanche que le statu quo n’est pas neutre. Selon les choix opérés, les impacts énergétiques, climatiques et territoriaux peuvent varier dans des proportions considérables.
Alors, qui peut agir et comment ?
Les pouvoirs publics jouent un rôle clé. Ils peuvent encadrer le développement des data centers, fixer des normes, prioriser certains usages et intégrer ces infrastructures dans une planification énergétique et territoriale cohérente, afin de combiner un accroissement de la souveraineté numérique et une maîtrise des émissions de GES en empreinte. Les entreprises et les usagers ont également un rôle déterminant. Les modèles économiques, la conception des services numériques et le rapport collectif à l’IA influencent directement la demande. Ensemble, ces choix dessinent le futur du numérique et son empreinte environnementale.
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