Comment un champion du CAC40 aide l’ICE de Trump à traquer les migrants
ICE, la milice anti-migrants de Trump, est à nouveau au centre de l’actualité depuis l’assassinat de Renee Good à Minneapolis. De nombreuses entreprises profitent à plein de l’expansion du budget et des activités de cette agence, dont un groupe du CAC 40 : Capgemini.
Publié le 21 janvier 2026 https://multinationales.org/fr/a-chaud/actualites/comment-un-champion-du-cac40-aide-l-ice-de-trump-a-traquer-les-migrants

Illustration : Sandra Mu
La police anti-migrants ICE (Immigration and Customs Enforcement) est à nouveau au centre des controverses aux États-Unis après l’assassinat par balles, le 7 janvier dernier, de Renee Good par un fonctionnaire de l’ICE à Minneapolis.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche il y a un an, cette agence fédérale qui fonctionne de facto comme une milice au service d’un pouvoir exécutif de plus en plus autoritaire se distingue par ses méthodes violentes et arbitraires, ciblant de manière indiscriminée des individus suspectés d’être des migrants sans papiers.
Si la création de l’ICE date de l’administration Bush, dans la foulée des attentats du 11 septembre, elle a vu son budget exploser sous la nouvelle administration. La « One Big, Beautiful Bill » de Trump a fléché environ 170 milliards de dollars pour les opérations anti-migrants, dont plusieurs dizaines de milliards pour l’ICE, qui apparaît désormais comme l’agence la mieux financée de toute l’histoire des États-Unis. D’un peu plus de 9 milliards de dollars en 2025, son budget annuel devrait passer à 11 milliards en 2026.
Cette manne profite à de nombreuses entreprises qui fournissent l’ICE en biens et services divers, allant des armes et équipements de protection aux services numériques en passant par la détention et le transport des victimes de l’agence.
« Recherche de personnes »
Parmi ces entreprises, un nom retient l’attention, puisque c’est celui d’un champion français des services, pilier de la Bourse de Paris qui figure dans l’indice CAC 40 depuis 1988 : Capgemini. Une des filiales américaines du groupe, Capgemini Government Solutions, s’est vu attribuer il y a quelques semaines par l’ICE un nouveau contrat de 4,8 millions de dollars. Son objet est sans ambiguïté : « obtenir des services de recherches de personnes (skip tracing) pour les opérations de coercition et de déportation ».
Selon les bases de données gouvernementales, Capgemini est un partenaire historique de l’ICE, avec des contrats depuis au moins 2007, dont certains se chiffrent en dizaines de millions de dollars. Les prestations offertes par le géant français vont de la « planification des détentions »et des lits nécessaires à du support informatique. L’entreprise s’est même vantée de ce partenariat dans la section « histoires de clients » de son site web, assurant que « l’équipe de Capgemini travaille étroitement pour aider [ICE] à, minimiser le temps requis et le coût de la déportation de tous les étrangers illégaux déportables hors des États-Unis ».
L’entreprise française n’est certes pas la seule à se mettre au service de l’ICE. Dans des précédents articles, l’Observatoire des multinationales avait attiré l’attention, notamment, sur le rôle du cabinet de conseil Deloitte et de Palantir, la firme de services numériques fondée par Peter Thiel.
La manne de l’ICE
Parmi les fournisseurs privilégiés de l’ICE, on trouve en première place des entreprises de détention et de prisons privées comme CoreCivic et Geo Group, qui ont vu leurs bénéfices exploser en 2025. Mais aussi des firmes de sécurité comme G4S, des entreprises d’armes légères comme Glock ou Atlantic Diving Supply. Des spécialistes de la surveillance et de la reconnaissance faciale comme Clearview ou l’entreprise israélienne Cellebrite sont également de la fête.
Certains des partenaires de l’agence sont des marques bien connues du grand public et des consommateurs, y compris en France, comme Dell, Motorola, Comcast, FedEx ou Xerox. Au final, la mise en place de la politique anti-migrants de Trump aura été une véritable aubaine pour de nombreuses entreprises locales ou nationales, dont les membres de la nouvelle administration ou leurs proches ont également cherché à profiter personnellement [1].
Les activités de l’ICE étant au centre des résistances à Trump et à ses politiques, les firmes qui font affaire avec l’agence sont particulièrement ciblées par les opposants aux États-Unis, à travers des campagnes de boycott [2] ou bien en interne, via des demandes de désinvestissement portées par des employés, chez Microsoft par exemple. Rien de tel n’est signalé pour l’instant au sein de Capgemini.
Contacté pour cet article, le siège du groupe français ne nous a pas répondu.

Article publié par Olivier Petitjean
Notes
[1] Voir par exemple cette enquête de Propublica sur la Secrétaire à la sécurité intérieure Kristi Noem.
[2] Voir par exemple ici ou cet article.
La manne de l’ICE n’empêche pas CAP GEMINI de licencier 2400 personnes en France
La SSII a annoncé son intention de supprimer jusqu’à 2400 postes en France au travers de reclassements internes et des départs volontaires. Capgemini met en avant le ralentissement de l’activité dans l’Hexagone et le développement de l’IA pour expliquer cette restructuration.

Le début de l’année démarre mal sur le plan social chez Capgemini. La SSII vient en effet d’annoncer son intention de supprimer jusqu’à 2 400 postes en France via des reclassements et des départs volontaires. Cela correspond à 7% de sa masse salariale dans l’Hexagone, qui comprend 35 000 salariés. Dans une déclaration fournie à l’AFP, la société souligne qu’elle « doit se transformer pour répondre aux challenges et opportunités créés par l’accélération des mutations technologiques, notamment l’intelligence artificielle ». Cette restructuration est surtout la conséquence d’un ralentissement de l’activité de l’entreprise en France.
Les résultats du premier semestre 2025 ont vu le chiffre d’affaires en France reculer de 5% par rapport au semestre de l’année précédente. Capgemini constatait alors un « ralentissement notable des secteurs de l’industrie et des biens de consommation & commerce ». Le revenu a encore chuté au 3ème trimestre 2025 de 4,7% pénalisé par la faiblesse persistante du segment de marché industriel. Dans son bilan 2025, le syndicat professionnel Numeum montrait que plusieurs secteurs, dont celui de l’automobile, avaient ralenti leurs investissements IT.
Modalités et mesures d’accompagnement en négociation
Dans le détail, Capgemini va proposer aux salariés concernés deux options. La première est une reconversion interne où les collaborateurs seront orientés vers des « métiers d’avenir et des parcours certifiants », précise un porte-parole de la SSII. L’autre option est l’ouverture d’un dispositif de rupture conventionnelle collective. Les deux options se feront sur la base du volontariat. Ce projet doit être maintenant présenté aux instances représentatives du personnel et va faire l’objet d’une négociation avec les organisations syndicales pour définir les modalités et les mesures d’accompagnement.
Article rédigé par
Rédacteur en chef LMI