L’abandon par Stephanie Rist des principales mesures qui avaient poussé les médecins libéraux à entrer en grève le 5 janvier entraîne l’arrêt de la grève.

Stéphanie Rist lâche du lest, les médecins libéraux stoppent la grève

Actualisé le samedi 17 janvier 2026 _ Quelques heures après que la ministre de la Santé a annoncé dans un communiqué l’abandon des principales mesures qui avaient poussé les médecins libéraux à entrer en grève le 5 janvier, ces derniers ont suspendu leur mouvement.

L’information a été délivrée à l’Agence France-Presse (AFP) par le Dr Franck Devulder, président du syndicat CSMF, après une réunion de l’intersyndicale qui regroupait notamment les six syndicats de médecins libéraux représentatifs.  Les médecins se tiennent cependant prêts à se remobiliser si besoin.

Le gouvernement s’engage

Moins d’une semaine après la manifestation historiquequi avait réuni à Paris plus de 5 000 praticiens, internes et étudiants, samedi 10 janvier, quelques jours après l’exil symbolique des spécialistes de bloc à Bruxelles, Stéphanie Rist a fait plusieurs concessions. 

Elle a notamment assuré que le gouvernement n’allait finalement pas instaurer la mise sous objectifs obligatoire des médecins pour diminuer autoritairement leurs prescriptions d’arrêts de travail. La mesure, qui était inscrite dans le projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, actuellement examiné par le Parlement, fera l’objet d’un amendement de suppression.

La MSO a été vécue de façon stigmatisante par les médecins, les assimilant à des fraudeurs. Bien entendu, tous les médecins ne sont pas des fraudeurs

Stéphanie Rist

A l’issue d’une semaine marquée par des entretiens bilatéraux avec les syndicats de praticiens libéraux, la ministre a reconnu sur France Inter que « la MSO avait été vécue de façon stigmatisante par les médecins, les assimilant à des fraudeurs ». « Bien entendu, tous les médecins ne sont pas des fraudeurs », a-t-elle ajouté.

Un retour au dialogue conventionnel ?

La ministre a par ailleurs garanti « une suppression des mesures permettant des baisses unilatérales de tarifs adoptées dans la LFSS 2026, à travers le prochain vecteur législatif qui le permettra ». « Notre système de santé est construit dans le cadre de négociations conventionnelles, cette relation de confiance entre les médecins et l’assurance maladie doit se poursuivre », a souligné Stéphanie Rist.

Pour renforcer ce dialogue conventionnel, mis à mal par de récentes décotes tarifaires en imagerie médicale (un plan d’économies de 300 millions d’euros est engagé sur 2025-2027), la ministre annonce la reprise de discussions conventionnelles pour « substituer aux baisses de tarifs des mesures de meilleure pertinence des examens prescrits et réalisés, à la condition de conserver le niveau d’économies sur le secteur fixé par la LFSS 2025 ».

Vers une ouverture du droit à dépassements ?

Aux spécialistes des plateaux techniques (chirurgiens, anesthésistes-réanimateurs, gynécologues-obstétriciens), inquiets des récentes attaques sur le secteur 2, Stéphanie Rist assure que le droit à dépassement des médecins en réalisant peu sera ouvert dans le cadre de l’OPTAM.

« Des travaux conventionnels sur l’OPTAM seront lancés à très court terme pour assouplir ce droit à dépassement », annonce-t-elle. Cette décision tranche avec les récentes prises de position du gouvernement pour encadrer la progression des compléments d’honoraires dont le montant global a fortement augmenté ces dernières années.

Les modalités de prise en compte de l’activité réalisée par les médecins en cumul emploi-retraite seront adaptées

Stéphanie Rist

Afin de répondre à la crise démographique de la profession, Stéphanie Rist s’est engagée à ce que le guichet unique d’aide et d’information à l’installation des médecins, attendu depuis 2023, soit rendu opérationnel sur l’ensemble du territoire d’ici fin 2026. 

De même, les nouvelles règles du cumul emploi-retraite, moins avantageuses pour les médecins, seront « adaptées afin de mieux prendre en compte les spécificités des professionnels exerçant en zone sous-dense », a annoncé la ministre.

Quelques sujets restent en suspens. La ministre de la Santé a, par exemple, refusé de repousser l’entrée en vigueur de la 4e année d’internat de médecine générale alors que les syndicats d’internes réclamaient un report. Stéphanie Rist souhaite finaliser cette réforme et entend donner toutes les garanties d’ici la fin du mois, pour assurer le déploiement effectif des 3 700 docteurs juniors en médecine générale à partir de novembre 2026.

Que valent les engagements d’une ministre sur la sellette ?

Après avoir dans un premier temps minimisé l’impact de la grève, estimant que l’activité n’avait baissé au premier jour du mouvement que de 15% dans les cabinets des généralistes et de 6% chez les autres spécialistes, la ministre de la Santé a reconnu ce vendredi que ce mouvement « impactait » le système de santé.

Même si la majorité de ces annonces sont soumises à des aménagement législatifs et à des votes pour entrer en vigueur, les engagements du gouvernement sont une victoire pour les médecins libéraux. Ayant obtenu ces concessions, les médecins libéraux vont-ils poursuivre leur grève ? 

Une réunion de l’intersyndicale est programmée dans la soirée du vendredi 16 janvier. 

« A priori, on maintient la grève sur la permanence des soins ambulatoires et dans les établissements de santé et on reste en veille mais ce n’est pas complètement arrêté », nous a confié un leader syndical. 

Ces annonces interviennent alors que Stéphanie Rist remet son mandat de députée en jeu, dans le cadre d’une élection législative partielle dans le Loiret, ces 18 et 25 janvier. Son suppléant ayant refusé de lui succéder à l’Assemblée lorsqu’elle est devenue ministre en octobre dernier, une élection s’est imposée. Ce scrutin pourrait coûter cher à Stéphanie Rist, qui pourrait tout perdre. La 10e ministre de la Santé d’Emmanuel Macron a en effet annoncé qu’elle démissionnerait du gouvernement en cas de défaite.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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