Géothermie : un potentiel sous-exploité, selon la Cour des comptes
Malgré un frémissement, le développement de la géothermie reste en deçà des attentes, note la Cour des comptes. La mise en place d’outils de financement adaptés et la levée de certains freins sont nécessaires, selon elle.
Energie | 15.01.2026 | S. Fabrégat

© Astrid GastLa géothermie de surface a représenté, en 2024, une production de chaleur de 4,7 GWh/an.
Malgré un intérêt certain des acteurs pour la géothermie et une hausse du nombre de projets ces dernières années, le développement de la filière reste bien en deçà des objectifs fixés. Elle ne représente encore « que 1 % de la consommation finale de chaleur en France », souligne la Cour des comptes, qui publie un rapport sur les soutiens publics à la géothermie (1) . Car malgré les montants « significatifs » (123 M€ pour la géothermie profonde et 110 M€ pour la géothermie de surface en 2024) et un plan national lancé en 2023, le développement de la filière reste limité, constate-t-elle. « Il est freiné par des contraintes de diverses natures. » Économiques d’abord, puisque l’investissement initial élevé efface l’intérêt économique de la géothermie à long terme. Administratives et réglementaires ensuite, car la filière fait face à des « pesanteurs ». La Cour des comptes recommande le déploiement d’outils adaptés à la filière et la levée de certaines lourdeurs administratives.
Une hausse des projets encore insuffisante
La géothermie recoupe plusieurs techniques : la géothermie de surface, la géothermie profonde calogène et la géothermie profonde électrogène. La géothermie de surface a représenté, en 2024, une production de chaleur de 4,7 gigawattheures par an (GWh/an), pour un objectif fixé en 2030 à 10 GWh/an par la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Quelque 30 000 installations sont répertoriées par l’observatoire de la géothermie de surface.
En 2024, 71 projets ont été réalisés dans les logements collectifs, 21 dans le secteur industriel, 6 dans le secteur agricole et 311 dans le tertiaire (écoles, piscines, bureaux, commerces…), selon l’Association française des professionnels de la géothermie (AFPG). Un nombre de projets en hausse, notamment dans les bâtiments collectifs, des projets déclenchés par la crise énergétique de 2022, le décret Tertiaire ou encore un intérêt croissant pour la production de froid pour le confort estival. Mais les ventes de pompes à chaleur géothermiques « constituent encore un marché de niche », note l’AFPG. Côté réseaux de chaleur, si la plupart des grandes villes sont désormais dotées, la tendance va vers les villes de taille moyenne et les projets touchant plusieurs bâtiments.
Côté géothermie profonde, la production de chaleur est estimée à 2,28 térawattheures (TWh) en 2024. « Elle se concentre principalement en Île-de-France et en Nouvelle-Aquitaine », indique l’AFPG, qui dénombre « seulement cinq opérations hors de ces deux zones ».
Des innovations économiques et techniques pour lever les freins
Malgré les atouts de ces filières, leur développement est en deçà des objectifs. La Cour des comptes analyse plusieurs causes. Tout d’abord, l’investissement initial élevé freine de nombreux acteurs, malgré les faibles coûts de fonctionnement à long terme. « Les promoteurs et aménageurs à l’origine des programmes de constructions destinées à la vente (logements ou bureaux) cherchent avant tout à contenir les coûts et donc le prix de commercialisation au mètre carré », souligne la Cour des comptes.
Par ailleurs, si la géothermie de surface est particulièrement adaptée aux projets de construction ou aux rénovations lourdes, elle l’est moins dans l’existant car elle nécessite des changements importants, notamment pour installer des émetteurs basse température.
Enfin, la Cour souligne la multiplicité et la complexité des dispositifs de soutien. Elle préconise donc la mise en place d’outils de financement innovants, tels que le leasing pour les particuliers, ou le tiers-investissement pour les plus gros projets, afin de lever la barrière de l’investissement initial. Par ailleurs, « même lorsqu’il s’agit de maisons particulières, des solutions collectives, à l’échelle de lotissements, de rues, de quartiers, seraient envisageables, alors qu’elles ne sont que très peu pratiquées », souligne-t-elle. La Cour s’interroge aussi sur le faible développement de la géothermie dans le logement social, alors que ses faibles coûts de fonctionnement seraient « favorables, autant aux bailleurs qu’aux locataires ».
Elle recommande également, comme l’a annoncé le Gouvernement, de rehausser les seuils de la minime importance de 500 kW à 2 MW pour alléger les procédures. Le projet d’arrêté est en consultation.
Enfin, elle évoque la technique des sondes inclinées, autorisée depuis 2024, qui permettrait de lever certains freins à la géothermie. Il s’agit en effet de limiter l’empreinte foncière, en multipliant les forages diagonaux à partir d’un même point à la surface. Le développement des besoins de froid pourrait également augmenter les retours sur investissement des projets géothermiques, note-t-elle.
Géothermie profonde : lever les risques
De la même manière, le potentiel de la géothermie profonde, estimé à 30 % du territoire, est sous-exploité, note la Cour des comptes, malgré le réaménagement du fonds de garantie, début 2025, qui a permis une hausse du taux de garantie, du montant et du maximum de garantie couvert. Côté collectivités, les délais de réalisations pourraient freiner les projets, au profit d’autres sources d’énergie plus rapides à déployer et moins risquées, comme la biomasse. Le dispositif ENR’Choix, développé par l’Ademe pour privilégier le recours aux ressources locales, devrait corriger en partie ce biais.
La Cour recommande donc de fixer rapidement la doctrine d’allocation du fonds de garantie en tenant compte du niveau de risque des projets de géothermie profonde. Cette doctrine est en cours de définition par l’Ademe. De plus, elle préconise plutôt de faire évoluer les aides du Fonds chaleur vers des avances remboursables, et de mobiliser davantage les prêts bonifiés et les prises de participation de la Banque des territoires puisque la géothermie est rentable sur le long terme. Elle rappelle plusieurs modifications législatives et travaux en cours qui devraient contribuer à améliorer la connaissance du sous-sol et des gisements, indispensable à l’essor des projets, tout comme l’adaptation du droit du travail pour les foreurs.
Côté innovations, les stockages souterrains intersaisonniers, le stockage de CO2 industriel et l’extraction combinée de lithium avec la géothermie pourraient être prometteurs, analyse-t-elle.1. Consulter le rapport d’observations de la Cour des comptes
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2026-01/20260113-S2025-1803-Soutiens-publics-au-developpement-geothermie_0.pdf

Sophie Fabrégat, journaliste
Cheffe de rubrique énergie / agroécologie