Clément Fromentin • 2e Psychiatre, psychanalyste, praticien hospitalier chez ASM 13
La dernière couverture de Marianne qui stigmatise ouvertement les patients étrangers souffrant de troubles psychiques est ignoble. Sous couvert de faire une « enquête », le journal laisse entendre que ces personnes viendraient prendre la place des “vrais” Français dans l’accès aux soins psychiatriques. Les faits sont pourtant clairs. En 2024, un peu plus de 800 personnes ont été régularisées pour raisons psychiatriques (pour 2738 demandes), dans un pays où plus de 2 millions de patients sont soignés chaque années, alors que la psychiatrie française est en crise profonde depuis des décennies, par manque de moyens, de soignants et de volonté politique. Comme l’indique Alain Sébille, médecin coordonnateur pour la psychiatrie à l’Office français de l’immigration et de l’intégration interviewé dans ce numéro : « Dépassionnons donc les choses. Dans certains cas, les arrivants viennent de pays où ils vécu dans des conditions terribles, puis ont connu un parcours migratoire difficile. » Faire croire que ces patients seraient responsables de l’effondrement du système de soins est mensonger, indigne et moralement obscène. Ce discours alimente de façon caricaturale une logique de bouc émissaire qui place les malades en concurrence, qui hiérarchie la souffrance et qui amalgame le diagnostic de maladie mentale et les passages à l’acte criminel. Les psychiatres sont fidèles au serment d’Hippocrate : ils soignent et accompagnent tous les êtres humains, quelque soit leur origine. Quand un journal prétend défendre la République tout en légitimant la suspicion, la peur et l’exclusion, cela ne sert qu’une seule cause : un renforcement de la haine sociale et un soutien criminel aux thèses du Rassemblement national.