« Environmental Health Perspectives », née en 1972, qui avait cessé toute activité sur décision du gouvernement américain reprise par une société savante.

 

Fermée par l’administration Trump, la plus importante revue scientifique sur la santé environnementale renaît de ses cendres

« Environmental Health Perspectives », née en 1972, avait cessé toute activité sur décision du gouvernement américain, et ses riches archives avaient disparu. Une société savante la reprend. 

Par Stéphane Foucart

Publié aujourd’hui à 11h00 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/01/16/fermee-par-l-administration-trump-la-plus-importante-revue-scientifique-sur-la-sante-environnementale-renait-de-ses-cendres_6662499_3244.html

SÉVERIN MILLET

Eteinte au printemps 2025 par l’administration Trump, la revue scientifique de référence dévolue aux liens entre la santé et l’environnement va revenir à la vie. Publiée depuis un demi-siècle par une institution fédérale – la branche santé-environnement des National Institutes of Health (NIH) –, Environmental Health Perspectives (EHP) est reprise par une société savante à but non lucratif. Celle-ci, l’American Chemical Society (ACS), a annoncé le 7 janvier que les NIH lui avaient cédé la revue en décembre 2025. Ses archives numériques, qui avaient disparu début décembre, ont pu être préservées.

Focalisée sur une thématique de recherche régulièrement attaquée par l’administration Trump, EHP est « une revue mondialement reconnue qui s’impose de longue date comme une source de premier plan sur la science des liens entre l’environnement et la santé humaine », comme l’explique l’ACS dans un communiqué. Lancée en 1972, en plein débat sur les dangers du DDT et des pesticides pour la santé et la faune sauvage, elle est la première revue consacrée à la publication de travaux dans ce champ de recherche et jouit depuis lors d’une réputation d’excellence et de rigueur dans le processus de sélection des travaux qu’elle publie.

Des textes scientifiques fondamentaux y ont été publiés. Comme, en 1993, la grande synthèse de littérature sur les liens entre contaminants chimiques des écosystèmes et santé humaine forgeant la notion de « perturbateur endocrinien », signée par Theodora Colborn, Frederick vom Saal et Ana Soto (Université Tufts). Ou encore, en 2005, une autre synthèse des connaissances, considérée comme l’acte fondateur de la nanotoxicologie – l’étude des effets sanitaires des nanomatériaux – en tant que discipline à part entière.

Fin du financement fédéral

Autre singularité, la revue était intégralement financée par le gouvernement fédéral : aucun frais de publication n’était demandé aux chercheurs et tous les articles de recherche publiés étaient disponibles en libre accès sur le site de la revue. Fin avril 2025, à peine plus de trois mois après l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, un bandeau publié sur le site de la revue annonçait la mise en pause de ses activités, faute de financements : son comité éditorial annonçait que le journal n’était « plus en mesure de considérer de nouveaux manuscrits pour peer-review et publication ».

Dans le sillage des interventions de la nouvelle administration américaine sur le fonctionnement des agences scientifiques fédérales et des universités, la fin du financement d’EHP a été décidée par la nouvelle administration en même temps que les rédacteurs en chef d’autres revues éditées par des sociétés savantes ou des éditeurs commerciaux – Obstetrics & GynecologyNew England Journal of Medicine, Chest… – recevaient des courriers comminatoires du procureur fédéral du district de Columbia, Edward R. Martin, les accusant d’être « partisans dans certains débats scientifiques ».

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Début décembre, un cran a été franchi avec la mise hors ligne du site d’EHP, toute tentative de connexion aboutissant à une « erreur 404 ». La disparition des archives de la revue – soit 16 832 documents de référence sur les liens entre santé et environnement – a jeté le trouble dans la communauté scientifique, certains chercheurs redoutant que celles-ci aient été en partie détruites. La littérature scientifique a comme particularité de reposer sur un index général : un numéro identifiant unique est affecté à chaque article, et un système d’adressage maintenu lui fait correspondre la localisation du texte sur les serveurs de la revue qui l’a publié. Depuis début décembre, les identifiants des articles publiés par EHP ne pointent plus sur des adresses valides.

Programme d’archivage

Où sont passées les archives de la revue ? « Elles ont été sécurisées, sauvegardées en plusieurs exemplaires à travers le monde grâce au programme Lockss [Lots of Copies Keep Stuff Safe] », dit une source proche du dossier. Ce programme d’archivage, lancé il y a une vingtaine d’années par la bibliothèque de l’université Stanford (Californie), consiste en un réseau d’un peu moins d’une centaine de bibliothèques scientifiques réparties dans le monde, dont les serveurs se copient mutuellement en permanence grâce à une architecture informatique décentralisée.

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Ce système permet ainsi la sauvegarde de la littérature académique à laquelle chaque institution a accès au format numérique. Par chance, EHP fait partie des 13 200 revues savantes dont l’ensemble des archives sont préservées par ce dispositif – et qui représentent environ 58 % de la littérature scientifique, selon le réseau Lockss.

L’American Chemical Society, qui récupère la revue au titre d’une disposition légale permettant au gouvernement fédéral de faire don de ses « biens excédentaires »doit remettre en selle l’activité de la revue, mais aussi remettre en ligne ses archives. La société savante annonce qu’elle maintiendra la gratuité de consultation de ce riche corpus et ajoute que « la publication d’articles sera gratuite pour les manuscrits soumis jusqu’à fin 2026 ». Ce qui, en creux, suggère que le modèle économique du journal devrait changer dès 2027.

Stéphane Foucart

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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