En février 2026, l’hôpital psychiatrique du Vinatier, près de Lyon, va fermer son unité de jour pour les enfants de 6 à 12 ans

Le dernier hôpital psychiatrique de jour pour enfants du Rhône va fermer

En février 2026, l’hôpital psychiatrique du Vinatier, près de Lyon, va fermer son unité de jour pour les enfants de 6 à 12 ans. En cause : une activité trop réduite, selon la direction. Les soignantes craignent des conséquences dramatiques pour les enfants et leurs familles, pour la plupart en situation de précarité.

Solène Guili (Rue89 Lyon)

13 janvier 2026 à 16h35 https://www.mediapart.fr/journal/france/130126/le-dernier-hopital-psychiatrique-de-jour-pour-enfants-du-rhone-va-fermer?utm_source=quotidienne-20260113-184003&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260113-184003&M_BT=115359655566

LyonLyon (Rhône).– « Pour les familles en situation de précarité qui ont un enfant en crise, ça va faire des morts. » Nathalie Gramaje, secrétaire générale CGT à l’hôpital du Vinatier, n’est pas optimiste. Le 6 février, le dernier hôpital psychiatrique de jour du Rhône pour les enfants de 6 à 12 ans va fermer ses portes. Une décision contre laquelle l’équipe du service et le syndicat tentent de se battre depuis des mois, sans succès. Les familles n’ont, pour la plupart, pas encore été informées de la nouvelle.

Pour Pascal Mariotti, directeur du Vinatier, cette décision est cependant nécessaire. S’il n’a pas répondu précisément à nos questions envoyées par mail, il a souhaité recontextualiser. « On se réfère à 5 professionnels sur 2 800 et à très peu de patients, pour une très faible activité, argumente-t-il. On peut choisir de viser la fermeture d’un dispositif à bout de souffle ou à l’inverse la transformation de l’offre de soins. » Il n’a cependant pas précisé les contours d’une telle transformation.

L’unité, qui accueille des enfants en crise aux profils souvent complexes, nécessitant un suivi renforcé, a été créée il y a quatre ans. Elle est constituée de huit agentes pour cinq équivalents temps plein : infirmières, éducatrices, médecin, psychologues, psychomotricienne…

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L’aile la plus récente de l’hôpital psychiatrique du Vinatier à Bron, construite en 2015.  © Photo Laurent Burlet / Rue89Lyon

En ce moment, elle prend en charge une vingtaine de patients, qui présentent pour la plupart des troubles du neurodéveloppement, des psychotraumatismes ou encore des troubles du comportement. Les enfants viennent sur le temps scolaire puis rentrent dormir dans leur famille ou dans un foyer de la protection de l’enfance – à la différence des hospitalisations complètes.

L’équipe est très inquiète de la perte de ce service. « Lâcher cette tranche d’âge, ce n’est pas possible », déplorent les soignantes, qui ont tenu à garder l’anonymat. « Ce sont des enfants jeunes qui présentent de plus en plus des idées suicidaires, avec des passages à l’acte très violents, soufflent-elles. On va essayer de les préparer au maximum à la transition, mais pour ces besoins spécifiques, il n’y aura que des dispositifs pansements. »

Une mobilisation sans effet

Si le directeur du Vinatier nous assure que « tous les patients continueront d’être soignés », l’équipe de l’unité n’en est pas convaincue. Les enfants en crise ne pourront plus être hospitalisés à leur sortie des urgences. À la place, ils devront probablement attendre entre trois et six mois pour obtenir une simple consultation en centre médico-psychologique (CMP). « Si les membres d’une famille se rendent aux urgences psychiatriques parce que leur enfant décompense et veut les tabasser ou tout casser dans la maison, ils devront maintenant rentrer chez eux avec lui », prédit Nathalie Gramaje.

La syndicaliste CGT a accompagné les membres de l’unité dès l’annonce du projet de fermeture, en octobre 2025. Elle décrit une équipe en souffrance et en manque de reconnaissance. Pourtant, à la rentrée de septembre, la dynamique était plutôt positive : après deux ans en sous-effectif permanent, le service s’était enfin retrouvé au complet à l’été 2025, avec le recrutement de deux infirmières et d’une éducatrice. De quoi augmenter l’activité et le nombre de patients suivis. Jusqu’à la désillusion. « Avec la perspective de la fermeture, on a finalement dû réduire, confient les soignantes. Ce n’est pas possible d’accueillir les enfants dans ces conditions. »

La direction organise le manque d’effectifs pour justifier la fermeture.

Nathalie Gramaje, CGT

Elles se mobilisent en vain, écrivent une lettre ouverte à la direction et lancent une pétition au sein de l’hôpital, qui compte à ce jour plus de 1 500 signatures. De son côté, la CGT alerte l’agence régionale de santé (ARS). Dans un mail que nous avons pu consulter, le directeur de l’ARS indique avoir échangé avec la direction de l’hôpital sur la situation, sans donner suite.

À l’aube des fêtes de Noël, Pascal Mariotti a finalement acté la fermeture définitive dans un mail envoyé à ses équipes. Le médecin de l’unité 6-12 ans décide alors de quitter le service.

Des familles laissées sans solution adaptée

« La communication de la part de la direction n’a pas été bonne, face à une équipe traumatisée qui doit maintenant faire son deuil du service et des enfants qu’elle suivait, en plus de l’incertitude vis-à-vis de son avenir professionnel », constate Nathalie Gramaje. Pour la syndicaliste, c’est une stratégie calculée : « La direction organise le manque d’effectifs pour justifier la fermeture. »

Le personnel est secoué, d’autant plus qu’il doit annoncer la nouvelle aux familles. Ces parents, précaires pour la plupart, ne pourront pas se tourner vers des alternatives en clinique privée ou vers un suivi en cabinet libéral. « Il n’y a maintenant plus que du soin de première ligne, donc les CMP. Sans renfort derrière si besoin », soupirent les soignantes.

Une situation qui illustre l’état du secteur, selon la CGT. « Avec le nouveau financement de la psychiatrie, on sent bien que la cible n’est plus le soin mais le nombre d’actes, il faut tout rentabiliser, analyse Nathalie Gramaje. La psychiatrie est en train de disparaître. »

Solène Guili (Rue89 Lyon)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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