Une France coupée en deux entre les inquiets de la montée en puissance de l’extrême droite et ceux qui s’enthousiasment des solutions qu’elle prétend apporter. 

Le Rassemblement national et ses idées continuent de progresser dans l’opinion, particulièrement à droite

Le baromètre annuel du cabinet d’études et de conseil Verian pour « Le Monde » dessine une France coupée en deux parts égales, entre les inquiets de la montée en puissance de l’extrême droite et de son programme, et ceux qui s’enthousiasment des solutions qu’elle prétend apporter. 

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le 11 janvier 2026 à 06h58, modifié le 11 janvier 2026 à 15h48 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/01/11/le-rassemblement-national-et-ses-idees-continuent-de-progresser-dans-l-opinion-particulierement-a-droite_6661356_823448.html

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Lors d’une conférence de presse de Julien Sanchez, directeur de campagne du RN pour les municipales de mars 2026, à Paris, le 1ᵉʳ décembre 2025.
Lors d’une conférence de presse de Julien Sanchez, directeur de campagne du RN pour les municipales de mars 2026, à Paris, le 1ᵉʳ décembre 2025.  BENOIT TESSIER/REUTERS

Les élections législatives anticipées de 2024 avaient semé dans l’opinion un doute quant à la capacité du Rassemblement national (RN) à accéder au pouvoir et à diriger le pays ; le temps semble l’avoir balayé. Le baromètre annuel du cabinet d’études et de conseil Verian pour Le Monde sur l’image du parti d’extrême droite, publié dimanche 11 janvier, montre une nouvelle progression des idées et « solutions » proposées dans l’opinion française.

« Tout semble glisser sur le RN, notamment les épisodes judiciaires, qui ont entaché l’image de Marine Le Pen mais pas la dynamique du parti, y compris au sein des sympathisants de droite, relève Eddy Vautrin-Dumaine, directeur d’études de Verian. Il y a un équilibre entre la construction de sa crédibilité gouvernementale, qui continue de se solidifier, et la réassurance sur le fait qu’il puisse incarner une rupture. Ce n’est plus un vote de colère mais de solutions. »

Cette enquête menée depuis quarante et un ans par le même cabinet, réalisée en partenariat avec la revue L’Hémicycle, permet une vue sur le temps long de l’opinion des Français sur le parti d’extrême droite. En 2026 – elle a été réalisée du 1er au 5 janvier –, la taille de l’échantillon a été augmentée, avec 1 511 personnes interrogées, et les conditions de recueil ont été modifiées : jusqu’alors enregistrées en face-à-face au domicile des personnes, les réponses ont été recueillies en ligne.

Le RN perçu comme le principal opposant et capable de gouverner

L’enquête montre une opinion coupée en deux parts presque égales dans ses sentiments vis-à-vis du RN, avec un rejet toujours aussi fort de la part des sympathisants de gauche et de la majorité présidentielle, et une adhésion croissante ailleurs. Reflet de cette dualité, les sentiments les plus cités pour évoquer le RN sont la « peur » et l’« espoir », à égalité. « C’est extrêmement révélateur du sentiment que le grand soir peut arriver, et d’une autre France qui en prend conscience et le craint », commente Eddy Vautrin-Dumaine. Cette opposition se retrouve également dans les qualificatifs attribués au RN, « xénophobe » pour 44 % des sondés – 40 % pensent l’inverse – et « antisémite » pour 38 % (contre 47 %), ou dans le « danger pour la démocratie » qu’il représenterait (41 % de oui, 44 % de non).

Quelque 42 % des Français affirment être en accord avec « les idées défendues par le RN », établissant un nouveau record historique (44 % en désaccord). Ils n’étaient que 29 % avant l’élection présidentielle de 2022. De même, l’adhésion « aux constats et aux solutions » proposées par l’extrême droite atteint un nouveau record (27 % pour Marine Le Pen, 29 % pour Jordan Bardella, qui séduit davantage à droite). Sur plusieurs sujets, le RN est crédité d’une capacité à améliorer la situation de la France pour plus de 40 % des sondés : sécurité, réindustrialisation, qualité des services publics et pouvoir d’achat. Les Français s’inquiètent davantage pour les conséquences internationales de l’arrivée au pouvoir du RN – place de la France dans le monde et dans l’Union européenne, soutien à l’Ukraine.

Infographie : Le Monde

Dépossédé de son image de premier opposant au gouvernement en 2024, après la victoire du Nouveau Front populaire aux élections législatives, le RN récupère ce statut aux yeux des Français, loin devant La France insoumise (34 %, contre 21 %), en dépit de nombreux votes communs avec la majorité lors de l’examen du budget. Le refus de participer aux consultations menées par Sébastien Lecornu sur un « pacte de non-censure » a imposé un contraste entre le parti à la flamme et les partis de gouvernement, renforçant son aspect antisystème : un petit tiers des Français estime que le RN est « le seul parti qui peut faire de la politique autrement ».

Infographie : Le Monde

Dans un contexte de forte dégradation de l’image d’Emmanuel Macron, considéré comme un « danger pour la démocratie » par une majorité des sondés, l’extrême droite est créditée d’une capacité à faire mieux que le gouvernement (31 %), contre 23 % qui pensent l’inverse, y compris par les sympathisants Les Républicains (LR), à 46 % contre 13 %, pourtant représentés dans le gouvernement de Sébastien Lecornu.

Des points forts du programme validés, y compris à gauche

Si le RN reste perçu comme xénophobe par près de la moitié des personnes interrogées, toutes ses propositions hostiles à l’immigration recueillent l’assentiment d’une majorité d’entre elles. C’est le cas, par ordre de popularité, de la restriction du regroupement familial, de la suppression des allocations familiales pour les ménages étrangers, de la suppression de l’aide médicale de l’Etat, de la préférence nationale en matière d’emploi et de la suppression du droit du sol.

Ces propositions, dont certaines nécessiteraient une modification de la Constitution, rencontrent également l’assentiment d’une proportion significative des électeurs de gauche – de 25 % pour la fin du droit du sol à 40 % pour la restriction du regroupement familial. Sur tous ces sujets régaliens, l’électorat de la majorité présidentielle se rapproche des positions de la droite, bien qu’il reste ferme, par ailleurs, dans son rejet global du RN. Enfin, la privatisation de l’audiovisuel public, dont l’extrême droite a fait son cheval de bataille ces derniers mois, n’enthousiasme qu’un tiers des sondés et la moitié des sympathisants du RN.

Infographie : Le Monde

Une adhésion forte chez les électeurs de LR

C’est un changement spectaculaire dans cette nouvelle édition du baromètre : l’attirance de l’électorat LR pour le RN, qui avait connu un coup de frein en 2024 après l’échec des élections législatives, est désormais très majoritaire. « L’alignement idéologique continue de se solidifier, dans un contexte d’affrontement entre les deux leaders de LR et d’une offre politique plus claire et lisible du côté du RN », souligne Eddy Vautrin-Dumaine.

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Si une petite proportion de sondés (7 %) se déclarent sympathisants du parti dirigé par Bruno Retailleau, ils sont nombreux à apporter de l’« intérêt » – le mot est cité en premier par un tiers d’entre eux – au RN et à lui prêter une crédibilité. Une minorité pense que Marine Le Pen et Jordan Bardella constituent un danger pour la démocratie – ils sont une majorité pour Emmanuel Macron, Eric Zemmour ou Jean-Luc Mélenchon ; les deux tiers considèrent le RN comme un parti ayant la capacité de gouverner, partagent globalement ses idées et ne le jugent ni xénophobe ni antisémite. Enfin, les trois quarts d’entre eux voient en Jordan Bardella et en Marine Le Pen des représentants d’une « droite patriote »plutôt que de « l’extrême droite nationaliste ».

Les sympathisants LR et RN sont aussi les seuls à avoir un avis positif de la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, et à trouver quelques qualités à Donald Trump (27 % chez LR, 40 % au RN). Seul le sujet économique continue de séparer les deux électorats, qu’il s’agisse des grandes options du RN comme du sujet spécifique de l’âge légal de départ à la retraite.

Cette opinion positive trouve un prolongement dans les stratégies électorales recommandées par les électeurs. Faute d’être réalisée par les appareils, l’alliance entre la droite et l’extrême droite, aventure solitaire d’Eric Ciotti en juin 2024, est validée par deux tiers des sympathisants LR, dans le cadre d’un second tour aux élections municipales. Pour l’heure, le successeur du parti gaulliste ne donne aucun signe de vouloir encourager des fusions de listes en mars. Mais quatre LR sur dix seraient « satisfaits » d’avoir un maire RN dans leur commune, et trois sur dix y seraient indifférents.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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