La branche Énergie d’Alstom est cédée à l’américain General Electric, symbole d’un pillage industriel sans précédent.

L’affaire d’État Alstom : l’étau se resserre autour de la responsabilité de Macron 

Fin 2014, Alstom plaide coupable aux États-Unis pour un vaste système de corruption internationale, acceptant de payer 772 millions de dollars d’amende. Dans le même temps, sa branche Énergie – 70 % du chiffre d’affaires et près de 65 000 emplois, dont 9 000 en France – est cédée à l’américain General Electric, symbole d’un pillage industriel sans précédent. Depuis, enquêtes, commissions, plaintes d’ONG et saisines du Parquet national financier tissent un dossier où se mêlent intérêts privés, pressions étrangères, primes scandaleuses et zones d’ombre au cœur même de l’État. Au centre de cette tempête : Emmanuel Macron. Alors secrétaire général adjoint à l’Élysée, puis ministre de l’Économie, il apparaît comme l’acteur clé de cette cession. Une information judiciaire est ouverte depuis fin 2022 sur un autre pan de l’affaire en lien avec le rôle tenu par le chef de l’État.

Article Démocratie

publié le 12/01/2026 Par Marine Rabreau

Il est des affaires d’État dont on ne parlera jamais trop. C’est le cas du scandale Alstom qui, plus de dix ans après la vente de sa division Énergie à l’américain General Electric (GE), continue d’apporter son lot de révélations et de hanter la République. L’affaire Alstom n’est pas seulement une affaire de pots-de-vin. C’est la combinaison toxique d’un système de corruption international, d’une pression judiciaire étrangère extrêmement puissante – notamment américaine – et d’intérêts privés qui empochent pendant que l’État autorise la vente d’un actif hautement stratégique, et affaiblit la souveraineté de la France de manière irréversible.

Le pôle Énergie d’Alstom, qui représentait 70 % du chiffre d’affaires et près de 65 000 emplois, dont 9 000 en France, fournissait des composants essentiels pour la production électrique mondiale, des turbines nucléaires aux réseaux haute tension. Les circonstances de cette cession à GE – orchestrée alors que la société venait à peine de plaider coupable devant la justice américaine pour un vaste système de corruption internationale – ont surpris au point de déclencher des enquêtes multiples. Parmi celles-ci, on peut citer l’enquête parlementaire emmenée par le député Olivier Marleix (LR) – retrouvé mort en juillet dernier à son domicile –, et dont les résultats, parus en 2018, sont absolument accablants et restent une référence dans la recherche de la vérité.

Le Parquet national financier s’est même saisi de l’affaire, pointant des indices de corruption, de trafic d’influence, de prise illégale d’intérêts, de pantouflage et d’abus de pouvoir. Plus le temps avance, plus le sujet se recentre sur Emmanuel Macron, en tant que véritable chef d’orchestre dans la validation et la facilitation de cette transaction.

Pour comprendre l’ampleur du scandale, il faut plonger au cœur de cette transaction, suivre la chronologie des faits et examiner les enquêtes qui révèlent la mesure des dérives.

2013-2014 : la traque américaine

Au cœur de l’affaire Alstom, il y a un dossier tentaculaire, mené non pas par la justice française… mais par le Department of Justice (DoJ) américain, dont l’usage extensif de l’extraterritorialité confine à la prédation : il s’agit d’un arsenal juridique permettant aux États-Unis d’appliquer leur droit, de conduire leurs enquêtes et d’infliger leurs sanctions à des entreprises étrangères dès lors qu’une opération, même marginale, transite par un serveur, une banque ou une devise américaine.

C’est ce qui est arrivé à Alstom, et qui l’a profondément fragilisé. Le DoJ n’a pas lésiné et a mené des enquêtes, des raids, des descentes, des perquisitions et des arrestations ciblées. Notamment celle de Frédéric Pierucci en avril 2013 (pendant 25 mois), qui était Directeur de la division chaudières d’Alstom – un cadre et non un haut dirigeant politique du groupe –, arrêté à l’aéroport JFK en avril 2013, menotté sur le tarmac, placé dans une prison de haute sécurité et privé de caution.

En décembre 2014, Alstom reconnaît un vaste système de pots-de-vin visant à obtenir des contrats (Indonésie, Arabie Saoudite, Égypte, Taïwan, Bahamas, etc.) entre 2000 et 2011. Un « schéma sophistiqué de corruption » qui révèle alors au moins 75 millions de dollars versés secrètement. Le groupe plaide coupable et écope d’une amende historique de plus de 770 millions de dollars, tout en promettant une cure de mise en conformité.


À ce moment-là, Alstom est présent dans 100 pays, emploie près de 90 000 personnes et génère un chiffre d’affaires de plus de 20 milliards d’euros. Son PDG est Patrick Kron depuis 2003. C’est surtout pour sa filiale Transport, centrée sur le domaine ferroviaire, que le groupe est connu du grand public, notamment avec ses trains à grande vitesse. Mais Alstom, c’est aussi un groupe énergétique puissant, qui produit un quart de l’électricité mondiale (Alstom Power) et qui développe des réseaux électriques (Alstom Grid).


Le scandale éclate alors qu’Alstom faisait déjà l’objet de multiples suspicions et accusations de corruption depuis plusieurs années, aux quatre coins du globe. Ce à quoi Patrick Kron répondait sans trembler que ces affaires étaient anciennes et que désormais, Alstom était une entreprise « éthique » et « conforme ». Pourtant, en 2007, Alstom avait déjà été condamné au Mexique pour des atteintes à la probité, puis en 2008 en Italie, puis en 2011 en Suisse.

En 2010, le Conseil d’éthique du Fonds de pension norvégien déclarait qu’Alstom s’était rendu coupable de « corruption massive ». Il estimait « qu’il est improbable qu’Alstom soit en mesure d’empêcher de futurs actes de corruption massive » et « qu’il y (avait) un risque inacceptable de recours à la corruption dans le futur », comme le relate Sherpa dans une note d’information très fournie. Tandis qu’en 2014, Jean-Daniel Lainé, alors directeur Éthique et Conformité d’Alstom depuis 2006, est mis en examen par le Serious Fraud Office britannique…

Fin 2014 : la vente du pôle Énergie d’Alstom à General Electric

À la fin 2014 – soit au moment même où le groupe négocie son accord avec la justice américaine – Alstom vend sa branche Énergie (70 % de son chiffre d’affaires, 65 000 emplois dont 9 000 en France) au géant américain General Electric (GE), une opération valorisée à plus de 12 milliards d’euros.

À la stupéfaction générale – y compris de l’État lui-même ! – le projet de rachat des activités énergétiques d’Alstom par GE est révélé par Bloomberg le 24 avril 2014, alors que les entreprises discutaient depuis plusieurs mois dans le plus grand secret. Les fragilités d’Alstom étaient connues et Bouygues, l’un des plus gros actionnaires d’Alstom, ne cachait pas – depuis plusieurs mois – son empressement à vouloir se désengager (pour libérer de la trésorerie et améliorer sa structure financière, et sortir d’un actif industriel complexe et exposé à des enquêtes judiciaires).

Dans la foulée de ces révélations, le conseil d’administration d’Alstom reçoit une offre ferme de GE pour un montant de 12,35 milliards d’euros. Trois jours après, un dimanche soir, Alstom accepte de négocier l’offre.

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Aussitôt, le gouvernement français, par la voix d’Arnaud Montebourg (alors ministre de l’Économie), pousse vivement pour une alternative « européenne » : il veut un partenariat plus équilibré, pas un rachat pur et simple. L’idée ? Que Siemens reprenne les activités Énergie d’Alstom, en échange d’un transfert de certaines activités ferroviaires. En parallèle, l’État demande à GE de renforcer le pôle transports d’Alstom, de maintenir en France des centres de décisions et de compétences relatifs aux activités touchant au nucléaire, aux énergies renouvelables et aux réseaux, ainsi que la localisation en France, à Belfort, du centre de compétences européen pour les turbines à gaz, et de s’engager à créer 1 000 emplois nets après l’opération.

Officiellement, Alstom adopte une posture diplomatique : tout en ayant recommandé l’offre de GE, l’entreprise s’engage à donner à Siemens « un accès équitable à l’information » pour qu’il puisse faire une offre contraignante. Mais… si Alstom revenait sur son deal avec GE, elle devait payer 1,5 % de frais de rupture du contrat, soit environ 200 millions d’euros. Finalement, le 20 juin, une version révisée par GE est validée à l’unanimité par le conseil d’Alstom.

En août 2014, Montebourg quitte son poste, critiquant ouvertement la politique économique du gouvernement et évoquant un désaccord profond avec la ligne menée par Manuel Valls et François Hollande. Emmanuel Macron – alors secrétaire général de l’Élysée – prend le relais à Bercy. Puis, en décembre 2014, 99,2 % des actionnaires d’Alstom approuvent la cession à GE. François Hollande valide la vente puis Macron l’entérine.

Dès 2016, une restructuration et une « prime exceptionnelle » pour Kron

En janvier 2016, GE annonce une vaste restructuration de l’activité énergie issue d’Alstom, avec la volonté de tailler les coûts à hauteur de 3 milliards d’euros et de supprimer 6 500 emplois en Europe, dont 765 en France, visant essentiellement le siège de Levallois et les activités « Grid » (réseaux électriques). Le plan social va s’étaler sur deux ans, avec des « consultations » avec les comités d’entreprise et GE parle de « départs volontaires », mais les syndicats craignent que le plan aille plus loin que la simple hiérarchie, alors que des signaux indiquent que des sites industriels – notamment Belfort – seraient menacés, et des activités délocalisées.

Une réorganisation qui intervient alors que Patrick Kron a touché une rémunération« exceptionnelle conditionnelle » de 150 000 actions d’Alstom, soit environ 4 millions d’euros, liée à la réalisation de la transaction avec GE – tandis que 2 000 hauts dirigeants se sont partagés 60 millions d’euros de la part de General Electric. Fin janvier 2016, Patrick Kron quitte le groupe – remplacé par Henri Poupart-Lafarge – avec une retraite-chapeaud’environ 10 millions d’euros.

2017-2018 : une commission d’enquête qui fait date

En 2017, à l’initiative des députés Les Républicains, l’Assemblée nationale met en place une commission d’enquête sur la politique industrielle de l’État, incluant les cas d’Alcatel, de STX et d’Alstom. Olivier Marleix (LR) en prend la présidence. Les travaux de la commission, qui ont duré 6 mois, examinent notamment : les conditions de la vente (autorisation par l’État, valorisation, garanties), les risques de souveraineté et la gouvernance des coentreprises issues de l’opération Alstom‑GE.

Dans une proposition de résolution du 5 octobre 2016, des députés LR écrivaient :

« Le rachat d’Alstom par General Electric avait déjà en lui-même soulevé de nombreuses questions. En effet, cette décision était intervenue après une enquête du Department of Justice américain qui avait fragilisé l’entreprise avec une amende record de 772 millions de dollars et qui a pu être l’occasion d’une mise en relation avec General Electric. À ce titre, le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, avait déclaré devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, le 11 mars 2015 : “À titre personnel, j’étais persuadé du lien de cause à effet entre cette enquête et la décision de Kron (alors président-directeur général d’Alstom) de vendre, mais nous n’avons aucune preuve”.

Enfin, ce rachat avait montré les difficultés du Gouvernement à définir les secteurs stratégiques de notre économie et à défendre les entreprises françaises concourant à la sécurité nationale. Ce nouvel épisode relance ces lourdes questions sur l’attitude de l’État actionnaire et sa capacité à défendre tant nos champions industriels que nos intérêts stratégiques. »

En avril 2018, la commission publie son rapport final, qui reste une référence sur le fond et qui dénonce la faillite des élites françaises. Le diagnostic est sévère. « La cécité, l’imprévision et l’entre-soi » des gouvernants ont favorisé la cession d’un actif stratégique, peut-on lire. Pour Marleix, nul doute : les procédures pour corruption ouverte par la justice américaine « ont pesé sur la décision de M. Kron à vendre ». « Il est invraisemblable que la concomitance entre la pression du DoJ et la cession d’un actif stratégique à un groupe américain soit le fruit du hasard », poursuit le rapport.

L’enquête parlementaire a en outre permis de retracer les dessous de l’affaire. L’Élysée a ainsi su dès 2012 que Bouygues souhaitait vendre sa participation dans Alstom, et le secrétaire adjoint de la présidence – soit Emmanuel Macron à ce moment-là – avait commandé un rapport au cabinet AT Kearney, via l’agence des participations de l’État (APE) :

« Il est regrettable que les autorités de l’État, qui ont disposé d’une information suffisamment précise (et qui ont commandé une étude au cabinet Kearney sur l’avenir d’Alstom dès 2012, pour quasi 300 000 €, ndlr) n’aient pas jugé utile de persuader un autre choix, sauf à considérer qu’elles approuvaient dès lors le scénario d’un adossement à General Electric. »

On apprend en outre que le vice-président d’Alstom, Grégoire Poux-Guillaume, avait pris contact avec GE dès l’été 2013. En février 2014, Patrick Kron avait contacté Jeffrey Immelt, PDG de General Electric, pour « travailler à la fusion », tout en niant auprès d’Arnaud Montebourg toute volonté de se vendre.

La commission note par ailleurs que« le montant extravagant des honoraires payés par Alstom et GE dans le cadre de cette fusion amène à se demander où est la frontière entre conseil et influence sur la décision ». Côté Alstom, dix cabinets d’avocats, deux banques-conseils (Rothschild & Co, Bank of America, Merrill Lynch) et deux agences de communication (DGM et Publicis) sont mentionnés. Du côté de GE, selon le rapport, on retrouve trois banques-conseils (Lazard, Credit Suisse, Bank of America), l’agence Havas et « de nombreux cabinets d’avocats ». Coût total dans la transaction : jusqu’à 600 millions d’euros !

En 2019, le Parquet national financier se saisit du sujet

Le 14 janvier 2019, Olivier Marleix envoie une lettre au procureur de la République de Paris, dans laquelle il demande l’ouverture d’une enquête. Il invoque l’article 40 du Code de procédure pénale, qui oblige toute autorité (comme un député) à signaler des crimes ou délits dont il a connaissance. Dans sa lettre, Marleix dénonce l’absence de poursuites pénales contre Alstom en France alors que l’entreprise a reconnu des faits de corruption dans plusieurs pays entre 2000 et 2011.

En outre, il soupçonne un « pacte de corruption » et met directement en cause Emmanuel Macron (alors ancien ministre de l’Économie) : selon lui, Macron a « formellement donné l’autorisation » à la vente d’Alstom Énergie à GE, et a « également autorisé » d’autres cessions d’actifs « d’entreprises stratégiques françaises », notamment les rachats d’Alcatel-Lucent au groupe finlandais Nokia ou de Technip à l’entreprise américaine FMC Technologies.

Par ailleurs, il évoque que des « liens suspects » existeraient entre certains intermédiaires financiers (banques, cabinets-conseils) rémunérés dans la transaction et des donateurs de la campagne présidentielle de Macron. À la suite de ce signalement, le parquet de Paris examine le dossier, puis s’en dessaisi au profit du Parquet national financier (PNF), spécialisé sur les enquêtes économiques, financières et de corruption, signe que le dossier est pris au sérieux.

De son côté, l’ONG Anticor avait déposé plainte au pôle financier du tribunal de Paris en juillet 2019 pour corruption et détournement de fonds publics. Anticor dénonce le fait que, même si Alstom (personne morale) a reconnu des actes de corruption via le plaider-coupable américain, aucun ex-dirigeant (notamment Patrick Kron) n’a été poursuivi en France pour ces faits. L’ONG accuse également l’État d’avoir renoncé à exercer son option d’achat sur les 20 % d’actions Alstom détenues par Bouygues, ce qui, selon l’ONG, constitue un manquement grave à la responsabilité de l’État dans la gestion d’un actif stratégique, et qui aurait coûté 500 millions d’euros à l’État (dividendes et plus-value non réalisés).

En parallèle, Alstom supprime 1 050 emplois, principalement sur le site de Belfort (Territoire de Belfort) : selon GE, jusqu’à 792 postes dans la division turbines à gaz et 252 dans les services support seront supprimés, soit un quart des effectifs. Le manquement aux promesses initiales est flagrant. En compensation de ce défaut, GE a versé 50 millions d’euros à l’État français, contribuant à un fonds de réindustrialisation.

2021-2022 : un juge d’instruction saisi, EDF rachète les turbines Arabelle à GE

Le 29 juin 2021, Anticor annonce, « en l’absence de réponse du parquet », qu’elle se constitue partie civile dans le dossier Alstom. L’ONG base sa plainte sur plusieurs éléments : l’accord de « plaider-coupable » qu’Alstom a signé aux États-Unis, le rapport parlementaire Marleix, et des témoignages, notamment celui de Frédéric Pierucci, ancien cadre d’Alstom, dont le livre « Le Piège américain » alimente la thèse d’une pression américaine dans la vente. En mars 2022, un juge d’instruction est saisi. Les infractions visées incluent : corruption d’agents publics étrangers, corruption, trafic d’influence et prise illégale d’intérêts. La même année, Olivier Marleix publie « Les Liquidateurs – Ce que le macronisme inflige à la France » (Robert Laffont).

Le 12 février 2022, soit en pleine campagne présidentielle et à quelques semaines du premier tour, Emmanuel Macron annonce avec surprise à Belfort, devant salariés et élus locaux d’Alstom, le rachat pour 1,2 milliard d’euros par EDF (dont l’État est actionnaire à 84 %) des turbines « Arabelle » – les plus puissantes du monde, utilisées dans la majorité des réacteurs nucléaires EPR –, dont il avait lui-même signé l’accord de vente aux Américains de General Electric sept ans plus tôt. Sauf qu’entre temps, GE a affaibli l’outil industriel, perdu des marchés et licencié massivement : l’État rachète donc plus cher un actif en plus mauvais état, parce que la France ne peut plus s’en passer pour relancer le nucléaire.

La même année, des élus écologistes (EELV) ont saisi le Parquet national financier (PNF), soupçonnant Valérie Pécresse d’avoir commis une prise illégale d’intérêts avec Alstom. Le point sensible : son mari, Jérôme Pécresse, qui était cadre chez Alstom jusqu’en 2015. Selon les élus, Mme Pécresse aurait « invisibilisé » des actions Alstom détenues avec son mari pour les faire disparaître de ses déclarations d’intérêts. Ils soulignent que, peu après son élection, elle aurait continué à participer aux décisions d’Île-de-France Mobilités (IDFM) concernant Alstom, alors que ses intérêts familiaux dans l’entreprise existaient. Pour gérer ces actions, elle et son mari auraient créé une fiducie (trust), confiée à une banque. Le PNF a classé l’enquête sans suite en mai 2023.

2024 : non-lieu partiel, information judiciaire en lien avec Macron et deux décès suspects

Le 25 octobre 2024, une ordonnance de non-lieu partiel est rendue, dans le volet «corruption d’agents publics étrangers ». Anticor a aussitôt fait appel le 4 novembre. C’est à ce moment-là que Le Monde nous apprend qu’une information judiciaire est menée en parallèle, depuis fin 2022, sur un autre volet de l’affaire en lien avec l’actuel chef de l’État. « Cette enquête en cours vise les acteurs qui ont potentiellement tiré profit d’un schéma corruptif présumé autour de ladite opération de vente », lit-on. Mais, immunité oblige, aucun acte judiciaire ne peut être accompli auprès de lui tant qu’il est président.

Ainsi, Emmanuel Macron se trouve plus que jamais au centre de l’affaire Alstom. Ces accusations ne sont pas anecdotiques : elles touchent au cœur de la transaction, à la manière dont les décisions politiques et économiques ont été prises pour favoriser certains acteurs privés au détriment de l’intérêt stratégique national.

L’enquête vise à déterminer si, alors qu’il était ministre de l’Économie, Macron a validé et facilité la cession du pôle Énergie d’Alstom à General Electric, malgré les alertes répétées sur les risques pour la souveraineté industrielle française et la sécurité nationale. Les investigations examinent également ses liens avec les intermédiaires financiers et les banques-conseils impliqués dans l’opération, certains ayant des relations directes avec les milieux politiques et les campagnes électorales. Le soupçon de pantouflage et de conflit d’intérêts y est particulièrement pointé, notamment à travers le parcours de David Azema, qui quitte l’APE pour rejoindre Merrill Lynch récemment fusionné avec Bank of America, soit le conseil d’Alstom sur cette même opération, comme le relatait dès fin 2014 Éric Denécé, ex-officier de renseignement, directeur du CF2R, retrouvé mort le 11 juin 2025, dans son véhicule par sa sœur. Dans son rapport, il pointait le rôle d’Emmanuel Macron dans ce dossier :

« Il a toujours apporté un soutien sans faille à General Electric. Lorsqu’il était conseiller à l’Élysée, il a toujours œuvré non seulement en faveur de l’option américaine, mais il en a accepté tous les desiderata. Avant d’être nommé à ce poste en mai 2012, il était associé gérant de la banque d’affaires Rothschild et Cie. Or, cet établissement financier est une banque-conseil d’Alstom dans ce dossier. Depuis, le 26 août 2014, il est ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, il a donc en charge le dossier Alstom. Le 5 novembre 2014, il a autorisé le rachat du pôle Énergie du groupe par GE et mis en veille l’option d’une entrée de l’État au capital du nouvel Alstom centré sur les Transports. »

Les enquêtes et les combats pour la vérité continuent, malgré le départ soudain d’Olivier Marleix, retrouvé pendu à son domicile le 7 juillet dernier. Marleix était respecté pour son engagement sans faille au service de l’industrie et de la souveraineté française. Sa mort a provoqué un fort émoi dans le monde politique, de tous bords.

Fin juillet, l’enquête confirme la thèse du suicide – il « traversait cependant une période de dépression, aux causes multiples – sentimentales, intimes et professionnelles », a indiqué le parquet de Chartres. L’ancien député avait pourtant plusieurs projets en cours, dont la rédaction de son livre – qui est paru le 13 novembre dernier, intitulé « Dissolution française. La fin du macronisme » – et son ambition de devenir avocat au barreau de Paris. Dans une interview au Figaro TV, son petit frère, Romain Marleix, rappelle qu’Olivier Marleix avait « deux choses contre Macron : la tentation supranationale et le coup d’État technocratique ».

Pour aller plus loin, l’excellent documentaire « Guerre fantôme » de David Gendreau et Alexandre Leraître :

https://www.youtube-nocookie.com/embed/b4d9DU-ndR4?si=XqkS7spQ_bcd6Ogg

Photo d’ouverture : Le ministre français de l’Économie et de l’Industrie, Emmanuel Macron, observe pendant sa visite àl’usine Alstom, entreprise française spécialisée dans l’ingénierie électrique et les transports, à Belfort, dans l’est de laFrance, le 28 mai 2015. (Photo par Frederick FLORIN / AFP)

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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