Les polluants éternels (PFAS) augmenteraient le risque cardio-vasculaire

PFAS : les risques d’accidents vasculaires et d’infarctus accrus chez les personnes exposées

Des travaux conduits en Suède, sur une commune où une partie de la population recevait une eau du robinet fortement contaminée, et une autre, une eau faiblement polluée, apportent une nouvelle pièce au puzzle incomplet des troubles et des maladies associées aux PFAS. 

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le 03 janvier 2026 à 14h30 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/01/03/pfas-les-risques-d-accidents-vasculaires-et-d-infarctus-accrus-chez-les-personnes-exposees_6660436_3244.html

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L’usine de traitement des eaux de Brantafors à Kallinge, dans la commune de Ronneby, en Suède, le 11 juin 2025.
L’usine de traitement des eaux de Brantafors à Kallinge, dans la commune de Ronneby, en Suède, le 11 juin 2025.  JOSEFINE STENERSEN

Depuis le 1er janvier, les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), souvent désignées comme « polluants éternels » en raison de leur persistance dans l’environnement, sont interdites en France dans les vêtements, chaussures, cosmétiques et farts pour les skis. En outre, la recherche dans l’eau potable de 20 de ces molécules est désormais rendue obligatoire dans l’Union européenne – la France a ajouté à cette liste l’acide trifluoroacétique (TFA), le plus répandu des PFAS. Des travaux suédois publiés dans l’édition de décembre 2025 de la revue Environmental Research illustrent l’importance de surveiller l’exposition des populations à ces substances, et les associent à une augmentation du risque de morbidité et de mortalité cardio-vasculaires.

Coordonnés par Yiyi Xu et Ying Li, professeures d’épidémiologie et de biostatistique à l’université de Göteborg (Suède), ces travaux concluent à une élévation de 10 % à 28 %, selon les affections, du risque de certaines maladies (accidents vasculaires cérébraux et infarctus du myocarde) chez les personnes ayant reçu une eau du robinet fortement contaminée, par rapport à ceux ayant reçu une eau faiblement polluée. La mortalité par maladie cardio-vasculaire est, elle, augmentée d’environ 15 %.

Les PFAS sont une famille de plusieurs milliers de molécules utilisées depuis des décennies dans une large gamme de produits – ustensiles de cuisine, vêtements, cuirs, farts de ski, mousses anti-incendie, pesticides, etc. – pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes, déperlantes. Ils ont progressivement contaminé à des concentrations diverses l’environnement, les organismes vivants et toute la chaîne alimentaire. On les retrouve également dans les ressources hydriques et, en bout de chaîne, dans l’eau du robinet – les systèmes de traitement classiques ne parvenant pas à éliminer cette pollution.

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C’est par ce biais que les chercheurs suédois ont évalué l’exposition d’une cohorte de plus de 45 000 personnes, toutes habitant ou ayant habité Ronneby (Suède) entre 1985 et 2013. Pourquoi Ronneby ? Deux usines distinctes approvisionnent la population de cette petite ville côtière du sud du pays : l’une puisait dans un captage d’eau pollué par les mousses anti-incendie utilisées sur une base militaire proche du bourg, l’autre s’approvisionnait à une source bien moins contaminée.

Les « polluants éternels » n’ayant pas été recherchés dans l’eau potable pendant des décennies, les habitants de Ronneby sont devenus, malgré eux, les cobayes d’une expérience grandeur nature : grâce à leur adresse postale, les chercheurs peuvent savoir par laquelle des deux usines ils ont été approvisionnés. La première distribuait aux usagers une eau contaminée à hauteur d’environ 10 microgrammes de PFAS par litre (µg/l), la seconde à des taux de l’ordre de 0,05 µg/l.

L’eau n’étant que l’une des sources d’exposition, les chercheurs ont pris soin de valider la pertinence de leur protocole, en mesurant la quantité de certains de ces polluants dans la circulation sanguine de 3 000 personnes piochées dans la cohorte. Les concentrations moyennes de PFHxS (acide perfluoro-hexane sulfonique), de PFOS (acide perfluoro-octane sulfonique) et de PFOA (acide perfluoro-octanoïque) sont environ de trois à cinq fois plus élevées chez les individus alimentés par l’usine contaminée, que chez les autres.

« Effets réels sous-estimés »

Les chercheurs ont ensuite croisé ces informations avec les impressionnantes bases de données du système de santé suédois – le registre national des patients recense les informations complètes de toutes les hospitalisations depuis 1964 et des soins ambulatoires depuis 2001 et le registre national des décès indexe les détails de chaque trépas depuis 1952. Les auteurs en déduisent une probabilité accrue de 10 % d’infarctus du myocarde, de 10 % d’accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique (obstruction d’un vaisseau sanguin par un caillot) et de 28 % d’AVC hémorragique (rupture d’un vaisseau sanguin), chez les personnes ayant été approvisionnées par l’eau la plus contaminée. En cohérence avec ces résultats, la mortalité par maladie cardio-vasculaire est accrue de 15 % chez ces derniers.

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Les auteurs ont pris soin de mener des analyses dites de sensibilité pour écarter des risques de biais. Au terme de ces tests de robustesse, leurs conclusions demeurent stables. Leurs résultats, bien que significatifs, ne peuvent toutefois donner toute la mesure des effets potentiels des PFAS. « La comparaison présentée dans cette étude porte sur des individus recevant une eau fortement contaminée à domicile et d’autres recevant une eau légèrement contaminée, mais ayant néanmoins la possibilité de consommer par ailleurs de l’eau fortement contaminée », écrivent Yiyi Xu, Ying Li et leurs coauteurs. « Ces résultats pourraient sous-estimer les effets réels », estiment-ils.

L’analyse de la population de Ronneby offre une nouvelle pièce au puzzle encore très incomplet des troubles et des maladies associées aux PFAS. Jusqu’à présent, les informations épidémiologiques les plus solides proviennent de la cohorte dite « C8 », constituée au début des années 2000 après la découverte de lourdes contaminations de l’environnement et des populations autour de l’usine de la firme DuPont à Parkersburg, en Virginie-Occidentale (Etats-Unis).

L’étude de cette cohorte n’a pas mis en évidence d’associations claires avec les maladies cardio-vasculaires – outre un lien modeste avec les AVC –, mais cette cohorte était essentiellement exposée au PFOA. L’exposition à d’autres « polluants éternels » issus des mousses anti-incendie suggère des effets cardio-vasculaires sur lesquels il n’existe aujourd’hui que peu de données.

En dépit des limites expérimentales de leur analyse, inhérente à toute étude observationnelle, les chercheurs soulignent que leur résultat « concorde avec une vaste étude menée [en 2024] en Vénétie, en Italie, qui a rapporté une mortalité cardio-vasculaire supérieure de 20 % à 30 % dans les communes fortement exposées aux PFAS par rapport aux communes non exposées ».

En France, les autorités n’ont pas encore une vue globale de la contamination de l’eau potable par les PFAS : les données nationales de qualité de l’eau potable, disponibles pour 2024, ne couvrent que 11,6 % de la population pour les PFAS, la recherche de cette famille de polluants n’étant pas encore obligatoire. La campagne exploratoire menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), rendue publique début décembre 2025, indique que les deux PFAS réglementés les plus fréquemment détectés dans l’eau potable sont le PFHxS (rencontré dans 26,6 % des échantillons d’eau du robinet analysés) et le PFOS (24 %), mais à des concentrations toujours très inférieures à la situation rencontrée à Ronneby.

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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