La crise armée de 2025 entre le Cambodge et la Thaïlande ravive un passé jamais apaisé

Grégory Mikaelian, historien : « L’impérialisme siamois existait bien avant la colonisation »

Nourrie par des siècles de rivalités impériales et de contentieux frontaliers, la crise armée de 2025 entre le Cambodge et la Thaïlande ravive un passé jamais apaisé. Dans un entretien au « Monde », l’historien en retrace la généalogie, de l’héritage angkorien aux frappes aériennes récentes. 

Propos recueillis par Publié le 10 janvier 2026 à 19h00 https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/10/gregory-mikaelian-historien-l-imperialisme-siamois-existait-bien-avant-la-colonisation_6661324_3210.html

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« Enemy Brothers » (« Frères ennemis », 2000), de Chhim Sothy, peinture acrylique sur toile.
« Enemy Brothers » (« Frères ennemis », 2000), de Chhim Sothy, peinture acrylique sur toile.  SOTHY CHHIM

Grégory Mikaelian, chargé de recherche au Centre Asie du Sud-Est (CNRS), est historien, spécialiste du Cambodge de la période moderne (XIVe-XIXe siècle).

D’où vient, historiquement, la rivalité entre le Cambodge et la Thaïlande ?

On peut la faire remonter aux origines du Siam, l’ancêtre de la Thaïlande, qui se constitue au milieu du XIVe siècle à Ayutthaya, capitale dont Bangkok est alors le débouché maritime. Cette jeune royauté composée au départ d’aristocraties khmères, d’aristocraties môn [peuple autochtone du bassin du Ménam] et de chefs militaires taïs [derniers arrivés dans la région] se pose d’emblée en rivale d’Angkor, la capitale khmère, notamment sur le plan économique.null

Dans le cadre de l’accélération du commerce maritime en mer de Chine, le Siam entend en effet devenir le principal relais portuaire de la Chine impériale en péninsule indochinoise, en contrepoids de Malacca. Il y parvient à partir de la fin du XVe siècle, au détriment de la royauté khmère.

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Dans le même temps, cette dernière délaisse Angkor et se replie sur des capitales situées sur le Mékong – Lovêk, de la fin du XVe siècle jusqu’en 1594, puis Oudong entre le XVIIet le XIXe siècle, et enfin Phnom Penh, à partir de 1865 –, qui lui facilitent l’accès au commerce maritime des bouches du Mékong. A cette dimension d’économie politique s’ajoute une dimension impériale : la royauté siamoise, mue par l’idéal bouddhique du monarque universel, envahira régulièrement ses voisins khmer et lao pour les vassaliser.

Dans quelle mesure cette rivalité est-elle liée à l’héritage du royaume angkorien, et pourquoi ce passé reste-t-il si sensible aujourd’hui ?

Toutes proportions gardées, Angkor est un peu la Rome de la région. La royauté khmère ayant rayonné au XIIe siècle sur une large partie de la péninsule indochinoise, les jeunes royautés qui lui succèdent – Sukhothai, Ayutthaya, et le Lan Xang laotien – ont cherché à s’y rattacher. La royauté siamoise, qui s’est vécue comme une héritière des institutions angkoriennes, en a repris maintes manières de dire et de faire. D’une façon générale, la haute culture thaïlandaise et son raffinement, valorisés par le nationalisme, sont une synthèse originale forgée au fil des siècles, à partir notamment d’emprunts au monde khmer.

Preah Vihear [temple khmer au cœur des affrontements armés de juillet 2025 entre la Thaïlande et le Cambodge] symbolise cet héritage. Mais il cristallise aussi, comme la série de temples qui jalonnent la chaîne des Dangrek, une conception ancienne des frontières : des temples servant de bornes depuis lesquelles rayonne, en s’étiolant, l’autorité du Palais. Ces anciennes bornes autour desquelles s’aboutent les tracés frontaliers contemporains sont aujourd’hui revendiquées par la Thaïlande.

Quel rôle la colonisation française a-t-elle joué dans la construction des frontières ?

Les élites thaïlandaises insistent sur le rôle de la France, qu’elles présentent comme central dans ses différends territoriaux avec le Cambodge. Ce discours permet d’occulter les racines précoloniales de l’impérialisme siamois : la royauté siamoise, qui a modernisé son appareil d’Etat dès la fin du XVIIIe siècle, n’a pas attendu la rétrocession des provinces cambodgiennes obtenue par la France en 1907 pour élaborer des cartes militaires et lancer ses troupes à l’assaut du territoire khmer.

Cette lecture élude encore la stratégie de survie qu’avait adoptée, dès le XVIe siècle, la royauté khmère. C’est elle-même qui sollicita les Français pour se dégager des impérialismes siamois et vietnamien, comme elle l’avait fait avec les Portugais au XVIe siècle pour défendre Lovêk, prise par le Siam en 1594. Dans cette affaire, la France n’a joué qu’un rôle technique.

La rétrocession de 1907 et la tentative d’établir des frontières linéaires inspirées du modèle westphalien de l’Etat-nation relèvent certes, à certains égards, d’une opération coloniale. Mais ces mesures correspondaient aussi aux attentes de la Couronne khmère. Elle y voyait l’application du traité de protectorat signé en 1863 avec Napoléon III : préserver sa souveraineté territoriale grâce à des instruments politiques et administratifs modernes. Le Cambodge obtint ainsi la restitution de la principauté de Battambang en 1907 – incluant Siem Reap et les temples d’Angkor, qu’occupait le Siam depuis la fin du XVIIIᵉ siècle –, mais il perdit le delta du Mékong, attribué par la France au Vietnam lors des accords de Genève, en 1954.

D’autres facteurs ont-ils influé sur ces frontières ?

L’assistance technique de la France au service de la souveraineté cambodgienne n’a constitué qu’un facteur parmi d’autres dans la définition du tracé frontalier. Le Siam, devenu la Thaïlande en 1939, n’a cessé en effet de recourir à de vieilles techniques de délimitation de son territoire, en favorisant l’émergence de fiefs ou de principautés faisant tampon entre sa capitale et les capitales khmères, s’appuyant pour cela sur des élites cambodgiennes mécontentes de la situation dans leur pays.

Ainsi, à la fin du XVIIIe siècle, le Siam suscita la fondation d’une principauté autonome à Battambang – territoire que les Français récupérèrent en 1907 avant qu’il ne soit de nouveau annexé par la Thaïlande entre 1941 et 1946. De même, entre 1946 et 1953, Bangkok finança le mouvement des rebelles indépendantistes [les Issaraks], puis, de 1979 au milieu des années 1990, la guérilla khmère rouge.

Dans le même temps, la Thaïlande s’est constamment opposée aux techniques westphaliennes de délimitation des frontières fondées sur le tracé linéaire et le droit international. Cette opposition s’est notamment traduite par la contestation du recours du Cambodge à la Cour internationale de justice, saisie une première fois entre 1959 et 1962, puis de nouveau en 2013 et, plus récemment, en juin 2025.

Enfin, depuis la fin des années 1980, la zone frontalière est devenue le lieu de tous les trafics, dont profitaient les maquisards khmers rouges comme l’armée thaïlandaise. Lorsque le premier ministre Hun Sen est parvenu, avec l’appui du roi Sihanouk, à récupérer les territoires détenus par les Khmers rouges à partir du milieu des années 1990, la zone tampon qui faisait office d’espace frontalier entre les deux royaumes est revenue dans l’orbite de Phnom Penh. Et, comme à chaque fois que le Cambodge reprenait le contrôle de son territoire, la Thaïlande a réagi en renforçant les pressions exercées à la frontière, notamment en 2008 et en 2011.

« Enemy Brothers » (« Frères ennemis », 2000), de Chhim Sothy, peinture acrylique sur toile.
« Enemy Brothers » (« Frères ennemis », 2000), de Chhim Sothy, peinture acrylique sur toile.  SOTHY CHHIM

Né en 1969 au Cambodge, dans la province de Kandal, Chhim Sothy a étudié à l’université royale des beaux-arts de Phnom Penh, où il a obtenu son diplôme en 1995. Ses œuvres, éclatantes de couleurs, mêlent souvent figures mythiques et symbolisme contemporain. Cette peinture, intitulée « Enemy Brothers » (« frères ennemis »), s’inspire de la grande épopée mythologique indienne du « Ramayana » – ou « Reamker », sa version khmère. Elle représente le conflit légendaire opposant Rama à Ravana, rivaux dans leur quête de la belle Sita. Par cette œuvre, l’artiste imagine la possibilité d’une coexistence pacifique entre les armées des deux héros. Il y exprime aussi une résonance plus personnelle, « celle du combat fratricide, qui mena au génocide et aux camps de la mort, qui opposa les Khmers rouges, soutenus par la Chine et le Vietnam, et la République khmère, appuyée par les Etats-Unis ».

Quelle est la part d’instrumentalisation de ce conflit par les gouvernements des deux pays ?

Lors des crises politiques récurrentes qu’a connues la Thaïlande depuis les années 1960, l’armée instrumentalisait volontiers les tensions frontalières pour s’imposer aux gouvernements civils, tandis que le Palais assumait un rôle d’arbitre et de garant de l’unité nationale. Ce qui frappe, cette fois, c’est la virulence de l’agression thaïlandaise.

On peut sans doute l’expliquer par le geste de Hun Sen – aujourd’hui président du Sénat cambodgien, qui tient toujours les rênes du pouvoir depuis qu’il a fait élire son fils Hun Manet à la tête du gouvernement. On se souvient en effet qu’il avait provoqué la chute du gouvernement thaïlandais en juin 2025, après avoir rendu publique sa conversation téléphonique avec Paetongtarn Shinawatra, première ministre thaïlandaise et fille de l’ex-premier ministre Thaksin, qu’il avait pourtant nommé conseiller économique. Tentant d’aplanir leur différend frontalier, Mme Shinawatra s’était montrée proche de Hun Sen, tout en pointant du doigt les provocations de l’armée thaïlandaise aux frontières. L’armée y a vu une trahison d’autant plus humiliante que le credo nationaliste thaïlandais méprise les Cambodgiens au point de bombarder les temples revendiqués… à défaut de pouvoir les occuper.

Nous connaîtrons plus tard les raisons du geste de Hun Sen, dont le différend entre les deux familles sur la gestion des casinos installés côté cambodgien de la frontière et la cybercriminalité qu’ils masquent parfois n’est peut-être qu’un aspect. Reste l’essentiel : bon manœuvrier excellant dans l’art de mener les affaires des siens, mais piètre souverainiste, le président du Sénat cambodgien se révèle malhabile à gérer les affaires extérieures, contrairement au roi Sihanouk, qui savait défendre avec subtilité la souveraineté nationale. Dans cette affaire, le Cambodge aura souffert de l’omnipotence du « Machiavel du Mékong » [ainsi que Hun Sen a été désigné dans un article de The Diplomat] : après avoir réduit le Palais à l’impuissance, se privant d’un canal diplomatique avec la monarchie thaïlandaise, il a muselé la presse, empêchant ainsi l’opinion internationale d’être rapidement informée du point de vue cambodgien.

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On ne voit pas ce qu’il avait à y gagner : le maintien de la paix, que n’a cessé de brandir le Parti du peuple cambodgien, est désormais caduc. Mais on peut aussi se demander si la vivacité de la réaction de l’armée thaïlandaise n’est pas une façon de compenser la faible implication du roi Rama X – dont la santé semble se dégrader – dans cette crise, ainsi que son manque de popularité, en dépit du respect que conserve l’institution qu’il incarne dans une large partie de la population. En somme, la Thaïlande témoignerait d’une flambée nationaliste sur fond de malaise monarchique, tandis que la diplomatie cambodgienne pâtirait d’un défaut de nationalisme dans un contexte d’affaiblissement de la royauté.

Quelles seraient les conditions d’une sortie de crise et d’une paix durable entre les deux voisins ?

Il est difficile d’imaginer une sortie de crise durable sans que la Chine, proche des deux belligérants, et accessoirement les Etats-Unis, alliés historiques de la Thaïlande auxquels le Cambodge a récemment tendu des perches, y jouent un rôle central. Les futurs gouvernements thaïlandais devront, en outre, déployer des trésors de diplomatie pour atténuer le souvenir du bombardement de plusieurs sites angkoriens. C’est un précédent qui marquera les esprits, singulièrement au Cambodge, où la mémoire des exactions commises par la soldatesque thaïlandaise à l’encontre des réfugiés khmers de la frontière durant la guerre civile est encore vive.

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Thaïlande-Cambodge : une carte tracée par les Français au cœur du conflit frontalier

Par Elisa Brinai

Publié le 10 décembre 2025 à 15h031 https://www.la-croix.com/international/thailande-cambodge-une-carte-tracee-par-les-francais-au-cour-du-conflit-frontalier-20251210

Carte de l'Indochine coloniale française extraite d'un livre de géographie français au début du XXe siècle. La frontière disputée par la Thaïlande et le Cambodge a été délimitée par un traité à l’époque de la colonisation française.
Carte de l’Indochine coloniale française extraite d’un livre de géographie français au début du XXe siècle. La frontière disputée par la Thaïlande et le Cambodge a été délimitée par un traité à l’époque de la colonisation française. Gusman/Leemage / Bridgeman/AFP

Une carte dessinée par des cartographes français en 1907 est à l’origine des conflits territoriaux actuels entre la Thaïlande et le Cambodge. La Thaïlande conteste en effet la légitimité d’un traité conclu à l’époque coloniale entre le royaume de Siam et l’Indochine française.

Les hostilités ont repris le long de la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, forçant plus d’un demi-million de personnes à évacuer pour fuir les combats. Le nombre de déplacés excède celui de l’été dernier, après des affrontements que le cessez-le-feu signé en octobre sous l’égide de Donald Trump n’a pas réussi à endiguer.

Les deux pays d’Asie du Sud-Est continuent de se défier autour du tracé de leur frontière commune de 800 kilomètres. Une frontière dessinée par des cartographes français en 1907, à la suite d’un traité entre l’Indochine française et le royaume de Siam. Cette délimitation est à l’origine d’un très vieux contentieux.

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Pour le comprendre, il faut d’abord revenir sur l’origine de deux États. Le Cambodge se définit comme héritier de l’empire khmer (IXe–XVe siècles), tandis que la Thaïlande descend directement du royaume de Siam. Or chacune de ces puissances a exercé – à des époques différentes – une influence sur des zones frontalières qui appartiennent aujourd’hui à l’un ou à l’autre pays. Ces héritages alimentent encore des visions concurrentes sur la délimitation des territoires « historiques » et nourrissent des revendications territoriales.

L’inexact suivi de la ligne du partage des eaux

Mais le conflit actuel trouve surtout son origine à l’époque coloniale. En 1907, le royaume de Siam et l’Indochine française signent un traité qui définit leur frontière commune. Le royaume siamois est alors pris en étau entre les puissances coloniales françaises (à l’est) et britanniques (à l’ouest et au sud). Il est en position d’infériorité après sa défaite de 1893 face à la France. Sous pression, le royaume cède à l’Indochine trois provinces situées dans la région d’Angkor (Battambang, Siem Reap et Sisophon) en échange de la garantie de son indépendance.

Selon le traité de 1907, la nouvelle frontière entre le Siam et l’Indochine française doit suivre la ligne de partage des eaux sur la crète des monts Dangrek. Il s’agit de la ligne naturelle qui sépare deux bassins-versants, c’est-à-dire deux zones où les eaux de pluie s’écoulent dans des directions différentes. Là où l’eau qui tombe rejoint le bassin du Mékong supérieur, ce sera du côté de la Thaïlande. Là où l’eau qui tombe sur le versant sud et descend vers les plaines cambodgiennes, ce sera le Cambodge.

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Cette frontière basée sur la géographie naturelle est censée être plus stable et plus facile à identifier. Mais celle qui est finalement dessinée par les géographes français, après ce traité, ne respecte pas totalement ce principe et le tracé passe parfois plus au sud que la crête naturelle.

Cela conduit notamment à placer certains temples du côté cambodgien, alors que la ligne de partage des eaux aurait pu conduire à une autre délimitation. Si des erreurs de relevés topographiques ont pu être invoquées pour justifier ce tracé, les autorités coloniales françaises sont suspectées d’avoir agi intentionnellement pour inclure sur leur territoire des temples khmers d’une grande importance historique.

Les temples de la discorde

Ces temples sont depuis plusieurs années au cœur des affrontements territoriaux entre la Thaïlande et le Cambodge. Il en va ainsi du temple de Preah Vihear, sanctuaire khmer érigé au IXe siècle au sommet d’une falaise, aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Situé au nord de la frontière, en territoire cambodgien, il est depuis de nombreuses années revendiqué par la Thaïlande.

En 1953, lorsque le Cambodge obtient son indépendance, la Thaïlande tente de reprendre temporairement le contrôle de ce temple. Pour trancher ce différend, l’État thaïlandais décide finalement de saisir en 1959 la Cour internationale de justice (CIJ). Trois ans plus tard, l’arbitrage de la CIJ reconnaît la souveraineté du Cambodge sur le temple de Preah Vihear, invoquant le traité de 1907, confirmé par des traités franco-siamois ultérieurs, en 1925 et en 1937, ainsi que par la Convention de Washington de 1946.

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Des années plus tard, alors que temple est candidat pour être classé à l’Unesco (2008) de nouvelles tensions surgissent et dégénère en affrontements en 2011. De nouveau saisie, la CIJ tranche en 2013, tout comme en 1962, en faveur du Cambodge.

Malgré la mise en place d’une Commission bilatérale khméro-thaïlandaise en 1997 pour traiter ces brulantes questions frontalières (Joint Boundary Commission), le sujet n’est pas clos. Aujourd’hui, la Thaïlande refuse de reconnaître les décisions de la CIJ et conteste toujours la légitimité du traité de 1907, qu’elle estime avoir signé sous la contrainte. Le Cambodge, de son côté, appelle à respecter ces traités et les jugements internationaux.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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