Ce que va changer le retrait américain des organisations internationales concernant l’environnement.

Climat et biodiversité : ce que va changer le retrait des Etats-Unis d’organisations internationales majeures

Le départ des Etats-Unis de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, du GIEC ou de son équivalent pour la biodiversité, risque de ralentir et d’entraver encore davantage la lutte contre les crises écologiques

Par  et Publié le 09 janvier 2026 à 06h06, modifié le 09 janvier 2026 à 09h16 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/01/09/climat-et-biodiversite-ce-que-va-changer-le-retrait-des-etats-unis-d-organisations-internationales-majeures_6661105_3244.html

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SÉVERIN MILLET

Les Etats-Unis tournent définitivement le dos à la coopération internationale autour du climat et de la nature. Mercredi 7 janvier, l’administration Trump a annoncé avoir ordonné le retrait de son pays de 66 organisations, dont une moitié liée à l’ONU. Parmi elles figurent des instances majeures pour l’action environnementale : la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ou encore son équivalent pour la biodiversité, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). Une décision qui risque de ralentir et d’entraver encore davantage la lutte contre les crises écologiques.

Cette offensive est justifiée par la Maison Blanche au nom de la défense des « intérêts américains » face à des institutions jugées « mondialistes » et « inefficaces ». Elle s’inscrit dans la continuité des attaques répétées du président américain, Donald Trump, contre les politiques climatiques, lui qui qualifie le réchauffement de « canular ».

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La convention-cadre sur le climat, signée en 1992, constitue le traité fondateur de tous les autres accords climatiques internationaux, dont celui de Paris. Celle-ci reconnaît l’existence d’un changement climatique d’origine humaine et instaure les conférences des parties (COP), réunies chaque année pour décider des moyens de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les Etats-Unis sont le premier pays à se retirer de ce traité, ratifié par 198 nations et approuvé par le Sénat américain. « Le fait que le plus grand émetteur historique au monde se retire de l’accord revient à abdiquer complètement ses responsabilités », dénonce la directrice des politiques du programme climat et énergie de l’organisation Union of Concerned Scientists, Rachel Cleetus.

Modalités juridiques floues

« C’est une décision à courte vue, embarrassante et stupide », réagit l’ancienne conseillère pour le climat à la Maison Blanche Gina McCarthy. L’administration Trump « renonce à influencer des investissements (…) représentant des milliers de milliards de dollars », regrette-t-elle, alors que la Chine fait la course en tête dans les énergies propres. Ce recul ne peut que « nuire à l’économie, à l’emploi et au niveau de vie des Etats-Unis », les rendant « moins sûrs et moins prospères », prévient également le secrétaire exécutif de la CCNUCC, Simon Stiell, évoquant les incendies, inondations ou sécheresses qui frappent le pays.

Les modalités juridiques de ce départ restent floues. « Les Etats-Unis vont-ils sortir formellement de la CCNUCC ou seulement ne plus y participer ? », interroge Paul Watkinson, expert des négociations climatiques depuis trente ans. La seconde option poursuivrait la politique de la chaise vide des Etats-Unis, qui n’ont pas participé à la COP30 au Brésil. Dans le premier scénario, le plus dommageable à long terme, les Etats-Unis devraient notifier à l’ONU leur retrait, qui serait effectif un an après. Les experts débattent de la capacité du président à sortir unilatéralement d’un traité ratifié par le Sénat, et de la possibilité, pour un futur président, d’y réintégrer le pays sans passer par le Congrès.

Donald Trump a déjà engagé le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris, qui sera effectif le 20 janvier. Quitter la CCNUCC est plus grave encore et traduit un « rejet plus fort et de long terme » de la coopération mondiale pour le climat, avance le directeur pour la politique climatique chinoise à l’Asia Society Policy Institute, Li Shuo. Il y voit le « défi le plus sérieux pour l’action climatique mondiale depuis l’adoption de l’accord de Paris », risquant de décourager des avancées.

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En quittant le GIEC, l’institution phare de la science climatique, « les Etats-Unis ne seront plus en mesure de contribuer aux évaluations scientifiques sur lesquelles s’appuient les gouvernements du monde entier », déplore Mme Cleetus. Le pays n’avait pas participé aux dernières sessions plénières. « C’est une perte, car leurs diplomates ont toujours aidé à faire converger les points de vue », estime le coprésident du groupe 1 du GIEC Robert Vautard.

Une annonce « profondément décevante »

La participation de chercheurs américains aux prochains rapports, attendus en 2028 ou 2029, ne semble en revanche pas menacée. Plus de 50 d’entre eux ont été nommés à titre personnel par des institutions observatrices du GIEC, comme des universités, et ne sont pas financés par le gouvernement américain.

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La question du budget du GIEC est plus délicate, alors que les Etats-Unis y ont contribué par le passé à hauteur d’un tiers« Tout va dépendre de si les autres pays prennent le relais ou non à long terme », souligne M. Vautard. Quant aux ressources de la CCNUCC, elles ne semblent pas menacées à ce stade. Les Etats-Unis y participent à hauteur de 22 %, une contribution que le milliardaire américain Michael Bloomberg s’est engagé à compenser.

Les mêmes questions et défis se posent pour le secteur de la protection de la nature. Sur la liste des organisations visées figure l’IPBES, créée en 2012. Comme le GIEC, elle produit des rapports, réalisés par des chercheurs du monde entier, qui synthétisent l’ensemble des connaissances sur différents sujets et dessinent des solutions pour résoudre les crises. En 2024, les Etats-Unis ont été le pays qui a le plus contribué au budget de l’organisation.

Dans un communiqué, le président de l’IPBES, David Obura, a regretté une annonce « profondément décevante », tout en précisant qu’il n’avait pas encore reçu de notification officielle de la part de Wasgington. « Nos rapports montrent que l’érosion de la biodiversité se poursuit et que les principales causes sont liées aux pressions économiques, explique-t-il. Perdre l’un des principaux acteurs de l’économie mondiale est significatif. »

« On va perdre en efficacité »

Les nombreux scientifiques américains qui contribuent aux travaux de l’IPBES devraient eux aussi pouvoir continuer à le faire, au titre de leur institution. « Je ne pense pas que ce retrait influe sur le contenu des longs rapports que personne ne lit. Mais cela va affecter les résumés exécutifs, qui sont discutés ligne à ligne par les représentants des Etats jusqu’à ce qu’un consensus soit trouvé. Washington se prive de toute influence sur le contenu de ces documents », regrette la professeure à l’université Harvard Jeannine Cavender-Bares.

Les Etats-Unis se retirent aussi de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Les membres de l’UICN – plus de 170 pays et près de 1 400 ONG, collectivités locales et organisations de peuples autochtones – fixent les règles et le cadre global de la protection de la biodiversité et influent sur les négociations internationales, et ses experts établissent la liste rouge des espèces menacées.

Pour la présidente du comité français de l’UICN, Maud Lelièvre, le départ des Américains affaiblit l’organisation. « Nous avons par exemple un problème de trafic de crânes de chimpanzé, explique-t-elle. Ils sont commandés en Afrique, transitent par la France et arrivent aux Etats-Unis, où les bénéficiaires finaux sont des chasseurs ou des collectionneurs. Si les services de l’Etat américain ne coopèrent plus avec nous, on va perdre en efficacité pour faire face à de tels sujets. »

Comptant 160 membres, le comité américain de l’UICN était le plus important, devant le comité français. Son président, Scott Hajost, assure que les membres vont continuer, autant que possible, à faire leur travail, en « maintenant toutes les lignes de communication ouvertes avec l’administration ». Agence internationale pour les énergies renouvelables, Alliance solaire internationale, ONU Eau, ONU Océans… De multiples autres organisations et agences agissant en faveur de l’environnement et du climat sont concernées. « Heureusement, les Etats-Unis comptent des millions de scientifiques et de citoyens qui désapprouvent ces décisions et qui se battront avec les moyens dont ils disposent », insiste la professeure à l’université Rutgers et autrice pour l’IPBES Pamela McElwee.

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2026/01/08/le-desengagement-americain-de-la-cooperation-mondiale-sur-le-climat-se-confirme-avec-le-retrait-decide-de-70-organisations-proches-de-lonu/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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