Vent de sécession au sein du syndicat professionnel des laboratoires pharmaceutiques
Quinze industriels, dont Sanofi, Ipsen et Pierre Fabre, quittent le LEEM, la fédération des entreprises du médicament en France, estimant qu’il ne représente plus suffisamment bien leurs intérêts.
Par Zeliha ChaffinPublié aujourd’hui à 08h07, modifié à 09h42 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/01/09/vent-de-secession-au-sein-du-syndicat-professionnel-des-laboratoires-pharmaceutiques_6661116_3234.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260109&lmd_link&&M_BT=53496897516380#x3D;autrestitres-title-_titre_7

Avis de tempête au LEEM, la fédération des entreprises du médicament en France. Le syndicat professionnel représentant les sociétés pharmaceutiques opérant dans l’Hexagone, qui compte parmi ses adhérents l’ensemble des plus gros laboratoires mondiaux, vient d’être lâché, jeudi 8 janvier, par plusieurs de ses membres tricolores, parmi lesquels les poids lourds français du secteur.
Sanofi mais aussi les laboratoires Ipsen, Pierre Fabre, Théa, LFB et Guerbet ont fait le choix de quitter l’organisation, jugeant que leurs intérêts n’y étaient plus représentés à la hauteur de leurs attentes. Ces derniers ont officiellement acté la rupture jeudi 8 janvier après-midi, lors d’une réunion exceptionnelle du conseil d’administration du LEEM. Aux racines de ce divorce : le manque d’« agilité » de l’organisation professionnelle.
Avec environ 280 entreprises adhérentes, allant de la PME à la multinationale, et dont les positionnements stratégiques et les modèles économiques divergent, les laboratoires démissionnaires estiment que les voies de compromis et de synthèse au sein de la fédération, compte tenu du nombre et de l’hétérogénéité de ses membres, sont devenues trop minces, alors même que l’équilibre mondial du secteur est en pleine mutation sous l’effet combiné des politiques menées aux Etats-Unis et en Chine.
Nouvelle organisation
« Le médicament est devenu un enjeu géopolitique ces derniers mois. Nos entreprises sont sous tension, et certains se sont dit peut-être que s’ils se défendaient seuls, ou avec des entreprises proches de leurs positions, ils obtiendront davantage. Je le regrette, car je suis convaincu qu’on est toujours plus fort en équipe, et nous continuerons au LEEM à nous battre pour le collectif », déplore Thierry Hulot, président du LEEM, également PDG du laboratoire allemand Merck en France.
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A l’issue de leur départ, Sanofi, Ipsen, Pierre Fabre, Théa, LFB, Guerbet, ainsi que Servier, qui ne faisait plus partie de la fédération depuis 2011 en raison du scandale du Mediator, ont annoncé la création d’un nouveau syndicat professionnel. Cette nouvelle organisation, dont les statuts et le nom seront déposés dans les prochaines semaines et qui se dit prête à accueillir d’autres entreprises pharmaceutiques, ambitionne d’engager « un dialogue constructif avec les autorités françaises et européennes » afin de faire valoir « l’innovation et la souveraineté sanitaires » françaises.
Les critères d’adhésion y seront toutefois plus resserrés. Les futurs adhérents devront notamment disposer d’un portefeuille de médicaments innovants, avoir un site de production industrielle ou une activité de recherche et développement en France, indiquent les sept laboratoires.
Ces derniers ne sont pas les seuls à avoir décidé de faire sécession. Peu après l’annonce, l’Association des moyens laboratoires et industries de santé (Amlis) a également, de son côté, annoncé son départ du LEEM afin de créer son propre syndicat. « L’Amlis va muer vers un syndicat professionnel qui représentera les intérêts des PME et ETI [entreprise de taille intermédiaire] qui fabriquent en France ou en Europe principalement des médicaments matures [médicaments anciens dont le brevet n’est plus protégé]», explique Karine Pinon, sa présidente.
Ce nouveau syndicat projette ainsi de mettre davantage en avant les propositions portées depuis plusieurs années par l’association, à savoir la reconnaissance d’un critère de territorialité pour les médicaments produits en France ou en Europe, et la demande d’une fiscalité adaptée au modèle économique des médicaments matures. « Ces combats n’étaient pas, à notre sens, suffisamment défendus. Nos chemins se séparent parce que nous ne sommes plus alignés », précise Mme Pinon.
Au total, une quinzaine de laboratoires ont quitté le LEEM. Face à ces défections, Thierry Hulot, son président, souligne toutefois que l’organisation demeure, en dépit de ses départs, « le seul syndicat représentatif, qui représente 80 000 collaborateurs et à peu près 250 sites industriels en France ».
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