« Choc anaphylactique : sur la piste d’un vaccin thérapeutique »
Date de publication : 9 janvier 2026
Temps de lecture: 3 min

Marc Gozlan remarque dans Le Monde que « lorsqu’une allergie s’emballe, elle peut provoquer une réaction généralisée, l’anaphylaxie. Dans les cas les plus sévères, […] le choc anaphylactique constitue une urgence médicale absolue, parfois mortelle. La coupable de cette réaction soudaine est l’immunoglobuline E (IgE), un anticorps ».
Le journaliste précise que « chez les personnes allergiques, les IgE se fixent à la surface de cellules immunitaires, les mastocytes et les basophiles, via un récepteur. Lors d’un nouveau contact avec l’allergène, ces cellules libèrent massivement de l’histamine et d’autres médiateurs inflammatoires, déclenchant le choc anaphylactique ».
Marc Gozlan rappelle qu’« on dispose d’un anticorps monoclonal, l’omalizumab, capable de neutraliser les IgE circulantes et d’atténuer l’intensité des réactions. Mais ce traitement est coûteux et impose des injections fréquentes ».
« D’où l’idée d’amener l’organisme à fabriquer lui-même ses anticorps anti-IgE. C’est l’objectif des équipes de Laurent Reber (Inserm, Toulouse) et de Pierre Bruhns (Institut Pasteur, Paris), en collaboration avec la société de biotechnologie française Néovacs », fait savoir le journaliste.
Il note ainsi que « ces chercheurs ont rapporté dans Science Translational Medicine avoir conçu un vaccin dit «conjugué». Il associe un fragment de l’IgE humaine […] à une protéine porteuse très immunogène : une version non toxique de la toxine diphtérique déjà utilisée dans plusieurs vaccins ».
Marc Gozlan explique que « le fragment d’IgE a été modifié afin d’adopter une conformation incapable d’activer les mastocytes. En quelque sorte, le détonateur de la réaction allergique est désamorcé : le système immunitaire apprend à reconnaître l’IgE humaine et à produire des anticorps contre elle, sans déclencher l’allergie ».
Le journaliste fait savoir que « ce vaccin a été injecté à des souris «humanisées», génétiquement modifiées pour produire l’IgE humaine et son récepteur sur les cellules immunitaires. Après vaccination, ces animaux ont fabriqué des anticorps capables de neutraliser l’IgE humaine et d’empêcher son interaction avec les mastocytes ».
Il précise que « les chercheurs ont d’abord testé ce vaccin dans un modèle d’anaphylaxie cutanée, correspondant à des réactions allergiques modérées et limitées à la peau. Les souris vaccinées n’ont présenté pratiquement aucune réaction locale, contrairement aux animaux témoins ».
Marc Gozlan continue : « L’étude s’est ensuite portée sur un modèle d’anaphylaxie systémique sévère, équivalent à un choc allergique nécessitant chez l’humain une injection d’adrénaline. Chez les souris non vaccinées, l’exposition a déclenché une libération massive de tryptase, une enzyme témoin de l’activation des mastocytes et libérée lors des réactions allergiques sévères. Chez les souris vaccinées, aucune réaction n’a été observée et le taux de tryptase était environ 140 fois inférieur. Même chez des souris génétiquement rendues très sensibles aux allergies, le vaccin a prévenu totalement l’anaphylaxie, alors que plus de 80% des souris non vaccinées mouraient ».
Karine Adel-Patient, directrice de recherche à l’INRAE, réagit : « Cette très belle étude, utilisant des souris partiellement humanisées, uniquement pour ce qui est des IgE, est une première étape très encourageante », mais relève qu’« il manque un test de provocation orale. Les prochaines étapes d’évaluation de l’efficacité et de l’innocuité de cette stratégie porteront sur des souches de souris génétiquement plus répondeuses aux phénomènes allergiques, puis chez des primates non humains ».
Marc Gozlan conclut que « cette vaccination apparaît ainsi comme une stratégie prometteuse, potentiellement plus durable et plus économique que le traitement par l’anticorps omalizumab pour prévenir l’anaphylaxie chez les personnes déjà allergiques. Cela pourrait aussi traiter des maladies dans lesquelles les IgE sont impliquées, comme les allergies alimentaires, l’asthme allergique ou l’urticaire chronique spontanée ».