Selon deux études: une association entre certaines maladies chroniques et une forte exposition aux additifs conservateurs

Alimentation transformée : une forte consommation d’additifs conservateurs associée à un risque accru de cancer et de diabète

Deux études épidémiologiques publiées jeudi suggèrent une association entre certaines maladies chroniques et une forte exposition aux additifs conservateurs. De premiers résultats significatifs, qui doivent être confirmés par d’autres recherches

Par Publié aujourd’hui à 05h00, modifié à 13h22 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/01/08/alimentation-transformee-une-forte-consommation-d-additifs-conservateurs-associee-a-un-risque-accru-de-cancers-et-de-diabete_6660946_3244.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260108&lmd_link=tempsforts-link&M_BT=53496897516380

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Dans un supermarché de Paris, le 5 septembre 2025.
Dans un supermarché de Paris, le 5 septembre 2025.  STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Ils permettent de prolonger la durée de vie des aliments, d’empêcher leur détérioration, leur oxydation ou la prolifération de microbes : les additifs conservateurs (sorbates, sulfites, nitrites…) se retrouvent dans tous types de denrées et sont largement employés dans les préparations alimentaires. Une étude épidémiologique de grande ampleur suggère cependant, dans deux articles publiés jeudi 8 janvier, qu’une forte exposition à ces additifs peut être associée à des risques de long terme pour la santé.

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Les travaux conduits par l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Cress-EREN, rattachée notamment à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale – Inserm – et l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement – Inrae) s’appuient sur plus de 105 000 adultes participant à la cohorte NutriNet-Santé, qui renseignent à intervalles réguliers l’ensemble de leur consommation sur des périodes de vingt-quatre heures, et dont les données de santé sont suivies plusieurs années.

Le premier article, publié dans le British Medical Journal, fait état d’une association significative entre consommation d’additifs conservateurs et risque de plusieurs cancers (en particulier du sein et de la prostate) ; le second, dans la revue Nature Communications, s’attache au lien entre ces mêmes composés et le diabète de type 2.

Risques associés aux édulcorants

« Il s’agit des premières études épidémiologiques au monde à quantifier l’exposition aux conservateurs et le risque d’incidence du cancer et du diabète », dit Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm. Grâce aux données de la cohorte NutriNet-Santé, l’équipe qu’elle dirige a déjà documenté les risques associés aux édulcorants, aux émulsifiants et aux nitrites et nitrates, et à certains effets cocktails. Ces travaux ont appuyé la classification de l’aspartame comme cancérogène possible en 2023 par le Centre international de recherche sur le cancer, rattaché à l’Organisation mondiale de la santé, et celle des nitrites comme cancérogènes par l’Agence nationale de sécurité sanitaire en 2022.

Pour cette nouvelle série d’études, deux grandes familles d’additifs ont été prises en compte, les conservateurs au sens strict (généralement notés de E200 à E299) et les antioxydants (de E300 à E399). Sans surprise, ces additifs sont omniprésents, et la quasi-totalité des participants à la cohorte (99,7 %) en ont consommé au cours des deux années de suivi. Les viandes transformées sont les principaux vecteurs de nitrites et de nitrates, les boissons alcoolisées et les préparations de sauces vinaigrettes sont de forts pourvoyeurs en sulfites, tandis que les fruits et légumes transformés peuvent, quant à eux, amener tous types de conservateurs.

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Pour l’analyse sur les cancers, ce sont surtout les conservateurs non antioxydants qui sont associés à un risque accru. En tenant compte des différents profils de consommation de la cohorte étudiée, une forte exposition aux sorbates, en particulier au sorbate de potassium, est ainsi associée à une hausse de 14 % du risque global de cancer, et de 26 % du risque de cancer du sein. Les sulfites sont, pour leur part, associés à un risque global de cancer accru de 12 %. Pour le diabète de type 2, le risque est augmenté de 47 % pour les catégories d’individus fortement exposés aux additifs conservateurs.

Les profils de gros consommateurs sont variés : une canette de soda light et un autre produit ultratransformé par jour ou une boîte de nuggets industriels peuvent suffire à faire rentrer dans les niveaux moyens des consommateurs fortement exposés. « Ce sont des niveaux de consommation qui ne sont pas aberrants en soi, mais ce qui est en jeu, c’est l’exposition régulière, quotidienne, à ce type d’additifs », précise Mme Touvier.

Ces premières données épidémiologiques – pour lesquelles les chercheurs ont pris soin d’écarter les biais éventuels liés aux modes de vie des participants – doivent toutefois être corroborées par d’autres travaux. « Il faut rester prudents sur les pourcentages d’augmentation de risques, car ils ne sont issus que d’une seule étude », nuance ainsi Mme Touvier, qui rappelle que, pour le tabac, ce sont des dizaines d’études qui ont permis d’établir avec force le risque de cancer. « Mais ces données font d’ores et déjà état d’une association significative et concordent avec les travaux expérimentaux suggérant des effets néfastes de plusieurs composés », poursuit la chercheuse.

Bras de fer

Les chercheurs de l’EREN souhaitent ainsi que ces travaux puissent être pris en compte dans la réévaluation des additifs alimentaires, en tenant compte du rapport bénéfices-risques et des effets potentiels de long terme. La question de se passer de ces additifs se pose en effet, car, contrairement à d’autres composés, comme les émulsifiants ou les colorants, dont le but principal est de rendre le produit plus attractif sans enjeu de sécurité sanitaire, les conservateurs jouent un rôle pour limiter l’altération des denrées et d’éventuels effets pour la santé.

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Ces travaux renforcent en tout cas les recommandations officielles de réduire la consommation de produits ultratransformés et de limiter les denrées contenant des additifs superflus. Des préconisations mentionnées dans une feuille de route nationale sur l’alimentation, la nutrition et le climat, qui aurait dû être publiée début décembre 2025, avant d’être suspendue par Matignon.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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