« Mobilisation des médecins libéraux : aux racines de la colère »
Date de publication : 8 janvier 2026 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=504fd27e494a1f58da18a875ad3e5034&id_newsletter=23137&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=23137&from=newsletter
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Mattea Battaglia et Camille Stromboni indiquent dans Le Monde que « du 5 au 15 janvier, «la médecine libérale ne répond plus». Voilà des mois que l’avertissement, lancé en amont des débats sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, et désormais porté – fait rare – par l’ensemble des syndicats représentatifs de la profession […], résonne ».
« Il se concrétise aujourd’hui, dans un mouvement diffus de ras-le-bol exprimé par des praticiens libéraux de toutes spécialités, étudiants et jeunes médecins compris, soutenu par la Fédération de l’hospitalisation privée, mais aussi par des infirmiers, ou encore des syndicats de praticiens des hôpitaux publics. Un attelage inédit », observent les journalistes.
Elles notent ainsi : « Annulation de consultations, fermetures de cabinets, de blocs opératoires de cliniques… Depuis lundi, la situation est scrutée de près, au ministère de la Santé, alors que le système de soins est sous la pression des épidémies hivernales, en particulier de grippe ».
Mattea Battaglia et Camille Stromboni remarquent que « s’il n’existe pas d’indicateur permettant de mesurer précisément l’ampleur du mouvement, de premiers chiffres ont été communiqués […] : au premier jour de la grève, l’activité a baissé de 15% chez les médecins généralistes, et de 6% chez les spécialistes ».
« Dès le début de semaine, les SAMU et services d’urgences publics se sont inquiétés de l’impact ressenti dans leurs murs, alertant sur une hausse de 30% à 50% des appels urgents à prendre en charge, alors que leurs services sont en «saturation majeure» », continuent les journalistes.
Elles ajoutent que « les appels à déprogrammer l’activité chirurgicale dans les cliniques doivent monter en puissance à compter du week-end, marqué par une manifestation prévue à Paris, samedi 10 janvier. Le lendemain, dimanche 11 janvier, quelque 2000 spécialistes […] menacent de participer à une opération d’«exil à Bruxelles», selon le syndicat Le Bloc, à l’origine du mouvement. L’objectif assumé : «créer une situation sanitaire politiquement insupportable», a fait valoir […] Philippe Cuq, président de l’Union des chirurgiens de France ».
Mattea Battaglia et Camille Stromboni précisent que « la démarche, extrême, est partie à l’automne 2025 d’une opposition à une mesure honnie des libéraux, inscrite dans le budget de la Sécurité sociale, sur les dépassements d’honoraires qui ne cessent d’augmenter. Le gouvernement prévoyait une surtaxe sur ces sommes demandées aux patients, par les médecins exerçant en secteur 2, au-delà des tarifs remboursés par la Sécurité sociale ».
« La surtaxe a finalement été supprimée du texte définitif, adopté le 16 décembre 2025. Même chose de l’obligation faite aux médecins de remplir le dossier médical partagé, sous peine de pénalité ; une mesure qui peut sembler technique, mais qui a hérissé la profession. Elle a finalement été retoquée lors du passage du texte budgétaire devant le Conseil constitutionnel », rappellent les journalistes.
Elles observent que « les médecins n’ont pas pour autant baissé la garde. Aux racines de cette colère, un dispositif encore hypothétique a mis le feu aux poudres : le texte budgétaire prévoit la possibilité, pour l’Assurance-maladie, de revoir les tarifs des actes médicaux, en dehors des négociations avec leurs syndicats. Un mécanisme dénoncé comme «unilatéral», «autoritaire» et qui rompt avec les principes fondateurs de la convention médicale liant les médecins libéraux à la puissance publique ».
Mattea Battaglia et Camille Stromboni continuent : « Qui aurait pu penser qu’une levée de boucliers des chirurgiens libéraux défendant les dépassements d’honoraires aboutirait à un mouvement aujourd’hui soutenu jusqu’à certains syndicats des hôpitaux publics ? Le malaise couvait ».
L’intersyndicale Action Praticiens Hôpital indique ainsi que « la crise que traverse actuellement la médecine ambulatoire rejoint celle vécue depuis plusieurs années par le secteur hospitalier ».
Les journalistes relèvent que « les motifs de mécontentement ont aussi eu le temps de se multiplier, au gré d’un débat parlementaire chaotique. Une liste à la Prévert de crispations, qui juxtapose des mesures actées – un budget jugé insuffisant, une limitation de la durée des arrêts maladie – et des craintes plus générales, telle celle d’un futur encadrement de l’installation des médecins. .
Mobilisation des médecins libéraux : aux racines de la colère
Appelé par tous les syndicats représentatifs de la profession, le mouvement de grève du 5 au 15 janvier agrège différents mots d’ordre. Selon les premières estimations communiquées par la ministre de la santé, l’activité a baissé, lundi, de 15 % chez les généralistes, de 6 % chez les spécialistes.

Catherine Oliveres Ghouti, dermatologue à Paris, est en grève pour la première fois, à 79 ans. Lundi 5 janvier, elle a tiré le rideau du cabinet qu’elle partage avec un collègue cardiologue, mobilisé lui aussi. Pour au moins une semaine. Elle n’a maintenu que les interventions urgentes, pour des cancers cutanés. « On a un peu l’impression d’être invisibles, entre la neige et les agriculteurs », confie la médecin, membre du Syndicat national des dermatologues-vénéréologues. Et de citer, pêle-mêle, pour expliquer sa mobilisation, la crainte d’une « étatisation » de la médecine, son opposition aux remises en question du caractère libéral de sa profession, sans oublier le nombre de jeunes internes formés en dermatologie, qu’elle juge très insuffisant.
Du 5 au 15 janvier, « la médecine libérale ne répond plus ». Voilà des mois que l’avertissement, lancé en amont des débats sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, et désormais porté – fait rare – par l’ensemble des syndicats représentatifs de la profession (MG France, CSMF, Avenir Spé-Le Bloc, FMF, SML, UFML-S), résonne. Il se concrétise aujourd’hui, dans un mouvement diffus de ras-le-bol exprimé par des praticiens libéraux de toutes spécialités, étudiants et jeunes médecins compris, soutenu par la Fédération de l’hospitalisation privée, mais aussi par des infirmiers, ou encore des syndicats de praticiens des hôpitaux publics. Un attelage inédit.
Annulation de consultations, fermetures de cabinets, de blocs opératoires de cliniques… Depuis lundi, la situation est scrutée de près, au ministère de la santé, alors que le système de soins est sous la pression des épidémies hivernales, en particulier de grippe.
SAMU et urgences en « saturation majeure »
S’il n’existe pas d’indicateur permettant de mesurer précisément l’ampleur du mouvement, de premiers chiffres ont été communiqués, mercredi 7 janvier, par la ministre de la santé, Stéphanie Rist, interrogée au Sénat : au premier jour de la grève, l’activité a baissé de 15 % chez les médecins généralistes, et de 6 % chez les spécialistes, a-t-elle affirmé. Dès le début de semaine, les SAMU et services d’urgences publics se sont inquiétés de l’impact ressenti dans leurs murs, alertant sur une hausse de 30 % à 50 % des appels urgents à prendre en charge, alors que leurs services sont en « saturation majeure ».
A écouter nombre de médecins mobilisés, ce n’est que le début : les appels à déprogrammer l’activité chirurgicale dans les cliniques doivent monter en puissance à compter du week-end, marqué par une manifestation prévue à Paris, samedi 10 janvier. Le lendemain, dimanche 11 janvier, quelque 2 000 spécialistes – chirurgiens, gynécologues, anesthésistes… – menacent de participer à une opération d’« exil à Bruxelles », selon le syndicat Le Bloc, à l’origine du mouvement. L’objectif assumé : « créer une situation sanitaire politiquement insupportable », a fait valoir devant la presse Philippe Cuq, président de l’Union des chirurgiens de France.
La démarche, extrême, est partie à l’automne 2025 d’une opposition à une mesure honnie des libéraux, inscrite dans le budget de la Sécurité sociale, sur les dépassements d’honoraires qui ne cessent d’augmenter. Le gouvernement prévoyait une surtaxe sur ces sommes demandées aux patients, par les médecins exerçant en secteur 2, au-delà des tarifs remboursés par la Sécurité sociale. La surtaxe a finalement été supprimée du texte définitif, adopté le 16 décembre 2025. Même chose de l’obligation faite aux médecins de remplir le dossier médical partagé, sous peine de pénalité ; une mesure qui peut sembler technique, mais qui a hérissé la profession. Elle a finalement été retoquée lors du passage du texte budgétaire devant le Conseil constitutionnel.
Les médecins n’ont pas pour autant baissé la garde. Aux racines de cette colère, un dispositif encore hypothétique a mis le feu aux poudres : le texte budgétaire prévoit la possibilité, pour l’Assurance-maladie, de revoir les tarifs des actes médicaux, en dehors des négociations avec leurs syndicats. Un mécanisme dénoncé comme « unilatéral », « autoritaire »et qui rompt avec les principes fondateurs de la convention médicale liant les médecins libéraux à la puissance publique.
Au ministère de la santé, on a tenté dedéminer, en janvier, à coups de lettres aux médecins et d’interviews pour lever les « malentendus » et « fausses informations ». Mais l’assurance de ne pas recourir à cette possibilité de faire évoluer les tarifs, inscrite dans le texte budgétaire par un amendement des parlementaires, n’a pas convaincu.
Qui aurait pu penser qu’une levée de boucliers des chirurgiens libéraux défendant les dépassements d’honoraires aboutirait à un mouvement aujourd’hui soutenu jusqu’à certains syndicats des hôpitaux publics ? Le malaise couvait. « La crise que traverse actuellement la médecine ambulatoire rejoint celle vécue depuis plusieurs années par le secteur hospitalier », écrit l’intersyndicale Action Praticiens Hôpital dans un communiqué du 5 janvier.
« Absence de cap politique »
Les motifs de mécontentement ont aussi eu le temps de se multiplier, au gré d’un débat parlementaire chaotique. Une liste à la Prévert de crispations, qui juxtapose des mesures actées – un budget jugé insuffisant, une limitation de la durée des arrêts maladie – et des craintes plus générales, telle celle d’un futur encadrement de l’installation des médecins. Du côté des généralistes, on tire à boulets rouges sur le renforcement du contrôle dans la prescription des arrêts maladie, envisagé dans le projet de loi de lutte contre les fraudes sociales et fiscales.
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Un mouvement corporatiste ? Le terme, un peu péjoratif, est en partie assumé par les porte-parole de la profession, au nom de la défense du système de soins. Mais tous le disent : l’inquiétude va au-delà. « Cela dépasse le corporatisme, si la mobilisation est aussi importante, c’est que plusieurs “couches” se sont cristallisées, et l’absence de cap politique y participe largement, juge Patrick Gasser, gastro-entérologue qui vient de quitter la présidence du syndicat Avenir Spé-Le Bloc. L’exercice médical est de plus en plus difficile, et on ne fait que mettre des pansements sur chaque problème, sans rien régler. »
Avec une dizaine de ministres qui se sont succédé avenue de Ségur, au cours du second quinquennat Macron, et une multiplication d’annonces à chaque nouvelle arrivée – le dispositif « France santé » pour lutter contre les déserts médicaux n’étant que la dernière en date –, le contexte politique a rarement semblé aussi incertain.
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On se souvient d’un précédent mouvement de grève de la médecine libérale, à l’hiver 2022-2023, en pleine négociation avec l’Assurance-maladie sur la convention médicale. Au printemps 2024, la fixation des tarifs hospitaliers différenciés entre hôpitaux publics et cliniques – à la défaveur de ces dernières – a aussi provoqué l’ire de ces établissements privés à but lucratif et des professionnels libéraux. Les appels à la grève avaient finalement été levés, après des « engagements »obtenus auprès du gouvernement.
« Le pacte entre l’Assurance-maladie et les médecins est rompu », estime Olivier Gronier, président de la commission médicale d’établissement du groupe hospitalier Saint-Vincent, à Strasbourg, qui a signé avec ses collègues des cliniques alsaciennes un communiqué de mobilisation. « Cette porte ouverte à l’incertitude tarifaire, alors que la médecine se paupérise, c’est la goutte d’eau, affirme le gastro-entérologue. On est en train de se faire déclasser par les autres pays européens, le bateau coule, et l’Etat remet un coup dans la cale. » En grève depuis lundi, il a été réquisitionné.
Président du Syndicat national des pédiatres français, le docteur Eric Sellam, qui s’arrêtera les 12, 13 et 14 janvier, l’assure : « Il ne s’agit pas de réclamer de l’argent, affirme le pédiatre à Limoges, qui exerce, lui, en secteur 1. Mais de lancer un cri d’alarme pour que les attaques contre la médecine libérale s’arrêtent. Le malaise est fort, les libéraux ont l’impression d’être sans arrêt montrés du doigt, comme les mauvais élèves, responsables du déficit de la “Sécu”… On veut rester des partenaires. »
Les médecins généralistes contactés font état d’une mobilisation importante, mais souvent « perlée ». Gaëlle Lunardi, qui exerce dans un cabinet en Isère, s’est mise en grève pour dénoncer, en premier lieu, les « attaques contre l’indépendance professionnelle » concernant notamment la prescription des arrêts maladie. Yohan Saynac, vice-président de MG France, qui exerce en maison de santé à Pantin (Seine-Saint-Denis), évoque un sentiment de « rupture de confiance avec les tutelles ». « Même si certaines mesures ont été écartées, elles témoignent d’une volonté politique, et il n’est pas exclu qu’elles refassent surface », craint-il.
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