Les dessous de la politique de l’Oncle Sam – Noam Chomsky Résumé et podcast du livre
Dans Les dessous de la politique de l’Oncle Sam(1996), Noam Chomsky présente succinctement, mais avec une remarquable précision, les exactions perpétrées par les États-Unis dans le monde entier. Il y dénonce une hypocrisie morale qui masque la brutalité de leur politique.

publié le 02/01/2026 https://elucid.media/podcast-resume-livre/les-dessous-de-la-politique-de-l-oncle-sam-noam-chomsky
Par Élucid
L’ouvrage montre comment, depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont agi pour demeurer la première puissance mondiale. Les stratèges américains, George Kennan en tête, n’ont reculé devant aucun crime pour défendre les intérêts économiques américains et, ainsi, assurer leur domination sur le monde.
Ce qu’il faut retenir :
La puissance et l’influence des États-Unis sur le monde sont sans commune mesure dans l’histoire de l’humanité. Mais, comme pour tous les empires, l’expansion est la première règle de la survie. Cet élargissement constant se fait bien sûr au détriment des peuples du monde, qui sont sommés de se soumettre ou d’en subir les conséquences.
Washington ne recule devant rien : coups d’États, soutien à des groupes terroristes, invasion, propagande de masse, tout est justifiable pour la défense des intérêts américains, surtout ceux des investisseurs. Ces derniers entendent bien défendre leurs intérêts contre ceux du peuple, contre l’intérêt public.
Maintenir la masse ignorante dans l’apathie générale et la soumission est fondamental pour éviter que le système du « libre marché » ne soit remis en cause. Le véritable ennemi du gouvernement américain et des grandes entreprises est le peuple, qui menace leurs privilèges.
Biographie de l’auteur
Noam Chomsky, né en 1928 à Philadelphie, est un linguiste américain, professeur émérite de linguistique au Massachusetts Institute of Technology où il a enseigné durant l’intégralité de sa carrière. Également connu pour son activisme politique et sa critique de la politique étrangère et des médias américains, il s’affiche comme un sympathisant de l’anarcho-syndicalisme. Entre autres, il fustige l’utilisation du terme « terroriste » qui, selon lui, permet aux gouvernements de se dédouaner de la dimension terroriste de leurs propres politiques. Il est également un fervent défenseur de la liberté d’expression.
Très apprécié par l’extrême gauche, Noam Chomsky est soumis à de vives critiques de la part des libéraux et des partisans de la droite américaine. Il reste pourtant reconnu comme l’un des plus grands intellectuels vivants, ayant notamment reçu de nombreux diplômes honorifiques des plus grandes universités du monde.
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Plan de l’ouvrage
I. Les objectifs de la politique étrangère
II. Dévastation à l’étranger
III. Lavage de cerveau à domicile
Synthèse de l’ouvrage
I. Les principaux objectifs de la politique étrangère américaine
La Seconde Guerre mondiale marqua, au contraire des pays européens, un formidable essor pour les États-Unis. Dans le cadre de l’économie de guerre, de forts investissements publics permirent de faire tripler la production américaine. Au sortir de la guerre, les Américains détiennent ainsi 50 % de la richesse mondiale.
En outre, le contrôle des rives des deux océans qui les bordent et la possession de l’arme nucléaire leur assurent une domination totale sur le monde. George Kennan, stratège américain, fut chargé d’élaborer la doctrine américaine – encore en vigueur aujourd’hui. Dans une étude de 1948, la Policy Planning Study (PPS 23), il expose les objectifs primordiaux des États-Unis : « protéger nos matières premières » (en réalité, celles qu’ils s’accaparent dans le Tiers monde) et combattre l’hérésie nationaliste qui prône l’idée que « le gouvernement [doit être] directement responsable du bien-être du peuple », c’est-à-dire l’idéologie communiste.
Une fois ces principes posés, les Américains développèrent la théorie de la « Grande zone », c’est-à-dire l’ensemble des régions qui doivent être assujetties pour répondre aux besoins de l’empire américain. Cette zone regroupe l’Europe de l’Ouest, de l’Est, l’Extrême-Orient, l’ancien Empire britannique, le Moyen-Orient, le reste du Tiers monde et, finalement, la planète entière. Chaque région se vit attribuer une tâche : l’Allemagne et le Japon devaient devenir de grands ateliers industriels, l’Amérique latine et le Moyen-Orient, des fournisseurs de matières premières à bas coût, etc.
Les États-Unis s’autoattribuent deux rôles : premièrement, intimider les récalcitrants en usant de leur force militaire, voire nucléaire, et, deuxièmement, subventionner l’industrie américaine (militaire, agricole, technologique, etc.) tout en forçant le reste du monde à adopter le libre-échange. En effet, le libre-échange n’est qu’une théorie de façade, que l’on impose aux autres, mais que l’on n’applique pas à soi-même. « Le libre-échange, c’est bien beau dans les facultés de sciences économiques et les éditoriaux des journaux, mais personne au sein des grandes entreprises ou du gouvernement ne prend cette doctrine au sérieux ».
À la fin de la guerre, les États-Unis devaient de toute urgence chercher des débouchés économiques pour leur gigantesque industrie. Ainsi, « l’ordre traditionnel de droite devait être restauré : monde des affaires dominant, travailleurs divisés et affaiblis, et le fardeau de la reconstruction placer sur les épaules des plus pauvres ». Il fallut ainsi réprimer les mouvements populaires qui avaient lutté pendant la guerre pour renverser les régimes fasciste et nazi, en les empêchant de détruire les structures et les personnes dont les Américains auraient besoin.La répression contre les mouvements démocratiques fut particulièrement violente, spécialement en Italie et en Grèce.
De manière générale, en Europe ou dans le Tiers monde, les Américains sont « fermement opposés à la démocratie chaque fois [qu’ils n’ont] pas été sûrs de pouvoir en contrôler les conséquences ».
Aucun pays n’est à l’abri d’être victime de cette politique. En effet, les États-Unis veulent à tout prix éviter qu’un pays soit en mesure de faire sortir sa population de la pauvreté, de peur que ses voisins l’imitent (théorie du domino). Les investisseurs américains auraient alors plus de difficultés à s’installer aisément et à bas prix à l’étranger. Autrement dit, « le danger, c’est que la pourriture – le développement social et économique – pourrait se répandre ».
En définitive, George Kennan et les autres stratèges américains envisagent la politique étrangère américaine comme une campagne de domination sur le monde entier. Dans cette perspective, par exemple, le Japon doit rester fasciste, mais sous la coupe des États-Unis qui détiendraient 90 % des approvisionnements japonais en pétrole.
De même, les Américains prévoyaient de contrôler le Moyen-Orient, non pas pour s’approvisionner en pétrole (l’Amérique latine suffit pour sécuriser les stocks américains), mais pour maîtriser le prix du pétrole, un des principaux leviers de puissance dans le monde.
Enfin, l’Europe devait être traitée avec précaution. En effet, avec une économie importante, une population plus nombreuse et mieux instruite, l’Europe était la menace la plus sérieuse à la puissance américaine. Si l’Europe parvenait à s’unifier véritablement, les États-Unis risquaient de devenir une puissance de second ordre. « C’est d’autant plus vrai que sous la direction des Allemands, l’Europe prend les devants en réintégrant l’Europe de l’Est dans son rôle traditionnel de colonie économique et de zone essentiellement tiers-mondiste ».
La politique extérieure américaine, loin d’être une succession hasardeuse de réussite ou d’échec, est dirigée soigneusement vers un but précis et conscient. « En fait, nos dirigeants ont plutôt bien réussi dans les tâches qu’ils se sont assignées, et ce, dans les limites du possible. »
II. Dévastations à l’étranger
Lars Schoultz, spécialiste des droits de l’Homme en Amérique latine, a publié une étude particulièrement intéressante, dans laquelle il s’efforce de démontrer que « l’aide américaine a eu tendance à affluer dans des proportions nettement plus grandes vers les gouvernements latino-américains qui torturent leurs citoyens ».
La stratégie américaine dans la région est très simple : soutenir et organiser des coups d’État militaires amenant une junte au pouvoir, puis laisser les militaires ruiner le pays par l’endettement, l’ouverture à la mondialisation et l’obéissance aux règles imposées par le FMI et la Banque mondiale pour « redresser » le pays.
« Ce modèle de développement basé sur les exportations agricoles produit habituellement un miracle économique grâce auquel le PIB s’accroît, alors que la grande majorité de la population meurt de faim. Lorsque vous adoptez une telle approche, l’opposition populaire augmente inévitablement, et vous l’éliminez ensuite par la terreur et la torture. »
En 1979, les Nicaraguayens, menés par les révolutionnaires sandinistes, renversèrent le dictateur Anastasio Somoza. « La haine suscitée par les sandinistes parce qu’ils redirigeaient les ressources vers les pauvres était vraiment stupéfiante. La quasi-totalité des décideurs politiques américains la partageait et elle finit presque par se muer en folie furieuse ». Mais, durant la décennie qui suivit, les Américains ne parvinrent pas à renverser le gouvernement populiste du Nicaragua – ceci malgré le soutien intense qu’ils offrirent aux organisations terroristes contras.
Pour se débarrasser définitivement du gouvernement sandiniste, les États-Unis forcèrent la Banque mondiale et la Banque de développement interaméricaine à cesser leur assistance au pays. Ils renforcèrent également leur aide aux contras, qu’ils incitèrent à attaquer des « cibles vulnérables ». L’effet recherché était de forcer le gouvernement nicaraguayen à consacrer ses faibles moyens à la guerre pour tuer tout espoir de développement économique et social.Washington porta le coup de grâce en proposant un plan de paix factice en 1987 : se pliant au traité que le gouvernement avait signé, l’armée nicaraguayenne recula, mais les États-Unis en profitèrent pour augmenter l’envoi d’armes aux contras qui massacrèrent plus de civils encore.
En 1990, lors de l’ouverture de la campagne électorale, les États-Unis laissèrent entendre que l’embargo économique et la terreur par les contras seraient maintenus si les Nicaraguayens ne votaient pas correctement – c’est-à-dire pour Violetta Chamorro. « Il faut être une espèce de nazi ou de stalinien pour considérer comme libres et loyales des élections organisées dans de telles conditions ».
L’action des États-Unis ne se limite pas à l’Amérique latine. Dans les années 1980, les pays d’Europe de l’Est doivent faire face au pillage de la région par les États d’Europe de l’Ouest. L’Ouest, s’intéresse de près à la main-d’œuvre bon marché et nombreuse qu’offrent les pays de l’Est, spécialement l’Allemagne pour ses usines d’assemblages. Mais, le vide laissé par la disparition de l’Union soviétique fut également exploité par les États-Unis. Comme les autres États européens, les Américains profitèrent de la situation en Europe de l’Est.
Ainsi, la fin de la Guerre froide ne consacra pas une nouvelle paix mondiale. Au contraire, dans un climat de confrontation, chaque État tenta de tourner la situation à son avantage. Or, le terrain le plus favorable aux États-Unis, c’est celui du recours à la force. En effet, la diplomatie n’est pas le point fort des Américains. Leur talent de négociation est très limité. Ils préfèrent se comporter comme un État mafieux et frapper sans effort les États plus faibles. Leur puissance militaire et nucléaire leur permet d’étendre leur influence dans le monde, se créant un gigantesque réseau de racket mondial pour extorquer toutes sortes de biens aux pays du monde entier.
En conséquence, plus les choses avancent et plus « la société dérive vers un profil tiers-mondiste, avec des îlots de grande richesse et de privilèges dans un océan de misère et de souffrances ».
III. Lavage de cerveau à domicile
L’utilité de la guerre froide
Selon George Kennan, « ce n’est pas la puissance militaire russe qui menace [les États-Unis], mais bien la puissance politique russe ». Eisenhower confirme cette position américaine lorsqu’il affirme que les Russes n’ont jamais eu l’intention de conquérir l’Europe de l’Ouest.
Le véritable rôle de l’OTAN, toujours selon Eisenhower, était de renforcer la confiance des populations dans les gouvernements de l’Ouest, pour les rendre politiquement plus résistantes à la doctrine communiste. Cette idée est très bien exposée par le secrétaire d’État John Foster Dulles, lorsque ce dernier se plaint à son frère Allen, directeur de la CIA, de l’influence des communistes : « Ce sont les pauvres qu’ils attirent, et ils ont toujours voulu dépouiller les riches », dit-il. Ce n’était évidemment pas compatible avec l’idée selon laquelle ce sont les riches qui doivent dépouiller les pauvres.
De cette manière, chacun des deux blocs s’est largement employé à diaboliser l’adversaire. « Chaque superpuissance contrôlait son principal ennemi, c’est-à-dire sa propre population, en la terrorisant avec les crimes (tout à fait réels) commis par l’autre ».
La guerre contre la drogue
La fin de la Guerre froide a rebattu les cartes. Désormais, les États-Unis ont les mains libres pour mener leur politique de terreur sans craindre que les Soviétiques ne réagissent. Mais, l’effondrement de leur ennemi héréditaire les força à en inventer de nouveaux pour maintenir la population dans la peur.
Ainsi, « pour remplacer l’Empire du Mal qui venait de disparaitre, on se rabattit sur la menace que constituaient les trafiquants de drogues d’Amérique latine ». Or, à cette époque, le nombre de morts causées par la consommation de drogues illégales s’élève à 3 500 par an aux États-Unis, contre 100 000 pour l’alcool et 300 000 pour le tabac. Pourtant, ce sont les drogues illégales qui sont devenues une « menace existentielle » pour les États-Unis. En réalité, cette « guerre contre la drogue », qui tenait tant à cœur à Ronald Reagan, servait à masquer l’interventionnisme impérialiste en Amérique latine, et, sur le plan interne, à distraire la population. Cela permit également de justifier auprès de la population l’intensification de la répression dans certains quartiers et les limitations excessives des libertés fondamentales.
Un système orwellien
Pour le gouvernement américain, la démocratie est l’ennemi. En effet, il est indispensable pour mener à bien leur politique de domination que certaines tranches restent apathiques, c’est-à-dire qu’elles ne s’organisent pas suffisamment pour être actives dans l’espace public. Ainsi, les discours politiques sont truffés de double sens orwelliens. Par exemple, l’expression par le peuple de son mécontentement ne s’appelle pas une « manifestation populaire », mais une « crise de la démocratie ». De même, les manifestations dans les pays du Tiers monde qui intéressent les États-Unis sont qualifiées « d’agressions », ce qui justifie d’agir en légitime défense.
Ainsi, les partis démocrates furent accusés de défendre des intérêts particuliers contre un intérêt prétendument général. Les intérêts défendus étaient ceux des travailleurs, des femmes, des fermiers, des jeunes, des personnes âgées – en somme, de toute la population. « Il n’y a qu’un seul secteur de la population qui n’est pas inscrit sur la liste des intérêts particuliers : les grandes entreprises et les gens d’affaires en général ». Paradoxalement, les républicains, qui accusent les démocrates de défendre une frange limitée de la population, ont en réalité une conscience de classe bien plus ferme qu’eux.
Socialisme, vrai et faux
Le terme « socialisme » désigne l’idée selon laquelle le contrôle de la production devrait revenir à ceux qui produisent, c’est-à-dire aux travailleurs eux-mêmes. Cependant, le gouvernement américain s’efforça d’associer le terme à l’Union soviétique et aux horreurs commises par le régime, spécialement par Lénine et Staline. Dans ces conditions, il était aisé de soumettre le peuple américain aux structures autoritaires du capitalisme d’État et de défendre ainsi les intérêts des grandes entreprises.
Une étude plus poussée de la réalité soviétique montre que le régime de l’URSS était loin de pouvoir revendiquer le qualificatif « socialiste ». Aussitôt le coup d’État réalisé en 1917, les bolchéviques prirent des mesures pour éliminer les socialistes russes et « appelèrent leur système, socialiste, de façon à exploiter le prestige moral du socialisme. Les Occidentaux adoptèrent la même acception pour la raison contraire : ils voulaient dénigrer les idéaux libertaires ».
Les médias
Qu’ils soient de « gauche » ou de « droite », les grands médias sont avant tout des instruments de la communication des grandes entreprises possédées et reliées entre elles par d’immenses conglomérats. De cette manière, les médias, comme n’importe quelle entreprise, veulent vendre un produit sur un marché, en l’espèce, le marché de la publicité et leur produit, leurs lecteurs, auditeurs et téléspectateurs. Ils monétisent ainsi l’image d’autres entreprises et, par-là, permettent le maintien d’un système économique qui assure leur subsistance.
Dans ces conditions, les grands médias ne peuvent être indépendants. Pour être compétitifs, ils doivent avoir leurs entrées auprès des autorités publiques afin d’obtenir des « scoops » et d’attirer le public. Les « fuites », par exemple, sont souvent montées de toutes pièces par les autorités, complices des médias. Les pouvoirs publics attendent, en retour, que les médias se soumettent aux cercles du pouvoir. Ceux qui refuseraient de le faire sont punis par les marchés financiers ou victimes de campagne de dénigrement et de diffamation.
Les médias du système ciblent les 20 % de la population instruite, ceux qui possèdent le pouvoir de décision. Les 80 % restant, les « spectateurs de l’action », ceux qui doivent suivre les ordres, sont la cible des médias de masse (émissions sportives, télé-réalité, tabloïds, talk-show, etc.).
La masse des prolétaires doit être maintenue dans « la passivité, la soumission, la sacro-sainte vertu de l’avidité et du gain personnel, le manque d’intérêt pour autrui, la crainte d’ennemis réels ou imaginaires, etc. Le but est de garder le troupeau ignorant des choses du monde, car il pourrait avoir la mauvaise idée de vouloir le changer ».