« D’une certaine manière, c’est une réussite » : dix ans des nouvelles régions, l’ex-président de Midi-Pyrénées livre son analyse

Écrit parMélissa Le Roy
Publié le01/01/2026 à 16h42 https://ebx.sh/U6Dxtn
Temps de lecture : 4 mins
Les nouvelles régions soufflent leur dixième bougie, ce jeudi 1er janvier 2026. À l’origine, elles avaient été mises en place pour réaliser des économies, simplifier l’administratif et devenir plus compétitives. Martin Malvy, dernier président de Midi-Pyrénées, a observé cette évolution et nous donne sa vision de la situation.
Ce 1er janvier 2026 sonne les dix ans des nouvelles régions françaises. Depuis 2016, le Midi-Pyrénées et le Languedoc-Roussillon forment un tout : l’Occitanie. Mise en œuvre sous la présidence de François Hollande, cette réforme visait à simplifier l’administratif, rendre les régions compétitives et surtout, réaliser des économies.
L’ancien président de la région Midi-Pyrénées, Martin Malvy, qui s’est retiré de la vie politique il y a dix ans, a observé l’évolution de ce redécoupage. Il donne son regard sur la situation.
France 3 Occitanie : Après dix ans, qu’est-ce que vous pensez de cette réforme concernant l’Occitanie ?
Martin Malvy : Je pense que d’une certaine manière, c’est une réussite. Si nous étions restés des régions individuelles, les mêmes problèmes seraient là aujourd’hui. J’ai été président de la région Occitanie pendant les trois derniers jours de mes fonctions. Carole Delga [présidente de la région Occitanie, ndlr] m’avait chargé de trouver le nom de la région avec une commission.
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Et finalement, chacun a fait de ce nouveau sigle, le sien. Il y a un sentiment d’appartenance relativement fort à la région Occitanie. L’équipe régionale et Carole Delga ont accompli un travail exceptionnel. La région a une consistance et une existence. J’avais des craintes au début, car effectivement c’est une très grande région, mais elle est très bien installée et organisée. Je tire mon chapeau à Carole Delga.
« L’Occitanie, c’est dans nos veines »
Comment percevez-vous ce sentiment d’appartenance à la région ?
Martin Malvy : Le terme même d’Occitanie est rassembleur. Culturellement, il met en avant un passé, une histoire. L’Occitanie c’est notre terre, nous sommes les Occitans. Je pense que ce terme a aidé à la fusion. L’Occitanie, c’est dans nos veines. Le sigle s’était d’ailleurs imposé de lui-même lors des deux commissions que nous avions réalisées pour choisir le nouveau nom.
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Vous disiez que les mêmes problèmes seraient là si les régions étaient encore séparées, de quelles problématiques parlez-vous ?
Martin Malvy : Je parle d’un problème de compétences, de responsabilités. Les réformes successives n’ont pas mis en valeur les fonctions des collectivités territoriales. Parfois, plus personne ne sait qui fait quoi. Au fil des ans, les régions ont essayé de combler un certain nombre d’insuffisances. Mais ce besoin des collectivités d’agir sur des compétences qui ne sont pas forcément les leurs fait que les citoyens sont perdus, sauf que pour que la démocratie fonctionne, il faut que les citoyens en comprennent l’organisation.
La région s’est étendue sur un territoire plus vaste et, avec les mesures de Carole Delga, il y a eu des progrès sur le domaine économique, environnemental, dans l’éducation, mais aussi des progrès sur les infrastructures.Martin Malvy
Ex-président de la région Midi-Pyrénées
Il faut que les décideurs nationaux prennent le temps de déterminer les compétences entre l’Etat et les collectivités territoriales, et entre les collectivités territoriales elles-mêmes. C’est un travail qui a été commencé mais pas achevé. Il faut poursuivre la construction de la décentralisation en France.
Un des grands objectifs de cette réforme était de réduire les dépenses, est-ce que, selon vous, elle a eu l’effet escompté ?
Compétitivité, oui, mais sans économies
Martin Malvy : Je n’ai jamais cru les promesses tenues sur une fusion qui réaliserait des économies *. Le mode de fonctionnement des régions est différent, donc les dépenses diffèrent. Une région peut dépenser plus qu’une autre dans un secteur. Finalement, l’alignement des dépenses s’est fait par le haut. Dix ans, c’est un temps suffisant pour l’harmonisation des politiques, donc pour moi, il n’y aura pas d’économies à l’avenir, à part si elles sont forcées.
Cette réforme a-t-elle eu des points positifs ?
Martin Malvy : Oui, elle a renforcé l’action de la région, l’Occitanie est reconnue sur le territoire. Que la fusion entraîne des réductions des dépenses, je n’y avais jamais cru, mais qu’elle permette aux régions de devenir plus compétitives, c’est un fait. La région s’est étendue sur un territoire plus vaste et, avec les mesures de Carole Delga, il y a eu des progrès sur le domaine économique, environnemental, dans l’éducation, mais aussi des progrès sur les infrastructures. Ça a eu un bon effet sur les politiques et ça a été bien exploité.
*Finances locales, fusion des régions : le bilan de la Cour des comptes
Publié le 4 octobre 2019 https://www.vie-publique.fr/en-bref/270994-finances-locales-fusion-des-regions-le-bilan-de-la-cour-des-comptes
Temps de lecture 3 minutes
Par : La Rédaction
L’embellie financière des collectivités locales constatée pour l’année 2018 devrait se confirmer en 2019.
C’est la conclusion de la Cour des comptes qui a publié la deuxième partie de son rapport annuel sur les finances publiques locales le 24 septembre 2019.
Dans ce rapport, la Cour des comptes dresse aussi un bilan des fusions de régions réalisées début 2016 et constate que les économies promises ne sont pas toujours au rendez-vous.
Une situation financière qui s’améliore
La Cour des comptes présente désormais en deux temps son rapport annuel sur les finances publiques locales. Le premier fascicule, publié en juin 2019, soulignait la bonne santé financière des collectivités locales caractérisée par un excédent financier de 2,3 milliards d’euros en 2018 (+0,7milliard par rapport à 2017).
Le deuxième fascicule, publié en septembre 2019, décrit un contexte financier qui devrait rester favorable aux collectivités locales. Plusieurs facteurs l’expliquent :
- la progression des concours de l’État. Après quatre années de baisse (2014-2018), ces financements devraient atteindre 48,27 milliards d’euros fin 2019 (contre 48,1 en 2018) ;
- l’augmentation des transferts financiersde près de 4,2 milliards d’euros due principalement à l’accroissement des contreparties de dégrèvements qui viennent compenser la suppression progressive de la taxe d’habitation ;
- le dynamisme de la fiscalité directe locale. Les produits des impôts locaux directs sur les ménages et les entreprises devraient progresser de 2,7 milliards d’euros, en raison d’un contexte économique favorable et de la revalorisation forfaitaire des valeurs locatives cadastrales (+2,2%).
Cependant, les collectivités prévoient un nouvel accroissement de leurs dépenses d’investissement en 2019 (+14,4% par rapport à 2018) et une reprise de la progression des dépenses de fonctionnement (de l’ordre de 2,1% pour le bloc communal et les départements et de 3,1% en moyenne pour les régions).
La fusion de régions a entraîné un surcoût de dépenses de fonctionnement
Trois ans après la mise en œuvre de la réforme de 2015 et l’adoption d’une nouvelle carte des régions, les économies de gestion annoncées ne sont pas au rendez-vous :
- hausse des dépenses indemnitaires de près de 12% entre 2017 et 2018 dans les régions fusionnées (un peu plus de 6% dans les autres régions) ;
- maintien des effectifs territoriaux dans les sièges des anciennes régions.
Selon la Cour, les régions disposent de marges de manœuvre financières substantielles, du fait d’une fiscalité économique volatile mais dynamique, qui leur a globalement permis d’investir et de contenir leur endettement.
*Les nouvelles « grandes régions » pas plus efficaces que les petites, ni source d’économies pour l’instant
La mise en place des « nouvelles régions », au 1er janvier 2016, n’a pas été source d’économies. C’est l’une des conclusions du rapport de la Cour des comptes sur les « finances publiques locales 2019 », rendu public ce mardi 24 septembre.
Ouest-France Stéphane VERNAYPublié le 24/09/2019 à 14h43 https://www.ouest-france.fr/politique/institutions/cour-des-comptes/les-nouvelles-grandes-regions-pas-plus-efficaces-que-les-petites-ni-source-d-economies-pour-l-6534558
C’était l’un des arguments pour regrouper les régions françaises: en fusionner certaines pour passer de 22 à 13 entités administratives serait source d’économies. Quatre ans après leur création, la Cour des comptes a fait le calcul. Et le compte n’y est pas encore.
« La réforme territoriale s’est avérée bénéfique pour les régions, affirme le rapport sur les Finances publiques 2019 rédigé par la Cour des Comptes, rendu public ce mardi 24 septembre. Dans l’ensemble, celles-ci disposent de marges de manœuvre importantes, portées par une fiscalité économique certes volatile mais dynamique, qui leur a permis d’investir et de contenir leur endettement. »
Des changements encore à venir
Voilà pour le côté positif. Pour le reste, les nouvelles entités n’ont pas fait la preuve de leur efficacité dans au cours de leurs premières années d’exercices, affirment les magistrats de la Cour des comptes. Et leurs dépenses de personnel, elles, ont fait un bond après la fusion.
« La mise en place des nouvelles régions, au 1er janvier 2016, s’est passée sans heurts mais n’a pas apporté, jusqu’à présent, des gains d’efficience », pointe le rapport.
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La raison ? Les nouvelles entités n’étaient pas prêtes à fonctionner à grande échelle et ont eu tendance à conserver leurs organisations d’avant la fusion : « Les gains d’efficience visés par ces réformes restent aujourd’hui limités en raison de la reconduction, dans la majorité des cas, des modes de gestion préexistants. En matière de développement économique, la rationalisation des dispositifs d’intervention est inaboutie. Dans le domaine des transports, la continuité du service public a incité les régions à en maintenir les modalités antérieures et à en différer les évolutions structurelles. De manière générale, la transition vers le plein exercice de leurs compétences dans le nouveau périmètre régional n’est pas achevée. »
Les dépenses de personnel ont fait un bond
À ce défaut de jeunesse – qui devrait se corriger dans le temps – s’est ajoutée une augmentation significative des dépenses de personnels. « La fusion des régions a occasionné dans un premier temps des surcoûts importants, notamment en matière de rémunération des personnels et d’indemnités des élus. Les dispositifs d’intervention ont été souvent harmonisés au plus haut niveau », dit le rapport de la Cour des Comptes.
Explications ? Certaines régions payant mieux leurs agents que leurs voisines, il a fallu aligner les rémunérations après la fusion. Cela s’est fait naturellement par le haut. Pour les fonctionnaires territoriaux… comme pour les élus.
Le régime indemnitaire des agents titulaires de la région Grand Est a ainsi augmenté de +28,3 % entre 2017 et 2018 ; celui de la Bourgogne Franche-Comté de +18,7 % ; +18,5 % en Nouvelle Aquitaine ; +17,6 % en Occitanie.
Une inflation qui a pu avoir un effet de contagion sur certaines régions voisines, même parmi celles qui n’ont pas connu de fusion. Sur la même période, la région Centre-Val-de-Loire a ainsi connu une augmentation de +12,4 % ; la Bretagne de +10,5 % ; les Pays de la Loire de +9,9 %.
À titre de comparaison, l’augmentation n’a été que de +2,1 % en Ile-de-France et de +6,2 % en Provence Alpes Côte d’Azur (régions inchangées). Du côté des régions fusionnées, la région des Hauts-de-France est restée la plus raisonnable, avec une augmentation limitée à +5,1 %.