Contrôler l’aide humanitaire à Gaza : une obsession israélienne
2 janvier 2026 | https://info.mediapart.fr/optiext/optiextension.dll?ID=PytwnNY9Zj29PbGemyHTIwzLMnAcJOuXbOEtOdE80fy4ZtLUjHf6P5kL06zG-vQI3yMI2s3BO30HVtTcfnk
Par Gwenaelle Lenoir
Le bannissement des territoires palestiniens de trente-sept ONG internationales parmi les plus importantes n’est pas une surprise. C’est une étape supplémentaire dans le processus de contrôle complet des acteurs humanitaires par Israël, aux dépens des civils palestiniens.
Soins de santé, distribution alimentaire, hébergement, eau et assainissement, éducation, soutien psychologique : autant de besoins basiques auxquels les Palestinien·nes de la bande de Gaza ont le plus grand mal à subvenir dans un territoire détruit à plus de 80 % selon les Nations unies.
Bientôt, ce sera encore pire. Encore plus difficile. Encore plus insupportable.
Car aujourd’hui, plus de deux cents agences onusiennes et d’ONG internationales travaillent d’arrache-pied, aux côtés du tissu d’organisations locales, à maintenir un semblant de vie basique. Et nombre de ces mêmes acteurs témoignent de la réalité de la guerre génocidaire et de ses conséquences, dans tous les domaines et pour toutes et tous : enfants, femmes, hommes, jeunes, vieillards.

Des Palestiniens vivent dans des abris de fortune et des conditions extrêmement difficiles à Nuseirat, dans la bande de Gaza, le 28 décembre 2025. © Photo Hassan Jedi / Anadolu via AFP
Seulement, depuis le 1er janvier, trente-sept des organisations non gouvernementales internationales les plus importantes et les plus anciennement implantées ont vu leur enregistrement refusé, donc leur autorisation de travail révoquée. Ce dernier est indispensable à leurs activités, à l’entrée des personnels internationaux, des biens et marchandises, et pour le contact avec l’armée israélienne qui facilite les déplacements en zone rouge et évite – normalement – que leurs installations ne soient visées par des tirs ou des frappes.
Les ONG internationales bannies devront avoir plié bagage le 1er mars, ainsi qu’en a décidé le ministère de la diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme, qui les chapeaute depuis le 9 décembre 2024.
Avant cette date, c’était le ministère des affaires sociales qui en était chargé, et tout se passait « à peu près bien », même s’il était déjà difficile pour les employé·es internationaux d’obtenir des visas de travail, expliquait en janvier 2025 au quotidien israélien Haaretz un humanitaire qui tenait à garder l’anonymat pour ne pas aggraver la situation de son organisation. Le renouvellement se faisait quasiment automatiquement.
Mais nouvelle tutelle dit nouveaux critères pour l’enregistrement.
Amichai Chikli, le ministre de la diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme israélien, appartient à l’extrême droite du Likoud et prône l’épuration ethnique de la bande de Gaza. Il affirme, explique ce même article de Haaretz, que c’est dorénavantune équipe composée de représentants des ministères de la défense, des affaires étrangères, de l’alya et de l’intégration, ainsi que du service de renseignement Shin Bet et de la police, qui approuvera, ou refusera, l’enregistrement des ONG et l’entrée de leurs employé·es internationaux.
Contrôler les acteurs
L’appréciation se fait en fonction de critèreslarges et surtout très politiques. Parmi les raisons qui seront invoquées pour refuser l’enregistrement : la négation du caractère juif et démocratique de l’État hébreu, le soutien à la résistance armée ou le maintien de liens avec des groupes terroristes, les activités criminelles qui mettent en danger l’ordre public, la promotion de la délégitimation d’Israël ou l’appel au boycott de ce dernier.
Et puis les ONG internationales doivent remettre aux autorités israéliennes la liste complète de leur personnel, non pas seulement international, ce qu’elles ont déjà par les demandes de visas et d’entrée sur le territoire israélien puis dans la bande de Gaza, mais aussi national, autrement dit tous les Palestinien·nes qui travaillent pour eux.
Israël suspend l’accès de trente-sept ONG à Gaza, dont cinq françaises
Quelques acteurs se plient volontiers à la demande. D’autres refusent. En niant avec véhémence les accusations et en assurant protéger leur personnel.
« Les OING [ONG internationales – ndlr] opèrent dans le cadre de structures de conformité strictes imposées par les bailleurs de fonds, notamment des audits, des contrôles de lutte contre le financement du terrorisme et des exigences de diligence raisonnable conformes aux normes internationales », précise dans un communiqué du 2 janvier Aida, une coalition d’ONG travaillant dans les territoires palestiniens.
Elle reprend : « Plus de cinq cents travailleurs humanitaires ont été tués depuis le 7 octobre 2023. Les OING ne peuvent pas transférer de données personnelles sensibles à une partie au conflit, car cela constituerait une violation des principes humanitaires, du devoir de diligence et des obligations en matière de protection des données. »
L’administration militaire chargée des civil·es palestinien·nes, donc de la coordination avec les organisations humanitaires et des entrées dans la bande de Gaza, a répondu à Mediapart, dans un texte visiblement préparé pour tous les médias : « Le refus de certaines organisations internationales de fournir les informations requises et de coopérer au processus d’enregistrement soulève de sérieuses inquiétudes quant à la sincérité de leurs intentions et à l’existence éventuelle de liens entre l’organisation ou ses employés et le Hamas. » Nous n’avons eu aucune réponse à nos demandes de précisions, et notamment d’exemples.
Dans la lignée des attaques contre l’UNRWA et de la création de la Fondation humanitaire pour Gaza
« Ce sont des accusations récurrentes, mais les autorités israéliennes n’ont jamais fourni aucune preuve. Elles ne sont pas étayées. Il s’agit uniquement de délégitimer les acteurs humanitaires », rappelle à Mediapart l’un d’eux, qui garde l’anonymat.
Il ajoute : « Certaines ONG ont fourni la liste de leur personnel et les Israéliens ont exigé le renvoi de certains employés sans donner de critère objectif. C’est tellement large que quiconque ayant des gens dans son entourage qui ont un jour travaillé avec l’autorité du Hamas peut être viré. Même si cette relation n’a jamais porté une arme, mais a bossé pour le ministère de la culture. On n’en sait rien, en fait. C’est opaque et arbitraire. »À lire aussiEn bannissant des ONG de la bande de Gaza, « Israël viole le droit international humanitaire »
Les humanitaires jugent depuis des mois que le gouvernement israélien cherche à mettre au pas les ONG et tous les acteurs de l’aide à la population de Gaza pour mieux contrôler celle-ci.
Ils et elles voient dans ce refus d’enregistrer les trente-sept organisations concernées une étape de plus dans ce processus ; après les attaques et le bannissement de l’UNRWA, l’agence onusienne de soutien aux réfugié·es palestinien·nes, plus grande pourvoyeuse d’aide dans la bande de Gaza, et la mise en place de la désastreuse Fondation humanitaire pour Gaza (GHF), qui visait à être l’unique pourvoyeuse de nourriture et a fermé ses sites après nombre de massacres et la signature du cessez-le-feu en octobre 2025.
« Parmi les quelques ONG ayant obtenu leur enregistrement figure la Samaritan’s Purse, une très grosse organisation évangélique américaine, qui était une des très rares à collaborer avec la Fondation humanitaire pour Gaza et a travaillé directement avec les Israéliens, notamment pour la distribution de l’aide dans les sites de GHF, reprend l’humanitaire anonyme contacté par Mediapart. Cela ne répond pas aux principes de neutralité et d’impartialité définis dans le droit humanitaire. »
Il faudrait donc être conciliant avec les autorités israéliennes et, pour avoir les faveurs du comité présidé par le ministère de la diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme, ne pas commenter leur politique, ne pas décrire la guerre génocidaire, ni les entraves à l’aide humanitaire.
Contrôler le narratif
« Ils ne veulent pas de témoins internationaux, qui puissent décrire la manipulation de l’aide, par exemple. Car l’entrée de l’aide a été utilisée par les Israéliens pour faciliter le déplacement de population. Notamment lors de l’offensive sur la ville de Gaza, ils ont essayé de faire entrer du matériel pour l’hébergement, les tentes, etc., uniquement dans le Sud, pour faire un appel d’air et pousser la population à se déplacer », assure l’acteur humanitaire.
Les autorités israéliennes, elles, affirment depuis le début de la guerre génocidaire que c’est le Hamas qui détourne l’aide. Ce qui a été démenti par plusieurs enquêtes.
Que cet épisode intervienne alors qu’un cessez-le-feu a été signé, et qu’un processus politique est censé s’ouvrir, interroge sur les intentions israéliennes de poursuivre dans la voie ouverte en octobre. L’acteur humanitaire avec lequel Mediapart s’est entretenu y voit une mesure de rétorsion et une volonté de casser le thermomètre alors que la fièvre monte : « Notre ONG fait partie de celles qui ont alerté sur le nombre de violations depuis le cessez-le-feu et le nombre de tués. Nous avons tiré la sonnette d’alarme auprès de nos bailleurs de fonds, notamment européens. Nous leur avons dit que le cessez-le-feu n’existe que sur le papier et qu’il est temps d’agir. »
Ces derniers jours, nombre d’États et d’organisations transnationales ont demandé aux autorités israéliennes de revenir sur leur décision. L’Union européenne a réagi par la voix de Hadja Lahbib, commissaire européenne chargée de l’humanitaire : « La loi sur l’enregistrement des ONG ne peut être mise en œuvre sous sa forme actuelle. Toutes les barrières à l’accès humanitaire doivent être levées. Le droit international humanitaire (DIH) ne laisse aucune place au doute : l’aide doit parvenir à ceux qui en ont besoin. »À lire aussiBande de Gaza : le risque de l’enlisement
Le 30 décembre 2025, à l’annonce des bannissements, les ministres des affaires étrangères de dix pays (Canada, Danemark, Finlande, France, Grande-Bretagne, Islande, Japon, Norvège, Suède et Suisse) ont rappelé que la situation humanitaire dans la bande de Gaza était catastrophique et demandé à ce que les ONG internationales puissent y travailler « de manière durable et dans un cadre prévisible ».
« Les ONG internationales jouent un rôle indispensable dans la réponse humanitaire et, en travaillant en coopération avec les institutions de l’ONU et les organisations palestiniennes, elles fournissent collectivement près d’un milliard de dollars d’aide humanitaire chaque année en Palestine. Toute tentative d’entraver leur capacité à opérer est inacceptable », poursuit le communiqué.
Mais, se désole l’humanitaire cité plus haut, le gouvernement israélien a prouvé qu’il se montrait imperméable à toute pression, sauf venue de Washington. Où l’administration états-unienne, sollicitée par les ONG internationales, leur dit seulement : « Vous n’avez qu’à obéir. »
Si la mesure de bannissement est mise en œuvre, il y aura de moins en moins de témoins internationaux dans la bande de Gaza prêts à décrire la réalité. D’autant que les autorités israéliennes l’ont affirmé une nouvelle fois à la veille de 2026 : il n’y aura pas de journalistes étrangers et étrangères autorisé·es à pénétrer dans le territoire martyr de manière indépendante.
En bannissant des ONG de la bande de Gaza, « Israël viole le droit international humanitaire »
2 janvier 2026 | https://info.mediapart.fr/optiext/optiextension.dll?ID=BzExcR52nL4KBAwOAyH-sihGyJz7F3hcmdPWLbpOq3T7wx50lHARceBq-4FG76TWC_klxMF8vzmHmS_eZm4
Par Gwenaelle Lenoir
Depuis le 1er janvier, trente-sept ONG internationales n’ont plus l’autorisation, délivrée par les autorités israéliennes, de travailler dans les territoires palestiniens. Parmi elles, Médecins sans frontières, un des principaux acteurs humanitaires dans la bande de Gaza.
Un bannissement en guise de cadeau de fin d’année : voici ce qu’ont reçu plusieurs dizaines d’ONG internationales et leurs différentes branches nationales le 30 décembre, par voie de publication sur le réseau social X et de communiqué. À compter du 1er janvier, elles ne sont plus enregistrées auprès des autorités israéliennes et n’ont donc plus l’autorisation de travailler dans les territoires palestiniens. Elles devront avoir quitté la bande de Gaza le 1er mars.
Ces acteurs humanitaires craignaient cette décision depuis plus d’un an. Le 9 décembre 2024 en effet, le premier ministre israélien avait annoncé que de nouvelles procédures d’enregistrement pour les ONG internationales seraient mises en place et qu’elles ne dépendraient plus du ministère des affaires sociales israélien.
Le 9 mars 2025, leur nouvelle administration israélienne de tutelle, le ministère de la diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme, a publié de nouveaux critères pour obtenir la validation de leur présence dans les territoires palestiniens. Parmi eux, la divulgation aux autorités israéliennes de la liste complète de leurs employé·es palestinien·nes. Une ligne rouge pour l’immense majorité des humanitaires. Seraient également interdites de séjour les ONG qui « dénigrent l’État d’Israël ». Une première limite de temps avait été fixée au 9 septembre, qui avait été repoussée au 31 décembre 2025.
Nous souhaitions en discuter avec les autorités israéliennes. Mais le ministère en charge du processus d’enregistrement a ignoré nos demandes répétées de dialogue. Au contraire, les autorités israéliennes nous ont accusés publiquement ces derniers jours d’employer des personnes qui seraient impliquées dans des activités militaires.
Exiger des listes de personnel comme condition d’accès aux territoires occupés palestiniens constitue un abus et compromet l’indépendance et la neutralité qui sont des principes humanitaires importants. Nous sommes particulièrement préoccupés par l’absence de toute clarté quant à l’utilisation, au stockage et au partage de ces données sensibles. Li

Dans la clinique de Médecins sans frontières (MSF) située dans le quartier d’Al-Rimal, à Gaza, le 31 décembre 2025. © Photo Omar Al-Qattaa / AFP
Médecins sans frontières (MSF), plus précisément toutes ses branches qui travaillent dans la bande de Gaza (Belgique, Espagne, France et Pays-Bas), fait partie des acteurs humanitaires désormais bannis. L’organisation est particulièrement attaquée par les autorités israéliennes : le Cogat, l’administration militaire chargée des civil·es palestinien·nes, et donc de la coordination avec les ONG internationales, accuse MSF de refuser de livrer la liste de son personnel palestinien et d’employer des « terroristes ». Une accusation déjà ancienne et portée sans aucune preuve.
Mediapart a joint Claire San Filippo, responsable des opérations de MSF dans les territoires palestiniens. Elle revient sur ces accusations et sur le bannissement des ONG de la bande de Gaza.
Mediapart : Comment réagissez-vous au refus des autorités israéliennes de renouveler votre enregistrement et celui des autres ONG concernées ?
Claire San Filippo : C’est une tentative cynique et calculée visant à empêcher ces organisations de fournir de l’aide humanitaire à Gaza et en Cisjordanie, et ce, en violation des obligations d’Israël au titre du droit international humanitaire.
C’est d’autant plus cynique qu’aujourd’hui, la situation humanitaire à Gaza reste catastrophique. La bande de Gaza est ravagée par deux ans de conflit. Et la situation ne fait qu’empirer avec la chute brutale des températures, les pluies torrentielles et les vents violents. Ces intempéries continuent de détruire et d’inonder des abris de fortune, où vivent beaucoup de très nombreux Palestiniens et Palestiniens. Et ce, pendant que les autorités israéliennes continuent de bloquer l’entrée de fournitures de base telles que des tentes, des bâches, des logements temporaires, mais aussi des fournitures médicales.À lire aussiContrôler l’aide humanitaire à Gaza : une obsession israélienne
Or, aujourd’hui, plus que jamais, les Palestiniens et les Palestiniennes ont besoin de plus d’aide humanitaire, pas de moins d’aide humanitaire. Je rappelle qu’autoriser l’aide humanitaire n’est pas une option, ce n’est pas une faveur : c’est une obligation en vertu du droit international.
Les autorités israéliennes ont publié en mars 2025 de nouveaux critères d’enregistrement. Parmi eux figure la transmission au ministère de la diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme, dont les ONG dépendent, de la liste des employé·es palestinien·nes. Avez-vous répondu à tous les critères ?
Nous avons fourni la plupart des informations qui étaient demandées. Mais MSF a exprimé des inquiétudes légitimes quant au partage d’informations personnelles des employés palestiniens et palestiniennes avec les autorités israéliennes. Inquiétudes qui sont exacerbées par le fait que quinze collègues de Médecins sans frontières ont été tués par les forces israéliennes lors de ce conflit.
Nombre de services qui sont fournis par Médecins sans frontières sont inaccessibles ailleurs à Gaza, en raison de la destruction du système de santé.
Comment réagissez-vous à ces accusations ?
Ces allégations sont évidemment infondées. MSF n’emploierait jamais sciemment une personne impliquée dans des activités militaires. Une telle situation représenterait un risque inacceptable pour les patients, le personnel, les opérations. Tous les processus de recrutement font l’objet d’une vérification approfondie. Nous avons en place un processus de sélection et de vérification renforcée pour tout le personnel.
Un de nos collègues, Fadi al-Wadiya, a été tué par les autorités israéliennes [en juin 2024 – ndlr], et au lendemain de sa mort, elles ont prétendu qu’il était impliqué dans des activités militaires. Mais les autorités israéliennes n’avaient jamais contacté Médecins sans frontières, et MSF n’avait aucune indication laissant penser que notre collègue Fadi al-Wadiyah aurait pu être impliqué dans des activités militaires quelles qu’elles soient. Si les autorités israéliennes disposaient de telles informations, elles ne les ont jamais partagées avec Médecins sans frontières, ni avant sa mort, ni lorsque nous les avons contactées immédiatement après sa mort.
À mon sens, faire publiquement de telles allégations sans preuve met en danger le personnel humanitaire, compromet les opérations médicales et participe à la stigmatisation et à la délégitimation du personnel humanitaire qui continue de prodiguer des soins vitaux.
Quels sont les programmes que cette interdiction peut mettre en danger ?
Il faut d’abord souligner que nombre de services qui sont fournis par Médecins sans frontières sont inaccessibles ailleurs à Gaza, en raison de la destruction du système de santé.
Aujourd’hui, à Gaza, Médecins sans frontières soutient un lit d’hôpital sur cinq, réalise un accouchement sur trois. Plus précisément, nous soutenons six hôpitaux, nous gérons deux hôpitaux de campagne à Deir El-Balah, quatre centres de soin de santé primaire, deux cliniques pour soigner les plaies.
Nous avons récemment ouvert, dans le nord de la bande de Gaza, six cliniques mobiles pour soigner les plaies. En 2025, nous avons assuré 800 000 consultations externes, pris en charge plus de 100 000 cas de traumatisme, 22 700 interventions chirurgicales et assisté plus de 10 000 accouchements. En plus de ça, nous avons distribué plus de 700 millions de litres d’eau dans la bande de Gaza.À lire aussiBande de Gaza : le risque de l’enlisement
Un des nouveaux critères pour l’enregistrement est de n’avoir pas dénigré Israël. Pensez-vous être bannie à cause des témoignages que vous avez apportés et des rapports que vous avez publiés ?
Je ne peux évidemment pas parler au nom des autorités israéliennes. En revanche, ce que je peux dire, c’est que nos équipes sur le terrain décrivent ce qu’elles voient.
Ce que nous avons vu à Gaza depuis deux ans, c’est la destruction, la mort et les conséquences humaines, humanitaires, dramatiques de la violence génocidaire. Si ces descriptions sont insoutenables pour certains, la faute en incombe à ceux qui commettent les atrocités et non à ceux qui les dénoncent.
Ce que je veux dire, c’est que nous devons pouvoir continuer de travailler. Car, encore une fois, la situation reste catastrophique, malgré la baisse de l’intensité de la violence depuis le cessez-le-feu, le 10 octobre. La violence continue de tuer et de blesser des Palestiniens presque au quotidien. Nous continuons aujourd’hui à avoir de très nombreux patients, donc surtout des personnes qui ont été blessées, des cas notamment de patients avec des traumatismes, des personnes brûlées, des enfants, des femmes enceintes dénutries, et beaucoup de patients qui viennent pour des maladies qui sont liées aux conditions de vie épouvantables.