« Citoyens recherchent médecins : des communes en lutte contre les déserts médicaux »


« l’inégalité d’accès aux soins ne se limite pas à une gêne logistique : elle a un impact direct sur la santé publique « .

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 Date de publication : 27 novembre 2025

C’est ce que titre La Croix, qui livre un long reportage sur le sujet : « Se lever à l’aube, traverser les départements, décrocher un rendez-vous comme on gagne au loto. En France, des millions de patients vivent dans des déserts médicaux. Des communes innovent, des solutions existent. Mais se soigner reste affaire de débrouille et de patience ».


Alice Le Dréau remarque ainsi : « Nous connaissons tous, autour de nous, des personnes rencontrant des problèmes pour se faire soigner. Délai trop long, cabinets saturés, médecins débordés… Le phénomène des déserts médicaux n’est pas une nouveauté et persiste depuis 30 ans ».


La journaliste explique que « le nombre de médecins n’est pas le seul facteur de ces inégalités d’accès. En cause, aussi, la répartition des praticiens, le vieillissement de la population et son corollaire, une demande plus importante de soins.

D’abord concentrés dans les zones rurales, les déserts médicaux concernent, aujourd’hui, à des degrés divers, 87% du territoire français ».


Alice Le Dréau évoque notamment le cabinet de Chantenay-Saint-Imbert, dans la Nièvre, qui « fait figure d’oasis au milieu du Sahara. Pourtant, il y a encore 18 mois, lui aussi était à sec. Dans son bureau, Joël Dubois, le maire, déroule une histoire somme toute assez classique : en 2015, le vieux médecin de famille […] part à la retraite et tout s’écroule. Que faire ? ».


« Premier obstacle : le cabinet était installé dans la maison du praticien. Il faut donc imaginer de nouveaux locaux. Trouvés, dans le vieux presbytère ! Mais qui pour prendre la suite ? La commune fait appel à un cabinet de recrutement spécialisé, qui envoie une médecin roumaine. Elle reste 3 ans, puis s’en va. Retour à la case départ », relève la journaliste.


« Un contact lui parle de l’association « Médecins solidaires ». Le principe ? Des praticiens volontaires venus de toute la France se relaient, une semaine chacun, pour assurer les consultations. […] Population, densité médicale alentours… le bourg rentre dans les critères pour bénéficier du dispositif. Le 18 juin 2024, le cabinet ouvre ses portes. Depuis, 53 médecins s’y sont succédé, venus de Bretagne, de Corrèze, des Hauts-de-France. Du Gabon, même », observe Alice Le Dréau.


Elle précise que « le dispositif coûte 30.000 € par an à la commune. Le local et le matériel sont fournis gracieusement. Un investissement conséquent, mais «ô combien nécessaire», insiste l’élu. Car un médecin, dans un village, ce n’est pas qu’un soignant, «c’est un moteur de vie locale». Il en est convaincu : si de jeunes couples ont récemment emménagé, c’est parce qu’un cabinet médical a rouvert ».


Alice Le Dréau poursuit : « A Évreux aussi, on innove. Depuis 2023, un «doctobus» – un ancien camping-car transformé en cabinet médical mobile – sillonne 8 communes du territoire. Parmi elles : Prey (1000 habitants), Fresnay (300 h.), Gauciel (900 h.). Ce vendredi d’octobre, le véhicule est garé sur la place de l’église d’Arnières-sur-Iton, 1700 âmes. Ici aussi, les habitants se sont un jour retrouvés orphelins de médecin. Ce bus, une fois par semaine, c’est une chance ».


La journaliste indique que « dans la salle municipale, transformée pour l’occasion en salle d’attente, les récits se ressemblent : des médecins partis à la retraite, des déménagements obligeant à changer de praticiens, des cabinets saturés. Et toujours la même question qu’à Chantenay, mélange d’angoisse et d’espoir : «Est-ce que vous prenez de nouveaux patients ?» ».


Julien Boscher, responsable du pôle Santé-handicap de l’agglomération Évreux Portes de Normandie, déclare toutefois : « Il faudrait dix doctobus pour répondre à la demande ». Alice Le Dréau note qu’« en attendant, une nouvelle maison de santé a ouvert en avril 2025 dans le quartier Navarre, à Évreux. Un quartier prioritaire, où aucun médecin n’avait exercé depuis dix ans. Le centre est pris d’assaut : chaque semaine, il reçoit deux fois plus d’appels qu’il n’a de créneaux disponibles ».


La journaliste souligne en outre : « Guy Lefrand, le maire d’Évreux [et médecin urgentiste], voit passer chaque semaine aux urgences des patients qui n’auraient jamais dû arriver là. Qui ont arrêté leurs anticoagulants, leurs antidiabétiques ».


Il déclare : « Il ne se passe pas une semaine sans que je diagnostique un à deux cancers à un stade avancé, faute de suivi par un médecin traitant. Je rencontre des pathologies demandant des prises en charge plus lourdes, que je ne voyais pas avant ».


Alice Le Dréau constate ainsi que « selon une étude publiée par l’unité Inserm du CHU de Caen, en 2024, les déserts médicaux ont des conséquences sanitaires mesurables. La surmortalité liée à certains cancers y est significative : +50% pour le cancer du foie chez les femmes, +20% chez les hommes, et +9% pour le cancer du poumon chez les hommes un an après le diagnostic. Les retards de diagnostic, le non-renouvellement des traitements et le recours inadapté aux urgences sont autant de signaux d’alerte.

Dans les zones sous-dotées, jusqu’à 40% des passages aux urgences sont dus à l’absence de médecin disponible. Ces données confirment que l’inégalité d’accès aux soins ne se limite pas à une gêne logistique : elle a un impact direct sur la santé publique ».

Citoyens recherchent médecins : des communes en lutte contre les déserts médicaux

Par Alice Le Dréau

Publié le 26 novembre 2025 à 17h37 https://www.la-croix.com/societe/citoyens-recherchent-medecins-des-communes-en-lutte-contre-les-deserts-medicaux-20251126

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De nombreux villages n’hésitent plus à afficher leur recherche d’un médecin à l’entrée de la commune, comme ici à Saint-Denis-la-Chevasse (Vendée), en décembre 2024.
De nombreux villages n’hésitent plus à afficher leur recherche d’un médecin à l’entrée de la commune, comme ici à Saint-Denis-la-Chevasse (Vendée), en décembre 2024.  Mathieu Thomasset / Hans Lucas/AFP

Se lever à l’aube, traverser les départements, décrocher un rendez-vous comme on gagne au loto. En France, des millions de patients vivent dans des déserts médicaux. Des communes innovent, des solutions existent. Mais se soigner reste affaire de débrouille et de patience.Offrir l’article

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Il a garé sa voiture sur le parking, sorti ses béquilles du coffre, et pousse, en claudiquant, la porte de la salle d’attente. Dans son sillage, son épouse, Cyrielle, et leurs deux petites filles : Shoshana, 8 ans, et Sakura, 6 mois, bien calée dans son cosy. En ce 1er octobre, les Venet Beaudoin viennent de faire une heure de route pour consulter un médecin à Chantenay-Saint-Imbert, 1 090 habitants, entre Nevers, dans la Nièvre, et Moulins, dans l’Allier. (Suite abonnés)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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