Date de publication : 22 octobre 2025 Temps de lecture: 3 min


Jila Varoquier se penche dans Le Parisien sur les , « des perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, aussi appelés «polluants éternels», des composés fabriqués de toutes pièces par l’homme et l’industrie ».
La journaliste indique que « leur impact sanitaire pourrait bien être colossal. Et c’est au moins ce qu’il ressort du rapport que rend ce mercredi l’Anses*, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, sur la contamination par les PFAS ».
Jila Varoquier explique que « l’Anses a compilé près de 2 millions de données relatives à 142 PFAS, pour lesquelles elle a trouvé des mesures réalisées dans l’alimentation, les sols, l’air et les poussières ou encore les adultes et les enfants dans un rapport de 700 pages. Sauf que les mesures et les seuils sont si hétérogènes qu’il est impossible d’en tirer une conclusion générale ».
La journaliste relève : « Par exemple, le rapport relève un niveau de 1,9 microgramme/kg dans les œufs pour les zones non polluées quand la réglementation conseille de ne pas dépasser 1,7 µg/kg.
Mais pour les fruits et légumes, seules des données par PFAS existent : 0,04 microgramme/kg pour les PFOA et 0,06 pour les PFNA, et une simple recommandation de l’UE de ne pas aller au-delà de 0,04 µg/kg pour l’ensemble des quatre PFAS ».
Jila Varoquier souligne que « que c’est surtout l’ampleur de la tâche à effectuer que met en avant ce rapport. Seule une infime partie des 4000 composés chimiques qui composent la grande famille des PFAS est à ce jour mesurée ».
La journaliste note que « les conséquences sanitaires pourraient potentiellement être énormes ». Zoé Kerlo, toxicologue pour l’application Yuka, déclare que « les industriels ont tout fait à l’envers. Ils auraient dû regarder si ces composés étaient toxiques avant de les utiliser. Il y a là tous les ingrédients pour que ce soit une catastrophe, mais on ne sait pas encore à quel point ».
Dans Libération, Margaux Lacroux note également que « beaucoup reste à faire pour mieux saisir l’ampleur de la contamination aux polluants éternels en France, ces substances poly- et perfluoroalkylées (Pfas) qui envahissent nos vies ».
La journaliste explique aussi qu’« après 2 ans de travail, l’Anses publie […] un avis et deux rapports sur les Pfas, établissant un état des lieux de la surveillance de ces polluants et livrant des recommandations ».
« Elle rappelle qu’à partir de 2026, tous les pays européens devront contrôler une liste de 20 Pfas dans l’eau potable – liste qui ne comprend pas le TFA (acide trifluoroacétique), polluant éternel particulièrement répandu et résistant – et que l’UE va restreindre davantage l’usage des Pfas. Mais elle propose des pistes complémentaires pour «mieux orienter les actions de surveillance» en France, explique Matthieu Schuler, directeur général délégué du pôle sciences pour l’expertise à l’Anses », indique Margaux Lacroux.
La journaliste retient notamment que « l’Anses recommande […] de construire une stratégie reposant sur trois piliers : une surveillance pérenne pour les substances les plus préoccupantes et récurrentes, une surveillance dite «exploratoire» pour les substances pour lesquelles les données restent insuffisantes (le TFA, par exemple), ainsi qu’une surveillance localisée accrue sur les sites de contamination historiques ou les lieux connus d’émissions actuelles ».
« L’Anses plaide également pour meilleure surveillance des sources de contamination jusqu’ici peu étudiées : les matériaux au contact des denrées alimentaires ou de l’eau, les matériaux de construction, le compost, les cendres utilisées en agriculture, ainsi que les boues de stations d’épuration urbaines.
Ces dernières seraient responsables de taux anormalement élevés de Pfas dans l’eau potable de deux villages des Vosges »**, observe Margaux Lacroux.
*PFAS : vers une surveillance élargie
7 min
Restreindre l’utilisation des composés per- et polyfluoroalkylées (PFAS) est une priorité pour limiter leurs émissions dans l’environnement et les pollutions qui en découlent. Face à une famille de substances aussi vaste et hétérogène, identifier les plus préoccupantes est un élément majeur pour optimiser les dispositifs de surveillance. Pour la première fois, l’Anses a compilé et exploité les données de contamination disponibles dans l’ensemble des milieux de l’environnement, l’alimentation, les produits de consommation et la biosurveillance, etc. en France. A l’issue de ce travail, l’Anses dresse un état des lieux de la contamination par les PFAS et propose des stratégies de surveillance adaptées à ces substances.
Peu de PFAS actuellement surveillés
Les PFAS représentent plusieurs milliers de substances pouvant s’accumuler et diffuser dans l’environnement. Leur toxicité est connue de manière parcellaire. Parmi les milliers de composés PFAS, peu d’entre eux sont recherchés et documentés, exception faite des quelques substances intégrées dans les dispositifs de contrôle réglementaires.
Aujourd’hui, quatre PFAS sont règlementés et surveillés dans certains aliments (œufs, produits carnés et produits de la pêche). Vingt PFAS sont listés dans la directive eau potable et intègreront la surveillance obligatoire à partir du 1er janvier 2026.
Recensement inédit de 2 millions de données de contamination pour 142 PFAS
Dans ce contexte, l’Anses a réalisé un état des lieux inédit des données disponibles sur la contamination par les PFAS en France. Entre septembre 2023 et septembre 2024, l’Anses a réalisé un important travail de compilation et d’exploitation de près de deux millions de données relatives à 142 PFAS. Des mesures ont été réalisées dans divers compartiments : eaux destinées à la consommation humaine, eaux environnementales, sédiments, biotes (ensembles des organismes vivants présents dans un écosystème spécifique), aliments, air, poussières intérieures et extérieures, sols, matrices biologiques humaines (sang, urine, lait maternel, etc.) et produits de consommation (cosmétiques, textiles, etc.).
Ces données proviennent des bases de données des dispositifs ou réseaux de surveillance existants, de la littérature scientifique, et du secteur industriel (fédérations, associations), principalement en France. Faute de données disponibles pour certains compartiments, des données européennes ont été intégrées, notamment pour l’air, les sols et les poussières. Pour les produits de consommation, le marché étant mondial, la recherche a été réalisée sans restriction géographique.
Pour la biosurveillance, les travaux se sont appuyés sur l’expertise de Santé publique France qui pilote le programme national de biosurveillance. Ont été prises en compte les études Esteban, de Santé publique France, et Elfe, pilotée par l’Institut national d’études démographiques (Ined) et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
Des informations sur les contaminations très hétérogènes
Suite à ce travail, l’Agence souligne l’hétérogénéité du nombre de données disponibles selon les compartiments et les substances. S’il existe beaucoup de données concernant l’eau (milieux aquatiques et eau destinée à la consommation humaine) et les denrées alimentaires, les données concernant l’air, les poussières et les sols sont beaucoup moins nombreuses, en partie du fait de l’absence d’actions de surveillance les concernant à ce jour.
Ces travaux ont permis d’estimer les niveaux de concentration des PFAS dans l’ensemble des compartiments. Concernant les données de biosurveillance, les niveaux moyens de PFAS mesurés dans le sang de la population française sont inférieurs aux rares seuils existants (PFOS, PFOA), et sont comparables aux niveaux mesurés en Europe. Concernant les expositions professionnelles, aucune donnée française n’a été identifiée.
Élargir la surveillance au regard des données disponibles sur la toxicité et la présence des PFAS
Pour proposer une extension de la surveillance adaptée à la situation, l’Anses a développé une méthode de catégorisation des PFAS. Dans ce cadre, des données de toxicité ont été collectées, amenant à identifier 105 PFAS supplémentaires.
Ce travail a permis d’intégrer 247 PFAS (dont le TFA) dans la stratégie de surveillance.
Cette méthode repose sur le croisement des niveaux d’informations disponibles sur :
- la présence de la substance dans les différents compartiments ;
- la toxicité de la substance : existence de valeurs toxicologiques, de classification en tant que cancérigène, mutagène, reprotoxique, perturbateur endocrinien (PE), et de données d’écotoxicité.
Les résultats conduisent l’Anses à proposer trois stratégies de surveillance :
- surveillance pérenne : pour les substances les plus préoccupantes et récurrentes dans le cadre des plans de surveillance nationaux,
- surveillance exploratoire, réalisée ponctuellement : pour les substances pas ou insuffisamment recherchées aujourd’hui,
- surveillance localisée : pour des substances correspondant à des sources de contaminations locales avérées ou suspectées, que les contaminations soient anciennes ou actuelles.
Les stratégies de surveillance proposées sont déclinées pour les compartiments suivants : eaux destinées à la consommation humaine, eaux environnementales, sédiments, biotes (ensembles des organismes vivants présents dans un écosystème spécifique), aliments, air, poussières intérieures et extérieures, sols, matrices biologiques humaines (sang, urine, lait maternel, etc.).
Il appartiendra aux pouvoirs publics et aux acteurs en responsabilité (employeurs, responsables d’activités émettrices ou utilisatrices, etc.) d’adapter leurs stratégies de surveillance au regard de ces recommandations.
Orienter la collecte de données supplémentaires et la recherche sur les substances
L’Anses souligne l’importance d’investiguer d’autres sources de contaminations spécifiques : les matériaux au contact des denrées alimentaires, les matériaux au contact de l’eau, les matériaux de construction et les produits de consommation. L’Agence recommande tout particulièrement d’évaluer le potentiel de relargage ou d’émission de PFAS à partir de ces produits et matériaux.
L’Anses rappelle également que les connaissances sur la toxicité des PFAS restent limitées à un groupe de substances emblématiques et que leurs mécanismes de toxicité sont variés. Pour avancer dans l’étude de ces substances, l’Agence appelle à prioriser les recherches visant à identifier :
- les substances qui résultent de la dégradation de nombreux autres PFAS ;
- des substances présentant une forte accumulation et/ou persistance dans les organismes vivants.
Par ailleurs, l’Anses recommande d’acquérir des connaissances sur les expositions professionnelles en s’appuyant notamment sur les travaux de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS).
Actualiser la surveillance des PFAS au gré de l’acquisition de nouvelles données de contamination et de toxicité
L’intérêt de la méthode développée par l’Anses est d’être évolutive et de pouvoir être mise à jour de manière régulière. L’Agence appelle à mettre en place un dispositif national pour actualiser régulièrement la catégorisation proposée avec les nouvelles données acquises. L’Agence propose que ce dispositif national soit coordonné par les différents acteurs du plan interministériel sur les PFAS.
Dioxines, PCB, HAP, métaux lourds, etc., d’autres substances que les PFAS persistent dans l’environnement et nécessitent une surveillance sanitaire. L’Anses appelle à élaborer une approche globale de la surveillance des contaminants chimiques. Il serait pertinent de développer des stratégies intégrées d’évaluation et de gestion des risques, tenant compte à la fois du danger intrinsèque des composés, de leur présence dans les compartiments et de l’exposition réelle des populations.
Par ailleurs, l’Anses rappelle que face à cette pollution, il est prioritaire d’agir à la source en limitant les émissions de l’ensemble de cette grande famille. C’est l’objet de la restriction européenne en cours d’instruction par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), à laquelle l’Anses apporte son soutien.
Voir aussi:
Connaître les polluants que nous buvons dans l’eau potable https://environnementsantepolitique.fr/2025/10/16/67286/
**Ardennes et Meuse, seize communes rurales ne peuvent plus boire l’eau du robinet depuis le 10 juillet en raison d’une pollution record aux PFAS https://environnementsantepolitique.fr/2025/07/24/64051/
https://environnementsantepolitique.fr/2025/04/26/des-pfas-a-des-taux-eleves-dans-le-vin/
https://environnementsantepolitique.fr/2023/04/24/pfas-et-obesite/