Ce sont deux décennies d’efforts de la diplomatie européenne qui viennent d’être pulvérisées par le bombardement américain.

ENTRETIEN

« Après vingt ans d’efforts, la situation est humiliante pour l’Union européenne »

22 juin 2025 | https://info.mediapart.fr/optiext/optiextension.dll?ID=%2Bw8%2BE91NEvquQN9zsH11FANQNEJhnefga0Qxk93VP6HvwVb%2BM

Par Fabien Escalona

Le chercheur Pierre Ramond, spécialiste du processus de négociations sur le nucléaire iranien, décrit le gâchis de deux décennies d’efforts diplomatiques. Avec le recours à la force de Donald Trump, il estime que « les Européens sont défaits de leur fonction ».

Samedi 21 juin, à la mi-journée, Emmanuel Macron promettait, à l’issue de son appel avec le président iranien, Masoud Pezeshkian, que les chancelleries européennes allaient « accélérer les négociations ». Dans la nuit, sur décision unilatérale de Donald Trump, des bombes états-uniennes s’abattaient sur des cibles liées à l’infrastructure nucléaire iranienne, suivies de déclarations triomphalistes quant à la destruction « totale » des installations d’enrichissement de l’uranium (une étape préalable à la fabrication d’une arme atomique).

Au-delà des dégâts infligés au programme iranien, qui restent à préciser de manière indépendante, ce sont deux décennies d’efforts de la diplomatie européenne qui viennent d’être pulvérisées. Pour en prendre la mesure, Mediapart s’est entretenu avec Pierre Ramond. Chercheur à l’École normale supérieure et membre de la rédaction du Grand Continent, il achève une thèse sur les interactions des diplomaties européennes au cours des négociations ayant pour objet le nucléaire iranien, depuis 2003 jusqu’à aujourd’hui.

Le président iranien Masoud Pezeshkian (au centre) et le directeur général de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), Mohammad Eslami (à droite), lors de la Journée nationale de la technologie nucléaire, à Téhéran, le 9 avril 2025. © Photo diffusée par la présidence iranienne via AFP

Mediapart : Donald Trump a ordonné des frappes contre l’Iran alors que plusieurs responsables européens tentaient d’éviter l’escalade et de ramener ce pays à la table des négociations. Est-ce une humiliation ?

Pierre Ramond : Depuis plus de vingt ans, les dirigeants européens ont pour but d’empêcher le début d’une nouvelle guerre au Moyen-Orient et de résoudre les préoccupations vis-à-vis du programme nucléaire iranien autrement que par la force. Or, c’est cette voie qui a été adoptée par les États-Unis, à la suite des frappes israéliennes.

On peut parler d’une situation humiliante, car ces dirigeants avaient tenté de relancer les négociations deux jours auparavant, à Genève. Ils ont même été confrontés par deux fois en dix jours à un véritable désaveu. 

Jeudi 12 juin, dans le cadre du conseil des gouverneurs de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA), ils avaient contribué à faire voter une résolution condamnant l’Iran pour le « non-respect » de ses obligations. Il s’agissait de donner un cadre onusien, multilatéral et légal, à cette condamnation qui ouvrait la porte à des mesures comme le rétablissement de sanctions internationales. Mais le soir même, l’armée israélienne frappait de nombreuses cibles sur le sol iranien.

Vendredi dernier, de nouveau, les Européens avaient tenté de ranimer le dialogue en présentant une « offre complète de négociations »au régime iranien. Dans la nuit du lendemain, ce sont les États-Unis qui ont bombardé, en dépit du délai de deux semaines que Trump lui-même avait ouvert avant de trancher s’il était nécessaire de recourir à la force. 

Tout cela signale un échec dans le rôle de médiateurs que les Européens avaient adopté depuis deux décennies. Cela s’explique notamment par l’évolution de la politique étrangère de Trump dans son deuxième mandat, et témoigne de la distance croissante entre les États-Unis qu’il dirige et l’Union européenne (UE).

Vendredi, à Genève, les discussions ont été menées par les ministres des affaires étrangères allemand, britannique et français. À quand remonte l’implication spécifique de ces trois États dans le dossier iranien, et à quelle logique répond-elle ? 

Cela remonte en 2003, au lendemain de l’invasion de l’Irak par les États-Unis. Les divisions étaient alors très importantes au sein de l’UE. Tandis qu’elle s’apprêtait à s’élargir à l’Est, une crise interne importante a éclaté sur la politique étrangère à mener, avec l’expression par la France et l’Allemagne d’un désaccord frontal avec l’entrée en guerre américaine, et le soutien apporté par d’autres États membres.

Pierre Ramond. © Photo DR

Tout au long de l’année, les autorités européennes ont cherché comment faire pour surmonter des divisions et éviter qu’elles se reproduisent. Les Allemands, en particulier, cherchaient à éviter toute rupture plus profonde de la relation transatlantique. Le dossier iranien, à la fois stratégique et particulièrement visible au niveau international, a permis de construire une approche consensuelle, à propos d’une préoccupation réelle quant à la dimension clandestine du programme nucléaire de Téhéran. 

L’investissement diplomatique dans ce dossier a été très important pendant très longtemps.

Une coalition d’intérêts est apparue entre Paris, Berlin et le ministre des affaires étrangères britannique, Jack Straw, qui souhaitait se distinguer sans s’opposer à Tony Blair, son premier ministre, qui s’était révélé très suiviste des États-Unis dans le dossier irakien. Ce trio, baptisé « E3 », avait du sens : il réunissait le tandem franco-allemand, historiquement moteur dans l’intégration européenne, ainsi que les deux puissances militaires nucléaires du continent (France et Royaume-Uni), qui s’étaient récemment rapprochées pour faire avancer la politique de sécurité et de défense européenne. 

Fin octobre 2003, les ministres des affaires étrangères des trois pays ont voyagé à Téhéran et obtenu la suspension de son programme d’enrichissement en échange de négociations. Les haut·es représentant·es de l’UE en matière de politique étrangère n’ont été impliqué·es que dans un second temps. Il s’agissait de ne pas agir en déconnexion avec les autres États membres ; de pouvoir impliquer l’UE en tant que telle et sa compétence commerciale comme arme de négociation ; et de jouer un rôle de logistique diplomatique apprécié. 

À partir du moment où les négociations se sont déroulées dans un cadre multilatéral onusien, c’est le Conseil de sécurité lui-même qui en a officiellement chargé les figures qui se sont succédé comme haut·es représentant·es de l’UE. À ce titre, les haut·es représentant·es ont présidé la commission conjointe créée par l’accord trouvé en 2015, qui comprenait les États signataires. À lire aussiIran : le revirement de Donald Trump, président de « l’Amérique d’abord »

Vous avez travaillé sur deux décennies de négociations autour du programme nucléaire des Iraniens, soupçonnés d’enrichir l’uranium afin de s’approcher du seuil militaire. Quels ont été les piliers de la stratégie européenne ?

Sur leur position, les États européens ont suivi une triple constante : éviter un conflit armé supplémentaire dans la région ; reconnaître la possibilité que l’Iran dispose d’un programme d’enrichissement limité contrôlé par l’AIEA (comme c’est d’ailleurs permis par le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), sans pour autant qu’un « droit à l’enrichissement » soit reconnu) ; et enfin séparer le nucléaire d’autres terrains de contentieux avec l’Iran (dans le domaine balistique ou sur les questions régionales).

Sur leur rôle, il faut distinguer deux types d’acteurs. Les haut·es représentant·es de l’UE ont joué un rôle de médiation pure, comparable au rôle joué par des envoyés spéciaux de l’ONU ou des directeurs d’agences multilatérales. Cela comprenait une dimension logistique (organiser les rencontres, être un soutien bureaucratique à la bonne tenue des négociations) autant que diplomatique (identifier les positions des acteurs pour les faire évoluer dans un sens convergent, conserver la mémoire des négociations et de leurs difficultés).

(De gauche à droite) Jean-Noël Barrot, David Lammy, Johann Wadephul et Kaja Kallas, lors de leur rencontre à Genève, le 20 juin 2025. © Photo Fabrice Coffrini / Pool / AFP

Les membres du « E3 », eux, avaient un rôle de négociateurs au même titre que les dirigeants russes, chinois, états-uniens et iraniens, tous engagés dans des discussions pour éviter la prolifération nucléaire militaire. Outre la nature politique de leurs positions, ces trois États européens ont aussi eu des apports techniques, dans la mesure où chacun a mobilisé une expertise propre pour dégager des solutions concrètes, s’agissant par exemple de la reconversion des centrales d’enrichissement existantes.

C’est bien ce qui rend la situation actuelle regrettable : l’investissement diplomatique a été très important pendant très longtemps, avec des ressources remarquables consacrées à ce dossier, notamment côté français et britannique.

L’originalité de la position européenne s’est diluée.

Comment le succès de 2015, avec la conclusion de l’accord de Vienne, a-t-il été possible ? Et cet accord a-t-il capoté uniquement en raison de sa dénonciation par les États-Unis de Trump, en 2018 ? 

L’accord de 2015 a été considéré comme un succès pour les Européens autant que pour la communauté internationale. Il est à mettre en parallèle avec l’accord de Paris sur le climat, trouvé lors de la COP21. Un an après l’invasion de la Crimée (Ukraine) par Vladimir Poutine, la période permettait encore de trouver des terrains d’entente entre la Russie, la Chine, les États-Unis, les pays européens et au-delà.

Sur le plan technique, l’AIEA a certifié la bonne mise en œuvre de l’accord avec des rapports produits tous les trois mois : sur le terrain, des agents visitaient les sites du programme nucléaire iranien. On a d’ailleurs observé une diminution drastique de la production d’uranium enrichi, comme convenu dans l’accord.

Le défaut de l’accord résidait dans sa dépendance aux évolutions politiques des États-Unis. L’accord a été signé 14 juillet 2015, mis en œuvre en janvier 2016, et Trump a gagné en novembre 2016, en ayant fait campagne sur la sortie de cet accord. Il a mis un peu plus d’un an à mettre sa promesse à exécution. Mais pour cette raison, beaucoup de banques et d’entreprises n’avaient investi en Iran que de façon précautionneuse, alors même que la contrepartie de la limitation du programme nucléaire iranien devait être la réouverture de l’économie du pays.

Vendredi à Genève, les ministres impliqués ont-ils conservé les constantes de la position européenne, ou se sont-ils rapprochés de l’intransigeance montrée par les États-Unis, guère acceptable par les Iraniens ? 

L’AIEA et les États européens avaient toujours défendu l’idée que la voie diplomatique était un modèle international pour empêcher une guerre et résoudre une question, celle de la prolifération de l’arme nucléaire, susceptible de concerner tous les États ayant assez de richesses et de savoirs à y consacrer. Se contenter de dire qu’Israël avait le droit de se défendre, comme beaucoup de dirigeants européens l’ont fait, c’est aller à l’encontre de cette orientation défendue sur le long terme. 

Le « E3 » est ensuite allé jusqu’à nier la possibilité pour Téhéran d’enrichir de l’uranium. Enrichir à des taux très faibles est toutefois nécessaire à un programme nucléaire civil (au-dessus de 5 à 6 %, il ne peut plus y avoir que des usages médicaux, de recherche ou militaires). Un taux zéro suppose de devenir totalement dépendant d’autres puissances pour l’approvisionnement des centrales électriques – c’est le cas de la Corée du Sud. Rappelons qu’en matière de nucléaire, la scène internationale est marquée par de fortes hiérarchies, puisque le TNP reconnaît cinq puissances nucléaires militaires et interdit aux autres d’y accéder.

Il aurait fallu bâtir des moyens d’action non dépendants de la rationalité du président états-unien.

Sur la séparation de l’enjeu nucléaire d’avec d’autres sujets de contentieux avec l’Iran, les Européens ont également semblé reculer. Dès 2021, Emmanuel Macron avait surpris en proposant d’impliquer d’autres « puissances régionales » dans le cadre de négociations.

L’originalité de la position européenne s’est donc diluée. Mais au-delà, la situation des dirigeants européens est devenue intenable. Ils ont toujours fait le pari, dans ce dossier, que les dirigeants états-uniens pourraient être raisonnés, même en lançant des initiatives qui n’avaient pas leur soutien. À partir du moment de la décision a été prise de recourir à la force, les Européens sont défaits de leur fonction.

Dans le « Grand Continent », vous avez écrit que « prétendre être l’adulte dans la pièce ne suffit pas à définir une politique étrangère ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Quelles sont les stratégies alternatives pour l’UE ?

Au cours de ces dernières années, il y a eu plusieurs moments où les difficultés d’aujourd’hui étaient visibles. En 2018, quand Trump est sorti de l’accord, les puissances européennes n’avaient pas prévu de moyen de préserver leurs relations commerciales avec l’Iran. À l’époque, le coût d’un relatif « découplement » avec les États-Unis ne semblait pas en valoir la chandelle.

Rétrospectivement, au regard de la guerre commerciale en cours et des ingérences des États-Unis dans les vies électorales, comme lorsque l’administration Trump a soutenu l’extrême droite allemande ou roumaine, la création d’outils pour agir seuls apparaît comme une option soudainement plus nécessaire et plus urgente. Cela fait bien longtemps qu’il aurait fallu bâtir des moyens d’action non dépendants de la rationalité du président états-unien.

Sur tous les autres grands dossiers internationaux sur lesquels les Européens pourraient s’impliquer, ces derniers devraient tirer des enseignements de cette histoire des négociations nucléaires avec l’Iran.

PROCHE ET MOYEN-ORIENT – ANALYSE

Frappes des États-Unis en Iran : le triomphe de Benyamin Nétanyahou

22 juin 2025 | https://info.mediapart.fr/optiext/optiextension.dll?ID=%2Bw8%2BE91NEvquQN9poHn4PGUt8QJhnefga0QxoVouENjDMQT%2Bp

Par Gwenaelle Lenoir

Le premier ministre israélien sort renforcé après l’attaque de l’Iran par Washington. Il avait en effet besoin de l’aide de l’armée des États-Unis pour remplir son but de guerre affiché : détruire les capacités nucléaires de Téhéran.

L’ornière n’était pas encore tout à fait creusée, mais elle se dessinait. Une nouvelle fois Benyamin Nétanyahou a réussi à l’éviter, voire à la combler.

La guerre contre l’Iran lancée par le premier ministre israélien le 13 juin après des années de préparation de l’opinion publique de son pays et de menaces envers Téhéran avait pour objectif déclaré de détruire les capacités nucléaires de la République islamique. Rapidement toutefois, le but s’est transformé en volonté d’abattre le régime iranien, proclamé lui-même, et plus seulement son arsenal d’armes atomiques encore à venir, « menace existentielle ».

Elle risquait de se retourner contre lui.

Pour atteindre les installations mères du programme nucléaire de Téhéran, l’État hébreu avait absolument besoin de l’aide états-unienne, ainsi que Mediapart l’a expliqué ici. Or, Donald Trump tergiversait, laissait planer le doute. Israël assassinait les responsables militaires et scientifiques iraniens, bombardait des cibles militaires et des quartiers résidentiels, ainsi que des objectifs politiques, comme la télévision d’État. L’Iran ripostait à une échelle relativement modeste en termes d’engins impliqués, certes, mais quotidiennement. Et malgré la censure renforcée contre les médias, les images des bâtiments détruits par les missiles balistiques iraniens tournaient en boucle, de même que celles des populations dans les abris.

Benyamin Nétanyahou au milieu des débris devant l’hôpital Soroka de Beersheba, après qu’il a été touché par un missile tiré depuis l’Iran le 19 juin 2025. © Photo Marc Israel Sellem / Pool / AFP

Le mot « enlisement » commençait à faire son apparition dans les médias étrangers à propos d’un conflit que de plus en plus prédisaient long et sans issue claire quant à la destruction des capacités d’enrichissement de l’uranium.

L’attaque menée par Washington contre trois sites nucléaires iraniens dans la nuit du 21 au 22 juin a renforcé la position de l’État hébreu et celle de son premier ministre.

Elle a balayé les efforts, certes très timides, des Européens pour remettre sur la table une solution diplomatique. Elle a conforté la stature que Benyamin Nétanyahou s’est attribuée et qu’il préfère entre toutes : celle de Churchill face à l’Allemagne nazie.

Le premier ministre file la métaphore depuis trente ans : l’Iran, c’est le Troisième Reich, celui d’Adolf Hitler, qui veut détruire Israël et risque, si rien n’est fait, de mener à une nouvelle Shoah. Il sera donc Churchill, homme d’État s’il en est, qui résiste et vainc.

« Il existe un vieux dicton : les gens ne voient pas le monde tel qu’il est, mais tel qu’ils sont. Nétanyahou voit le monde à travers le prisme des accords de Munich de 1938 entre l’Occident et l’Allemagne nazie, et il se voit dans le rôle de Winston Churchill – celui qui a bien compris Hitler avant qu’il ne soit trop tard »écrit la journaliste Carolina Landsmann dans les colonnes « Opinion » du quotidien israélien Haaretz.

Elle poursuit : « La diplomatie, selon lui, est un piège. Seul le terrorisme correspond à sa vision de la réalité. Toute autre situation est perçue comme une illusion vouée à l’échec – et ses actions visent à garantir son échec. Et ce qui est tout aussi troublant, c’est qu’il a réussi à nous inculquer cet état d’esprit. »

Se retrouver sur ses deux pieds, une fois de plus

Logique, donc, que le soutien populaire et politique des Israéliens juifs et de leur classe politique, opposition à Benyamin Nétanyahou incluse, à la guerre lancée contre l’Iran soit très élevé. Les Palestiniens de citoyenneté israélienne se montrent, eux, dans leur grande majorité opposés à cette offensive.

Selon un sondage du think tank Institut israélien pour la démocratie, réalisé le 19 juin, une très grande majorité des Israéliens juifs soutenaient l’offensive contre l’Iran, jugeaient que le choix du moment était le bon et que la société était suffisamment résiliente pour faire face aux représailles iraniennes.

Ils étaient également convaincus que la sécurité d’Israël est une priorité pour le président Trump. Une forte augmentation par rapport à mai, quand ce dernier s’était rendu à Riyad et que les négociations nucléaires entre les États-Unis et l’Iran étaient encore de mise.

En somme, Benyamin Nétanyahou a convaincu son opinion qu’il pouvait effectivement remodeler le Moyen-Orient et qu’il est le seul à avoir la capacité de persuader Donald Trump.

Il avait déjà réussi, avec l’offensive lancée le 13 juin, à faire oublier une très longue série de critiques et d’ennuis, qui avaient fait plonger sa popularité dans les tréfonds. En mars 2025, un sondage là encore indiquait que sa coalition était donnée perdante dans des élections législatives si son prédécesseur de droite Naftali Bennett se lançait dans la course.

Limogeage du chef du renseignement Ronen Bar, bras de fer avec la procureure générale Gali Baharav Miara, refus de faire aboutir le projet de loi rendant obligatoire la conscription des ultraorthodoxes, procès pour corruption où il devait témoigner chaque semaine, fronde montant contre la guerre génocidaire à Gaza, avec des appels à ne pas servir se multipliant, accusation d’abandonner volontairement les otages : une fois de plus, le sort de Benyamin Nétanyahou semblait scellé.

Le premier ministre israélien met en scène sa complicité avec le locataire du bureau Ovale.

Il avait même dû affronter une motion de défiance devant le Parlement… le 12 juin.

Le lendemain, 13 juin, tout était balayé par les frappes de l’aviation israélienne à 2 000 kilomètres de Tel-Aviv et une nouvelle posture martiale.

« Je n’ai pas été étonnée, car il n’y a pas de vraie opposition à Nétanyahou, assure Nitzan Perelman, docteure en sociologie politique et ingénieure d’études au CNRS, spécialiste de la droite israélienne. Même Yair Golan, qui a osé dire que tuer des bébés gazaouis était devenu un hobby, a assuré ensuite à la télévision, sur la chaîne 12, qu’Israël ne commet pas de crimes de guerre à Gaza. Il y a une absence absolue de critique. L’information selon laquelle le gouvernement a décidé de lancer la guerre, en estimant les possibles pertes civiles israéliennes entre 800 et 4 000 Israélien·nes est passée quasi inaperçue. Ça a été publié, mais n’a pas été critiqué par les médias, à part dans Haaretz [Mediapart a fait état de cette information ici – ndlr]. Alors que si on prend la fourchette basse, c’est à peu près comme le nombre de morts du 7-Octobre. Et si c’est le maximum, c’est trois fois plus. Mais il n’y a eu aucune interpellation sur cette mise en danger des vies. »

Un peu plus d’une semaine plus tard, Benyamin Nétanyahou consolide son triomphe en flattant celui qui lui permet d’échapper à de potentielles accusations futures d’aventurisme militaire.À lire aussiIran : le revirement de Donald Trump, président de « l’Amérique d’abord »Le fil du jour. Trois sites « dévastés » selon les États-Unis, l’Iran promet de se « défendre »

Le premier ministre israélien met en scène sa complicité avec le locataire du bureau Ovale avec une photo de lui à son bureau, « au téléphone avec le président Trump », diffusée par son cabinet. Avec aussi un discours, en anglais, et une adresse à la population israélienne en hébreu.

« Le président Trump dirige courageusement le monde libre. C’est un ami formidable d’Israël, un ami sans pareil », a-t-il flatté. Et encore : « L’histoire retiendra que le président Trump a agi pour priver le régime le plus dangereux au monde des armes les plus dangereuses au monde. […] Le leadership dont fait preuve aujourd’hui M. Trump a marqué un tournant historique qui peut contribuer à mener le Moyen-Orient et au-delà vers un avenir de prospérité et de paix. »

Les deux dirigeants, qui, selon Donald Trump ont formé une équipe comme « aucune autre équipe n’avait peut-être travaillé auparavant », ont scellé leur alliance par une formule digne de l’inversion du langage dont George Orwell fait une caractéristique du terrifiant régime de 1984 : « la paix par la force ».

L’édito de Médiapart:

« Face au fracas du monde, l’aphonie de la France » 

Lundi 23 Juin 2025

Par Ilyes Ramdani

Où sont passés l’esprit d’initiative et la soif d’indépendance qu’Emmanuel Macron exhibait en marqueurs de sa politique internationale ? Les bombardements menés en Iran par Israël le 13 juin, puis par les États-Unis le 22 juin, n’ont rien suscité d’autre qu’une réaction minimaliste de la France. Après avoir commencé par souligner le « droit d’Israël à se défendre », le président de la République a simplement exprimé sa « préoccupation » lorsque Donald Trump faisait basculer la région dans l’embrasement. 

Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur les violations du droit international, la loi du plus fort que tentent d’instaurer certaines puissances, la fragilisation de l’ordre international, la mise à mal des frontières et des souverainetés nationales… Il y aurait beaucoup à dire, mais la France dit si peu. 

C’est le logiciel d’Emmanuel Macron qui s’exprime ici, la substantifique moelle de sa façon de faire de la politique : le chef de l’État est un homme de « deals », un analyste permanent du contexte et des forces en présence. Un ministre qui l’accompagnait lors d’un déplacement international en est revenu avec cette consigne : « Il ne faut pas braquer Trump. » Avec Israël, le pas de deux est incessant, entre critiques du gouvernement de Benyamin Nétanyahou et refus de lui imposer la moindre sanction. 

À force de vouloir tenir tous les bouts, le président de la République lâche le seul qui compte : celui du temps long. Les atermoiements d’aujourd’hui dilapident les chances de la France de peser, demain et après-demain, lorsque le droit et la justice devront s’imposer. C’est la différence fondamentale entre 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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