Les salles de consommation à moindre risque sont menacées de fermeture si une nouvelle loi n’est pas engagée par le gouvernement.

Comme ceux du gouvernement Bayrou, les jours des salles de shoot françaises semblent donc comptés malgré un nouvel appel du 18 juin. 

Salles de consommation à moindre risque : stop ou encore?

Quentin Haroche | 18 Juin 2025 https://www.jim.fr/viewarticle/salles-shoot-stop-ou-encore-2025a1000ga8?ecd=wnl_all_250622_jim_jim-pro_etid7511729&uac=368069PV&impID=7511729&sso=true

L’expérimentation des salles de consommation à moindre risque doit prendre fin le 31 décembre prochain. Des professionnels de santé et certains politiques demandent la pérennisation de ces structures controversées.

En 2016, la France voyait l’ouverture de ses deux premières salles de consommation à moindre risque (SCMR), plus connu sous le nom de salle de shoot, l’une à Paris et l’autre à Strasbourg. Des lieux où les toxicomanes peuvent consommer des stupéfiants, notamment de l’héroïne, en toute légalité dans un cadre médical. Moins de dix ans après leur apparition, ces dispositifs transgressifs, renommés dans un soucis euphémistique évident en 2021 en « halte soins addiction » (HSA), sont en danger : l’expérimentation doit prendre fin le 31 décembre prochain et si aucune loi n’est votée pour renouveler l’expérience ou pérenniser ces dispositifs, les deux HSA devront fermer leurs portes.

« Iln’y a aucune visibilité aujourd’hui sur la pérennité des choses » regrette auprès de Sciences et Avenir Gauthier Waeckerlé, directeur de l’association Ithaque, qui s’occupe de la HSA Argos à Strasbourg. Dans cette salle de shoot, ce sont environ 800 toxicomanes par jour qui viennent consommer de l’héroïne ou du crack principalement, mais également recevoir un début d’accompagnement médico-social. En cas de fermeture de la HSA l’an prochain, les toxicomanes « n’auraient d’autre choix que de consommer dans des espaces publics, et donc il y aurait forcément un effet sur l’environnement et la tranquillité publique » ajoute le militant associatif.

L’inquiétude est la même du côté de la salle de shoot parisienne, gérée par l’association Gaia au sein de l’hôpital Lariboisière. « Si la salle ferme, toutes ces injections auront lieu dans la rue, sans parler des infections ou des overdoses qui vont se multiplier » explique au Parisien le Dr Elisabeth Avril, directrice de la HSA de Paris. 

Des dispositifs qui auraient fait leurs preuves

Contrairement à nos voisins européens, comme les Pays-Bas, qui compte 37 salles de shoot pour une population quatre fois moindre, les SCMR n’ont pas connu le succès en France et les salles de shoot de Paris et de Strasbourg sont restés les seules que compte notre pays. Plusieurs autres grandes villes (Lille, Bordeaux, Lyon, Marseille…) confrontées à des problèmes de consommation de drogue en public ont envisagé l’ouverture de salles de shoot par le passé, mais tous les projets ont finalement été abandonnés, face à la réticence conjointe des services de l’Etat et des riverains. La ville de Marseille en est un exemple particulièrement frappant : alors que la mairie promet l’ouverture d’une salle de shoot depuis 2020, le projet a été plusieurs fois annulé, bien que le gouvernement assurât en avril dernier qu’il était toujours à l’ordre du jour.

Les partisans des salles de shoot rappellent pourtant régulièrement que ces dispositifs ont fait leurs preuves et qu’ils permettent à la fois de réduire les risques d’overdoses, d’améliorer l’accès aux soins pour les toxicomanes et d’améliorer la tranquillité publique pour l’ensemble de la population en réduisant la consommation de drogues en public. 

Selon un rapport conjoint de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l’inspection générale de l’administration (IGA) d’octobre dernier, les deux salles de shoot de Paris et de Strasbourg ont ainsi permis d’éviter 550 000 actes d’injections de drogue sur la voie publique depuis 2016. La fermeture de ces HSA « dégraderait la tranquillité publique, mettrait en danger des usagers aux conditions de vie très précaires et mobiliserait inutilement des forces de police pour gérer les consommations rendues à l’espace public » concluaient les inspecteurs. Une étude de l’Inserm de 2023 avait également indiqué que la présence de SCMR réduisait de 90 % le risque de partage de matériel d’injection et diminuait donc considérablement les contaminations par le virus de l’hépatite C et le VIH. 

Le gouvernement opposé aux salles de shoot

Pour éviter la disparition des HSA, des professionnels de santé et une partie de la classe politique se mobilisent. En avril dernier, plusieurs associations, dont Médecins du Monde et Fédération Addictions, ont lancé deux procédures judiciaires (l’une au niveau national, l’autre à Marseille) contre l’Etat pour son « inaction et son obstruction » afin d’obtenir la pérennisation des salles de shoot. 

Ce mardi, à la veille de l’ouverture à Strasbourg d’un colloque européen sur les SCMR, plusieurs maires de gauche de grandes villes (Paris et Strasbourg mais aussi Rennes, Montpellier, Lille…) signent dans le journal Le Monde une tribune demandant également le maintien des HSA existantes et l’ouverture de nouveaux centres. « Ces salles ne protègent pas seulement la santé des usagers mais celle de l’ensemble de la population, en limitant les contaminations et en offrant une première pierre d’accompagnement social et de soins » écrivent les édiles. Ils demandent au gouvernement de déposer un projet de loi « afin de transformer ces expérimentations en dispositifs pérennes, et d’envisager l’ouverture de nouvelles haltes soins addictions ».

Dans le contexte politique actuel, le dépôt d’un tel projet de loi semble cependant peu probable. Si les gouvernements précédents ont pu compter des défenseurs des salles de shoot dans leurs rangs (comme Aurélien Rousseau ou Olivier Véran par exemple), l’exécutif actuel semble désormais dominé par le scepticisme à leur égard. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin et le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, qui a affirmé en novembre dernier que « les salles de shoot créent plus de problèmes qu’elles n’en règlent », sont ainsi des opposants déterminés à ces dispositifs.

Comme ceux du gouvernement Bayrou, les jours des salles de shoot françaises semblent donc comptés malgré ce nouvel appel du 18 juin. 

« Les “haltes soins addictions”, qui ont fait leurs preuves, pourraient bientôt disparaître »

Tribune

Les salles de consommation à moindre risque ont encore un statut expérimental et sont menacées de fermeture si une nouvelle loi n’est pas engagée par le gouvernement. A l’initiative de Jeanne Barseghian et d’Anne Hidalgo, maires de Strasbourg et de Paris, un collectif d’édiles l’appelle de ses vœux dans une tribune au « Monde », et souligne les vertus de ce dispositif, à la veille d’un colloque qui leur est consacré.

Publié le 17 juin 2025 à 18h00, modifié le 18 juin 2025 à 12h26  https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/06/17/les-haltes-soins-addictions-qui-ont-fait-leurs-preuves-pourraient-bientot-disparaitre_6613929_3232.html

Temps de Lecture 2 min.

Strasbourg accueille les 18 et 19 juin un colloque européen sur les salles de consommation à moindre risque : il réunira plus de 600 personnes venues du monde entier, alors que ces indispensables dispositifs de santé publique sont aujourd’hui menacés dans notre pays.

L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) fait état depuis plus de trente ans d’une hausse constante des usages de drogues en France, ainsi que d’une augmentation de l’offre de drogues illicites (à l’exception de l’héroïne), en raison de la forte croissance des niveaux de production à l’échelle mondiale. Les enjeux pour la santé de la population, et notamment celle des jeunes, sont majeurs.

Si la lutte contre le narcotrafic et le crime organisé est importante, une politique de santé publique et de prévention forte, intégrant pleinement la réduction des risques, est tout aussi nécessaire.

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Les salles de consommation à moindre risque, dites « haltes soins addictions », font partie des leviers dans cette lutte. Testées positivement dans de nombreux pays, elles ont été permises en France par la loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016. Ainsi, à Paris et Strasbourg, deux salles ont vu le jour. Elles visent prioritairement à améliorer la santé des usagers injecteurs de drogues en réduisant les risques associés à l’injection tels que la contamination par le sida ou l’hépatite C, ou les surdoses mortelles. Les responsables des salles sont des professionnels médico-sociaux travaillant depuis de nombreuses années avec une population d’usagers en situation de grande précarité.

550 000 injections encadrées depuis 2016

Ces salles ne protègent pas seulement la santé des usagers mais celle de l’ensemble de la population, en limitant les contaminations et en offrant une première pierre d’accompagnement social et de soins : si l’on cumule Paris et Strasbourg, elles ont ainsi permis d’accueillir 1 600 usagers par an. Mais elles préservent aussi la tranquillité publique de nos concitoyens : depuis 2016, les 550 000 injections qu’elles ont encadrées sont autant de consommation et de seringues en moins dans l’espace public.

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De plus, elles permettent un suivi de la consommation de drogues sur le territoire et contribuent à adapter au plus proche du terrain les politiques de prévention et de sécurité. Le rapport de l’inspection générale de l’administration (IGA) et de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS), rendu aux ministères en octobre 2024, établit très clairement la plus-value de ces dispositifs et affirme que leur fermeture « dégraderait la tranquillité publique, mettrait en danger des usagers aux conditions de vie très précaires et mobiliserait inutilement des forces de police pour gérer les consommations rendues à l’espace public ».

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Ces salles, qui ont pourtant fait leurs preuves, pourraient bientôt disparaître : au 1er janvier 2026, le cadre légal permettant leur ouverture n’existera plus. A six mois de cette échéance fatidique, les territoires, les partenaires et les équipes des salles n’ont aucune visibilité sur leur avenir et restent sans nouvelle du gouvernement. Afin d’éviter un tel recul pour la santé publique de nos concitoyens, nous appelons le gouvernement à déposer en toute responsabilité un projet de loi afin de transformer ces expérimentations en dispositifs pérennes, et d’envisager l’ouverture de nouvelles « haltes soins addictions ».

Les signataires : Nathalie Appéré, maire (PS) de Rennes ; Jeanne Barseghian, maire (Les Ecologistes) de Strasbourg, coautrice de la tribune ; Michaël Delafosse, maire (PS) de Montpellier ; Arnaud Deslandes, maire (PS) de Lille ; Grégory Doucet, maire (Les Ecologistes) de Lyon ; Anne Hidalgo, maire (PS) de Paris, coautrice de la tribune ; Pierre Hurmic, maire (Les Ecologistes) de Bordeaux ; Mathieu Klein, maire (PS) de Nancy ; Benoît Payan, maire (divers gauche) de Marseille ; Cédric Van Styvendael, maire (PS) de Villeurbanne ; Anne Vignot, maire (Les Ecologistes) de Besançon.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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