La France de moins en moins attractive pour l’industrie pharmaceutique
Quentin Haroche | 19 Juin 2025
https://www.jim.fr/viewarticle/france-moins-moins-attractive-lindustrie-pharmaceutique-2025a1000get?ecd=wnl_all_250620_jim_daily-doctor_etid7509469&uac=368069PV&impID=7509469&sso=true
Le lobby de l’industrie pharmaceutique estime que la France « gâche son potentiel », notamment via une réglementation et une fiscalité trop lourde.
Le mois dernier lors du sommet « Choose France » consacré à l’investissement étranger dans l’Hexagone, l’Elysée s’était une nouvelle fois réjouit des investissements importants des entreprises pharmaceutiques étrangères dans notre pays. 50 millions d’euros par Merck, 300 millions d’euros par Procter & Gamble : « un pognon de dingue » se réjouissait même la présidence de la République. Mais la réalité serait toute autre : selon le dernier baromètre publié ce mardi par le Leem (Les entreprises du médicament), l’attractivité de notre pays pour l’industrie pharmaceutique est en régression.
Un chiffre résume mieux que les autres la faible appétence de l’industrie pharmaceutique pour la patrie de Pasteur : 92 % des directeurs de laboratoires interrogés par le Leem estiment la France peu attractive en 2024 (contre 77 % en 2022). On observe également que 64 % des dirigeants de laboratoires déclarent peu probable qu’ils investiront en France dans les trois prochaines années (50 % des PME et 69 % des grandes entreprises).
Une industrie taxée à 60 %
Il faut dire que selon le Leem la France est soumise à de nombreux freins réglementaires, fiscaux et économiques qui limitent la capacité des entreprises à y investir. Le lobby pharmaceutique évoque ainsi l’un de ses combats de longue date : le prix du médicament. En France, les médicaments sont vendus en moyenne 11 % de moins que dans le reste de l’Union Européenne lorsqu’ils n’ont pas de concurrents génériques et 16 % moins cher lorsqu’ils sont génériquables. Ces prix bas nuisent évidemment à l’attractivité du marché français pour les industriels et expliquent, en partie, les tensions d’approvisionnement observées de plus en plus souvent sur des médicaments.
Le Leem affirme également que la France est devenue un enfer fiscal pour l’industrie pharmaceutique. Selon ses calculs, les entreprises pharmaceutiques subissent en France, en moyenne, un taux de prélèvement obligatoire de 60 %, contre 11 % en Suisse ou 22 % en Irlande. Il dénonce notamment la pérennisation de la clause de sauvegarde, une taxe sur le chiffre d’affaires dont le montant augmente chaque année (1,6 milliards en 2023 contre 680 millions d’euros en 2021). « Si les conditions économiques changent, si une nouvelle taxe est inventée, forcément les dirigeants de filiales en France ont du mal à défendre des investissements auprès de nos maisons mères pour venir investir en France » explique à France info Clarisse Lhoste, présidente de la filiale française de MSD.
Seulement 9 % des médicaments autorisés en Europe sont fabriqués en France
Le baromètre du Leem illustre comment, selon le syndicat, ce manque d’attractivité et la rigidité du système français affectent l’accès aux médicaments innovants pour les Français. Ainsi, seulement 60 % des médicaments bénéficiant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) dans l’Union Européenne sont disponibles en France, contre 89 % en Allemagne et 83 % en Italie. Il faut en moyenne 523 jours pour qu’un médicament autorisé dans l’Union Européenne soit disponible en France (il n’en fallait « que » 443 en 2022), contre seulement 50 jours en Allemagne. Le nombre de médicaments bénéficiant d’un accès précoce est également en baisse (38 en 2022 contre 25 en 2024). Enfin, autre signe des difficultés de notre pays dans ce domaine, seulement 9 % des médicaments autorisés en Europe depuis 2020 sont fabriqués en France.
L’industrie pharmaceutique française a pourtant beaucoup d’atouts rappelle le Leem. La France est ainsi le deuxième marché du médicament en Europe (35 milliards d’euros par an) et l’industrie pharmaceutique emploie au total 108 000 personnes (+ 8,6 % entre 2014 et 2023). Les investissements en recherche et développement restent stables et la France est le 3ème pays d’Europepour le nombre d’essais cliniques. Enfin, l’industrie pharmaceutique est rentable : « pour chaque euro injecté par l’industrie pharmaceutique, 2,10 € sont générés pour l’économie française » explique le baromètre.
« Ne gâchons pas notre potentiel » plaide le Leem. Le représentant des laboratoires pharmaceutiques avance donc plusieurs propositions pour mettre fin à ce « lent décrochage » de notre pays : « engager une évolution du système d’évaluation et de fixation des prix des médicaments », « mettre en place, un fast track européen pour réduire les délais d’autorisation des essais cliniques à 31 jours», « mettre en place une mesure de viabilité pour soutenir via le prix la souveraineté des médicaments à faible marge produits en France » etc.
Surtout, l’industrie pharmaceutique appelle à « remettre à plat une fiscalité illisible et punitive » via une « loi de programmation en santé ».
Mais alors que l’heure est à l’austérité budgétaire, difficile d’imaginer une baisse des impôts sur l’industrie pharmaceutique.
Commentaire Dr Jean SCHEFFER:
On assiste en ce moment à une intense campagne des industriels de l’industrie paharmaceutique pour alléger les normes et la fiscalité en France, sans quoi ils vont investir aux Etats-Unis, ce qu’ils ont déjà fait. Sanofi n’a pas attendu et a même fermé un important centre de recherche et vendu tout son secteur de médicaments génériques dont le paracétamol. Ce n’est ni plus ni moins que du chantage.
Voir aussi:
https://environnementsantepolitique.fr/2021/01/30/les-echecs-de-linstitut-pasteur-et-du-laboratoire-sanofi-a-developper-un-vaccin-contre-la-covid-19-mettent-en-lumiere-les-defaillances-de-la-politique-francaise-daide-a-la-recherche/