« Hôpitaux publics : face au retour du discours de l' »efficience », la crainte de nouvelles économies »
Date de publication : 18 juin 2025 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=f656ca4378a268f594a0c604df67fcfa&id_newsletter=22121&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=22121&from=newsletter
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Camille Stromboni remarque dans Le Monde : « Efficience, efficience, efficience… La petite musique, que les hôpitaux connaissent bien, résonne de nouveau à la tête de l’Etat, et elle ne manque pas d’inquiéter dans les rangs hospitaliers ».
La journaliste observe qu’« au sortir de la crise sanitaire due au Covid-19 et du «quoi qu’il en coûte», les pouvoirs publics avaient promis de reléguer aux oubliettes les politiques de contraintes budgétaires avec ces fermetures de lits qui en ont constitué la face la plus visible. La page est-elle en train de se tourner ? ».
Camille Stromboni note ainsi qu’« alors que l’horizon budgétaire se durcit et que l’exécutif est à la recherche d’économies tous azimuts, la crainte d’un retour aux vieilles recettes se fait de plus en plus forte, avant même l’ouverture des débats du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Il faut dire que les signaux se multiplient, à entendre les responsables d’établissement ».
La journaliste explique qu’« une circulaire budgétaire adressée par le Premier ministre, François Bayrou, aux directrices et directeurs des agences régionales de santé, n’est pas passée inaperçue. Dans ce courrier, en date du 23 avril, le message est clair : il est temps de «relancer une démarche d’efficience et de performance» dans les établissements de santé ».
« Le déficit des hôpitaux publics s’est «nettement aggravé depuis 2019», souligne-t-il. Il devrait s’élever à 3 milliards d’euros en 2024, selon les estimations provisoires de la Cour des comptes publiées le 26 mai (…). Du jamais-vu, qui appelle, selon les magistrats, des «mesures d’efficience» », poursuit Camille Stromboni.
Elle indique ainsi que « le Premier ministre a demandé aux agences régionales de «relancer sans attendre une démarche de maîtrise de la progression des postes de dépenses (masse salariale, achats) et d’optimisation des processus de gestion et de trésorerie des établissements de santé», évoquant aussi le retour d’une «démarche contractualisée “performance et redressement financier”» dans les hôpitaux en difficulté – autrement dit, les plans de retour à l’équilibre. […] Une instruction du ministère de la Santé est attendue dans les jours qui viennent ».
Le Syncass-CFDT, syndicat des directeurs de la fonction publique hospitalière, réagit : «C’est un air de déjà-entendu pour les responsables hospitaliers : les critères et méthodes de pilotage qui ont fait la preuve de leur nocivité dans les années 2010 sont de retour ».
Le syndicat remarque qu’« outre le sous-financement de mesures salariales, à demi reconnu dans les couloirs ministériels, le creusement des déficits hospitaliers depuis 2019 est d’abord lié à la crise sanitaire et à ses prolongements : inflation, tensions majeures sur les recrutements médicaux et paramédicaux, niveau d’activité pré-Covid inégalement ou insuffisamment retrouvé ».
Camille Stromboni observe ainsi : « Fermer des lits, diminuer le ratio des soignants autour du malade, geler les investissements… les mêmes craintes resurgissent ».
François Crémieux, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, indique pour sa part : « Tout dépend de la façon dont cette circulaire va être appliquée. Mais on peut craindre la tentation de revenir aux recettes anciennes de la variable d’ajustement des emplois de soignants, et des fermetures de lits, pour tenir les budgets. […] Attention à ne pas viser des économies à court terme et esquiver les réorganisations nécessaires ».
La journaliste relève que « sur le terrain, des premières alertes remontent déjà, dans les rangs des syndicats de soignants. Au centre hospitalier de Laval, ce sont 50 suppressions de postes qui s’annoncent, selon une intersyndicale FO-CGT, qui s’oppose à un «objectif de 3,5 millions d’euros d’économies sur les postes de soignants», alors que l’établissement serait plombé par un déficit de «plus de 10 millions d’euros» en 2024 ».
Camille Stromboni note que « la situation est pourtant déjà sous tension. «Nombreux sont les secteurs qui ne parviennent plus à répondre aux besoins de la population», s’inquiète l’intersyndicale, citant pêle-mêle le bloc opératoire qui ne fonctionne qu’à moitié, faute de médecins et d’infirmiers, les fermetures de lits dans plusieurs unités, en psychiatrie, ou encore les urgences régulées en permanence et qui n’ont souvent plus de médecin dans le service d’accueil ».