« Emmanuel Macron voulait marquer l’histoire. Etre à l’avant-garde d’une « solution politique » au conflit israélo-palestinien en lançant une « dynamique » internationale portée par la reconnaissance de l’Etat palestinien par la France, disait-il. A New York, depuis l’enceinte des Nations unies, le président français, de concert avec le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, devait ressusciter la solution à deux Etats, tombée en désuétude depuis de nombreuses années. » L’attaque en Iran percute la reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France et la dynamique internationale voulue par Macron.
« Emmanuel Macron n’attaque plus de façon aussi véhémente le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, cet homme dont il dénonçait, fin mai, les « actions scandaleuses » dans la bande de Gaza«
« Le président français a semblé, tout en s’en démarquant, donner une sorte de blanc-seing aux autorités israéliennes dans son attaque de l’Iran » « La France « ne partage pas » l’approche israélienne, mais les frappes « ont eu des effets recherchés depuis longtemps »
« Inattendu ralliement à l’opération israélienne « Rising Lion »
Suite au non-respect de l’interdiction d’exposer des armes offensives au salon du Bourget, le gouvernement français ferme quatre stands de sociétés israéliennes spécialisées dans l’armement.
Attaque contre l’Iran : la position paradoxale des Européens en soutien d’Israël
La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont soutenu, vendredi, le « droit » de l’Etat hébreu « à se défendre » face à la menace nucléaire de la République islamique, en dépit de la dégradation de leurs relations avec Benyamin Nétanyahou au fil de la guerre à Gaza et de leur volonté de privilégier l’option diplomatique.
Par Elise Vincent et Philippe Ricard
Publié le 14 juin 2025 à 06h00, modifié le 14 juin 2025 à 08h23 https://www.lemonde.fr/international/article/2025/06/14/attaque-contre-l-iran-la-position-paradoxale-des-europeens-en-soutien-d-israel_6612971_3210.html
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Appeler à la retenue et à la diplomatie, sans condamner Israël ni désavouer ses frappes : la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont réagi, vendredi 13 juin, de manière quelque peu inattendue, voire acrobatique, à la vaste offensive lancée par l’Etat hébreu contre l’Iran.
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Tour à tour, les trois Etats européens – signataires, en 2015, avec l’Iran, l’Union européenne, les Etats-Unis, la Russie et la Chine, de l’accord destiné à limiter l’expansion du programme nucléaire iranien, dénoncé par Donald Trump trois ans plus tard – ont soutenu le « droit à se défendre » d’Israël face à la menace existentielle que constitue, selon eux, la détention par le régime islamique de Téhéran de l’arme nucléaire.
Jusqu’ici, Paris, Londres et Berlin avaient plutôt tenté, en vain, de dissuader Benyamin Nétanyahou de mettre ses menaces à exécution, afin de privilégier l’option diplomatique.
Sans rancune, vendredi, les dirigeants français, britannique et allemand ont chacun appelé le premier ministre israélien pour lui manifester leur solidarité, en dépit de la très nette dégradation, au moins pour les deux premiers, de leurs relations avec M. Nétanyahou au fil de la guerre dans la bande de Gaza. « Israël a le droit de se défendre et l’Iran ne devrait pas développer d’armes nucléaires », a estimé, très vite, le chancelier allemand, Friedrich Merz. Le Britannique Keir Starmer a mis en avant, dans l’après-midi, le « droit d’Israël à l’autodéfense » et les « inquiétudes de longue date » de son pays à l’égard du programme nucléaire iranien.
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En début de soirée, Emmanuel Macron a même assuré que la France était à nouveau prête, comme après les précédentes ripostes iraniennes, à se joindre aux « opérations de protection et de défense » de l’Etat hébreu en cas de représailles – sans que l’on sache si Paris a joint les actes à la parole quand l’Iran, dans la soirée puis dans la nuit, a lancé plusieurs salves de missiles sur Israël. « A l’inverse, je n’envisage aucunement de participer à quelque opération offensive que ce soit. Ce n’est pas notre rôle », a ajouté le chef de l’Etat. « Le soutien n’est pas un soutien inconditionnel et sans limite », a-t-il fait valoir.
« Des effets qui vont dans le sens recherché »
Il n’empêche, le président français a semblé, tout en s’en démarquant, donner une sorte de blanc-seing aux autorités israéliennes. « Quand je regarde les résultats de ces frappes, elles ont permis de réduire des capacités d’enrichissement. Elles ont permis de réduire des capacités balistiques », a observé Emmanuel Macron. La France n’a « pas participé » à l’offensive et ne « partage pas cette approche et la nécessité d’une opération militaire », a-t-il rappelé, pour constater cependant que ses frappes avaient eu « des effets qui vont dans le sens recherché » afin d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire ou, du moins, entraver ces efforts en ce sens. « Nous ne pouvons pas vivre dans un monde où l’Iran possède l’arme nucléaire », a-t-il martelé, en mentionnant, notamment, le soutien de Téhéran à Moscou dans la guerre en Ukraine.
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La position des capitales européennes, Paris en tête, est paradoxale, dans la mesure où elles sont les premières à avoir cherché à relancer les négociations avec Téhéran. En particulier dans le contexte de la réélection de Donald Trump, car elles voulaient éviter qu’Israël ne passe à l’offensive contre le programme nucléaire iranien, avec le soutien ou pas des Etats-Unis. Mais, écartés des négociations entre Washington et Téhéran, les officiels européens se méfiaient, ces derniers jours, d’un accord précipité et de façade, négocié à la va-vite et dans leur dos par l’envoyé spécial de la Maison Blanche, Steve Witkoff. Pour eux, l’ancien agent immobilier, proche du président américain, ne fait pas le poids face aux négociateurs iraniens, plongés dans le dossier depuis des années.
Au contraire, les officiels européens ont continué à se concerter étroitement avec les autorités israéliennes, ces dernières semaines, au sujet de l’Iran. Ils reconnaissent, en privé, que la convergence est forte avec l’Etat hébreu pour juger que le programme nucléaire iranien est très avancé et qu’il est grand temps de stopper ces progrès. Au-delà des mises en garde de rigueur contre une intervention militaire israélienne, certaines voix ne cachaient plus, notamment à Paris, que les frappes pourraient être envisageables si Israël apportait la preuve de leur efficacité pour résoudre la question du nucléaire iranien pour dix ans ou davantage, sans susciter une nouvelle conflagration régionale.
Inattendu ralliement
Un positionnement qui tranche avec la prudence avec laquelle les diplomates européens, en particulier français, portaient le dossier iranien ces derniers mois.
« La position française est pour le moins questionnable, car l’opération israélienne a notamment consisté en une frappe sur une installation nucléaire d’un Etat souverain. Les risques ne sont pas nuls », estime Héloïse Fayet, spécialiste des questions de dissuasion, chercheuse à l’Institut français des relations internationales.
L’une des explications à cet inattendu ralliement à l’opération israélienne « Rising Lion » est, de surcroît, liée aux limites de la partition diplomatique que Paris essayait de mener sur le dossier iranien, en lien avec l’Allemagne et le Royaume-Uni. En octobre doit intervenir l’expiration définitive de l’accord de Vienne, signé en 2015. Or celui-ci prévoit, en théorie, un retour des sanctions contre l’Iran, si aucun progrès de la part de Téhéran n’est constaté, par le biais du Conseil de sécurité des Nations unies, que les diplomates européens envisagent d’activer d’ici à la fin août.
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« Mais les Iraniens n’ont jamais vraiment eu peur de ce “snapback”, le nom donné à ce retour possible des sanctions. Ce n’était pas une bonne solution », considère Mme Fayet. « Il est très probable que Téhéran mette à exécution sa menace de se retirer du TNP [traité de non-prolifération] en réponse », analysait, en mars, Kelsey Davenport, directrice de la politique de non-prolifération pour le compte de l’Arms Control Association, un think tank américain influent sur ces questions.
De l’avis de nombreux experts, les négociations esquissées par Paris, Londres et Berlin – sans Washington, qui s’est retiré de l’accord en 2018 – n’auraient pas été en mesure d’obtenir un démantèlement du programme iranien. Elles auraient, au mieux, avec le retour d’inspections régulières sous l’égide de l’Agence internationale de l’énergie atomique, permis de donner quelques mois aux Occidentaux pour intervenir en cas de franchissement des seuils d’enrichissement par Téhéran.
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Elise Vincent et Philippe Ricard
L’attaque en Iran percute la reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France
Les frappes israéliennes ont conduit l’Elysée à reporter sine die la conférence onusienne avec le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, initialement prévue mercredi 18 juin, à New York.
Par Claire GatinoisPublié le 14 juin 2025 à 05h30, modifié le 14 juin 2025 à 09h07 https://www.lemonde.fr/international/article/2025/06/14/l-attaque-en-iran-percute-la-reconnaissance-de-l-etat-de-palestine-par-la-france_6612962_3210.html
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Emmanuel Macron voulait marquer l’histoire. Etre à l’avant-garde d’une « solution politique » au conflit israélo-palestinien en lançant une « dynamique » internationale portée par la reconnaissance de l’Etat palestinien par la France, disait-il. La date de ce « chemin vers la paix » était fixée au mercredi 18 juin. A New York, depuis l’enceinte des Nations unies, le président français, de concert avec le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, devait ressusciter la solution à deux Etats, tombée en désuétude depuis de nombreuses années.
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Les ambitions présidentielles se sont fracassées vendredi 13 juin au petit jour. Les frappes israéliennes en Iran, détruisant des sites nucléaires et militaires du régime et « décapitant », selon les mots israéliens, l’état-major iranien, ont bousculé le calendrier géopolitique. La conférence onusienne est reportée sine die. Officiellement pour des raisons « logistiques » et« sécuritaires », a expliqué Emmanuel Macron, lors d’une conférence de presse organisée dans la soirée de vendredi, à l’Elysée. « Le prince héritier, comme le président de l’Autorité palestinienne, m’ont indiqué qu’ils n’étaient pas en situation logistique, physique, sécuritaire et politique de se rendre à New York », excuse-t-il. De la « pure lucidité », insiste-t-il. « Une date sera refixée (…) au plus vite », promet-il. Car « ce report ne saurait remettre en cause notre détermination à avancer vers la mise en œuvre de la solution des deux Etats, quelles que soient les circonstances », jure le président de la République, saluant la « dynamique inarrêtable » enclenchée par cette conférence.
Mais le ton du chef de l’Etat n’est plus le même. Emmanuel Macron n’attaque plus de façon aussi véhémente le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, cet homme dont il dénonçait, fin mai, les « actions scandaleuses » dans la bande de Gaza, pilonnée et affamée par l’armée de l’Etat hébreu. Le président français évoque désormais un pays, Israël, qui a le « droit de se défendre » face à la menace iranienne. Téhéran est l’ennemi prioritaire. « L’Iran porte une lourde responsabilité dans la déstabilisation de toute la région », dit Emmanuel Macron. « Nous ne pouvons pas vivre dans un monde où l’Iran posséderait la bombe atomique, car c’est une menace existentielle et une menace pour notre sécurité à tous », poursuit-il, confirmant la convergence des intérêts, sur ce dossier, entre la France et Israël.
« Certains pays se sont dégonflés »
Les frappes israéliennes ont conduit l’Elysée à revoir son ordre du jour palestinien. Mais peut-être ont-elles aussi offert un prétexte à la France pour se sortir d’un mauvais pas. « La conférence à New York promettait d’être un fiasco diplomatique », cingle Laure Foucher, maîtresse de recherche sur le Moyen-Orient à la Fondation pour la recherche stratégique. Les conseillers d’Emmanuel Macron avaient beau travailler « d’arrache-pied » à la tenue de ce sommet, le doute s’était installé depuis plusieurs jours.
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Peu de conditions réclamées par la France semblaient sur le point de se réaliser. Paris n’était pas parvenu à convaincre l’Arabie saoudite et le monde musulman d’esquisser une normalisation de leurs relations diplomatiques avec Israël en échange de sa reconnaissance de l’Etat de Palestine. A défaut d’arracher un tel geste de Riyad, chimérique au moment où la bande de Gaza n’est plus qu’un champ de ruines et où la Cisjordanie est dépecée par les colonies juives, il était envisagé d’enclencher un mouvement de groupe. La France, pensait-on rue du Faubourg-Saint-Honoré, pourrait conduire le Royaume-Uni, le Japon et des pays européens à la suivre dans la reconnaissance de l’Etat palestinien.
« Certains pays partenaires se sont dégonflés au dernier moment. Les pressions israéliennes étaient très fortes et menaçantes. Et l’Arabie saoudite n’a jamais envisagé de faire un geste sur la question de la normalisation avec Israël comme l’espérait la France. C’était une erreur de calcul de rentrer dans une logique transactionnelle avec les Saoudiens », pense Mme Foucher.
Ce n’est « pas un cadeau, c’est notre droit ! »
Jusqu’au bout, Emmanuel Macron a voulu y croire, pensant que le sommet du G7, en Alberta, au Canada, du 15 au 17 juin, permettrait de faire avancer des pions. Mais la pression israélienne s’est faite de plus en plus forte. « Macron ne voulait pas d’un rapport de force avec Israël », commente un diplomate. A défaut d’aller, le jour J, vers une reconnaissance de la Palestine, flottait l’idée de proposer une autre option sous la forme d’une « feuille de route », proposant une formule dite « graduelle », où la France dessinerait un chemin pour arriver jusqu’à cette reconnaissance. Un pis-aller.
Depuis le Conseil économique, social et environnemental, où se réunissaient des représentants de la société civile palestinienne et israélienne, pour défendre la solution à deux Etats, chacun avait conscience qu’en l’espace d’une nuit, le jeu s’était modifié. Pourtant, reconnaître la Palestine n’est « pas un cadeau, c’est notre droit ! », enrageait Shaddad Attili, ancien ministre de l’Autorité palestinienne, alors que nombre de ses compatriotes de Gaza n’avaient pu faire le voyage en France. « Nétanyahou est dans une démarche churchillienne pour montrer à quel point il est fort et courageux. Il ose détruire les sites nucléaires pour que les Israéliens soient fiers », analysait l’ex-premier ministre israélien, Ehoud Olmert, voyant que l’image de Benyamin Nétanyahou était susceptible de s’améliorer, au moins dans son pays.
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« Les efforts de la communauté internationale [pour la solution à deux Etats] soutenus par Macron sont inédits. Est-ce que ça suffira ? Je ne sais pas », s’interrogeait M. Olmert, alors que Nasser Al-Qidwa, ex-ministre des affaires étrangères de Palestine et neveu de l’ancien président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat, se voulait plus optimiste : « Macron fait un bon boulot. J’espère qu’il persévérera devant les pressions et les menaces directes d’Israël. »
Dans la soirée, le président français a reçu, à l’Elysée, des civils palestiniens et israéliens, offrant un aparté à chacun et répétant qu’il n’avait en rien abandonné son projet de reconnaissance de la Palestine. Une femme lui a tendu le portrait de son enfant, retenu en otage dans l’enclave, tandis qu’une autre expliquait que les prisonniers palestiniens étaient aussi, à ses yeux, des otages. « Nous devons initier une nouvelle dynamique afin de ne pas nous laisser piéger par l’absence de volonté d’avancer de toutes les parties prenantes », avait admis le président de la République, un peu plus tôt, devant les journalistes.
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Salon du Bourget : plusieurs stands de sociétés israéliennes fermés sur ordre du gouvernement français

Aéronautique, Défense – Armée, Economie
Publié le 16/06/2025 à 18:40 , mis à jour à 22:16 https://www.ladepeche.fr/2025/06/16/salon-du-bourget-plusieurs-stands-de-societes-israeliennes-fermes-sur-ordre-du-gouvernement-francais-12765523.php#
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Suite au non-respect de l’interdiction d’exposer des armes offensives au salon du Bourget, le gouvernement français ferme quatre stands de sociétés israéliennes spécialisées dans l’armement.
Israël Aerospace Industries (IAI), Rafael, Elbit Systems et UVision : quatre sociétés non grata au salon du Bourget. Ce lundi 16 juin 2025, les tensions géopolitiques, et particulièrement l’offensive menée par Israël sur Gaza, ont plané sur la manifestation. Dans le hall 3, quatre stands de sociétés israéliennes de défense qui exposaient leurs drones militaires, missiles et équipements électroniques ont en effet été fermés pendant la nuit. De hauts panneaux en bois recouverts de tissu noir entourent quatre stands israéliens et en interdisent l’accès. Plusieurs compagnies républicaines de sécurité (CRS) patrouillent dans le secteur pour veiller à ce qu’ils y restent.
Devant le stand du ministère de la Défense israélienne, une salariée de Rafael, une société spécialisée dans l’armement, n’en revient toujours pas. « Hier on est partis à 19 heures après avoir terminé de tout installer sur le stand et on a découvert ce matin, à notre arrivée, que tout était fermé. » Et pour cause, la décision vient du plus haut sommet de l’État. Ces fermetures sont assumées par le gouvernement français. « Depuis le début, nous avons donné un cadre clair, qui a été partagé aux Israéliens, à savoir : l’interdiction d’exposer des armes offensives au Salon du Bourget », a détaillé le Quai d’Orsay.*

Le stand d’IAI a été fermé pendant la nuit du 15 au 16 juin 2025. DDM – Mathieu Simonnet
« Marquer réprobation et distance »
Lors de l’inauguration du salon international de l’aéronautique et de l’espace ce lundi matin, le Premier ministre s’est exprimé sur la situation à Gaza qu’il juge moralement inacceptable. « La France considère qu’il y a là une situation terrible pour les Gazaouis. On ne peut pas affamer un peuple, on ne peut pas faire en sorte qu’il ne puisse plus avoir accès à l’aide humanitaire. La France a tenu à manifester que les armements offensifs ne devaient pas être présents. Nous voulons absolument marquer réprobation et distance », a déclaré François Bayrou.
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La semaine dernière, le tribunal judiciaire de Bobigny avait rejeté la requête d’associations qui demandaient l’exclusion du salon des entreprises israéliennes au nom du risque de perpétuation de « crimes internationaux ». Cette décision de l’État français suscite donc de vives critiques du côté de Tel Aviv. Dans un communiqué, le gouvernement israélien a en effet dénoncé une « décision scandaleuse et sans précédent », qui créerait une « ségrégation » à l’encontre des exposants israéliens. La salariée de Rafael rencontrée aujourd’hui espère pouvoir rouvrir son stand rapidement… « Je pense que c’était juste pour marquer le coup et que tout va rentrer dans l’ordre. » À l’heure, où le soleil se couche sur le Bourget, rien n’est moins sûr..
L’incroyable blanc-seing de Macron à Israël
Jean-François Bayart Professeur au Graduate Institute (Genève)
Abonné de Mediapart
BILLET DE BLOG 17 JUIN 2025

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À l’instar des dirigeants de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne, Emmanuel Macron n’a d’autre réponse à la guerre d’agression d’Israël contre l’Iran que la reconnaissance de son « droit » de « se défendre ».
Le blanc-seing accordé par Emmanuel Macron à Netanyahou est dangereux – et indigne du rôle que notre pays a tenu dans la construction d’un système de sécurité collective et dans l’élaboration d’un droit international.
Dans la mesure où c’est Israël qui a pris l’initiative unilatérale de bombarder l’Iran sans déclaration préalable de guerre, on pourrait croire, à la première lecture, que l’Elysée reconnaît à Téhéran le « droit » de « se défendre ». Mais non ! Vous n’y êtes pas ! L’intoxication de notre classe politique et de nos médias par la Hasbara – l’appareil de propagande israélien qui, sans relâche, travaille l’opinion publique internationale – est telle que notre langue est devenue orwellienne : la guerre, c’est la paix ; la liberté, c’est l’esclavage ; l’ignorance, c’est la force – et l’agression, c’est le « droit légitime de se défendre ».
Depuis des lustres, les pays occidentaux, moyennant quelques larmes de crocodile et à quelques exceptions près, couvrent les violations systémiques du droit international par Israël. Non seulement ses crimes de guerre et contre l’humanité, d’ordre pré-génocidaire ou génocidaire à Gaza, au dire de la justice internationale. Mais aussi la banalisation du recours unilatéral à la force militaire sans déclaration de guerre ni respect du droit de la guerre, y compris en matière d’occupation de territoires à Gaza, en Cisjordanie, dans le sud du Liban et de la Syrie ; la purification ethnique au bénéfice des colons ; les assassinats extrajudiciaires de dirigeants palestiniens, libanais ou iraniens ; la violation de la souveraineté des pays voisins ; la détention de masse de simples suspects et l’usage de la torture ; l’arraisonnement de navires pacifiques dans les eaux internationales ; l’utilisation de technologies civiles pour frapper ses adversaires comme au Liban (et sans doute en Iran), sans aucun égard pour les victimes collatérales ; le bombardement d’installations nucléaires que prohibe le droit international, en toutes circonstances comme vient de le rappeler l’AIEA ; les meurtres de journalistes, d’humanitaires et d’agents des Nations-Unies ; la destruction systématique des hôpitaux, des écoles, des universités, du patrimoine archéologique et culturel de Gaza.
Par sa déclaration du 13 juin, Emmanuel Macron a franchi un pas de plus dans la légitimation, ou tout au moins l’acceptation, du mépris du droit international et du système multilatéral des Nations-Unies par Israël. En donnant rétrospectivement raison à Poutine dans sa propre guerre d’agression contre l’Ukraine – mais Nicolas Sarkozy avait déjà fait de même lors de l’invasion de la Géorgie, en 2008. En laissant carte blanche à la Chine pour annexer Taïwan – et à dire vrai, Emmanuel Macron l’avait déjà laissé entendre par ses déclarations stupéfiantes lors de son voyage à Pékin, en avril 2023, alors qu’il était encore dans l’espace aérien chinois et que l’île était soumise à un quasi-blocus maritime destiné à l’intimider.
En l’occurrence, le blanc-seing accordé à Netanyahou est d’une vieille facture. Sans même parler de la renonciation cinquantenaire à imposer à Israël les dispositions du droit international que relayaient les résolutions des Nations-Unies, ni de la vaine recherche d’un régime dérogatoire pour l’Etat hébreu au fil des parties de poker-menteur des négociations « pour la paix » que patronnaient les Etats-Unis en leur qualité de tricheur courtier, rappelons que la France avait cautionné la guerre d’agression de Saddam Hussein contre la jeune République islamique d’Iran, en 1980, et l’avait même épaulée militairement en prêtant ses avions et ses pilotes pour la bombarder. On meurt toujours par là où l’on a péché.
J’entends déjà les intoxiqués de la Hasbara. « Et les atrocités du Hamas le 7 octobre ? » Les crimes contre l’humanité du Hamas, incontestables, ne justifient en rien l’anéantissement de Gaza et la purification ethnique que prépare son ravage, pas plus que la guerre d’agression contre l’Iran, quel que soit le soutien politique et militaire que celui-ci a apporté à ce mouvement armé et qui est tout à fait secondaire quant à l’irréductibilité politique de la question palestinienne. Après tout, Netanyahou a lui aussi financé le Hamas.
« Et le programme nucléaire de l’Iran qui ferait peser une ‘menace existentielle’ sur Israël ? » Les pays occidentaux vivent sous la « menace existentielle » de la Russie depuis soixante-dix ans, et réciproquement. Les pays arabes sont sous la « menace existentielle » d’Israël depuis les années 1960 puisque la France a aidé l’Etat hébreu à se doter de l’arme nucléaire contre l’avis des Etats-Unis, avant que ceux-ci ne prennent son relai.
Pour être plus précis, la République islamique n’a relancé le programme nucléaire du Shah, qui avait bénéficié de la coopération de la France, qu’après l’attaque de l’Irak, fort du soutien des pays arabes et occidentaux, et plus précisément qu’après l’acceptation, par ces derniers, de l’utilisation d’armes chimiques par Saddam Hussein, en dépit des conventions internationales. Téhéran avait alors compris que son isolement diplomatique était total, nonobstant le droit. D’où sa volonté de sanctuariser son territoire, selon un calcul similaire à celui de la France, dans les années 1950, alors même que celle-ci bénéficiait de la protection de l’Alliance atlantique. Le « Ni Est ni Ouest » de Khomeyni n’était pas différent de la doctrine de la défense « tous azimuts » du général de Gaulle, n’en déplaise aux vociférations, car la révolution dite islamique fut d’abord nationale, comme l’ont prouvé les évolutions diplomatiques et intérieures de la République.
Certes, les nouveaux dirigeants iraniens ont renoncé à l’alliance avec Israël et rallié le « front du refus ». Mais ils ont pris acte des accords d’Oslo, en 1993, tout en faisant part de leur scepticisme. Ce ne fut point l’Iran qui les déchira, et les faits ont malheureusement prouvé qu’il avait vu juste en exprimant ses doutes.
Certes, Téhéran ne reconnaît pas la légitimité de l’Etat d’Israël, et l’ancien président Ahmadinejad a accompagné cette position diplomatique de propos antisémites inacceptables. Mais aucun spécialiste de l’Iran ne pense que la République islamique aurait risqué son existence en attaquant Israël pour les beaux yeux de la cause palestinienne. Le philo-arabisme n’est pas la qualité la mieux partagée en Iran…
Certes, le programme nucléaire de l’Iran avait des visées militaires, nonobstant les protestations de ses dirigeants quant à la pureté de leurs intentions. Mais son objectif réaliste était vraisemblablement de devenir une puissance « du seuil », capable de se doter de la bombe en quelques semaines en cas de nouvelle agression extérieure contre son territoire, à l’image du Japon. L’histoire montre que même les paranoïaques ont des ennemis. Mais, en France, l’analyse du diplomate chevronné que fut François Nicoullaud, excellent connaisseur de l’Iran où il avait été ambassadeur, et aussi des questions stratégiques, fut étouffée par la « secte » du Quai d’Orsay qui prit le contrôle de la politique d’ostracisme vis-à-vis de la République islamique, à partir de 2002, en trouvant son inspiration dans les philippiques de feu Thérèse Delpech, l’intellectuelle organique du Centre de l’énergie atomique et du Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères qui avait approuvé l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis en 2003.
Quoi qu’il en soit, ce sont les Etats-Unis qui sont sortis de l’accord nucléaire de 2015, péniblement arraché par un long travail diplomatique, et qui ont émancipé l’Iran des engagements qu’il avait contractés contre la promesse de la levée des sanctions internationales prises à son encontre – promesse qui n’a jamais été honorée, pas même par Barak Obama. Là aussi, le violeur du droit international n’est pas celui que l’on dit.
De tout cela, Emmanuel Macron n’a cure. Ce faisant, il aide Netanyahou à parachever la résolution de la question palestinienne par voie de purification ethnique. Il a d’ailleurs reporté sine die la conférence internationale qu’il avait convoquée à ce propos, sous l’égide des Nations-Unies, et en partenariat avec l’Arabie saoudite. Répétons-le, il entérine, banalise et même sublime une guerre d’agression pure et simple, longuement murie et préparée par Israël, contre l’avis du Mossad dont les chefs successifs, une fois à la retraite, ont à peu près tous condamné la démonisation nucléaire de l’Iran, soit individuellement, soit sous forme de tribunes collectives dans la presse. On comprend d’ailleurs mieux pourquoi Netanyahou a tenu à limoger le chef du Mossad pour y nommer un homme lige de l’extrême-droite suprémaciste, en dépit de l’opposition de la Cour suprême. Il ne s’agissait pas seulement de protéger son entourage crapuleux, mais bel et bien de faciliter la guerre préméditée contre l’Iran…
Aujourd’hui, nul ne peut prévoir les conséquences de la fuite en avant de Netanyahou. Mais l’aveuglement de la classe politique et des médias français sur le Proche et le Moyen-Orient soulève une autre question quant au danger qu’Israël représente désormais pour la démocratie en Europe. Chacun s’émerveille de la compétence avec laquelle les services secrets de l’Etat hébreu sont parvenus à infiltrer l’appareil politico-militaire du Hezbollah libanais et de la République islamique. Doit-on être naïf au point de s’interdire de penser qu’il en fait de même avec ses alliés occidentaux ? Doit-on oublier l’enquête journalistique « Projet Pegasus » qui, en 2021, a dévoilé l’ampleur de l’espionnage israélien dans les pays européens dont Emmanuel Macron semble bien avoir été lui-même la cible ? Doit-on faire silence sur le harcèlement de différentes milices numériques contre toute voix dissidente à l’encontre de la doxa de Hasbara, dont l’Université française est désormais la victime régulière, et qui rend impossible, au sujet de la politique d’Israël, tout « usage public de la raison » selon la définition habermassienne de l’espace public, constitutif de la démocratie libérale ?
À nouveau, j’entends la clameur indignée de ces influenceurs qui vont vite crier au complotisme antisémite sous ma plume. Mais je parle bel bien de la menace que représente un Etat, et non un peuple, un Etat dans lequel ne se sont pas reconnus tous les juifs et dans lequel ils sont peut-être de moins en moins nombreux à se reconnaître, aussi bien en Israël que dans leur diaspora. Un Etat qui poursuit une stratégie outrancière de free rider dans un système d’Etats de plus en plus enclins à en revenir à la loi de la jungle dont le droit international et le système onusien espéraient nous libérer.
Le blanc-seing accordé par Emmanuel Macron à Netanyahou n’est pas indifférent du point de vue de la sauvegarde de nos libertés publiques, de notre souveraineté et de la paix. Il est dangereux – et indigne du rôle que notre pays a tenu dans la construction d’un système de sécurité collective et dans l’élaboration d’un droit international.
Salon du Bourget : cinq stands d’industriels israéliens exposant des armes offensives ont été fermés par le gouvernement
Les stands d’Israel Aerospace Industries, Rafael, UVision, Elbit et Aeronautics ont été entourés de cloisons noires, lundi, à l’ouverture du Salon de l’aéronautique. « Les armements offensifs ne devaient pas être présents », a expliqué François Bayrou.
Le Monde avec AFPPublié hier à 15h27, modifié hier à 18h12 https://www.lemonde.fr/international/article/2025/06/16/salon-du-bourget-cinq-stands-d-industriels-israeliens-exposant-des-armes-offensives-ont-ete-fermes-par-le-gouvernement_6613556_3210.html
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L’accès aux stands de cinq industriels de l’armement israéliens exposant des « armes offensives » au Bourget, a été fermé, lundi 16 juin, à l’ouverture du Salon international de l’aéronautique et de l’espace de Paris, sur décisions des autorités françaises. Un journaliste du Monde, présent sur place, a constaté que les stands des exposants Israel Aerospace Industries (IAI), Rafael, UVision, Elbit et Aeronautics avaient été entourés de cloisons noires et n’étaient plus accessibles.
Des armements « offensifs », comme ceux susceptibles d’être utilisés dans la bande de Gaza, y étaient présentés, en violation du cadre agréé en amont avec les autorités israéliennes, selon les autorités. Rafael, Elbit et IAI produisent notamment des bombes guidées et des missiles, UVision et Aeronautics des drones.
« La France considère qu’il y a là une situation terrible pour les Gazaouis, une situation humainement et du point de vue humanitaire, du point de vue sécuritaire, extrêmement lourde. La France a tenu à manifester que les armements offensifs ne devaient pas être présents dans ce salon », a expliqué en début d’après-midi à la presse le premier ministre, François Bayrou, après avoir inauguré ce grand rendez-vous des industries de l’aviation et de la défense. « Nous voulons absolument marquer réprobation et distance », a expliqué le premier ministre, ajoutant : « On ne peut pas affamer un peuple, on ne peut pas faire en sorte qu’il ne puisse plus avoir accès à l’aide humanitaire. »
« Depuis le début, nous avons donné un cadre clair, qui a été partagé aux Israéliens, à savoir : l’interdiction d’exposer des armes offensives au salon du Bourget. L’ambassade d’Israël à Paris a donné son accord en ce sens », a détaillé le Quai d’Orsay, auprès de l’Agence France-Presse.
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Israël dénonce une décision « scandaleuse »
Les organisateurs disent avoir « exécuté une instruction émanant des autorités françaises compétentes en amont de l’ouverture du salon, relative au retrait de certains équipements présentés sur des stands israéliens. Les sociétés en question sont pour autant autorisées à exposer au salon ». « Le dialogue est engagé de manière à ce que les différentes parties puissent trouver une issue favorable à la situation », ajoutent-ils.
Plusieurs agents d’une compagnie républicaine de sécurité patrouillaient autour de ces espaces, lundi en début d’après-midi. Le stand du ministère de la défense israélien demeurait, quant à lui, accessible.
Pour le PDG d’Elbit, Bezhalel Machlis, la réussite de ses produits à l’export est une « réalité clairement perturbante pour l’industrie de défense française et le gouvernement français ». Pour le patron d’IAI, Boaz Levy, c’est « inacceptable », alors qu’ils ont « reçu toutes les autorisations nécessaires pour participer au salon et [qu’ils ont] fait tout ce qu’ils [leur]ont demandé ». Il s’est lui aussi dit « choqué de découvrir qu’[ils] ét[aient] bloqués par des murs noirs construits pendant la nuit, ce qui [leur] rappelle les jours sombres où les juifs étaient séparés de la société européenne ».
Le ministère de la défense israélien a vivement condamné, dans un communiqué, « cette décision scandaleuse et sans précédent » qui « sent les considérations politiques et commerciales ». « Cela intervient à un moment où Israël mène une guerre nécessaire et juste pour éliminer la menace nucléaire et balistique qui pèse sur le Moyen-Orient, l’Europe et le monde entier », estime-t-il. La décision française est « absolument, catégoriquement antisémite », a accusé le général Amir Baram, un haut responsable du ministère de la défense israélien, qui a annoncé le dépôt d’un recours en justice en France. Selon les organisateurs du salon, « le dialogue est engagé de manière à ce que les différentes parties puissent trouver une issue favorable à la situation ».
Le président israélien, Isaac Herzog, a, lui aussi, dénoncé cette décision, la qualifiant de « scandaleuse » et appelant à ce que la situation soit « corrigée immédiatement » : « Nous avons été choqués de constater ce matin que les pavillons israéliens étaient bouclés et verrouillés, empêchant tout accès pendant le salon. Des entreprises israéliennes ont signé des contrats avec les organisateurs, ils ont payé (…). C’est comme créer un ghetto israélien. »
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Tensions diplomatiques
La présence d’industriels israéliens de l’armement fait régulièrement l’objet de passes d’armes entre Paris et Tel-Aviv depuis l’offensive israélienne à Gaza provoquée par l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Le salon du Bourget 2025 se tient donc dans un contexte de tensions diplomatiques renforcé.
Ils avaient été empêchés d’exposer au salon Eurosatory consacré à la défense terrestre au printemps 2024 puis autorisés in extremis par la justice à exposer lors du salon Euronaval à l’automne. Mardi 10 juin, le tribunal judiciaire de Bobigny, en banlieue parisienne, avait rejeté la requête d’associations qui lui demandaient de bannir les entreprises israéliennes du salon du Bourget.
Lundi matin, sur la bâche en tissu noir qui clôturait le stand de Rafael, une exposante a écrit à la craie jaune un message en anglais et en français : « Derrière ces murs se cachent les meilleurs systèmes de défense utilisés par de nombreux pays. Ces systèmes protègent aujourd’hui l’Etat d’Israël. Le gouvernement français, au nom de la discrimination, tente de vous les cacher ! » Le message a été vite dissimulé par les organisateurs sous de nouvelles bâches noires.
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Le Monde avec AFP
Donald Trump quitte précipitamment un G7 percuté par les conflits au Proche-Orient et en Ukraine, et s’en prend à Emmanuel Macron
Le président américain a une fois encore marqué son rejet du multilatéralisme, en pleine escalade entre Israël et l’Iran. « Emmanuel ne comprend jamais rien », a-t-il lancé à propos de son homologue français.
Par Philippe Ricard (Kananaskis [Canada], envoyé spécial)Publié aujourd’hui à 10h43, modifié à 10h44 https://www.lemonde.fr/international/article/2025/06/17/donald-trump-quitte-precipitamment-un-g7-percute-par-les-conflits-au-proche-orient-et-en-ukraine-et-s-en-prend-a-macron_6613834_3210.html
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Le premier ministre canadien, Mark Carney, aura bien tenté d’éviter tout coup de théâtre lors du sommet du G7 organisé sous sa présidence, à Kananaskis, dans l’Alberta. Peine perdue. Dans le décor escarpé et sauvage des Rocheuses canadiennes, Donald Trump en a décidé autrement. Le président américain a, contre toute attente, quitté la réunion juste après le dîner consacré, lundi 16 juin au soir, aux enjeux internationaux.
Pour justifier ce départ, la porte-parole de la Maison Blanche avait mis en avant, en toute fin d’après-midi, la situation au Proche-Orient, alors que le conflit entre l’Etat hébreu et la République islamique gagne en intensité au fil des jours. La Maison Blanche a convoqué pour mardi un conseil de défense, à Washington. « Je dois rentrer aussi vite que possible », a expliqué le président américain, sans donner de précision, au moment de la « photo de famille » avec ses homologues. Dans la soirée, il a démenti que son retrait du sommet avait à voir avec « un cessez-le-feu entre Iran et Israël » et s’en est pris spécifiquement au président français. «[Emmanuel Macron] n’a aucune idée de la raison pour laquelle je suis maintenant en route pour Washington, mais cela n’a certainement rien à voir avec un cessez-le-feu. C’est beaucoup plus gros que ça », a-t-il écrit sur son réseau Truth Social. « Volontairement ou pas, Emmanuel ne comprend jamais rien », a-t-il ajouté.
Ce départ précipité est une nouvelle illustration de l’unilatéralisme du président républicain et de sa ligne MAGA (Make America Great Again), peu soucieux de se concerter avec des alliés qu’il maltraite tout en ménageant ses adversaires.
La journée avait commencé comme elle a fini, Trump montrant tout le mépris qu’il a pour ce genre de format multilatéral, qu’affectionnait son prédécesseur démocrate Joe Biden. A peine reçu par Mark Carney, le président américain a de nouveau dénoncé l’exclusion du G8 de son homologue russe, Vladimir Poutine, en 2014, après l’annexion unilatérale de la Crimée par Moscou. « Poutine s’est senti insulté (…). Ce fut une grande erreur d’Obama [président américain de 2008 à 2016] (…). Il n’y aurait pas eu cette guerre » en Ukraine, a lancé Donald Trump dans un court échange avec des journalistes, en marge de son tête-à-tête avec le dirigeant canadien.
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La saillie a dû rappeler à M. Carney le mauvais moment passé par son prédécesseur Justin Trudeau lors du précédent sommet du G7 au Canada, en 2018, quand Trump avait accepté de signer la déclaration finale, puis s’était rétracté dans l’avion de retour, ulcéré par le refus de ses collègues de réintégrer le maître du Kremlin. Sept ans plus tard, le retour de la Russie dans le petit cercle des principales puissances économiques du monde démocratique reste, en pleine guerre d’Ukraine, hors de question pour ses homologues.
Eviter une escalade
Après ce coup de semonce, les échanges se sont focalisés, lundi, sur le conflit entre Israël et l’Iran. Le Canada a renoncé depuis des semaines à négocier une déclaration finale du sommet, afin d’éviter toute occasion de frictions supplémentaires avec l’administration Trump, mais les Etats-Unis ont bloqué, durant une bonne partie de la journée, l’adoption d’un texte spécifique sur le conflit entre Israël et l’Iran et la guerre à Gaza. Le président américain, lui-même engagé avant l’offensive israélienne dans les négociations infructueuses avec l’Iran, n’entendait visiblement pas laisser les Européens inspirer une prise de position commune, après les avoir écartés des négociations. Il a fini par accepter le projet de texte, juste avant de quitter le sommet.
Les dirigeants du G7 prônent « la désescalade », affirment le droit d’Israël à « se défendre » et appellent à « protéger les civils ». Ils soulignent aussi que « l’Iran est la principale source d’instabilité et de terrorisme dans la région » et ajoutent : « Nous avons toujours été clairs sur le fait que l’Iran ne pourra jamais disposer d’une arme nucléaire ». « Nous demandons instamment que la résolution de la crise en Iran aboutisse à une désescalade plus vaste des hostilités au Moyen-Orient, y compris à un cessez-le-feu à Gaza », écrivent-ils encore.
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Toute la journée, Donald Trump a soufflé le chaud et le froid sur ses intentions sur le dossier proche-oriental. Les dirigeants iraniens « auraient dû discuter. Ils devraient discuter immédiatement, sinon ce sera trop tard », a-t-il insisté. Une façon d’accentuer la pression sur la République islamique. Les autres membres du G7 sont quant à eux soucieux d’éviter une escalade, qui verrait l’Etat hébreu se lancer dans une guerre sans limite, au minimum avec le soutien tacite de Washington, voire avec son appui opérationnel. Emmanuel Macron a ainsi mis en garde contre la tentation de forcer un changement de régime, qui serait une « erreur stratégique », a-t-il dit : « Tous ceux qui croient qu’en frappant avec des bombes depuis l’extérieur, on sauve un pays malgré lui-même et contre lui-même se sont toujours trompés ».
Mauvaise nouvelle pour l’Ukraine
D’après des sources européennes, les Etats-Unis auraient cependant fait une nouvelle offre de négociations pour tenter de trouver un accord de cessez-le-feu. Ils proposeraient notamment d’organiser une nouvelle rencontre entre les négociateurs américains et iraniens, dans les prochains jours. « Les propositions sont une bonne chose. Si les Etats-Unis peuvent obtenir un cessez-le-feu, la France le soutiendra », a assuré Emmanuel Macron, sans se faire trop d’illusions. Le chef de l’Etat espère même que la cessation des hostilités pourrait s’accompagner d’une relance des négociations sur le nucléaire iranien, son programme balistique, et ses capacités de déstabilisation régionale, cette fois avec la participation des Européens et des pays arabes.
En marge du G7, le ministre français des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, et ses homologues britannique et allemand se sont entretenus avec le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi, pour l’inciter « à revenir au plus vite, sans préconditions, à la table des négociations ». Ils demandent à Téhéran de renoncer à « toute fuite en avant contre les intérêts occidentaux, toute extension régionale et toute escalade nucléaire ». Ils ont aussi fait passer des messages à Israël afin « de ne pas cibler les autorités, infrastructures et populations civiles ».
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Le départ précipité de Trump est aussi une mauvaise nouvelle pour Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, qui devait participer mardi 17 juin à une réunion consacrée à la guerre en Ukraine. Il espérait bien y croiser Donald Trump pour discuter avec lui de l’achat d’armes américaines par l’Ukraine, afin de poursuivre les combats contre la Russie. Donald Trump, dont les efforts de négociation avec Poutine sont dans l’impasse, n’a rien dit de ce projet. En revanche, il a une nouvelle fois pris ses distances avec l’idée d’imposer de nouvelles sanctions à la Russie de Vladimir Poutine, comme le préconisent ses homologues du G7. Il a suggéré à l’Union européenne, qui vient de présenter un 18epaquet de mesures, de prendre les devants, avant toute décision de la Maison Blanche sur le train de sanctions préparé par un groupe bipartisan de sénateurs américains. Ces sujets devraient faire l’objet de nouvelles discussions lors du sommet de l’OTAN, les 24 et 25 juin à La Haye, aux Pays-Bas. Mais, au grand dam de Volodymyr Zelensky, la question ukrainienne risque plus que jamais d’être éclipsée par l’escalade au Proche-Orient. Alors que des bombardements russes ont fait au moins 14 morts à Kiev dans la nuit, la présidence ukrainienne a regretté mardi l’absence de « réaction adéquate du monde civilisé ».
Philippe Ricard (Kananaskis [Canada], envoyé spécial)
Attaques d’Israël en Iran, reconnaissance de la Palestine, dispositif « Sentinelle »… Ce qu’il faut retenir de la conférence de presse d’Emmanuel Macron
Emmanuel Macron a annoncé un report de la conférence à l’ONU sur l’Etat de Palestine, mais aussi un « renforcement » du dispositif « Sentinelle », qui déploie des militaires en France, « pour faire face à toutes les potentielles menaces sur le territoire national ».
Le Monde avec AFPPublié le 13 juin 2025 à 20h39, modifié le 13 juin 2025 à 21h31 https://www.lemonde.fr/international/article/2025/06/13/attaque-en-iran-reconnaissance-de-la-palestine-ce-qu-il-faut-retenir-de-la-conference-de-presse-d-emmanuel-macron-sur-la-situatio-au-proche-orient_6612790_3210.html

Lors d’une conférence de presse à l’Elysée sur la situation au Proche-Orient, le président de la République, Emmanuel Macron, a réagi aux frappes massives d’Israël sur des sites militaires et nucléaires de l’Iran, qui ont lieu depuis le matin du vendredi 13 juin.
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« L’Iran porte une lourde responsabilité dans la déstabilisation de toute la région », a-t-il déclaré, estimant que le pays s’était affranchi « de toutes ses obligations vis-à-vis de la communauté internationale » et fustigeant qu’il n’ait « pas pris au sérieux les propositions avancées par les Etats-Unis ». Il a appelé à la « négociation » et à la « reprise du dialogue », ainsi qu’à « la plus grande retenue pour éviter l’escalade ».
Le chef de l’Etat a réaffirmé la condamnation par la France de l’accélération du programme nucléaire iranien : « Le risque de cette marche vers l’arme nucléaire par l’Iran menace la région, l’Europe et plus généralement la stabilité collective. »« La question du nucléaire iranien est une question grave, une question existentielle. C’est par la négociation qu’elle doit désormais être réglée », a-t-il exprimé.
La France « ne partage pas » l’approche israélienne, mais les frappes « ont eu des effets recherchés depuis longtemps », a poursuivi M. Macron.
Défense d’Israël en cas d’attaque
Tout en assurant que la France n’avait pas participé à la conduite de ces frappes israéliennes, M. Macron a déclaré qu’elle « participerait aux opérations de défense d’Israël si elle est en situation de le faire ». « Israël a le droit, comme chaque peuple, à sa défense », a-t-il ajouté, précisant qu’il l’avait assuré au premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. Il a toutefois ajouté qu’il « n’envisage[ait] aucunement de participer à toute opération offensive » ou mettant en danger des civils.
« Nous avons toujours privilégié la voie diplomatique [sur la question du nucléaire et du balistique iranien] plutôt que l’intervention militaire, donc la France ne recommandait pas des attaques de la part d’Israël », a-t-il déclaré, répétant que la France « n’a pas planifié cette décision avec Israël ». Le soutien français au droit d’Israël à se défendre n’est « pas un soutien inconditionnel et sans limite », a-t-il précisé.
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« Ceci, en aucun cas, ne doit nous faire oublier Gaza », a souligné le président de la République, réitérant son appel à un cessez-le-feu dans l’enclave et rappelant le caractère « injustifiable » du blocage humanitaire imposé dans l’enclave palestinienne.
« Ces événements de la nuit [en Iran] sont à remettre dans la perspective du conflit plus large qui se joue dans la région, et en particulier depuis les attaques terroristes du 7-Octobre, la guerre en cours à Gaza », a insisté M. Macron.
La conférence à l’ONU sur l’Etat de Palestine, qui devait se tenir la semaine prochaine à New York, doit être reportée « pour des raisons logistiques et sécuritaires », mais « aura lieu au plus vite », a poursuivi le président, qui a réitéré sa volonté d’avancer sur la mise en œuvre d’une solution à deux Etats. « Ce report ne saurait remettre en cause notre détermination à avancer vers la mise en œuvre de la solution des deux Etats. Quelles que soient les circonstances, j’ai dit ma détermination à reconnaître l’Etat de Palestine », a-t-il déclaré. Un « Etat palestinien démilitarisé » est un « préalable indispensable à l’intégration régionale d’Israël », a ajouté M. Macron.
Renforcement du dispositif « Sentinelle »
Côté français, M. Macron a annoncé un « renforcement » du dispositif « Sentinelle », qui déploie des militaires en France, « pour faire face à toutes les potentielles menaces sur le territoire national ».
« Plusieurs mesures ont aussi été actées pour garantir la sécurité de nos ressortissants et de nos troupes et de nos ambassades dans la région. Je demande à nos compatriotes de ne pas se rendre sur place [au Proche-Orient], quel que soit le prétexte. Notre dispositif militaire dans la région est quant à lui en alerte », a ajouté le président de la République.
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« Compte tenu de l’incapacité de qui que ce soit à se prononcer sur la durée, l’étendue des opérations et des ripostes, nous devons nous préparer à des conséquences économiques », a également prévenu M. Macron.
« L’économie mondiale peut être impactée, qu’il s’agisse des routes commerciales et de les menaces sur le détroit d’Ormuz, qu’il s’agisse des capacités de production pétrolière mondiale », a-t-il ajouté, en évoquant également « des conséquences pour nos compatriotes qui sont dans la région, qu’ils soient diplomates, militaires ou que ce soient nos ressortissants ; mais aussi pour notre pays ».
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Le Monde avec AFP