Le député de l’Essonne Jérôme GUEDJ a appelé ses camarades à cesser toute relation avec la France insoumise – Quel avenir pour la gauche ?

Au congrès du PS, Jérôme Guedj qualifie Jean-Luc Mélenchon de « salopard antisémite »


Le député Jérome Guedj, lors du congrès du PS à Nancy. (Photo by ROMEO BOETZLE / AFP) ROMEO BOETZLE / AFP

Par  Rémy Dodet

Publié le 14 juin 2025 à 19h01, mis à jour le 16 juin 2025 à 8h40 

https://www.nouvelobs.com/politique/20250614.OBS104951/au-congres-du-ps-jerome-guedj-qualifie-jean-luc-melenchon-de-salopard-antisemite.html?fbclid=IwQ0xDSwK8wDdleHRuA2FlbQIxMQABHjtsBLpIl7W1vJ-d7BVUr5Ryy5SaCGkA6tTTqR9tbG88D8uuiCTsgxLVDwDW_aem_eKf2Aca7sskvFt5FD2zUNA#Echobox=1749923065

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Intervenant à la tribune du congrès du Parti socialiste, le député de l’Essonne a appelé ses camarades à cesser toute relation avec la France insoumise.

Ce n’était pas prévu, pas prémédité. « Oui. C’est sorti comme ça. Voilà… », lâche-t-il, les yeux embués, quelques minutes après son discours. Ce samedi après midi, devant des centaines de cadres et militants socialistes, Jérôme Guedj a qualifié son ancien mentor Jean-Luc Mélenchon de « salopard antisémite », provoquant les applaudissements de la salle. Un niveau de langage qu’il avait jusqu’ici toujours évité en public. Avant l’insulte, il s’était fendu d’une longue tirade pour justifier sa position sur le conflit israélo-arabe.

« Quand je dis qu’il n’est pas possible et souhaitable de défendre la revendication de la Palestine de la mer à la rivière, je défends la position historique des socialistes, notamment celle de François Mitterrand à la Knesset en 1982. A ce moment-là, je deviens le sioniste génocidaire pour Mélenchon. J’ai une meurtrissure terrible à dire devant ce congrès que pour la première fois de ma vie, j’ai dû dire de l’homme que j’ai aimé qu’il est devenu un salopard antisémite avec des propos qui sont pour nous absolument insupportables », a-t-il déclaré.

Le député de l’Essonne intervenait ce samedi après-midi à la tribune du centre Prouvé à Nancy où se tient ce week-end le 81e congrès d’un Parti socialiste qui, même s’il s’en défend, reste toujours obsédé par la figure tutélaire de Jean-Luc Mélenchon. Il y a trois ans, à la faveur de la formation de la Nupes, Guedj avait renoué avec le chef des Insoumis qui fut jadis son mentor en politique. Mais il avait ensuite rompu avec lui au lendemain du 7 Octobre, quand les Insoumis refusaient de qualifier le Hamas d’organisation terroriste et brillaient par leur absence d’empathie avec les victimes du massacre.

Depuis cette rupture, les deux hommes s’invectivent à intervalles réguliers. La querelle, qui n’en finit pas, accrédite à chaque nouvel épisode l’idée vallsienne des deux gauches irréconciliables sur la question des valeurs. Fin avril 2024, en pleine campagne des élections européennes, Jean-Luc Mélenchon avait écrit que son ancien protégé s’agitait « autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions ». La phrase avait heurté jusqu’aux élus de la France insoumise. « C’est la première fois qu’on m’essentialise en tant que juif », avait confié Jérôme Guedj. Depuis, il est souvent conspué par les cadres de la France insoumise qui le taxent de sioniste. Sur le terrain aussi, c’est devenu compliqué. Il s’est ainsi fait récemmentexpulser d’un rassemblement contre l’islamophobie aux cris de « PS parti sioniste ». Il a connu pareille mésaventure lors du défilé du 1er mai.

Sur les réseaux sociaux, la réaction des insoumis à l’insulte n’a pas tardé. Un compte Twitter anonyme proche du mouvement mélenchoniste a donné le la. « Le minable haineux Jérôme Guedj prend la pose de la résistance à l’air du temps alors qu’il surfe sur la démagogique médiatique pour passer à la télé depuis des mois en s’autovictimisant et de nous étaler le pseudo-courage de la nuance en mentant et insultant Mélenchon. »

Après son coup de sang, le député de l’Essonne a exhorté ses camarades à cesser toute relation avec les Insoumis. « Je suis un fervent défenseur du rassemblement de la gauche et des écologistes, mais je nous adjure collectivement : ne vendons pas notre âme aujourd’hui au nom de ces huées fanatiques. »

Par  Rémy Dodet

APRÈS LA RÉÉLECTION D’OLIVIER FAURE AU PS, QUEL AVENIR POUR LA GAUCHE ?

par BERNARD TEPER

Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP)

DIMANCHE 15 JUIN 2025

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https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-combats/respublica-combat-social/apres-la-reelection-dolivier-faure-au-ps-quel-avenir-pour-la-gauche/7438586

Olivier Faure, à la tête du PS depuis 2018, garde le leadership du parti, mais dans une organisation fracturée en deux blocs stratégiquement contradictoires. Le faible écart de 1,8 % entre les deux leaders des deux blocs ne permet pas au PS de dégager une stratégie commune sur tous les territoires.

Confusion au sein du PS

On peut se demander ce que font Philippe Brun et Jérôme Guedj du courant « ligne populaire » avec les « antisociaux » François Hollande, Mayer-Rossignol, Hélène Geoffroy, Lionel Jospin et Carole Delga. Il est incroyable de croire à un avenir de gauche avec Lionel Jospin et François Hollande. Le premier a été le plus grand organisateur des privatisations de la gauche française et le deuxième a osé dire qu’il était « l’ennemi de la finance », alors que sa politique n’allait pas dans ce sens, bien au contraire.

Nous avons donc échappé de justesse au retour du PS dans la droite française, au retour d’un PS acquis aux politiques économiques ultralibérales. Nous avons donc échappé à la rupture de l’union des gauches. Rendez-vous compte, alors que la gauche « toute mouillée » fait aujourd’hui autour de 30 % des votants, alors que la seule majorité qui compte pour une « gauche de gauche » est la majorité absolue, on a failli avoir un PS décidant de se refaire « la cerise » toute seule ! Donc sans majorité de gauche, donc avec une alliance avec l’extrême centre.

Quelle ligne stratégique pour la gauche ? Viser la majorité absolue !

Cela dit, il s’avère que, depuis les dernières élections législatives de 2024, les études d’opinion montrent que nous sommes toujours dans une tripartition politique en silos. Mais que celui qui s’effrite le plus est l’extrême-centre, ce qui renforce d’une part la nécessaire préparation de l’affrontement entre la gauche et l’union de toutes les droites, et d’autre part la nécessité d’une refondation des gauches pour pouvoir obtenir la seule majorité qui compte, la majorité absolue. Encore faut-il que la gauche ait une stratégie d’unité, le réel aujourd’hui étant que ceux qui y sont favorables sont minoritaires à gauche.

Cette refondation passe par l’objectif d’une nouvelle ligne stratégique pour la gauche. D’abord, parce qu’une ligne stratégique ne se résume pas à un programme de mesures. Par exemple, L’Avenir en commun (AEC) n’est pas suffisant pour préciser une ligne stratégique. Elle doit clarifier tous les mots, éventuellement avec le complément d’un glossaire. Les jargons communautaires doivent disparaître. Elle doit s’appuyer sur une analyse fine du réel, sur un diagnostic. Car la ligne stratégique doit être liée à l’analyse du réel. La situation politique réelle de 2025 n’est pas la situation de 2017. Donc, la ligne stratégique ne peut pas être la même.

En troisième lieu, elle doit définir un ou plusieurs objectifs en précisant les moyens et les méthodes à utiliser pour y parvenir. Par exemple, définir quel bloc historique populaire (donc, avec alliance dans les urnes et dans la rue, avec précision des rôles de tous les types d’organisations, associations, syndicats et partis, comment rassembler les citoyens des bourgs et des tours, attitude vis-à-vis de l’Union européenne, de la nouvelle géopolitique mondiale, etc.) est à construire ; une simple alliance électorale de partis n’est pas suffisante. Dit autrement, elle doit contenir un plan stratégique clair.

Et, enfin, elle doit s’engager dans des choix, prendre des risques, et allouer des ressources pour y parvenir. Bien sûr, plus il y a d’organisations, plus c’est difficile d’obtenir démocratiquement la ligne stratégique ; en tout état de cause, il faut éviter qu’elle soit floue pour l’électorat, d’où la nécessité d’une campagne pour mener les discussions nécessaires avant d’y parvenir. Mais il faut aussi veiller à ce qu’il n’y ait pas plusieurs lignes stratégiques dans chacune des organisations de la gauche, ce qui diminuerait son efficacité.

Pour l’instant, il n’y a aucun bloc historique populaire, et même aucune simple alliance électorale de toute la gauche. On s’achemine vers des alliances partielles et incomplètes, donc antagoniques, d’autant que la multiplication des partis va de pair avec une hétérogénéité en progression dans chacun d’eux. La conséquence est alors que la présence au second tour à une présidentielle reste peu probable, une victoire globale aux législatives et aux municipales quasi impossible. D’autant que chaque année qui passe verra le « front républicain » s’effriter comme dans tous les pays développés, ce qui pousse donc la gauche à mieux s’unir. L’étude sociologique des élections partielles depuis la rentrée de septembre 2024 jusqu’à ce jour ne rend pas optimiste le citoyen éclairé(1).

La majorité des scénarii envisageables commande un sursaut populaire

L’accroissement des tensions entre LFI et la majorité des autres organisations de gauche (PS, PC, les écologistes, l’Après, Picardie debout et les amis de François Ruffin) développent un nouveau type de militant et de responsable politique : l’équilibriste permanent, sans foi ni loi ! En fait, le recul de certains valeurs et principes de la République sociale(2) dans différentes organisations favorise le relativisme culturel, donc aussi la division à gauche, mais également le recours aux médias dominants de droite et d’extrême droite pour jeter des anathèmes contre des personnalités et des organisations de son propre camp.

L’abandon militant du primat de la question sociale et donc aussi de la sphère de constitution des libertés (école, services publics, Sécurité sociale(3)), l’acceptation du recul écologique global face au développement de « l’argent magique » pour le complexe militaro-industriel, pour les multinationales et grandes entreprises et pour la haute bourgeoisie publique et privée peuvent amener de plus en plus de citoyens éclairés à penser que la gauche traditionnelle telle qu’elle existe aujourd’hui est à bout de souffle et que la refondation par dissolution créative et anti-verticaliste est urgente. Si cela se produisait, il serait souhaitable qu’elle intègre plusieurs traditions de la gauche, avec une forte implication populaire d’une part et citoyenne d’autre part(4) et enfin avec une crédibilité sous tous ses aspects (géopolitique, économique, social, etc.).

Sous l’impulsion de Lucie Castets, le rassemblement du 2 juillet

Un appel est lancé pour transformer le Nouveau Front Populaire (NFP) en une dynamique durable en impliquant activement associations, syndicats et partis. Il s’inscrit dans une logique populaire et une aspiration collective à une société plus juste, plus éclairée et plus écologique pour une période allant de 2025 à 2027 au minimum. Les initiateurs annoncent un travail programmatique et une rupture sociale écologique et citoyenne en vue d’un mouvement politique citoyen. Nous verrons alors si le risque de dilution politique est levé, si les tensions disparaissent, si cela rassemble un socle significatif de forces et si cela procède de nouvelles pratiques démocratiques. Nous verrons si cela est suffisant pour que des comités locaux se créent afin de débattre partout publiquement et si cela augure un dispositif constituant contre l’extrême-centre et l’extrême-droite. Nous verrons si le but reste celui d’une République indivisible, laïque, démocratique, écologique et sociale, d’une justice sociale au cœur du projet politique, d’une attention particulière pour la réindustrialisation, pour la jeunesse, pour l’autonomie de nos anciens, d’une politique européenne alternative contre l’austérité et les traités injustes.

Appel pour travailler à une théorie révolutionnaire du 21e siècle

Mais tout cela ne suffit pas. C’est nécessaire, mais pas suffisant. Nous devons travailler à une théorie révolutionnaire du 21e siècle. Le monde et sa géopolitique changent, la théorie doit aussi évoluer, en gardant les principes constitutifs des théories précédentes(5).

L’incapacité de la gauche à répondre aux besoins globaux du monde du travail dans la configuration géopolitique actuelle est multifactorielle. Elle peut être due pour certains à la trahison des idéaux de la gauche. Elle peut provenir de son incapacité à analyser le réel contemporain avec de fausses bonnes pensées d’un réel plus ancien qui n’ont plus d’efficacité dans le monde actuel. Elle peut aussi provenir d’un abandon dommageable des principes appliqués dans des séquences anciennes ou des théories qui sont toujours opérationnelles aujourd’hui. Elle peut également provenir d’une incapacité à comprendre la nouvelle séquence en cours. Elle peut enfin provenir d’un maintien nauséabond, même partiel, des idées qui ont produit le totalitarisme de gauche. Elle peut aussi provenir d’un racisme de classe.

Le moment est venu de reprendre le débat théorique, en tenant compte des travaux d’intellectuels trop oubliés comme Condorcet, Robespierre, David Ricardo, Karl Marx, Friedrich Engels, Louise Michel, Jean Jaurès, Kazimierz Kelles-Krauz, Rosa Luxembourg, Antonio Gramsci, Jean Zay, les résistants du CNR, Ambroise Croizat, Frantz Fanon, Bruno Trentin, Howard Zinn, Alex Gourevitch, Bruno Leipold, Mike Mac Nair, Adolphe Reed, Michael Pettis, Kohei Saito, Johann Chapoutot, entre autres. Nous nous plaçons là dans le cadre des économies développées de notre planète, car nous estimons que les écosystèmes économiques et politiques des pays moins développés(6) demandent d’autres cadres théoriques(7).

C’est pourquoi nous lançons un appel à nos lecteurs qui pourraient être intéressés à participer à ce travail. Nul diplôme n’est nécessaire. Pas de formation particulière initiale. Seulement un peu de temps et la volonté de participer à un travail collectif. Toutes les bonnes volontés sont des appelés potentiels. Les travaux demandés seront des veilles coordonnées dans des journaux, sur le net, des lectures d’articles et d’ouvrages, des synthèses et des recensions et la participation à nos réunions collectives. Aucune connaissance d’une autre langue que le français n’est nécessaire, mais ceux qui parlent et lisent facilement une autre langue seront appréciés.

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Notes de bas de page

↑1La France et la gauche en PLS – ReSPUBLICA.
↑2Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité, démocratie, universalité concrète, solidarité, sûreté et sécurité, souveraineté populaire, développement écologique et social.
↑3Refonder et reconstruire la sphère de constitution des libertés (école, services publics, Sécurité sociale) – ReSPUBLICALa sphère de constitution des libertés, grande absente de la campagne présidentielle – ReSPUBLICA.
↑4Il faudra bien un jour que l’on arrête d’utiliser les mots populaire et citoyen comme des slogans sans contenu et que ces mots retrouvent leurs définitions d’antan !
↑5Vous avez cherché Gauche de gauche – ReSPUBLICA.
↑6Comme la Russie de 1917, la Chine du milieu du 20e siècle, la majorité de l’Amérique latine et de l’Afrique aujourd’hui, etc.
↑7Hypertrophie des économies informelles et de la paysannerie, faiblesse du salariat, etc.

Le Parti socialiste se déchire sur sa relation avec La France insoumise

Le 81ᵉ congrès du PS a viré au « référendum pour ou contre LFI », selon Olivier Faure, qui a échoué à réunifier le parti sur la stratégie à tenir pour les prochaines élections. 

Par Sandrine Cassini (Nancy, envoyée spéciale)Publié aujourd’hui à 05h27, modifié à 10h19 https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/06/16/le-parti-socialiste-se-dechire-sur-sa-relation-avec-la-france-insoumise_6613482_823448.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20250616&lmd_link=tempsforts-title

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Olivier Faure, lors du vote des délégués, au 81ᵉ congrès du Parti socialiste, à Nancy, le 14 juin 2025.
Olivier Faure, lors du vote des délégués, au 81ᵉ congrès du Parti socialiste, à Nancy, le 14 juin 2025.  CYRIL BITTON/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Bis repetita. Trois ans après la Nouvelle Union populaire écologique et sociale en 2022, un an après le Nouveau Front populaire en 2024, la relation des socialistes à Jean-Luc Mélenchon et à La France insoumise (LFI) a, pendant trois jours, empoisonné le 81ᵉ congrès du Parti socialiste (PS), qui s’est tenu du 13 au 15 juin à Nancy. Pour le plus grand bonheur du triple candidat à la présidentielle, devenu la vedette inattendue de cette « pâque » socialiste. « Vous ne pourriez pas vous disputer à propos d’autre sujet que LFI ou moi ? », leur a lancé, goguenard, Jean-Luc Mélenchon sur X.

Dans son discours de dimanche, Olivier Faure, fraîchement réélu à la tête du PS, a mis en garde ses camarades, qui ont voulu faire de ce congrès « un référendum pour ou contre LFI »« Tant qu’ils auront pour unique obsession LFI, ils ne feront que témoigner de la domination psychologique que la gauche radicale exerce sur eux », a-t-il poursuivi devant les militants.

Le PS s’alliera-t-il ou non avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon ? La question est apparue existentielle pour les uns, anecdotique pour les autres, à quelques mois des élections municipales en 2026, de la présidentielle en 2027 et peut-être même de législatives anticipées, en cas de dissolution de l’Assemblée nationale.

Dès vendredi 13 juin, les opposants d’Olivier Faure exigent de la part du premier secrétaire qu’il consigne cette rupture, oralement actée, noir sur blanc dans un texte commun. Voilà des semaines qu’ils lui reprochent une forme d’ambiguïté. « Quand je vois les déclarations de Mélenchon comparant Rima Hassan à Victor Hugo, je saute au plafond », s’énerve le sénateur du Nord Patrick Kanner.

« Lassitude des camarades »

Le feu couve donc depuis vingt-quatre heures quand il éclate samedi après-midi dans l’auditorium nancéen. Vers 17 heures, le député de l’Essonne Jérôme Guedj raconte à la tribune sa « meurtrissure terrible » à l’égard de son ancien mentor, Jean-Luc Mélenchon, « l’homme » qu’il a « aimé profondément », mais qui est, selon lui, « devenu un salopard antisémite »« Ne vendons pas notre âme au nom de ces huées fanatiques », enfonce-t-il devant les militants. Ferveur dans la salle qui l’applaudit chaleureusement.

Jérôme Guedj lors du 81eme congrès du Parti Socialiste, Nancy (Lorraine) le 14 juin 2025.
Jérôme Guedj lors du 81eme congrès du Parti Socialiste, Nancy (Lorraine) le 14 juin 2025.  CYRIL BITTON/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Depuis le 7 octobre 2024, Jean-Luc Mélenchon fait pleuvoir les attaques à l’encontre de son ancien disciple, qui lui avait reproché de ne pas avoir qualifié les attaques du Hamas de « terroriste ». Mais jusque-là, l’élu de l’Essonne s’était gardé de verser dans l’injure. Cette sortie non préméditée, jure-t-il en marge des débats, galvanise l’un des orateurs suivants.

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A son tour, le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, entre en scène. En préambule, l’opposant d’Olivier Faure promet vouloir « l’apaisement » et le « rassemblement ». Mais il enchaîne les piques à l’égard du chef de file du parti, lui reprochant « les engagements » non tenus de ces dernières années, la « lassitude des camarades » et un « parti rabougri ». « Certains croient à la mécanique, moi je crois à la dynamique », proclame-t-il.

Une attaque directe à la stratégie présidentielle que souhaite mettre en œuvre Olivier Faure, à travers une candidature commune de la gauche, résumée par la formule « de Glucksmann à Ruffin ».

Le chef de l’opposition, lui, rejette l’idée d’une primaire ou de tout autre processus de désignation dans un spectre aussi large, et privilégie une candidature sociale-démocrate autour de laquelle viendrait s’agréger le reste de la gauche dans le cadre d’un contrat de législature par exemple.

« Ambiguïté stratégique »

Devant une salle chauffée à blanc, l’édile décoche sa dernière flèche, en demandant solennellement à Olivier Faure de « dire et écrire et affirmer unanimement qu’il n’y aura pas, sous aucun prétexte, ni au plan national ni local, même en cas de dissolution, d’alliance avec LFI ». Au premier rang, le premier secrétaire et ses proches sont tétanisés par l’ardeur de l’opposant. Une grande partie du public se lève, applaudit à tout rompre, couvrant les quelques sifflements de protestations.

A la sortie, le député du Calvados Arthur Delaporte, proche du premier secrétaire, se demande pourquoi l’édile de Rouen a balancé « un jerrican d’essence », alors que des discussions avaient débuté quelques heures plus tôt autour d’un accord de gouvernance commun et d’une « adresse aux Français » entre les trois sensibilités du parti. Autre proche de la direction, le directeur du think tank Matières grises, Luc Broussy, soupçonne l’ex-sénateur de Paris David Assouline d’avoir orchestré, en ancien trotskiste, la mise en scène.

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Certains militants sont circonspects. Jeannot, du Rhône, en veut à Nicolas Mayer-Rossignol d’avoir « bordélisé » le parti. Un collègue du Gard, partisan du maire de Rouen, qui n’a pas voulu donner son nom, prédit une scission comme au congrès de Tours, en référence à ce rendez-vous de 1920 qui avait abouti au divorce entre socialistes et communistes. Clovis Cassan, maire des Ulis (Essonne), s’en prend à Jérôme Guedj : « C’est scandaleux ta stratégie », lui reproche-t-il. L’élu suspecte l’édile de vouloir nouer une alliance de premier tour avec les « insoumis ».

Fin du discours de Nicolas Mayer Rossignol, acclamé par le public lors du 81ᵉ congrès du Parti socialiste, Nancy (Lorraine), le 14 juin 2025.
Fin du discours de Nicolas Mayer Rossignol, acclamé par le public lors du 81ᵉ congrès du Parti socialiste, Nancy (Lorraine), le 14 juin 2025.  CYRIL BITTON/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Dans la foulée, la réunion qui doit se tenir entre les différents courants est ajournée. « Envoyez vos amendements », suggère l’eurodéputé Pierre Jouvet, bras droit d’Olivier Faure, à la cheffe de la fédération PS de Paris Lamia El Aaraje et à David Assouline, qui pensaient poursuivre les discussions. Quelques heures plus tard, une requête arrive chez les fauristes. Ils veulent ajouter au texte de gouvernance l’engagement qu’il n’y ait « plus d’accord national et programmatique aux législatives pour gouverner ensemble avec La France insoumise ». Vers 23 heures, Olivier Faure décroche son téléphone et appelle – pour la première fois depuis le début du congrès – Nicolas Mayer-Rossignol. Le ton est cordial, mais la réponse du premier secrétaire est ferme. « Il a refusé cet amendement car, selon lui, il ne faut pas qu’on sorte de l’ambiguïté stratégique vis-à-vis de LFI », relate l’édile de Rouen.

Ambiance électrique

Dimanche, Olivier Faure précise qu’il n’y aura pas « d’accord national » aux élections municipales avec LFI, et une candidature à la présidentielle « de Ruffin à Glucksmann » ou de « Clémentine Autain à Marine Tondelier », mais il se garde de mentionner les législatives. Au contraire, il laisse la porte ouverte à ses anciens partenaires. « Aucun d’entre nous n’acceptera de placer sur un plan d’égalité la gauche radicale et l’extrême droite », affirme-t-il, après avoir rappelé qu’aux dernières législatives en juillet 2024, le Nouveau Front populaire avait empêché que le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, devienne premier ministre. « L’extrême droite peut gagner dans 577 circonscriptions. Le front républicain peut se construire en dehors de LFI », rétorque le sénateur Patrick Kanner.

Sur les municipales non plus, M. Faure ne veut se priver d’aucune option. Ses opposants enragent de voir LFI être déjà parti à l’assaut de plusieurs mairies socialistes, comme Montpellier, Val-de-Reuil (Eure) ou Lille. Pour les proches du chef de file socialiste, la mise sous tension du congrès par l’édile de Rouen et son courant trahit, en réalité, les divisions internes à son courant, entre ceux qui caressaient l’idée d’entrer dans la direction, et d’autres qui préféraient rester dans l’opposition.

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Boris Vallaud et Arthur Delaporte lors 81eme congrès du Parti Socialiste , Nancy (Lorraine) le 14 juin 2025.
Boris Vallaud et Arthur Delaporte lors 81eme congrès du Parti Socialiste , Nancy (Lorraine) le 14 juin 2025. CYRIL BITTON / DIVERGENCE POUR LE MONDE / CYRIL BITTON

En attendant, le leader du PS compte sur Boris Vallaud et ses proches, dont le courant pèse 17 % du conseil national, le « parlement » du parti, pour gouverner tranquillement. Un accord de gouvernance a bien été scellé avec le député des Landes, a fait valoir M. Faure, dimanche. Le président du groupe à l’Assemblée nationale, qui avait fait de « l’unité » le fil rouge de sa candidature à la tête du parti, a touché du doigt la difficulté de réconcilier des pôles politiquement opposés. Dans un communiqué rageur, Boris Vallaud a toutefois réduit ces querelles à des « débats byzantins » et appelé à faire émerger « des cadres de travail communs ».

C’est dans cette ambiance électrique que va s’ouvrir un travail idéologique commun en vue de la construction d’un projet pour la présidentielle 2027. Dimanche, Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol se sont toutefois embrassés et ont posé sur la photo de famille. Une façon de dire qu’en famille on se chamaille et on se rabiboche.

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*« Non seulement le PS n’est plus l’astre dominant à gauche, mais il ne s’est pas donné les moyens de le redevenir »

Chronique

Françoise Fressoz

Il y a un an, le parti Les Républicains était donné pour moribond, le Parti socialiste semblait reprendre des couleurs. Aujourd’hui, le rapport de force est inversé. L’épreuve du pouvoir galvanise la droite alors qu’elle terrifie la gauche, explique dans sa chronique, Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ».

Publié le 10 juin 2025 à 05h30  https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/06/10/non-seulement-le-ps-n-est-plus-l-astre-dominant-a-gauche-mais-il-ne-s-est-pas-donne-les-moyens-de-le-redevenir_6611923_3232.html

Les uns rient, les autres pleurent. Tandis que les adhérents du parti Les Républicains (LR) sont sortis galvanisés de leur congrès du 18 mai, ceux du Parti socialiste (PS) font grise mine à la veille du rendez-vous de Nancy prévu du 13 au 15 juin. Les premiers sont persuadés d’avoir trouvé en la personne du ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau, celui qui remettra leur parti sur pied et les vengera de l’élimination de François Fillon au soir du premier tour de la présidentielle de 2017. Les seconds peuvent tout juste se vanter d’avoir échappé au scénario noir du précédent congrès en 2023, celui de Marseille, où les accusations de tricherie avaient fleuri entre les compétiteurs.

Pour le reste, tous les signaux sont au rouge : le PS, qui fut naguère le parti dominant à gauche, ne revendique plus que 39 000 adhérents ; son premier secrétaire, Olivier Faure, a été réélu sur le fil par 50,9 % des 24 701 votants, jeudi 5 juin, pour un quatrième mandat sans perspective claire, car dans cette formation réduite à la portion congrue et désormais structurée en trois courants (Olivier Faure, Nicolas Mayer-Rossignol, Boris Vallaud), nul n’est suffisamment fort pour imposer son leadership ni affirmer une ligne.

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Il y a un an, on ne donnait pas cher du sort de LR, dont le président, Eric Ciotti, allait se précipiter sans crier gare dans les bras du Rassemblement national (RN), plongeant les héritiers du RPR dans un nouveau psychodrame qui aurait pu leur être fatal. Il faut se souvenir de cette scène hallucinante d’un président désavoué par le bureau politique de son parti, mais refusant d’en rendre les clés et campant comme un forcené dans les locaux jouxtant ceux de l’Assemblée nationale. Par contraste, le PS, qui avait confié à Raphaël Glucksmann, son allié de Place publique, la conduite de la campagne des élections européennes, était en passe de reprendre quelques couleurs (13,83 % des suffrages exprimés lors du scrutin du 9 juin 2024) après les lourds revers électoraux de 2017 (6,36 % à la présidentielle) et de 2022 (1,75 % ).

La dissolution de juin 2024 a brisé net l’élan, propulsant les uns vers l’espoir, les autres dans le doute, alors que ces deux partis, qui ont longtemps incarné l’alternance, sont confrontés au même défi, celui de redéfinir un espace politique entre le macronisme et les extrêmes, qui les prennent en tenaille dans leur camp respectif.

Olivier Faure, premier secrétaire du PS (en bas à gauche), avec les députés socialistes, à l’Assemblée nationale, le 5 février 2025.
Olivier Faure, premier secrétaire du PS (en bas à gauche), avec les députés socialistes, à l’Assemblée nationale, le 5 février 2025.  GONZALO FUENTES/REUTERS

La dynamique dont se prévaut aujourd’hui Bruno Retailleau ne relève pas que d’une droitisation supposée du pays. En mai, selon le baromètre politique Ipsos-CESI Ecole d’ingénieurs pour La Tribune Dimanche, les deux principales préoccupations des Français portaient sur le pouvoir d’achat (48 % des personnes interrogées) et l’avenir du système social (39 %) devant la délinquance (36 %) et l’immigration (30 %). Si la gauche avait sur ces deux premiers sujets un porte-voix suffisamment crédible, elle serait entendue.

Ancien villiériste, Bruno Retailleau n’innove pas en exacerbant les attentes d’ordre et d’autorité ni en jouant sur le rejet de l’immigration, de plus en plus prégnant à droite. Depuis la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, tous les présidents de LR ont emprunté le même chemin au risque de renforcer l’avantage comparatif dont bénéficie le RN sur ce terrain.

Le thème de la trahison

Le principal atout sur lequel joue le ministre de l’intérieur tient à sa personnalité. Celui qui a assuré pendant dix ans la présidence du groupe LR au Sénat est considéré comme sérieux, sincère, compétent. Son entrée dans le gouvernement de Michel Barnier en septembre 2024, son maintien dans celui de François Bayrou trois mois plus tard lui ont permis de bonifier l’expérience qu’il avait acquise lorsqu’il supervisait ou rédigeait des propositions de loi sur un large éventail de sujets. En ce sens, le choix fait par LR de participer à l’action gouvernementale s’est révélé positif, le soupçon d’une éventuelle compromission avec les macronistes étant contrebalancé par la menace d’une démission immédiate en cas de litige.

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La droite aime gouverner, la gauche le redoute, c’est la grande différence. Le thème de la trahison a pesé sur tous les gouvernements conduits par des premiers ministres socialistes. Il a atteint son paroxysme sous le quinquennat de François Hollande avec une fronde dont l’épicentre s’est situé à l’intérieur du parti dominant au moment où un tournant s’est opéré vers la politique de l’offre. Les socialistes ne s’en sont pas remis. Depuis huit ans, le PS ne s’est pas mis en situation de redevenir un parti de gouvernement, se privant, pour la première fois, d’exercer sérieusement le droit d’inventaire qui avait permis à ses dirigeants dans le passé de rebondir après chaque défaite.

De très bonnes raisons ont conduit Oliver Faure à privilégier dans un premier temps l’alliance avec La France insoumise (LFI) : la volonté de sauver des circonscriptions, le désir de répondre aux aspirations unitaires de l’électorat de gauche, la nécessité de faire front commun contre l’extrême droite. Mais lorsque le temps de la discorde est arrivé, le parti a exposé toutes ses faiblesses. Non seulement il n’était plus l’astre dominant à gauche, mais il ne s’était pas donné les moyens de le redevenir.

Partout, la social-démocratie est en difficulté, notamment parce que l’Etat-providence est en crise et qu’il faut en redéfinir le contenu. A maintes reprises, Olivier Faure a appelé à dépasser le concept pour inventer un « socialisme écologique »capable de lier justices sociale et climatique. Encore eût-il fallu approfondir car, sur ce terrain, la concurrence est rude non seulement avec Jean-Luc Mélenchon, le leader de LFI, qui a mis en avant le concept de planification écologique, mais aussi avec Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Ecologistes réélue à la tête de son parti mi-avril.

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Le rapport au macronisme est une autre difficulté. La double rupture qui s’est produite à propos de la réforme des retraites et de la loi sur l’immigration ancre le PS dans l’opposition. L’option prise de ne pas censurer le gouvernement Bayrou sur les premières lois de finances montre cependant une volonté évidente d’ouverture au moment où l’enjeu est de reconquérir l’électorat de gauche modérée. La difficulté de tenir les deux bouts tient au fait que le parti n’a pas de projet propre sur lequel arrimer ses exigences. Il peut encore se donner l’ambition de le construire, mais le tout risque de demeurer faible s’il ne parvient pas à répondre clairement à deux questions : le PS veut-il encore gouverner, et si oui, avec qui ?

Françoise Fressoz

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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