La conférence de Nice aura accéléré la ratification du Traité sur la haute mer et remobilisé l’opposition à une exploitation des grands fonds marins

Conférence de Nice, un tournant politique en faveur de la protection des océans ?

La 3e Conférence des Nations unies sur l’océan débouche sur une déclaration politique peu opérationnelle. Mais elle aura accéléré la ratification du Traité sur la haute mer et remobilisé l’opposition à une exploitation des grands fonds marins.

Gouvernance  |  13.06.2025  |  L. Radisson

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Conférence de Nice, un tournant politique en faveur de la protection des océans ?

© icemanphotos

« Nice aura été pour l’océan ce que Rio a été pour les conventions sur la biodiversité, la désertification et le climat : un acte fondateur », estime Olivier Poivre d’Arvor, envoyé spécial du président de la République à la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc). Ce « plus grand sommet jamais organisé sur la question de l’océan », selon les termes employés par les organisateurs, s’est achevé, ce vendredi 13 juin, après une semaine de débats à Nice, précédée par trois événements spéciaux consacrés respectivement à la science, à l’économie et la finance, et aux villes et régions côtières.

La mobilisation a en effet été à la hauteur, selon les chiffres communiqués par le gouvernement français : 175 États représentés, 64 chefs d’État et de gouvernement présents (en-deçà toutefois des 85 annoncés et en l’absence remarquée des États-Unis), 12 000 délégués et plus de 100 000 visiteurs. N’étant pas une COP mais « une réunion qui permet de faire un bilan sur la trajectoire prise par les États au regard de l’ODD (1) 14 », comme le rappelait Julien Rochette, directeur du programme océan à l’Iddri (2) , la conférence s’achève, comme attendu, sur une déclaration non contraignante (3) . Mais cette réunion a permis de faire avancer de grands dossiers avec, en tête, la probable entrée en vigueur du Traité sur la haute mer début 2026, une mobilisation contre l’exploitation des grands fonds marins, ou encore plusieurs initiatives scientifiques importantes. Un ensemble d’avancées que le gouvernement français a synthétisé dans un document intitulé « Les engagements de Nice pour l’océan (4)  », qui n’ont toutefois pas convaincu toutes les ONG.

Vers une première COP Océan

Concernant le Traité sur la haute mer, dit « BBNJ », qui offre un cadre juridique pour les deux tiers des océans qui ne se trouvent pas sous souveraineté nationale, « 56 pays l’ont ratifié et 14 s’apprêtent à le faire avant le 23 septembre, date d’une cérémonie officielle à New York », s’est félicité Olivier Poivre d’Arvor. Ce qui laisse augurer une entrée en vigueur du traité en janvier 2026 et la convocation d’une première COP Océan à l’automne 2026 à New York. Celle-ci déterminera le secrétariat de la convention, pour lequel Bruxelles mais aussi Valparaiso (Chili) se sont portées candidates.

En ce qui concerne l’exploitation des grands fonds marins, dont la menace pèse depuis la signature en avril dernier d’un décret par Donald Trump malgré l’absence de finalisation d’un code minier international, 37 États ont pris position en faveur d’un moratoire et 23 d’entre eux ont signé une déclaration conjointe en vue de mobiliser la communauté internationale en ce sens, mais avec une très faible représentation des pays en développement. Vingt États, qui ont à la fois ratifié le traité BBNJ et soutenu le moratoire sur l’exploitation des grand fonds marins, vont constituer le groupe dit « des pionniers de l’océan ». « Nous espérons 40 engagements », indique Olivier Poivre d’Arvor.“ C’est aussi une grande victoire de la science ”Olivier Poivre d’Arvor, envoyé spécial du président de la République à l’Unoc

L’Unoc a également permis la signature d’une déclaration commune par 96 États en faveur d’un traité ambitieux sur les plastiques, à l’approche du nouveau round de négociations, qui doit se tenir en août prochain à Genève. « Un signal encourageant de coopération internationale, mais qui reste le strict minimum en vue des négociations à venir », selon le WWF. « Après l’échec du cycle précédent en décembre, les États doivent en priorité réduire la production de plastique, le recyclage ne suffisant pas », ajoute l’ONG. Les représentants des États membres de la Convention de Barcelone sur la protection de la Méditerranée ont également signé une déclaration (5) par laquelle ils soutiennent l’adoption du traité et sa mise en œuvre à l’échelle du bassin méditerranéen.

Création d’aires marines protégées

Alors que 8,4 % de l’océan étaient protégés à la veille de l’Unoc, les engagements de 14 États d’étendre leur réseau d’aires marines protégées (AMP) devraient porter cette proportion à 11 %. C’est le cas de la France à travers l’annonce par le gouvernement de la Polynésie française de l’AMP de Tainui Atea, comprenant environ un million de kilomètres carrés en protection forte. Une initiative appréciée par les ONG, dont le WWF qui salue « la plus grande AMP au monde », dont 20 % sont en protection stricte. Anticipant la mise en œuvre du Traité BBNJ, la création d’une première AMP transnationale en haute mer a par ailleurs été annoncée par le Costa Rica, coorganisateur de l’Unoc 3, l’Équateur et la Colombie. Mais la création de nouvelles AMP reste très insuffisante par rapport à l’objectif de protéger 30 % des mers du globe.

Plusieurs États ont annoncé des mesures concernant les méthodes de pêche destructrices, tels que le Danemark, qui a annoncé l’interdiction du chalutage de fonds dans l’ensemble de sa zone économique exclusive (ZEE). La France a également présenté une Stratégie de protection des fonds marins, qui prévoit l’interdiction du chalutage de fond et des activités minières « dans certaines zones cartographiées sur une base scientifique, concertée avec les pêcheurs ». Le Comité français de l’UICN salue cet effort de l’Hexagone. « Cet effort de protection doit être complété par des mesures sur l’ensemble de la colonne d’eau, selon une approche écosystémique, et en adéquation avec les lignes directrices de l’UICN sur les aires protégées », indique-t-il. La réaction de l’association Bloom est loin d’être la même. Estimant que le chalutage de fonds était déjà interdit dans les zones annoncées, elle n’hésite pas à qualifier la conférence de « fiasco diplomatique et de tromperie écologique » et annonce attaquer l’État français en justice.

La question de la pêche illégale, illicite et non déclarée (INN) n’a pas fait l’objet de grandes annonces durant l’Unoc. Mais certains États ont toutefois annoncé ratifier l’un ou plusieurs des quatre accords internationaux qui permettent de la combattre. C’est le cas de l’Indonésie, avec l’Accord du Cap de l’OMI (6) relatif à la sécurité à bord des navires de pêche, qui devrait permettre une entrée en vigueur d’ici à la fin de l’année 2025. C’est le cas également de la Chine, qui a annoncé la ratification de l’Accord relatif aux mesures du ressort de l’État du port (PSMA) de la FAO. La Côte d’Ivoire et la Belgique se sont, quant à elles, engagées à signer la Convention sur le travail dans la pêche de l’Organisation internationale du travail (OIT), tandis que le Royaume-Uni, la France et l’OIT ont lancé, le 8 juin, une campagne de ratification de cette convention. Quant à l’Accord Fish 1 de l’OMC, destiné à mettre fin aux subventions à la pêche illégale, 103 États l’ont aujourd’hui ratifié.

Des mesures ont par ailleurs été prises en faveur des espèces. C’est le cas du lancement d’une coalition mondiale pour enrayer l’extinction des requins et des raies à l’initiative du WWF, de l’UICN, de la Convention sur la conservation des espèces migratrices, soutenues par plusieurs États, dont la France.

Des initiatives scientifiques

« C’est aussi une grande victoire de la science », estime Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur chargé des pôles, indiquant que plus de 2 500 scientifiques avaient participé au One Ocean Science Congress (OOSC). Parmi les avancées scientifiques, a été annoncée la mission Neptune, un grand programme d’exploration scientifique de l’océan qui agrègera des expertises océaniques mais aussi spatiales, et qui a reçu le soutien d’États comme la Chine et l’Inde.

On peut également noter la publication de la première édition du baromètre Starfish, un bulletin de santé annuel de l’océan ; le lancement de la plateforme internationale pour la durabilité de l’océan (Ipos), qui fournira aux gouvernements des options d’actions politiques fondées sur la science ; la création de l’organisation intergouvernementale Mercator Intenational Center for the Ocean, spécialisée dans l’océanographie numérique. Cette organisation sera notamment chargée de codévelopper le jumeau numérique de l’océan, qui figure parmi les priorités du Pacte européen pour les océans présenté par Ursula von der Leyen le premier jour de l’Unoc.

« Beaucoup de problèmes en suspens »

Sur les questions d’économie, le Blue Economy & Finance Forum a permis de réunir 8,7 milliards d’euros pour les cinq prochaines années par des philanthropes, des investisseurs privés et des banques publiques, en soutien à « une économie bleue durable et régénératrice ». Une vingtaine de banques publiques de développement, représentant 7,5 milliards de dollars par an d’investissement sur la finance bleue durable ont, quant à elles, créé la coalition Finance in Common. Enfin, 80 organisations ont lancé Business in Ocean, un appel à l’action destiné aux entreprises.

Durant cet événement spécial préUnoc, a également été lancé un Pacte pour un tourisme bleu durable par des grands entreprises, des acteurs du tourisme et du transport maritime. Les armateurs ont également confirmé l’accord sur la tarification du carbone négocié au sein de l’OMI, qui doit permettre d’atteindre l’objectif de la décarbonation totale du secteur à l’horizon 2050.

« Dix ans après l’Accord de Paris, la France a de nouveau impulsé une dynamique décisive pour la sauvegarde de notre planète. Des avancées du Traité sur la haute mer à l’aire marine protégée de Polynésie française, l’Unoc a apporté la dernière preuve qu’en travaillant ensemble, de véritables progrès sont possibles. Mais soyons clairs : il reste un travail considérable à accomplir et beaucoup de problèmes restent en suspens », juge John Kerry, ancien secrétaire d’État américain et envoyé spécial pour le climat, qui pointe le chalutage de fond et la pollution due aux combustibles fossiles.

Pour Greenpeace, l’Unoc s’achève sur un bilan mitigé, avec « des progrès significatifs » liés à la ratification du Traité sur la haute mer et une « déclaration forte » en faveur d’un traité sur les plastiques. Mais « la stagnation des ambitions françaises sur ses propres aires marines protégées » laisse « un goût amer » à l’ONG, de même que la mobilisation insuffisante contre l’exploitation des grands fonds marins. « Nous avons entendu beaucoup de belles paroles ici à Nice, mais elles doivent maintenant se traduire par des actions concrètes », résume François Chartier, chargé de campagne océans chez Greenpeace France.1. Objectif de développement durable2. Institut du développement durable et des relations internationales3. Télécharger la déclaration finale
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-46334-unoc-nice-declaration-finale.pdf4. Télécharger les Engagements de Nice pour l’océan
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-46334-engagements-nice-ocean-unoc.pdf5. Télécharger la déclaration des ministres de la Méditerranée
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-46334-declaration-ministres-mediterranee-convention-barcelone.pdf6. Organisation maritime internationale

Laurent Radisson, journaliste
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement

Voir aussi:

La diplomatie environnementale sort renforcée de cette troisième Conférence des Nations unies sur l’océan/

https://environnementsantepolitique.fr/2025/06/15/62782/

https://environnementsantepolitique.fr/2025/06/13/la-3e-conference-des-nations-unies-sur-locean-debouche-sur-une-declaration-politique-peu-operationnelle/

https://environnementsantepolitique.fr/2025/06/13/la-proposition-de-loi-de-la-senatrice-ecologiste-mathilde-ollivier-visant-a-mieux-proteger-les-ecosystemes-marins-sest-vu-etre-rejetee-par-la-senat/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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