La « taxe Zucman » sur le patrimoine des ultrariches a été rejetée par le Sénat
Adoptée en février par les députés, cette taxe a été écartée par les sénateurs. Les partis de gauche peuvent relancer l’examen du texte dans le cadre d’une de leurs niches parlementaires. Le gouvernement, lui, travaille sur un projet beaucoup plus limité.
Par Denis Cosnard
Publié aujourd’hui à 18h36, modifié à 20h11 https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/06/12/la-taxe-zucman-sur-les-ultrariches-a-ete-rejetee-par-le-senat_6612580_823448.html
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Devant le jardin du Luxembourg, à deux pas du Sénat, les activistes d’Oxfam, d’Attac et de 350.org avaient installé, dans la matinée du jeudi 12 juin, des effigies de Bernard Arnault et Vincent Bolloré clamant « Taxez-moi ! » ou « 2 %, ce n’est rien pour nous ! ». Le happening et la pression mise par la gauche n’y ont rien fait. Adoptée à l’Assemblée nationale en première lecture le 20 février, la proposition de taxe sur le patrimoine des ultrariches, inspirée par l’économiste Gabriel Zucman et présentée par Les Ecologistes, a été rejetée sans appel par les sénateurs.
Soutenu par toute la gauche, le texte visant à instaurer un impôt plancher de 2 % sur le patrimoine des 1 800 Français détenant plus de 100 millions d’euros s’est heurté à l’hostilité résolue de la droite et des soutiens du gouvernement. Seuls 129 sénateurs – dont certains centristes – ont pris position en sa faveur, face à 188 voix contre. En commission, la proposition avait déjà été rejetée par les sénateurs, y compris dans une version où le taux aurait été limité à 1 % du patrimoine.
La « taxe Zucman » est-elle enterrée pour autant ? Sans doute pas. La gauche tient trop à cette proposition, une des quelques nouvelles idées apparues en son sein ces dernières années et y suscitant l’unanimité. Après le rejet du Sénat, Les Ecologistes, le Parti socialiste, les communistes ou La France insoumise peuvent relancer l’examen du texte dans le cadre d’une de leurs niches parlementaires.
Un impôt « anticonstitutionnel »
Par ailleurs, le gouvernement travaille toujours à la création, dans le cadre du budget 2026, d’un mécanisme de lutte contre la « suroptimisation fiscale ». Le principe serait similaire à celui de la « taxe Zucman » : les riches tentés de contourner l’impôt sur le revenu devraient acquitter un « impôt minimal différentiel » sur leur patrimoine.
Il n’est « pas logique » qu’un ménage détenant plusieurs dizaines de millions d’euros puisse thésauriser son épargne dans une société holding et financer ainsi son train de vie tout en ne payant aucun impôt sur le revenu, a reconnu, jeudi, en séance la ministre des comptes publics, Amélie de Montchalin. Le projet sur les rails constituerait cependant une version assez édulcorée de la « taxe Zucman ». Le taux serait fixé à seulement 0,5 % du patrimoine et les biens professionnels seraient exclus de l’assiette, alors qu’ils forment l’essentiel de la richesse des très grandes fortunes.
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Au Sénat, le gouvernement et la droite, majoritaires, ont critiqué vertement la proposition en discussion. Amélie de Montchalin a lancé la charge : loin d’être un impôt plancher, la « taxe Zucman » serait « maximalement confiscatoire », donc « anticonstitutionnelle », et « inefficace », a-t-elle affirmé.
Le sénateur Emmanuel Capus (Horizons, Maine-et-Loire), rapporteur du texte, a contesté le constat à l’origine même de cette taxe. Selon lui, il n’est pas certain que les ultrariches, en structurant leur fortune afin qu’elle génère peu de revenus imposables, paient vraiment moins d’impôts que la moyenne. En revanche, le risque est élevé, à ses yeux, qu’une telle taxe provoque une fuite des ultrariches. « Avec ce signal-là, quelques dizaines » de milliardaires – sur les 49 que compte la France – quitteraient le pays, a appuyé la ministre du budget. D’autres élus ont repris l’argument évoqué quelques heures plus tôt par Emmanuel Macron lors du conseil des ministres : dans une économie ouverte, une telle taxe serait « inapplicable ». Elle n’aurait de sens que dans un cadre international, celui du G20 ou de l’Organisation de coopération et de développement économiques.
Clin d’œil de l’histoire
Sur le réseau social X, Gabriel Zucman avait tenté, le matin même, de contrer ces arguments. Confiscatoire, sa taxe ? « Les personnes concernées ont des revenus qui leur permettent très largement d’acquitter ce taux plancher : en moyenne leur patrimoine rapporte 5 % à 6 % par an, donc très au-delà de 2 % », affirmait-il. Inefficace, son impôt ? Erreur, là encore, selon l’économiste : « Le patrimoine des 500 plus grandes fortunes est passé de moins de 10 % du PIB [produit intérieur brut] en 2010 à 40 % en 2024 ! Une petite taxe sur ces 40 % rapporterait gros : 20 milliards d’euros par an. Comment écarter une telle somme dans la situation budgétaire actuelle ? » Un plaidoyer insuffisant pour retourner les sénateurs.
Clin d’œil de l’histoire : en avril 1925, il y a tout juste un siècle, il avait déjà été question d’une taxe sur la richesse acquise. Un impôt sur le capital de 10 %. Il faisait partie du programme du Cartel des gauches alors au pouvoir, pour résorber le déficit. « Mais le gouvernement n’obtint pas la majorité nécessaire au Parlement pour l’imposer », rappelle l’universitaire François Chounet dans Une histoire de la dette publique en France (Garnier, 2017, sous la direction de Michel Lutfalla). Aucune autre des pistes envisagées n’aboutit. Cela fit chuter le gouvernement d’Edouard Herriot et ses successeurs, provoquant une valse ministérielle. Dans les mois qui suivirent, il y eut en moyenne un nouveau ministre des finances tous les trente-sept jours.
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La « taxe Zucman » sur les ultrariches, fétiche pour la gauche, repoussoir pour la droite
Adoptée par l’Assemblée nationale en février, la proposition de « taxe Zucman » sur le patrimoine des grandes fortunes est soumise, jeudi, au Sénat. Un texte soutenu par des économistes de renom, mais très clivant.
Par Denis CosnardPublié aujourd’hui à 06h00, modifié à 18h41 https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/06/12/la-taxe-sur-les-ultrariches-fetiche-pour-la-gauche-repoussoir-pour-la-droite_6612463_823448.html
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Et revoici la « taxe Zucman ». Adoptée à l’Assemblée nationale en première lecture, le 20 février, la proposition de taxe sur le patrimoine des ultrariches, inspirée par l’économiste Gabriel Zucman et présentée par les écologistes, est soumise, jeudi 12 juin, au vote du Sénat. Si les sénateurs validaient le texte dans les mêmes termes que les députés, ce dispositif, devenu pour la gauche un symbole de justice fiscale, pourrait vite entrer en application. Mais il n’y a presque aucune chance que ce soit le cas, compte tenu des réticences de la droite, majoritaire au Sénat. Le débat permettra cependant de mesurer le niveau d’adhésion ou de rejet des parlementaires, et d’identifier les points les plus problématiques. Tour d’horizon en six questions.
La taxe Zucman peut-elle être votée cette semaine ?
A priori non. En commission, la majorité des sénateurs a rejeté, le 4 juin, la proposition de loi instaurant un impôt plancher de 2 % sur le patrimoine des ultrariches présentée par Eva Sas (Les Ecologistes, Paris), Clémentine Autain (ex-La France insoumise, L’Après, Seine-Saint-Denis) et d’autres députés du groupe Ecologiste et social. Il s’agit d’un nouvel impôt « probablement inconstitutionnel et économiquement néfaste », cingle Emmanuel Capus (Horizons, Maine-et-Loire), rapporteur du texte au Sénat. Le même vote négatif est prévisible en séance, malgré la pression mise par les mouvements Attac, 350.org et Oxfam, qui ont fait signer une pétition par plus de 60 000 personnes. Pour que la proposition n’aille pas à la poubelle pour autant, il faudra qu’un groupe politique la repropose à l’Assemblée nationale.
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« La taxe Zucman est de plus en plus populaire, et peut finir par gagner une majorité au Parlement, veut croire Clémentine Autain. On atteint des niveaux si indécents d’accumulation des richesses qu’il devient difficile de s’opposer à cette mesure. » De fait, la gauche n’est pas seule à s’intéresser au projet. En février, le texte a été adopté à l’Assemblée grâce au soutien de toute la gauche et à l’abstention du Rassemblement national. Il constitue cependant un repoussoir pour l’essentiel de la droite.
Pourquoi la gauche mène-t-elle ce combat ?
Avant tout au nom de la lutte contre les inégalités. Depuis plusieurs décennies, les écarts de patrimoine sont repartis à la hausse, en France comme ailleurs, avec beaucoup d’hommes d’affaires et d’héritiers dont la fortune s’envole grâce à la Bourse. En 2024, le monde comptait 234 000 personnes disposant d’un patrimoine financier hors résidence principale de plus de 30 millions de dollars (26 millions d’euros), soit 27 % de plus qu’en 2019, estime Capgemini. Or, nombre de ces ultrariches contournent l’impôt, en structurant leur fortune afin qu’elle génère peu de revenus imposables. Résultat, au lieu d’acquitter plus d’impôts, ils en paient relativement moins que la moyenne.
C’est le cas dans l’Hexagone. Alors que l’ensemble des Français paient environ 50 % de leurs revenus en impôts et en cotisations sociales, tous prélèvements compris, « ce chiffre tombe à 27 % pour les milliardaires », relève Gabriel Zucman, dans une tribune au Monde, cosignée par Olivier Blanchard et Jean Pisani-Ferry, deux économistes de renom qui ont soutenu Emmanuel Macron. Le projet vise à corriger cette entorse à l’égalité devant l’impôt en taxant non les revenus, trop facilement manipulables, mais le patrimoine. Prendre un peu plus à une poignée de riches pour rétablir la progressivité de l’impôt, freiner le creusement des inégalités et, au passage, rééquilibrer les comptes publics : la taxe Zucman constitue un objet politique assez idéal pour une gauche en difficulté.
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Qui serait touché par cette taxe ?
Le dispositif voté à l’Assemblée ne concerne que les fortunes d’au moins 100 millions d’euros, soit environ 1 800 foyers fiscaux. Rien à voir avec l’ancien impôt de solidarité sur la fortune, qui touchait plus de 300 000 contribuables. Cette fois-ci, la taxe est présentée comme une arme antioptimisation : les ultrariches visés ne devraient la payer que si la somme de leurs autres impôts est inférieure à 2 % de leur fortune. Dans ce cas, ils devraient s’acquitter de la différence.
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L’Etat pourrait ainsi récupérer de 15 milliards à 25 milliards d’euros par an, selon les promoteurs du projet. Un montant assez flou, mais non négligeable, alors que l’exécutif cherche 40 milliards d’euros pour boucler le budget 2026.

Qu’en dit le gouvernement ?
Il est très opposé à la taxe Zucman. « Une telle contribution serait à la fois confiscatoire et inefficace », a tranché la ministre des comptes publics, Amélie de Montchalin, en février. « Confiscatoire », parce qu’elle est trop élevée : sans mécanisme de plafonnement, la proposition pourrait être censurée par le Conseil constitutionnel, met aussi en garde la commission des finances du Sénat.
« Inefficace », dans la mesure où elle pousserait, de façon « catastrophique », les contribuables visés à fuir la France, à vendre leurs entreprises ou à ponctionner leurs trésoreries sous forme de dividendes massifs afin d’acquitter les 2 % requis. Conclusion de la ministre : « Il n’est pas question de surtaxer les Français qui produisent de la richesse. »
Bercy a-t-il une autre solution ?
Face à la « suroptimisation », le ministère de l’économie et des finances travaille depuis des mois sur un mécanisme similaire à la taxe Zucman, mais en beaucoup plus limité. Avec cet « impôt minimal différentiel », l’Etat s’assurerait que la somme des impôts payés par un particulier soit au moins égale non à 2 %, mais à 0,5 % de son patrimoine.
En outre, les biens professionnels en seraient exclus, alors qu’ils forment l’essentiel de la richesse des très grandes fortunes, comme Bernard Arnault avec LVMH. Au total, cette taxe rapporterait 2 milliards d’euros par an, dix fois moins que celle soumise au Sénat. Le projet semble néanmoins compliqué à finaliser. Alors que Mme de Montchalin avait promis de le présenter début mai, « les travaux sont toujours en cours », affirme Bercy.
Une telle taxe peut-elle fonctionner si la France est la seule à l’appliquer ?
« La taxe Zucman, elle a un sens si elle est mondiale », a déclaré Emmanuel Macron, sur TF1 le 13 mai, en rappelant les efforts de la France et du Brésil pour imposer une taxation des milliardaires à l’échelle de la planète. Son argument : « Vous pensez que si la France toute seule met une taxe sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros, les gens vont gentiment rester pour être taxés ? » Gabriel Zucman l’admet : aucun pays n’a encore mis en place sa taxe, et le premier à le faire risque de se heurter au départ de certains contribuables. Selon lui, « toutes les études disponibles montrent »toutefois qu’en pareil cas l’exil fiscal est « très faible ».
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En outre, la proposition de loi prévoit que la taxe reste due pendant cinq ans après un départ, afin de freiner cet exil. Et, surtout, il faut bien qu’un pays lance le mouvement. « La France pourrait jouer un rôle de précurseur en matière de taxation minimale des plus riches, comme elle l’a fait pour la taxation minimale des multinationales », prône le sénateur socialiste de la Sarthe Thierry Cozic. Il est peu probable qu’il ait gain de cause dans l’immédiat.
Olivier Blanchard, Jean Pisani-Ferry et Gabriel Zucman : « Nous partageons le constat qu’un impôt plancher sur les grandes fortunes est le plus efficace face à l’inégalité fiscale »
Tribune
Olivier BlanchardEconomisteJean Pisani-FerryEconomisteGabriel ZucmanEconomiste
Le dispositif cible les centimillionnaires qui mettent en place des schémas d’optimisation pour échapper à l’impôt. Il ne fait que mettre en conformité nos lois fiscales avec le principe d’égalité devant l’impôt, plaident les trois économistes dans une tribune au « Monde », alors que le texte va être examiné par le Sénat.
Le Sénat est appelé à se prononcer, jeudi 12 juin, sur la proposition de créer un impôt plancher sur les grandes fortunes, adoptée en février par l’Assemblée nationale. Nous avons tous les trois – comme tous les citoyens – des avis différents sur la nature du système fiscal idéal et le juste niveau de progressivité de l’impôt. Mais nous partageons le constat que les plus riches ne contribuent pas aujourd’hui à hauteur de ce qui est demandé aux autres catégories sociales, et que le mécanisme voté à l’Assemblée est le plus efficace pour remédier à cette situation.
Les travaux de grande qualité de l’Institut des politiques publiques, fondés sur de nouvelles données administratives, ont établi que les plus grandes fortunes payent dans l’ensemble très peu d’impôts sur le revenu, car elles peuvent le contourner – légalement – grâce à diverses techniques d’optimisation, comme l’utilisation de sociétés holdings.
En conséquence, alors que l’ensemble des Français acquittent environ 50 % de leurs revenus en impôts et cotisations sociales, tous prélèvements compris, ce chiffre tombe à 27 % pour les milliardaires, soit presque deux fois moins. Il s’agit là d’une violation du principe constitutionnel d’égalité devant l’impôt.
Le moyen le plus efficace, pour s’attaquer à ce problème, consiste à créer un taux plancher d’imposition, car ce mécanisme s’attaque à toutes les formes d’optimisation, quelle qu’en soit la nature. C’est cette logique qui a par exemple conduit la France à adopter en 2024, avec d’autres pays, un taux minimum d’imposition pour les grandes sociétés multinationales. Pour que le mécanisme du taux plancher fonctionne bien, dans le cas des hauts patrimoines, il faut simplement que celui-ci soit exprimé en pourcentage non pas du revenu, trop facilement manipulable, mais de la fortune elle-même.
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C’est tout l’intérêt de la proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale, qui instaure un impôt plancher de 2 % sur le patrimoine des foyers fiscaux dont la fortune dépasse les 100 millions d’euros – ceux pour qui le taux d’imposition effectif devient « régressif » (il baisse quand le revenu économique augmente).
Le risque de l’exil fiscal
Cet impôt plancher n’est pas un nouvel impôt de solidarité sur la fortune (ISF), mais tout l’inverse. L’ISF commençait à 1,2 million d’euros de patrimoine en 2017 (soit 358 000 contribuables), quand le dispositif examiné au Parlement ne démarre qu’au-delà de 100 millions (1 800 foyers fiscaux environ). Mité par de nombreuses niches, l’ISF exonérait de fait les plus grandes fortunes, quand l’impôt plancher en discussion se concentre sur ces dernières.
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Surtout, il fonctionne comme une contribution différentielle. Il ne s’appliquerait que si le montant d’impôts déjà payé par les contribuables concernés (impôts sur le revenu, contribution sociale généralisée, etc.) est inférieur à 2 % de leur fortune : ces derniers devraient dans ce cas s’acquitter de la différence. Ce procédé permet, par construction, de ne cibler que ceux qui, parmi les plus fortunés, mettent en place des schémas d’optimisation pour échapper à l’impôt. On ne peut guère imaginer dispositif plus ciblé.
Un taux de 2 % ne rendrait pas notre système fiscal progressif, mais il permettrait de faire contribuer les plus aisés autant que les autres catégories sociales, effaçant ainsi sa régressivité. On peut débattre du niveau de ce prélèvement, mais pas de la mise en conformité de nos lois fiscales avec nos principes constitutionnels d’égalité devant l’impôt.
Le risque principal, comme toujours en matière de taxation des grandes fortunes, est celui de l’exil fiscal. Il ne faut pas le minimiser, mais l’examiner à la lumière des études existantes. Toutes aboutissent à des conclusions similaires : l’exil fiscal n’est pas nul, mais il est quantitativement faible.
En outre, dans la proposition examinée au Sénat, les contribuables concernés continueraient à être soumis à l’impôt plancher cinq ans après leur départ, ce qui devrait être de nature à réduire les risques d’exil. Si malgré tout, des inquiétudes subsistent, c’est en agissant sur le taux qu’on peut y répondre, et non pas en introduisant des niches (comme une exonération des biens professionnels), qui ont provoqué la faillite de l’ISF.
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Un taux plancher de 2 % sur les centimillionnaires pourrait rapporter de 15 milliards à 25 milliards d’euros par an au budget de l’Etat. Insuffisant pour résoudre tous nos problèmes de finances publiques, mais significatif (0,5 % à 0,8 % du produit intérieur brut) et nécessaire. Il semble en effet difficile de demander des efforts aux autres catégories sociales avant d’avoir corrigé cette anomalie de nos lois fiscales qui permet aujourd’hui à nos plus grandes fortunes de se soustraire, en grande partie, aux charges communes.
Olivier Blanchard est professeur à l’Ecole d’économie de Paris, ancien chef économiste du Fonds monétaire international ; Jean Pisani-Ferry est professeur d’économie à Sciences Po (Paris), à l’Institut Bruegel (Bruxelles) et au Peterson Institute for International Economics (Washington) ; Gabriel Zucman est professeur à l’Ecole normale supérieure.
Olivier Blanchard (Economiste), Jean Pisani-Ferry (Economiste) et Gabriel Zucman (Economiste)
Tribune
Nous, maires de petites et grandes villes soutenons la taxation des ultra-riches pour faire vivre nos territoires
Publié le 10 juin 2025 à 12h00, mis à jour le 10 juin 2025 à 18h54
https://www.nouvelobs.com/tribunes/20250610.OBS104777/nous-maires-de-petites-et-grandes-villes-soutenons-la-taxation-des-ultra-riches-pour-faire-vivre-nos-territoires.html
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Les maires d’une cinquantaine de villes – Lyon, Lille, Bordeaux , Blois, Auray… – se mobilisent pour que le Sénat adopte, le 12 juin prochain, la proposition de loi dite « Zucman », du nom de l’économiste Gabriel Zucman. Ce texte déjà voté par l’Assemblée nationale prévoit la création d’un impôt plancher pour quelque 2 000 ultra-riches dont le patrimoine dépasse 100 millions d’euros. Les signataires souhaitent que le produit estimé de cette taxe (20 milliards) permette de garantir « l’existence d’un service public local fort ».
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.
D’année en année, la situation budgétaire des collectivités territoriales se détériore. Le manque de moyens financiers de l’Etat le conduit à nous sommer, de manière de plus en plus récurrente, de faire des économies, au détriment de notre mission centrale : celle d’assurer un service public local de qualité, au plus proche de nos concitoyennes et concitoyens.
En 2025, l’effort financier demandé aux collectivités locales est au minimum de 5,7 milliards d’euros à travers une ponction sur nos recettes, des baisses de dotations, mais aussi une baisse drastique du fonds vert de près de 1,3 milliard et donc du soutien à l’investissement des collectivités dans la transition écologique. Ceci est sans compter la suppression de crédits comme ceux consacrés au fonds de soutien aux activités périscolaires. Ces coupes budgétaires se traduisent très concrètement sur le terrain et à terme peuvent conduire à remettre en cause des services publics de proximité alors même qu’ils sont essentiels à la cohésion sociale.
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Et de nouvelles coupes sont à venir. La semaine dernière, le gouvernement a porté un nouveau coup au budget des collectivités territoriales en mettant sur la table la potentialité d’une « année blanche » pour 2026. L’année prochaine, nos dotations pourraient ne pas tenir compte de l’inflation, amenuisant d’autant plus nos moyens d’action.
Ce n’est pas aux collectivités territoriales (qui, nous le rappelons, ne peuvent pas voter de budget en déficit), de payer pour la mauvaise gestion budgétaire de l’Etat. Plutôt que de couper toujours plus dans les dépenses, une autre solution existe. Celle de lever de nouvelles recettes en mettant à contribution une infime partie de contribuables, les ultra-riches, qui aujourd’hui échappent à l’impôt.
Les données que nous avons aujourd’hui à disposition sont sans appel : l’impôt, censé être progressif dans notre pays, est régressif pour les ultra-riches. Alors que l’ensemble des Françaises et des Français paie environ 50 % d’impôts en proportion de leurs revenus (tout compris : impôt sur le revenu, cotisations sociales, TVA, IFI, impôt sur les sociétés…), les milliardaires n’en paient que 27 %. C’est presque deux fois moins. Face aux multiples défis auxquels nous devons faire face, cette injustice érode le sentiment d’effort commun.
C’est pourquoi nous soutenons la proposition d’un impôt plancher sur la fortune des ultra-riches, dite « taxe Zucman », qui sera votée au Sénat le 12 juin prochain. Elle vise à pallier cette régressivité de l’impôt pour les plus riches, et à assurer qu’ils paient, en proportion de leurs revenus, au moins autant d’impôts que le reste de la population. Nul ne peut s’opposer à cette proposition qui redonne du sens à l’égalité devant l’impôt, un des principes fondateurs de notre République.
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Alors que seuls 1 800 foyers fiscaux seront concernés, cette taxe pourrait rapporter 20 milliards d’euros par an, selon les calculs de l’économiste Gabriel Zucman. 20 milliards d’euros par an, c’est ce qu’il faudrait au budget de l’Etat pour que le déficit public redescende à 3 % d’ici à cinq ans.
Si les recettes estimées de cette taxe ne sont pas fléchées, elles ne pourront qu’endiguer la tendance de baisse récurrente des dotations des collectivités, et participer à la réalisation d’un objectif que nous partageons : un financement plus stable et prévisible des collectivités territoriales, qui garantit l’existence d’un service public local fort.
Alors qu’une écrasante majorité de Français, près de 80 %, est pour le rétablissement de l’impôt sur la fortune, nous, élus locaux de différents horizons politiques, appelons les sénateurs à soutenir ce texte le 12 juin. Voter contre ce texte, c’est sanctuariser le droit des milliardaires à échapper à l’impôt. C’est laisser les finances publiques toujours dériver davantage, au détriment d’un service public national et local de qualité.
Maires signataires :
Johanna Rolland, Nantes
Benoît Arrivé, Cherbourg-en-Cotentin
Olivier Bianchi, Clermont-Ferrand
Christine Bost, Eysines
Clovis Cassan, Les Ulis
Luc Carvounas, Alfortville
Hélène de Comarmond, Cachan
Marc Gricourt, Blois
Nicolas Mayer-Rossignol, Rouen
Agnès Bourgeais, Rezé
Bertrand Affilé, Saint-Herblain
Anthony Descloziers, Sainte-Luce-sur-Loire
Cédric Van Styvendael, Villeurbanne
Jeanne Barseghian, Strasbourg
Christian Metairie, Arcueil
Grégory Doucet, Lyon
Emmanuel Denis, Tours
Anne Vignot, Besançon
Gilles Noël, Varzy
Jean-Sébastien Guitton, Orvault
Philippe Boyer, Gazaupouy
Didier Lachambre, Guyencourt
Ali Rabeh, Trappes
André Laignel, Issoudun
Arnaud Deslandes, Lille
Pierre Hurmic, Bordeaux
Leonore Moncond’hui, Poitiers
Eric Piolle, Grenoble
Gwenael Crahes, La Grigonnais
Patrick Chaimovitch, Colombes
Olivier Demarty, Crossac
Fabien Gracia, La Montagne
Clément Rossignol Puech, Bègles
Florence Brau, Prades-le-Lez
Claire Masson, Auray
Daniel Barbe, Blasimon
Aurélie Mézière, Plessé
Danielle Dambach, Schiltigheim
Alexandre Goncalves, Still
Rémi Zinck, Lyon, 4e arrondissement
Christian Gatard, Chambray-lès-Tours
Freddy Hervochon, Bouaye
Philippe Hecky, Lautenbach
Laurent Amadieu, Saint-Egrève
Jean-Claude Gouze, Senconac
Xavier Normand, Castanet-Tolosan
Fanny Dubot, Lyon 7e arrondissement
Emmanuel Van Brackel, Bouvron
◗ Liste des signataires mise à jour à 18h30
Par Collectif