Nucléaire : de nouvelles « indications » font craindre à EDF un retour de la corrosion sous contrainte, à Civaux
L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection a confirmé, mardi 10 juin, la découverte d’indices laissant craindre de nouvelles petites fissures sur certaines tuyauteries.
Par Adrien Pécout
Publié hier à 08h48, modifié hier à 09h36 https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/06/11/nucleaire-de-nouvelles-indications-font-craindre-a-edf-un-retour-de-la-corrosion-sous-contrainte-a-civaux_6612175_3234.html
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Est-ce le retour d’un scénario cauchemardesque pour EDF ? Selon une information de La Tribune, publiée mardi 10 juin en fin de journée, l’électricien national s’interroge sur les tuyauteries du réacteur numéro deux de la centrale de Civaux (Vienne) – y compris sur les portions de métal ayant déjà fait l’objet d’un remplacement. Une expertise est « en cours », a reconnu le groupe public, dans la soirée, auprès de l’Agence France-Presse.
A ce stade, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) confirme au Monde « deux indications », c’est-à-dire deux signaux ayant mis en évidence la « possible présence d’un défaut dans le matériau contrôlé ». Il reste encore à établir si ces indications relèvent ou non d’un phénomène de corrosion sous contrainte, phénomène responsable de fissures sur certaines tuyauteries auxiliaires du circuit primaire.
Le réacteur en question est à l’arrêt depuis la nuit du 4 au 5 avril, dans le cadre d’un arrêt de maintenance classique. Cette découverte a été faite à l’occasion d’une « visite partielle » qui est censée durer en moyenne entre deux et trois mois, pour renouveler un tiers du combustible (uranium) et effectuer des contrôles.
EDF avait déjà été confronté à ce phénomène de corrosion sous contrainte fin 2021. L’exploitant l’avait détecté à Civaux durant la « visite décennale » du réacteur numéro un. Une anomalie constatée par la suite sur le site de Chooz (Ardennes) et celui de Penly (Seine-Maritime). Sans préciser la liste de toutes les centrales où le problème a été effectivement détecté, l’électricien avait dû mettre à l’arrêt plus de la moitié de son parc nucléaire pour contrôle ou réparation, quitte à vivre l’une de ses pires crises industrielles. C’est ainsi qu’en 2022, plombée par une production nucléaire en berne dans le pays (279 térawattheures, TWh), EDF avait enregistré une perte record de presque 18 milliards d’euros. Et les prix de l’électricité avaient bondi sur le marché européen.
Bernard Fontana face à l’ampleur de sa tâche
Depuis, l’entreprise espérait laisser peu à peu ce problème derrière elle. Au premier trimestre de 2024, à titre préventif, elle finissait de remplacer les tuyauteries des réacteurs considérés comme les plus sensibles à la corrosion sous contrainte. En raison du tracé de leurs lignes, il s’agissait des 16 réacteurs les plus récents… dont les deux de Civaux, chacun d’une puissance électrique de 1 450 mégawatts. Le parc français compte à présent une 57e unité, avec l’EPR (réacteur nucléaire à eau pressurisée européen) de Flamanville (1 600 mégawatts, dans le département de la Manche), connectée au réseau en décembre 2024.
Diverses hypothèses sont encore sur la table pour expliquer le phénomène de microfissures. Outre la géométrie des tuyauteries, des réparations de soudure dès le montage initial peuvent être l’une des causes de la corrosion, selon EDF.
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Cette nouvelle alerte sur le site de Civaux rappelle à Bernard Fontana l’ampleur de sa tâche. Entré en fonction le 5 mai, le nouveau PDG d’EDF a pour mission première de « poursuivre le rétablissement de la production du parc nucléaire ». Après un net redressement (près de 362 TWh en 2024), le groupe public ambitionne de retrouver les 400 TWh à l’horizon 2030. Mardi 10 juin en fin de matinée, son patron était à Massy (Essonne) pour signer, en présence des ministres Eric Lombard (économie) et Marc Ferracci (chargé de l’industrie et de l’énergie), le nouveau contrat stratégique 2025-2028 de la filière nucléaire. En vue : au moins six nouveaux réacteurs de grande puissance dans le pays.