Focus sur l’hôpital du futur 🔍
par Stéphane Pardoux – Directeur général de l’ANAP
Le dernier rapport du think tank britannique Re:State dédié à l’hôpital du futur propose un changement de perspective complet : ne plus penser l’hôpital comme un bâtiment, mais le concevoir comme un service !
L’ »hospital as a service », cela signifie :
✅ De services de soins aigus ou spécialisés dispensés dans le lieu qui correspond le mieux aux besoins du patient : dans des centres de soins primaires, à domicile ou dans un bâtiment hospitalier.
✅Les lits d’hospitalisation « en dur » restent nécessaires, mais uniquement pour une partie limitée des patients. De nombreux patients hospitalisés aujourd’hui nécessitent une intervention de médecin spécialiste, un examen spécialisé mais pas d’hospitalisation en tant que telle.
Le service hospitalier du futur vu par Re:State repose sur :
1. L’amélioration des parcours de soins et de la coordination entre les soins primaires, secondaires et les services médico-sociaux.
2. La prise de conscience que la communication entre les différents acteurs du système de soins est plus importante que leur localisation physique.
3. L’acceptation que les soins virtuels sont au cœur de l’hôpital du futur, avec des solutions technologiques telles que les unités de soins virtuelles (HAD en France), les téléconsultations et le monitoring à distance.
💡Penser aujourd’hui l’hôpital de demain fait partie des missions de l’ANAP : rejoignez le groupe LinkedIn Club International et Prospective de l’Anap pour suivre nos travaux !
Emilie Lebée Thomas Direction générale de l’offre de soins (DGOS) Fédération hospitalière de France (FHF) Antoine Malone FEHAP Fédération de l’Hospitalisation Privée (FHP) Unicancer FNEHAD · Fédération de l’Hospitalisation à Domicile Directeurs généraux de CHRU
Denis Robin Yann Bubien Didier Jaffre Benoît Elleboode François MENGIN LECREULX Elise Noguéra Christelle Ratignier-Carbonneil Cécile Courrèges Clara de Bort Jean-Jacques Coiplet Marie-Hélène LECENNE Jérôme JUMEL Yves Servant Laurent LEGENDART Laurent BIEN Gérard Cotellon Sergio ALBARELLO
Commentaire par Jean-Pascal Devailly – Président du syndicat de médecine physique et de readaptation
Un grand merci pour ce partage édifiant.
Voici un modèle américain qui complète le schéma du think tank Re-State, ce dernier s’appliquant à un système national de santé (NHS).
https://lnkd.in/eXMRdPcb
Les axes sont le coût et l’acuité.
Les USA ont un système de santé dit « libéral-résiduel » mais avec Medicare et Medicaid, sachant que contrairement à la France et au Royaume Uni, ils ont bien distingué par fonctions / missions principales leurs structures de soins post aigués : réadaptation (IRF: 3 heures de réadaptation par jour sur une liste de pathologies et d’intervenants limitée), soins de suite (SNF: hors programmes de réadaptation intensive), soins à long terme (LTCH: à ne pas confondre avec nos USLD) et soins à domicile (HH).
Les LTCH (Long Term Care Hospital) américains correspondent en partie aux « soins de suite lourds » français Ceux-ci n’ont pas encore de reconnaissance officielle ni de conditions de fonctionnement spécifiques. Ils correspondent aussi en partie aux unités de réadaptation précoce définies dans les expertises SMR dont certaines seraient en aigu à l’étranger. C’est un impensé de notre écosystème où les SMR incroyablement hétérogènes constituent 27,5% des lits hospitaliers français.
Pascal Martinet Directeur général EGIS
Merci ! Très instructif … et cela rejoint notre vision de l’hôpital 2040 à lire ici :
Hôpital 2040 : un écosystème urbain ouvert et connecté, selon Egis

Face aux défis sociétaux et de santé publique actuels, et en tenant compte des attentes des patients et du personnel soignant ainsi que des avancées médicales et technologiques en constante évolution, quel type d’hôpital devrons-nous concevoir et construire d’ici 15 ans ?
Avec 60 ans d’expérience dans le domaine hospitalier, nous avons sélectionné quatre projets emblématiques.
Ces projets illustrent des tendances, des évolutions, des préoccupations et des choix stratégiques, tous en lien avec leur contexte sociétal et temporel. Non seulement ces projets sont inspirants, mais les enseignements que nous en tirons orientent notre vision de l’hôpital de 2040.
Dans nos précédentes communications, intitulées « Egis, au cœur de l’évolution des infrastructures hospitalières », nous avons mis en lumière ces quatre projets et leurs caractéristiques notables :
- La standardisation avec l’Hôpital Sud de Rennes (1977 – 1980)
- L’excellence et le sur-mesure avec le Centre Paul Brousse à l’APHP (1990 – 1993)
- La construction hors site avec le bâtiment Madeleine Bres du CH d’Argenteuil (2010 – 2013)
- La résilience et le low tech avec le bâtiment de Chirurgie du CHU de Reims (2019 – 2024)
Nos priorités.
Notre parcours historique, nos expériences et notre engagement à accélérer la transition écologique, tout en améliorant la qualité, l’efficacité économique et l’impact environnemental de nos projets, nous ont permis de définir nos priorités pour le développement des opérations hospitalières :
- confort
- réversibilité
- expérience patient
- attractivité
- sobriété
- reprogrammable
- reconfiguration
- qualité de vie au travail
- hôpital humain
- standardisation
- mutuabilité
- évolutivité
- happenstance
- densification
- agilité
- pragmatisme
Notre ambition de construire l’avenir, avec la résilience comme condition essentielle pour une durabilité à long terme, nous incite à explorer et à débattre des futurs possibles et crédibles de l’hôpital. Cela va au-delà de la simple question immobilière, vers une réflexion sur la manière de dispenser les soins et de prendre en charge la population.
Notre constat.
L’hôpital représente un écosystème complexe et dynamique, souvent confronté à des défis, des exigences et des objectifs difficiles à concilier, voire contradictoires :
- Institution technologique de pointe, innovation, recherche fondamentale… face à une médecine de proximité, empathie, convivialité, détente.
- Environnement confiné, sécurisé, hygiénique, fermé, protégé… versus un cadre urbain, ouvert, intégré, collaboratif.
- Bien-être des patients, confort… et son pendant, le bien-être du personnel, la qualité de vie au travail.
- High tech… low tech… no tech.
- Soins critiques, urgences vitales, transplantations… par rapport à la prévention, éducation, dépistage, accompagnement.
- Hôpital, hospitalisation… face à l’hospitalier, hospitalité, etc.
Avec le développement de l’Hospitalisation à Domicile (HAD), la généralisation de l’ambulatoire avec des séjours de plus en plus courts, l’apport du numérique avec l’IA, les dispositifs médicaux connectés, la télémédecine, les plateformes logistiques et la gestion automatisée des flux, les centres de diagnostic…, le concept de « bâtiment hôpital » comme unité de lieu semble appelé à évoluer. Une réflexion plus large sur l’ensemble de l’écosystème et ses mutations nous a conduit à cette vision de l’hôpital en 2040.
Notre vision.
Le cœur technique
Le cœur de l’écosystème se concentre sur les activités « chaudes » et regroupe l’excellence, les technologies les plus avancées et les équipements les plus sophistiqués, la technique la plus exigeante, ainsi que les ressources expertes et rares pour offrir les meilleurs soins aux patients les plus critiques et les cas les plus complexes et exigeants. Organisé autour des urgences, de l’imagerie, des sites interventionnels et des soins critiques, il s’articule selon la typologie des flux qu’il accueille, donnant lieu à une sectorisation disposant de ses propres accès. Il se compose ainsi d’un secteur urgence, un secteur programmé et un secteur à forte rotation. Il est connecté, de manière plus ou moins directe et immédiate selon la nécessité, à des tiers lieux qui constituent les points d’entrée au cœur technique.
Bâtiment technique, il est constitué d’une structure « libre » et de façades préfabriquées démontables offrant une grande liberté d’installation et de réorganisation de modules qui viennent se connecter en plug&play sur des totems d’innervation technique. Les modules ou groupes de modules embarquent leurs propres besoins techniques immédiats, les installations du bâtiment viennent les compléter, les connecter entre eux et assurer les besoins généraux via les totems. Une artère générale relie les totems techniques à un pôle énergie extensible et remodelable. Des réserves foncières en périphérie du bâtiment permettent de prolonger les totems et d’étendre la structure pour ajouter des modules.
Les tiers lieux
Le premier tiers lieu de l’hôpital est le domicile avec l’Hospitalisation À Domicile (HAD) et une médicalisation de plus en plus poussée hors de l’hôpital. L’activation des sorties en moins de 24h, l’usage du numérique et l’e-santé vont permettre de dynamiser l’activité de l’HAD comme l’expose le très instructif panorama international réalisé par l’ANAP : « HAD :(R)évolutions en cours, innovations mondiales, défis français » qui questionne l’hôpital virtuel et la chambre intelligente (téléchargeable sur le site de l’ANAP). Ce développement va renforcer le rôle du cœur technique qui doit assurer la coordination, la projection et le pilotage avec des moyens, des ressources et une organisation dédiés; un cœur technique qui est aussi un centre de coordination opérationnel, une tour de contrôle et de surveillance. Notre intervention doit permettre d’intégrer cette dimension numérique au cœur technique afin qu’il supporte toutes les technologies nécessaires aux usages digitaux, le stockage, la sécurisation avec notamment des datacenters permettant une haute disponibilité et une sécurité maîtrisée des données et des flux. Nous devons également accompagner la projection de l’hôpital au domicile avec un impact sur la conception et l’équipement des bâtiments de logements.
L’ambulatoire, thérapeutique comme diagnostic, s’organise en d’autres tiers lieux, des centres ambulatoires, autonomes, rassemblés ou non en fonction de la nécessité d’une prise en charge croisée et pluridisciplinaire, en réseaux, toujours connecté au cœur technique mais en accès aisé pour le patient, en proximité du domicile ou du travail, totalement intégré dans le tissu urbain. Ces centres donnent lieu à diverses typologies de bâtiments, de la maison de santé pluridisciplinaire plus simple aux centres de radiothérapie, d’imagerie, de rééducation ou de chirurgie ambulatoire plus techniques. L’échelle de ces bâtiments permet toujours de veiller à la qualité de l’accueil, au bien-être du patient et du personnel, au confort, à l’accès à la lumière, à une meilleure intégration dans la ville et son environnement immédiat. L’évolutivité est assurée par la duplication, le regroupement, le fonctionnement en réseaux des centres ambulatoires eux-mêmes conçus à partir d’espaces standardisés, en capacité d’accueillir des usages multiples, reconfigurables.
Si comme nous l’avons vu précédemment les alternatives se développent, les hospitalisations restantes sont organisées en bâtiments indépendants et positionnées en proximité du cœur technique ou des centres ambulatoires en fonction des nécessités de prise en charge et de médicalisation. Ils se présentent comme des hôtels patients, avec des dimensions domestiques et des codes hôteliers pour un accueil et un confort optimum. Ils disposent de ressources humaines, médicales et matérielles avec une graduation cohérente à la prise en charge et sont virtuellement connectés au cœur technique et disposent de personnel soignant. Aux concepteurs d’offrir une expérience patient qui sorte de l’univers aseptisé et anxiogène de l’hôpital en puisant dans leurs références et expériences hôtelières avec des espaces, des ambiances et des matériaux qui vont participer au confort et au bien-être de tous.
L’ensemble des espaces tertiaires sont quant à eux regroupés dans des bâtiments exclusivement tertiaires, organisés comme un réseau d’espaces polyvalents, individuels comme collectifs, connectés et conçus pour apporter bien-être, créativité, échanges et coopérations. Ils s’installent à proximité immédiate des lieux de travail du personnel tout en leur garantissant un environnement différent et préservé. Ils peuvent accueillir d’autres entités, d’autres univers professionnels pour accompagner le décloisonnement de l’hôpital et son intégration dans la ville.
La recherche s’inscrit dans le principe des espaces tertiaires dans la limite de la technicité de ses laboratoires. Pour les laboratoires les plus techniques et exigeants, la proximité avec le cœur technique sera nécessaire.
Les fonctions supports ont vocation à se regrouper par usage, à concentrer les processus et à s’organiser pour une gestion des flux d’approvisionnement automatisés et optimisés. Les entités éparses constituant l’hôpital n’intègrent que des antennes et des stockages secondaires alimentés depuis les plateformes principales de distribution et les sites de production.
En synthèse.
Un écosystème urbain ouvert et connecté
L’hôpital de 2040 n’est plus le centre unique, l’unité de lieu, le bâtiment monobloc ou polybloc. L’écosystème s’est dispersé et étendu avec une différenciation des typologies de bâtiments en fonction de leurs usages, de leurs destinataires, et de leur intégration dans le tissu urbain et l’espace public. Il est devenu plus humain, plus accessible, plus empathique, plus attractif et plus proche. Bien que l’ensemble soit connecté, lié et coordonné, chaque typologie de bâtiments possède ses propres caractéristiques, sa technicité plus ou moins importante, et, en fin de compte, un coût d’investissement et d’exploitation ciblé et adapté à son usage. Le cœur technique, entité la plus coûteuse et exigeante, concentre les prises en charge lourdes et chaudes et coordonne la prise en charge virtuelle. L’écosystème reste vivant et évolutif, et la résilience de chaque entité demeure toujours nécessaire.
Dr Céline ORHOND, MD, MiM • 2e
Senior Medical Advisor – Healthcare strategy & transformation –
Stéphane PARDOUX oui l’hôpital du futur sera principalement hors les murs. Avec des soins, non pas virtuels, mais réels à domicile …)
L’enjeu est de réussir à différencier ce qui relève du pur soin nécessitant les murs hospitaliers « intensifs » et ce qui relève de l’hospitalité, de la réassurance, du confort pour les patients et les professionnels et également de l’insuffisance d’organisation du réseau médical hors les murs.
On a encore un peu de travail !