PS: un congrès sans débats de fond, ni idées novatrices censées réveiller l’appareil

Congrès du PS : derrière l’élection du premier secrétaire, un parti toujours plus affaibli

Les militants socialistes sont appelés à voter, jeudi 5 juin, pour départager les deux finalistes, Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol. Mais ce vote ne devrait pas permettre de régler les divergences au sein d’un parti à l’état moribond. 

Par  et Publié aujourd’hui à 05h45, modifié à 09h59 https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/06/05/congres-du-ps-derriere-l-election-du-premier-secretaire-un-parti-toujours-plus-affaibli_6610605_823448.html?random=70363115

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Une militante à la fin d’un meeting à la fédération socialiste de Dordogne, à Périgueux, le 10 mai 2025.
Une militante à la fin d’un meeting à la fédération socialiste de Dordogne, à Périgueux, le 10 mai 2025.  UGO AMEZ POUR « LE MONDE »

Une impression de déjà-vu. Comme au congrès de Marseille, en 2023, avec ses divisions fratricides, les deux mêmes hommes vont s’affronter jeudi 5 juin pour le trône de premier secrétaire du Parti socialiste (PS) : l’actuel détenteur du titre, Olivier Faure, et le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, avec un léger avantage pour le sortant, arrivé en tête lors d’un premier round, le 27 mai, avec 400 voix d’avance. Le troisième homme de cette bataille, le chef de file des députés PS, Boris Vallaud, qui s’est lancé tardivement dans la bataille de ce 81congrès, n’aura pas réussi à empêcher l’histoire de se répéter.

De nouveau, cette campagne interne du PS aura été le théâtre d’affrontements interpersonnels entre deux camps toujours plus irréconciliables en apparence. Un congrès sans débats de fond, ni idées novatrices censées réveiller l’appareil à l’aube de municipales et d’une présidentielle cruciale face à l’extrême droite et pour la survie du parti. Les soutiens des trois candidats l’admettent : peu importe le résultat, ce congrès aura mis en lumière l’état moribond de la vieille maison rose.

Si le parti panse encore les plaies de l’élection présidentielle de 2022, la plus catastrophique de son histoire (Anne Hidalgo avait réuni 1,7 % des voix), il avait su tirer profit de la candidature de Raphaël Glucksmann (Place publique) lors des européennes de 2024, arrivé premier à gauche, puis des législatives anticipées. Le PS avait envoyé deux fois plus de députés à l’Assemblée nationale à l’été 2024 que deux ans plus tôt. Un succès, dont Olivier Faure s’était adjugé les mérites, mais encore insuffisant pour reprendre le leadership à gauche bien tenu par La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon.

Lente décomposition militante

Car le PS ne parvient toujours pas à attirer les foules. Trente-neuf mille adhérents ont été comptés à l’aube du vote interne, soit 1 000 de moins qu’à Marseille, et seulement 24 587 ont réellement participé au premier tour. La direction du PS se félicitait pourtant de l’arrivée de quelque 10 000 nouveaux militants. « Des jeunes ont adhéré mais ça n’a rien à voir avec les grands mouvements que l’on a pu connaître dans ce parti. On a le double de socialistes qui sont en dehors, ceux qui sont partis à cause de la Nupes [Nouvelle Union populaire écologique et sociale], du Nouveau Front populaire et de Jean-Luc Mélenchon. On est peut-être plus en réanimation mais en convalescence, et pour une bonne guérison, il faut un nouveau docteur », plaide le chef de file des sénateurs socialistes, Patrick Kanner, soutien de Nicolas Mayer-Rossignol.

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« Il y a une quarantaine de fédérations socialistes qui sont dévastées, avec moins de 100 militants. C’est terrible », renchérit David Assouline, autre lieutenant du maire de Rouen. Le bilan d’Olivier Faure à la tête du PS, assurent ces derniers. Depuis le congrès d’Aubervilliers en 2018, date de la prise de pouvoir du député de Seine-et-Marne, le parti a perdu 50 000 adhérents. L’entourage du premier secrétaire se défausse, assurant avoir récupéré un parti en lambeaux au lendemain du quinquennat de François Hollande et l’avoir remis sur les rails de la gauche depuis 2022. Faisant au passage comme si la direction n’avait aucune responsabilité dans l’accident industriel de l’élection présidentielle de 2022.

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Face à cette lente décomposition militante, les adversaires d’Olivier Faure n’auront pas plus réussi à renverser la table. Si Nicolas-Mayer Rossignol est parvenu à coaliser les différents opposants internes, il n’a pas réussi à mobiliser suffisamment pour faire la bascule et défaire le premier secrétaire sortant. « Quand on regarde fédération par fédération, on se rend compte que les militants nous soutenant se sont mobilisés quand les siens beaucoup moins », analyse de son côté Pierre Jouvet, secrétaire général du PS et proche de M. Faure.

Grand non-dit

« On ne peut pas dire que la majorité actuelle et son opposition n’aient avancé d’idées nouvelles depuis le dernier congrès, tranche, plus sévère, Rémi Branco, vice-président socialiste du département du Lot et proche de Boris Vallaud.Avec le courant Unir, nous avons fait quelque chose de novateur, ce que personne n’a été capable de proposer en deux ans ou même en sept ans. » Proposition d’une académie Léon-Blum pour former les militants, d’un journal, Le Nouveau Populaire (en référence au Populaire, qui fut dirigé par Léon Blum) pour diffuser ses idées, consultations militantes… Le chef de file des députés PS espérait voler la vedette aux deux favoris en réveillant la machine intellectuelle, en vain.

Espéré par plusieurs cadres du parti, opposants ou soutiens d’Olivier Faure, le député des Landes aura trop longtemps tergiversé sur sa candidature pour apparaître comme un espoir. Devenu « faiseur de rois » avec sa troisième place, il a finalement décidé d’apporter un soutien sous condition à Olivier Faure tout en laissant la liberté de vote à ses soutiens. Pour justifier ce revirement inattendu, Boris Vallaud, qui s’était posé en trait d’union entre les deux camps, a assuré, dans un entretien au Monde, le 1er juin, avoir reçu des « engagements fermes » de la part d’Olivier Faure sur la gouvernance du parti jusqu’alors jugée trop verticale par les adversaires de ce dernier.

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Malgré les apparences, la relation du PS avec LFI reste le grand non-dit de ce congrès. C’est la conviction du député de l’Essonne Jérôme Guedj. A Toulouse, à Nantes ou ailleurs, l’ancien fauriste désormais rallié à Nicolas Mayer-Rossignol, a expressément mis le sujet sur la table devant les militants. « Ce n’est pas le congrès de LFI, la question a été tranchée », lui ont répondu Olivier Faure et ses soutiens. Tout en nuançant ce propos : oui, il pourra y avoir des exceptions en fonction des spécificités locales. « Mais comment faire un accord à un endroit alors que LFI veut faire la peau à des socialistes dans certaines villes ? », rétorque l’élu de l’Essonne, en référence à Michaël Delafosse, maire PS de Montpellier, frontalement attaqué par LFI.

« Affirmation » ou « dilution »

Catégorique sur les plateaux de télévision, Olivier Faure lui-même se montre plus tempéré en privé : en cas de nouvelle dissolution, il pencherait pour un « accord avec Mélenchon » pour contrer le risque d’une « majorité absolue » de l’extrême droite à l’Assemblée nationale. Une façon de laisser la porte ouverte à LFI. En attendant, le reste de la gauche, François Ruffin en tête, se félicite d’une potentielle victoire d’Olivier Faure, la seule qui laisse la porte ouverte à une primaire.

Les deux hommes se sont affichés dans la Somme en « covoiturage », une façon pour Olivier Faure de se poser en orchestrateur de l’union de la gauche de « Glucksmann à Ruffin »« Peut-être qu’il veut en faire notre candidat à la présidentielle ?, fait mine de s’interroger Patrick Mennucci, opposant d’Olivier Faure. En tout cas, cela exprime bien deux lignes, une d’affirmation du PS, et l’autre de dilution. » Après le congrès, la question d’une primaire à gauche va rapidement s’ouvrir. L’ancienne candidate au poste de premier ministre du Nouveau Front populaire, Lucie Castets, a donné rendez-vous le 2 juillet à l’ensemble de la gauche pour s’organiser.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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