C’est malhonnête et dangereux pour la santé » : ces agriculteurs opposés à la loi Duplomb et au retour de certains pesticides

Écrit par Sardain Claire
Publié le 26/05/2025 à 12h28 https://t.nl.france3.fr/r/?id=hcb16df37,6f07d378,60896e65&p1=occitanie&p2=V2&p3=20250526&p4=726375-1497345337-da129e8d&p5=DM1105714&p6=festival-de-cannes
L’examen de la Loi Duplomb s’annonce explosif entre les partisans et opposants au retour des pesticides dans l’agriculture. Pour les agriculteurs bio d’Occitanie, réintroduire les néonicotinoïdes est une « catastrophe« , qui ne réglera pas les problèmes des agriculteurs.
La loi Duplomb, destinée à réintroduire plusieurs pesticides dans l’agriculture, et dont l’examen commence le 26 mai à l’Assemblée nationale, cristallise les tensions. Si le gouvernement estime qu’elle permettra de lever des entraves, les écologistes et les agriculteurs bio y voient un dangereux retour en arrière.
« La première entrave de l’agriculteur, c’est son revenu »
Sylvie Colas est très remontée en ce lundi 26 mai. Cette maraîchère, passée au bio depuis plus de 30 ans, ne comprend pas la mobilisation du monde agricole en faveur de la loi Duplomb, défendue par le gouvernement et destinée à « lever des entraves » et « libérer les agriculteurs ».
« La première entrave de l’agriculteur, c’est son revenu », affirme la représentante gersoise de la Confédération Paysanne. « Nous sommes victimes des prix imposés au niveau mondial et nous ne sommes pas assez protégés. Ce n’est pas le retour des pesticides qui va faire augmenter notre revenu ».
« C’est malhonnête et très dangereux »
Ce projet de loi porté par un sénateur Les Républicains prévoit entre autres la réintroduction à titre dérogatoire d’un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, interdits depuis 10 ans en France, l’acétamipride. Les producteurs de betterave ou de noisette réclament son retour pour lutter contre la concurrence étrangère.
« Ce néonicotinoïde sera incessamment interdit dans toute l’Europe », explique Sylvie Colas. « Le gouvernement fait du clientélisme pour quelques agriculteurs, qui de toute façon sont touchés par la sécheresse. Ces pesticides ne régleront pas le problème de fond. La betterave va finir par disparaître. C’est malhonnête et très dangereux pour la santé. C’est une régression scandaleuse ».
Un nouveau scandale sanitaire ?
Sylvie Colas et ses trois associés sont à la tête d’une exploitation de 150 hectares : « Les pesticides, on a oublié depuis longtemps », nous confie-t-elle. « Et si c’était à refaire, je resterais en bio. On ne peut pas continuer à détruire le vivant, ni les populations. Regardez le chlordécone aux Antilles. 90 % de la population est contaminée. L’acétamipride pourrait être le nouveau scandale sanitaire ».
« Les agriculteurs sont depuis longtemps les premières victimes des pesticides« , rajoute-t-elle. « Ils meurent de cancers et leur fils ou leur neveu continue d’utiliser des pesticides, sans voir que les dirigeants sont corrompus par l’agro-industrie. Nous sommes tous concernés par ces risques sur notre santé ». Un rapport publié par Solidarité Paysans, le Secours Catholique et l’association française des diabétiques a dévoilé le coût caché de notre alimentation sur le système de santé : 19 milliards d’euros par an.
« Avec cette somme, on pourrait largement aider les agriculteurs à faire de la qualité plutôt que de la quantité », réagit Sylvie Colas. « Il faut envoyer le bon message aux générations futures et aux élèves dans les lycées agricoles. N’oublions pas que le principe de précaution est inscrit dans la constitution française ».