Fermetures des petites maternités qui croire ? (suite)

Moratoire sur les fermetures de maternités : « Ce n’est ni grave, ni pas grave, c’est délirant » ou bien « Défendre la proximité n’est pas incompatible avec la sécurité »

Manifestation contre la fermeture de la maternité de Ganges, en décembre 2022.
  • Manifestation contre la fermeture de la maternité de Ganges, en décembre 2022. MIDI LIBRE – JEAN-MICHEL MART

Santé,  Occitanie

Publié le 17/05/2025 à 17:46 https://fms2i.r.a.d.sendibm1.com/mk/cl/f/sh/1t6Af4OiGsGRYYnv282LfefVQn4tQW/-NMEtbHYtRI1

Sophie Guiraud

SOPHIE GUIRAUD

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by ETX Majelan

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Le député Liot Paul-André Colombani a fait voter, jeudi à l’Assemblée nationale, un moratoire sur la fermeture des maternités. Ces vingt-cinq dernières années, 30 % des établissements ont fermé, dont Saint-Louis, à Ganges, un an plus tard. Mais en Occitanie, 21 maternités restent en deçà du seuil de 1 000 accouchements annuels, que l’Académie de médecine jugeait, en 2023, « illusoire de soutenir ». Pour Jean-Christophe Rozé, président de la Société française de néonatalogie, l’idée d’un moratoire est « délirante ».

« Ce n’est ni grave, ni pas grave, c’est délirant » : Jean-Christophe Rozé, président de la Société française de néonatalogie, a vivement réagi, samedi 17 mai, à l’adoption d’une proposition de loi visant à instaurer un moratoire de trois ans sur la fermeture des maternités, pour lutter contre la mortalité infantile. Le texte a été adopté par l’Assemblée nationale à une quasi-unanimité de 97 voix pour, quatre contre.

Selon la Drees, au moins 7 % des femmes en âge de procréer vivent à plus de trente minutes d’une maternité, 3 % à plus de quarante-cinq minutes puis 0,9 % à plus de soixante minutes. Et ces chiffres progressent, estime la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques.

« Une heure et demie pour aller à la maternité »

Un handicap majeur qui pourrait expliquer les mauvais chiffres de la mortalité infantile en France. Selon l’Insee, qui a rendu une étude sur le sujet en avril dernier, elle est passée de 3,5‰ en 2011 à 4,1‰ en 2024, a rappelé le député corse Paul-André Colombani, auteur de la proposition de loi, qui s’inscrit ouvertement en réaction à cette « tendance alarmante ». Dans le Lot, il faut parfois faire « une heure, une heure et demie de voiture pour aller à la maternité », a témoigné le député PS Christophe Proença, affirmant que son petit-fils était né « dans sa maison il y a quelques mois », sa mère n’ayant « pas eu le temps de se déplacer ». Pour la députée Josiane Corneloup, « le risque de décès néonatal est multiplié par deux lorsque le trajet jusqu’à la maternité dépasse quarante-cinq minutes ».

Le sujet est particulièrement sensible en Occitanie : en 2023, le rapport Ville (du nom du professeur Yves Ville, chef de service de l’hôpital Necker à Paris), pointait 111 maternités dans lesquelles il ne faudrait pas accoucher en France, dont 21 en Occitanie, alors que depuis l’année 2000, 30 % des maternités ont fermé en France. Selon le rapport, publié sous l’égide de l’Académie de médecine, « une réduction accrue du nombre de maternités » est nécessaire, et il est « illusoire de soutenir » celles réalisent moins de 1 000 accouchements par an car « 80 % d’entre elles sont en sous-effectif permanent ».

Les maternités sous le seuil des 1 000 naissances en Occitanie

Le rapport Ville de 2023 liste 21 maternités sous le seuil des 1 000 accouchements, tant dans le privé que dans le public : Saint-Jean-de-Verges(Ariège, public, 977 accouchements en 2021), Saint-Lizier (Ariège, public, 176), Narbonne(Aude, public, 897), Villefranche-de-Rouergue (Aveyron, public, 485), Millau (Aveyron, public, 344), Saint-Affrique (Aveyron, public, 169), Bagnols-sur-Cèze (Gard, public, 723), Nîmes(Gard, privé Polyclinique Kennedy, 977), Muret(Haute-Garonne, privé, clinique d’Occitanie, 509), Saint-Gaudens (Haute-Garonne, public, 503), Saint-Jean (Haute-Garonne, privé, Clinique de l’Union, 841), Auch (Gers, public, 930), Sète(Hérault, public Hôpital Saint-Clair, 504), Sète (Hérault, privé, Polyclinique Sainte-Thérèse, 628), Cahors (Lot, public, 759), Mende (Lozère, public, 420), Tarbes (Hautes-Pyrénées, public, Centre hospitalier de Bigorre, 948), Tarbes(Hautes-Pyrénées, privé Polyclinique de l’Ormeau, 777), Lavaur (Tarn, public, 743), Montauban (Tarn-et-Garonne, public, Centre hospitalier, 986), Montauban (Tarn-et-Garonne, privé Clinique Croix Saint-Michel, 762).

Quinze maternités publiques, et six privées sont concernées. Sans compter celle de Ganges, dont l’activité s’est interrompue le 22 décembre, et toujours en sursis, faute de parvenir à recruter suffisamment de soignants pour assurer en toute sécurité la naissance de quelque 250 bébés chaque année. Pour Paul-André Colombani, il faut prendre le temps d’une « évaluation fine des établissements menacés ».

Ce qui se joue dans la hausse de la mortalité infantile, c’est la prise en charge des grands prématurés.

Pour Jean-Christophe Rozé, on se trompe une nouvelle fois de sujet : « Ce qui se joue dans la hausse de la mortalité infantile, c’est la prise en charge des grands prématurés. Nos soins critiques ne sont pas adaptés aux techniques modernes, il faut faire du « care », mais c’est un sujet complexe qui n’intéresse ni les politiques, ni la population générale », constate le médecin, persuadé que l’enjeu n’est pas de maintenir les « petites » maternités à tout prix.

Code rouge et bébés en détresse

Car comme à Ganges, il sera de plus en plus difficile d’y constituer des équipes permettant d’effectuer des accouchements en toute sécurité : « Vous n’arriverez pas à attirer des jeunes médecins qui veulent travailler dans de bonnes conditions, et qui sont traversés par les mêmes problématiques sociétales que l’ensemble de la population : pas tous les week-ends, pas 24 h/24 h… »

Ces « petites » maternités peuvent-elles actionner efficacement le « code rouge », un dispositif d’urgence qui demande des moyens adaptés pour sauver un bébé en détresse, « un cas sur 1 000 accouchements »,précise Jean-Christophe Rozé ? Selon lui, « dans une maternité où la situation se produit tous les trois ans, il n’y a aucune chance ». Le texte de loi adopté jeudi dernier prévoit d’exclure du moratoire les établissements susceptibles de « mettre en danger la sécurité des patients ».

Moratoire sur les fermetures de maternités : « Défendre la proximité n’est pas incompatible avec la sécurité », explique France Asso Santé

L’Assemblée nationale a adopté en première lecture, jeudi, un moratoire de trois ans sur les fermetures des maternités. Le texte doit désormais passer au Sénat.

Article rédigé par franceinfo

Radio France

Publié le 16/05/2025 11:44 https://fms2i.r.a.d.sendibm1.com/mk/cl/f/sh/1t6Af4OiGsFWt8P4FPqVL8Xqf97Q0O/Nu54UvjXgvp8

Un nouveau-né à la maternité du centre hospitalier de Valenciennes, le 26 novembre 2024. (PIERRE ROUANET / MAXPPP)

Un nouveau-né à la maternité du centre hospitalier de Valenciennes, le 26 novembre 2024. (PIERRE ROUANET / MAXPPP)

« C’est une bonne nouvelle », se réjouit Catherine Simonin, membre du bureau de France Asso Santé, sur franceinfo vendredi 16 mai, au lendemain de l’adoption en première lecture à l’Assemblée nationale d’un moratoire de trois ans sur les fermetures de petites maternités dans les territoires. « Défendre la proximité n’est pas incompatible avec la sécurité », insiste la représentante de l’association qui représente les patients et usagers du système de santé. Le texte voté jeudi soir(Nouvelle fenêtre), porté par le groupe Liot dans le cadre de sa niche parlementaire, vise à répondre à la hausse préoccupante de la mortalité infantile en France. Il doit désormais poursuivre son parcours législatif au Sénat.

:à lire aussiLe taux de mortalité infantile continue d’augmenter en France avec 2 700 enfants de moins d’un an décédés en 2024

Entre 2011 et 2024, le taux de mortalité infantile en France est passé de 3,5 à 4,1 décès pour 1 000 enfants nés vivants, selon l’Insee. Une tendance jugée « alarmante » et qui va à contre-courant de la plupart des pays européens. « Ces chiffres sont inacceptables pour un pays comme le nôtre », avait déploré, le 11 avril sur franceinfo, Caroline Combot, présidente de l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes.

Catherine Simonin rappelle que le nombre de maternités a fortement diminué en France, passant de 721 en 2000 à 457 en 2023, ce qui complique l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales ou de montagne. « Quand il faut se déplacer, le nombre de kilomètres ou le temps de trajet n’est pas le même qu’ailleurs », souligne-t-elle.

Un phénomène « plurifactoriel »

Pour la représentante de France Asso Santé, la hausse de la mortalité infantile est un phénomène « plurifactoriel », comme l’a également rappelé le ministre de la Santé Yannick Neuder, qui pointe des facteurs démographiques tels que le recul de l’âge du premier enfant, l’augmentation des grossesses multiples ou encore l’âge extrême des mères. L’absence de personnels soignants est aussi en cause. « S’il n’y a pas de gynécologues, s’il n’y a pas de pédiatre, évidemment les grossesses à risque ne peuvent pas être prises en charge par des petits établissements », déplore Catherine Simonin.

Elle insiste enfin sur l’importance du dépistage des grossesses à risque : « On voit bien que ce sont les femmes les plus précaires qui accumulent le plus de risques. » Catherine Simonin rappelle qu’il « faut les accompagner »et « les mettre le plus près possible d’un centre de référence pour ne pas avoir de perte de chance ».

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2025/05/25/une-contre-verite-il-nexiste-aucune-etude-demontrant-un-lien-entre-proximite-geographique-et-securite-jean-christophe-roze-pediatre/

https://fms2i.r.a.d.sendibm1.com/mk/cl/f/sh/1t6Af4OiGsGRYYnv282LfefVQn4tQW/-NMEtbHYtRI1

https://environnementsantepolitique.fr/2024/09/12/un-rapport-de-plus-du-senat-incitant-a-fermer-encore-plus-de-maternites/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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