Dengue et chikungunya, les autorités sanitaires craignent le développement d’une épidémie autochtone

La chasse au moustique-tigre est lancée en Auvergne-Rhône-Alpes

Avec déjà 68 patients atteints de dengue et de chikungunya en mai, les autorités sanitaires craignent le développement d’une épidémie autochtone. La deuxième région de France combat le moustique-tigre, principal vecteur de transmission. 

Par Richard Schittly (Lyon, correspondant)Publié aujourd’hui à 05h00, modifié à 10h45 https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/05/23/la-chasse-au-moustique-tigre-est-lancee-en-auvergne-rhone-alpes-face-a-la-recrudescence-de-virus-tropicaux-importes_6607838_3244.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20250523&lmd_link=tempsforts-title

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Le moustique-tigre (« Aedes albopictus »), sur une feuille de lierre, à Lyon, le 22 juillet 2023.
Le moustique-tigre (« Aedes albopictus »), sur une feuille de lierre, à Lyon, le 22 juillet 2023.  ROMAIN COSTASECA/HANS LUCAS

Confrontées à une recrudescence sans précédent de virus tropicaux importés sur leur territoire, et craignant le déclenchement d’une épidémie autochtone, les autorités sanitaires de la région Auvergne-Rhône-Alpes (AURA) lancent une campagne de grande ampleur de traitement et de sensibilisation contre le moustique-tigre, principal vecteur de la dengue, du chikungunya et du Zika, dont le nombre de cas augmente d’année en année.

Deuxième région de France la plus touchée, derrière l’Ile-de-France, par les arboviroses, avec 274 cas d’infection détectés en 2024, dont 269 de dengue, la région AURA bascule dans une politique sanitaire offensive. Déjà 68cas ont été enregistrés au mois de mai.

Mercredi 21 mai, 2 heures du matin, dans la banlieue de Lyon. Un pick-up blanc roule à faible allure rue de Montélier, non loin du quartier des Minguettes, à Vénissieux (Rhône). A bord, Romain Vernet, 34 ans, et son collègue Lionel Sartini, 60 ans, agents de l’entente interdépartementale de démoustication, l’établissement public chargé de traquer le moustique-tigre pour les collectivités, ont une mission : répandre un insecticide antimoustique, autour du domicile d’une femme, qui, de retour de voyage, a déclaré des symptômes du chikungunya. « Nous n’avions encore jamais effectué de sortie en mai. C’est la première fois que nous démarrons aussi tôt », témoigne Romain Vernet.

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Ce cas a été signalé par un médecin généraliste, alors que la femme se plaignait d’une forte fièvre et de courbatures prononcées. Elle revenait d’un voyage à La Réunion, où une épidémie d’arbovirose sévit actuellement. Alertée, l’agence régionale de santé (ARS) a déclenché une enquête, afin d’examiner les habitudes quotidiennes de la patiente. Objectif : répertorier tous les lieux qu’elle a pu fréquenter pendant plus de vingt minutes, depuis son retour de voyage, puis se rendre sur place pour déceler la présence du moustique-tigre. « Tout part de la rapidité et de la qualité du signalement. Nous devons très vite cerner les lieux de transmission potentiels. L’enjeu est de casser la chaîne épidémique le plus tôt possible », explique Aymeric Bogey, directeur de la santé publique de l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes.

Opération de nuit

Affaiblie et fiévreuse, l’habitante de Vénissieux n’a pas quitté son domicile depuis quinze jours. « Ce cas de figure est le plus simple pour nous. Nous traçons un périmètre de 150 mètres autour de son domicile, ce qui correspond à la distance maximale de vol d’un moustique-tigre. Si elle s’était rendue dans un magasin ou au travail, et si la présence du moustique y avait été détectée, nous aurions répété le traitement dans chaque lieu », explique Romain Vernet.

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L’opération se déroule en pleine nuit, pour éviter le contact direct du produit avec la population. Après un tour de reconnaissance, qui a permis d’éloigner un groupe discutant sur un parking, et d’interrompre les ébats d’un couple dans une voiture aux fenêtres ouvertes, l’équipe vérifie l’humidité de l’air et la vitesse du vent, puis ferme les vitres et coupe l’aération. Les agents démarrent le pulvérisateur à canon posé sur le plateau du pick-up.

Mélangé dans une cuve en aluminium d’une capacité maximale de 75 litres, la deltaméthrine, le produit ciblant les diptères, est propulsée à l’arrière par six tuyaux flexibles. Le pick-up avance à la vitesse de dix kilomètres par heure, en suivant un itinéraire tortueux. « On ne doit pas traverser le nuage qu’on laisse derrière nous. Nous restons scrupuleusement dans le périmètre. Nous stoppons si un piéton apparaît. Les gouttelettes mettent dix minutes à se déposer », précise Romain Vernet, en suivant les flèches de son plan. L’insecticide fait l’effet d’un brouillard dans le halo des lampadaires. A 3 heures, l’opération se répète, cette fois près du centre de Chassieu, dans un secteur composé de pavillons, autour du domicile d’une autre personne, atteinte de la dengue.

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Depuis le début du mois de mai, 37 cas de chikungunya et 31 de dengue ont été recensés en Auvergne-Rhône-Alpes, un record. La démographie dynamique de la région explique la hausse constante des cas d’arboviroses depuis dix ans. Il s’agit le plus souvent de virus importés par des voyageurs de retour de La Réunion ou des Antilles.

« Le moustique-tigre est le principal vecteur de ces maladies. Si une personne infectée est piquée après son retour, le moustique transporte le virus et peut le transmettre à chaque personne qu’il pique. L’épidémie risque alors de démarrer à grande vitesse », insiste Elise Brottet, épidémiologiste pour Santé publique France. Les autorités veulent absolument éviter le passage d’un cas importé à un cas autochtone, d’où la chasse au moustique.

Deux cas de dengue transmise localement ont été identifiés dans le département de la Drôme en 2024, et un autre en 2019, à Caluire, près de Lyon. A chaque fois, l’épidémie a été évitée. Plus de 12 % des 274 cas de maladies importées en 2024 ont donné lieu à des hospitalisations. Si une épidémie locale se déclenchait, le système de santé pourrait être rapidement dépassé, dans des proportions proches de celles du Covid-19, selon les prévisions de l’ARS.

« Une action collective »

Favorisée par le réchauffement climatique, la présence de l’insecte est désormais avérée dans 1 192 communes réparties dans les douze départements de la région, ce qui concerne 30 % des communes et 75 % de la population. Le nombre de communes touchées augmente d’une centaine chaque année. « La lutte efficace contre la prolifération du moustique-tigre passe forcément par une action collective et intégrée », résume Hugo Plan, directeur marketing de Biogents, société sise à Ecully, près de Lyon, et spécialiste du piège à moustiques-tigres pour collectivités et particuliers, vendu à 200 000 exemplaires depuis 2019.

« La demande est très forte. La zone monte progressivement vers le nord : 78 départements sont actuellement concernés », relève Hugo Plan. Les autorités insistent sur les gestes indispensables à adopter pour limiter la prolifération à proximité des lieux habités : ranger, vider ou couvrir tous les contenants d’eau stagnante possible : vases, pots, coupelles, réservoirs, bâches, jeux, pneus, brouettes… Autant de lieux de ponte qui font exploser les populations, sachant qu’une femelle produit quatre à six cycles de ponte d’une centaine d’œufs durant son mois de vie.

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« Ce n’est pas toujours simple de faire comprendre aux gens que cette petite bête peut entraîner des effets très néfastes. Ils se plaignent de ses nuisances, mais ils n’agissent pas en conséquence », constate Jean Boyer, président des jardins ouvriers de Villeurbanne. Depuis sept ans, les jardiniers du Clos Jacquet voient le moustique-tigre envahir les dix parcelles situées le long du ruisseau de la Rize. Leur présence augmente et la durée aussi, de mai à septembre. « Le soir, à partir de 17 h 30, on se fait attaquer. Les pique-niques en famille, c’est fini », déplore Jean Boyer.

Richard Schittly (Lyon, correspondant)

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2025/05/18/dans-le-tarn-8-cas-de-dengue-importes-en-2024-et-un-premier-cas-de-chikungunya-en-2025/

https://environnementsantepolitique.fr/2024/09/17/dengue-chikungunya-zika-de-nombreuses-maladies-sont-concernees-avec-le-moustique-tigre/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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