Réchauffement climatique : les calottes polaires sont déjà proches de leur point de bascule
Gouvernance | 21.05.2025 | https://www.actu-environnement.com/ae/news/rechauffement-climatique-etude-calottes-polaires-fonte-point-bascule-46208.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8Mzc3Nw%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

La cible de 1,5°C n’est pas celle d’un point de bascule universel. Certaines spirales climatiques pourraient bien s’enclencher avant même que ce palier ne soit durablement franchi. Une étude, (1) publiée le 20 mai dans Nature Communications – Earth & Environment,l’illustre avec le rythme de fonte des calottes polaires.
Jusqu’à présent, la communauté scientifique s’accordait sur le fait que le point de bascule des inlandsis du Groënland et de l’Antarctique occidental se situerait à une augmentation moyenne de la température planétaire de 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels (contre 2 à 3°C pour l’inlandsis de l’Antarctique oriental). Point de bascule qui, s’il venait à être franchi, accélérerait significativement le rythme de fonte de la glace et, avec elle, la montée du niveau de la mer. Ce consensus, entre autres, a permis d’aiguiller le choix du seuil retenu pour l’Accord de Paris en 2015. Cela étant, les auteurs britanniques et américains de l’étude en question affirment que, compte tenu de nouvelles statistiques paléoclimatiques, modélisations futures et observations satellitaires, le rythme actuel de fonte des calottes polaires dépasse déjà les pronostics, suggérant que leur point de bascule pourrait être bien plus bas qu’escompté.
Un rythme de fonte sous-estimé
À l’heure actuelle, le niveau moyen de la mer est d’environ 20 centimètres supérieur à celui de 1901. Son augmentation n’est néanmoins pas linéaire. Jusqu’en 1990, il gagnait 1,4 millimètre par an en moyenne, pour atteindre 3,7 mm par an entre 2006 et 2018 et 4,5 mm par an en 2023. La fonte des glaces agit pour près de la moitié de cette augmentation (le reste étant surtout lié à la dilatation de l’eau du fait de la chaleur croissante), au rythme de 370 gigatonnes par an actuellement – soit quatre fois plus qu’en 1990. Rythme que les précédents modèles climatiques ont sous-estimé, d’après les chercheurs.
« À en croire les dernières données paléoclimatiques, plusieurs mètres de hausse du niveau de la mer sont même tout à fait possibles si la température planétaire atteint 1,5°C ou plus et s’y maintient, souligne Andrea Dutton, chercheuse à l’université Madison, du Wisconsin, et coautrice de l’étude. Plus cette augmentation de la température se maintiendra sur la durée, plus elle impactera les calottes glaciaires et amplifiera leur fonte. » Autrement dit, avec une température planétaire à plus de 1°C au-dessus des niveaux préindustriels depuis les années 1990 et un premier franchissement ponctuel du seuil de 1,5°C en 2024, les calottes glaciaires ont peut-être déjà dépassé leur point de bascule.
Les chercheurs suggèrent donc de limiter la hausse actuelle des températures à 1°C, « voire en-dessous », plutôt qu’à 1,5°C, pour interrompre l’emballement. Et quand bien même la majorité de la planète y parviendrait, « le littoral déjà inondé du fait de la hausse du niveau de la mer sera perdu jusqu’au prochain âge glaciaire, dans plusieurs dizaines de milliers d’années », rappelle Rob DeConto, chercheur à l’université Amherst, du Massachusetts, également coauteur de l’étude.1. Consulter l’étude
https://www.nature.com/articles/s43247-025-02299-w
