Le ministère de l’agriculture supprime 15 millions d’euros de fonds alloués à l’Agence bio
L’agence chargée du développement et de la promotion des produits bio a appris, mardi, la suppression des 5 millions d’euros alloués à ses campagnes de communication ainsi que la réduction de 10 millions d’euros de la dotation du fonds Avenir bio, destiné à soutenir des projets de développement de filières biologiques.
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Le ministère de l’agriculture a annoncé, mardi 20 mai, à l’Agence bio, chargée du développement, de la promotion et de la structuration du secteur, la suppression des 5 millions d’euros dévolus à sa communication et de près de 10 millions d’euros alloués au soutien de projets pour l’année 2025.
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« Dans un contexte budgétaire compliqué avec le tarissement du plan de relance et de la planification écologique, le ministère priorise les crédits sur la structuration de la filière en concertation avec les professionnels », a fait savoir le ministère à l’Agence France-Presse, confirmant la suppression des 5 millions d’euros du budget de la communication et la réduction de la dotation du fonds Avenir bio, qui passe de 18 millions d’euros en 2024 à 8,6 millions d’euros pour 2025.
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« C’est un secteur essentiel de l’agriculture (…) qui est abandonné, à rebours de l’histoire », a déploré l’Agence mardi soir, dénonçant « un recul historique de ses moyens (-64 %) ». « Les ambitions de développement de l’agriculture biologique ne pourront être tenus », a-t-elle ajouté, soulignant la contradiction « avec les objectifs fixés par le gouvernement » d’atteindre 18 % de la surface agricole utile en bio d’ici à 2027, contre environ 10 % aujourd’hui.
Un budget de 5 millions par an de 2024 à 2026 avait été alloué à une campagne de communication massive, « C’est bio la France », qui doit être lancée en grande pompe jeudi à l’occasion des quarante ans du label bio pour redynamiser la consommation de produits bio, mise à mal par plusieurs années de forte inflation.
Polémique autour d’un spot publicitaire
Le budget 2024 a été dépensé et financera notamment les deux vagues de campagnes publicitaires télévisées prévues en mai et en septembre. Au-delà, l’agence ne sait pas comment elle continuera à promouvoir les aliments issus de l’agriculture biologique.
La suppression du budget communication intervient après une polémique sur un spot publicitaire que le ministère avait demandé à modifier. Le journal Libération avait rapporté mi-avril que le ministère avait souhaité remplacer un couscous par un cassoulet et choisir un « casting caucasien » quand un acteur métis avait été choisi suggéré. Le ministère n’avait pas démenti, expliquant que la campagne avait pour ambition de « parler à tous » et de représenter « tous les Français ».
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L’Agence bio reste dans le flou quant à son avenir. Sa directrice, Laure Verdeau, doit être auditionnée jeudi au Sénat par la commission d’enquête sur les missions des agences, opérateurs et organismes consultatifs de l’Etat. L’hypothèse d’une fusion avec une autre entité, voire d’une suppression de l’Agence bio, a plusieurs fois été évoquée parmi les pistes d’économies.
Le budget de fonctionnement de cette plateforme nationale – 2,9 millions d’euros – avait un temps été menacé par un amendement de la droite sénatoriale au projet de loi de finances 2025, auquel la ministre de l’agriculture, Annie Genevard (Les Républicains), ne s’était pas opposée. Il a finalement été maintenu après une levée de boucliers générale des syndicats agricoles et filières agroalimentaires.
« Coup de rabot »
L’organisme avait aussi exprimé des craintes, au Salon de l’agriculture, de voir l’enveloppe du fonds Avenir bio, destiné à soutenir des projets de développement de filières biologiques, subir « un coup de rabot ». En 2024, ce fonds avait été abondé de 5 millions d’euros au titre des crédits issus de la planification écologique pour atteindre 18 millions d’euros. En 2025, il sera donc quasiment divisé par deux, à 8,6 millions d’euros, selon les annonces du ministère.
« En 2025, les aides pérennes au maintien et à la conversion sont poursuivies. Le ministère s’est également mobilisé pour que le fonds Avenir bio soit maintenu », assure mardi le ministère, ajoutant que l’agriculture biologique est « un pilier essentiel » de sa politique.
« On va finir par croire que la ministre Annie Genevard veut à tout prix la peau de l’agriculture biologique. En bloquant la relance de la consommation, ce sont avant tout les agriculteurs et agricultrices biologiques qu’elle pénalise », a réagi le coprésident de la Fédération nationale d’agriculture biologique Loïc Madeline.
« Le ministère vient de trouver 30 millions d’euros pour sauver la filière noisette qui représente 350 fermes en France, mais ses poches sont vides quand il s’agit des 60 000 fermes bio qui produisent une alimentation saine et protègent les ressources », poursuit-il, rappelant que le gouvernement a repoussé à une date ultérieure la répartition du reliquat des aides européennes consacrées au bio et non dépensées compte tenu de la baisse des conversions ces deux dernières années.
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« Cette urgence à ôter des crédits, sans concertation, à la petite Agence bio montre la puissance de ses ennemis »
Chronique
Alors que le label Agriculture biologique fête ses 40 ans, l’organisme public chargé de veiller sur la filière bio a été notifié par le ministère de l’agriculture de coupes massives dans son budget, constate Isabelle Chaperon, journaliste économique au « Monde ».

On a déjà vu anniversaire plus festif. Pour les 40 ans du label Agriculture biologique (AB) une grande campagne de promotion du bio débute jeudi 22 mai. Le même jour, Jean Verdier, le président de l’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique (« l’Agence bio »), gestionnaire du label, et Laure Verdeau, sa directrice, sont auditionnés par la commission d’enquête du Sénat sur les missions des agences, opérateurs et organismes consultatifs de l’Etat. Objectif pour l’organisme public chargé de veiller sur la filière bio, défendre son budget. Sauf qu’il a déjà été notifié par le ministère de l’agriculture de coupes massives.
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« L’Agence bio » – qui emploie moins de 25 personnes – se voit retirer 15 millions d’euros (budget de communication et financements d’investissements nécessaires aux fermes), soit les deux tiers de ses dotations annuelles. La ministre des comptes publics, Amélie de Montchalin, a prévenu fin avril qu’elle entendait trouver de « 2 à 3 milliards d’euros »d’économies d’ici à 2027 au sein des diverses excroissances qui prospèrent à la périphérie de l’Etat, du Centre national d’études spatiales à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Compte tenu du déficit public abyssal, il faut bien commencer quelque part.
Mais pourquoi ne pas attendre les recommandations des sénateurs en matière d’arbitrages budgétaires ? Le vivier est large. La commission d’enquête, lancée le 6 février, cherche à faire la lumière sur « 103 agences, plutôt autonomes et à même de structurer un domaine d’intervention, 434 opérateurs chargés de mettre en œuvre une politique définie par l’Etat et 317 organismes consultatifs qui se limitent à donner un avis ».
Conversion des surfaces
Cette urgence à ôter des crédits, sans concertation, à la petite « Agence bio » montre la puissance de ses ennemis. Déjà, en janvier, elle avait été passée à la sulfateuse par la droite sénatoriale. Un amendement du sénateur Laurent Duplomb (Les Républicains, Haute-Loire) prévoyait d’arracher l’organisme public comme une mauvaise herbe. Le sénateur, ex-président Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) de la chambre d’agriculture de Haute-Loire, porte un projet de loi agricole visant à réduire les « contraintes » des agriculteurs, en particulier sur l’usage d’insecticides de la famille des néonicotinoïdes. Des manifestations, organisées par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, ont eu lieu ces derniers jours en soutien de ce texte, dont l’examen débute le 26 mai à l’Assemblée nationale.
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Entre deux visions de l’agriculture qui s’opposent, le gouvernement semble avoir fait son choix. « Le ministère vient de trouver 30 millions d’euros pour sauver la filière noisettes qui représente 350 fermes en France, mais ses poches sont vides quand il s’agit des 60 000 fermes bio qui produisent une alimentation saine et protègent les ressources », s’agace auprès de l’AFP Loïc Madeline, coprésident de la Fédération nationale d’agriculture biologique. Selon lui, il reste un reliquat d’environ 1 milliard d’euros dans l’enveloppe des aides européennes destinées à faciliter la conversion des surfaces en agriculture biologique.
Un argent nécessaire. La loi d’orientation agricole veut atteindre, en 2030, le seuil de 31 % des surfaces agricoles françaises exemptes de pesticides azotés ou autres. Contre 10 % actuellement. Cet objectif a été déterminé en raison de l’intérêt que représente ce mode de culture ou d’élevage au regard de la santé publique, de la qualité des eaux ou de la régénération des sols. Si ces sujets ne sont plus importants, il est urgent de le dire.