INFO LA DÉPÊCHE. Un premier cas de chikungunya signalé dans le Tarn, faut-il s’inquiéter ?
Publié le 15/05/2025 à 11:01 https://www.ladepeche.fr/2025/05/15/info-la-depeche-un-premier-cas-de-chikungunya-signale-dans-le-tarn-faut-il-sinquieter-12695823.php
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by ETX Majelan
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Alors qu’une épidémie de chikungunya sévit à La Réunion, l’ARS vient de recenser un premier patient touché par cette maladie dans le Tarn. L’an dernier, on avait enregistré huit cas de dengue. Faut-il craindre l’importation de ces épidémies véhiculées par le moustique tigre ?
Attention aux piqûres de moustiques tigres en cette fin de printemps ! Depuis plusieurs années, cet insecte fait l’objet d’une surveillance renforcée du 1er mai au 30 novembre. Cette période correspond à son pic d’activité en France métropolitaine, et tout particulièrement en Occitanie, région désormais largement colonisée. L’objectif de la manœuvre est simple : prévenir la transmission locale de maladies tropicales comme la dengue, le chikungunya ou le virus Zika.
Dans le Tarn, les deux dernières saisons ont été marquées par une hausse du nombre de cas importés de dengue, sans pour autant qu’une transmission locale (dite autochtone) n’ait été enregistrée. En 2023, le département comptait 5 cas importés de dengue. Ce nombre est monté à 8 en 2024, selon les données de Santé publique France. Les infections concernaient des personnes revenues de zones tropicales, notamment les Antilles françaises.
Dans un communiqué, l’ARS Occitanie prévient : « Depuis le début de l’année 2025, plus de 33 000 cas de chikungunya ont été recensés sur l’île de La Réunion. L’épidémie est généralisée et majeure. Par ailleurs, la dengue circule activement en Guadeloupe. Dans ce contexte, si vous voyagez dans une région tropicale où ces virus circulent, soyez particulièrement vigilants. »
Un cas de chikungunya signalé dans le Tarn ce mois-ci
À l’échelle régionale, la tendance des cas de dengue est à la baisse : l’Occitanie recensait 212 cas importés en 2023, contre 178 en 2024. Pour cette année 2025, les données encore partielles (arrêtées au 14 mai) font état de 26 cas de dengue importés en Occitanie, mais aucun dans le Tarn pour l’instant. Un cas de chikungunya a toutefois été signalé dans le département, sur les 50 cas recensés dans toute la région.
Alors, concernant ce dernier cas, y a-t-il lieu de s’inquiéter ? En effet, si un moustique pique une personne infectée dans les jours suivant son retour, il peut devenir vecteur et propager localement le virus, d’où les démoustications menées autour du domicile de l’individu contaminé dans la foulée du signalement. Pour l’heure, aucun cas autochtone (transmission locale par un moustique né dans le Tarn) n’a été détecté dans le département. Cela dit, ce cas doit être pris au sérieux.
Pour l’ARS, la vigilance est donc de mise, en particulier pour les voyageurs en zone intertropicale, appelés à « se protéger des piqûres de moustiques pendant leur séjour, mais aussi au retour ». « En cas de symptômes évocateurs (fièvre brutale, maux de tête, douleurs musculaires ou articulaires, éruptions cutanées), il est essentiel de consulter rapidement un médecin et de signaler tout voyage récent », renchérit-elle.
Sans eau stagnante, pas de moustiques
Aussi, afin d’éviter de favoriser la prolifération des moustiques tigres, les Tarnais sont vivement encouragés à entretenir leurs jardins, vider les coupelles ou les arrosoirs, surveiller les gouttières, couvrir les réservoirs d’eau ou supprimer les eaux stagnantes. Tous ces gestes peuvent être résumés par cette formule : sans eau, pas de moustique.
Enfin, du côté des professionnels de santé, ils sont appelés à penser au diagnostic de dengue, chikungunya ou Zika dès l’apparition de symptômes suspects. « Toute confirmation biologique doit être immédiatement déclarée afin de permettre des enquêtes et une démoustication rapide », conclut l’ARS.
Chikungunya : les autorités redoutent l’importation de l’épidémie en métropole
Le nombre de cas importés de La Réunion a fortement augmenté depuis le début de l’année, notamment en Ile-de-France et en Provence-Alpes-Côte d’Azur faisant craindre, alors que la saison du moustique-tigre a commencé, un développement local des transmissions.

L’épidémie de chikungunya qui sévit à La Réunion pourrait-elle arriver en France métropolitaine ? Alors que le nombre de consultations et de passages aux urgences liés au chikungunya est en baisse pour la troisième semaine d’affilée sur l’île de l’océan Indien, les cas importés en métropole sont très nombreux.
Le début d’année 2025 est « marqué par un risque particulièrement accru d’importation et de circulation du virus du chikungunya en métropole en raison des épidémies en cours sur les territoires de La Réunion et de Mayotte, précise le ministère de la santé dans un communiqué publié jeudi 15 mai. Cette situation fait craindre la mise en place d’une circulation autochtone de ces maladies dans les prochaines semaines ».
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Depuis janvier, Santé publique France (SPF) a déjà comptabilisé plus de 900 cas importés de chikungunya, c’est-à-dire des personnes qui ont été contaminées dans ces territoires ultramarins de l’océan Indien et qui ont été diagnostiquées à leur retour dans l’Hexagone – contre seulement 34 cas en 2024. Or, « avec l’arrivée d’une météo propice à l’activité du moustique vecteur, la période actuelle en France hexagonale est considérée comme la période à risque de transmission locale », souligne SPF dans le bulletin hebdomadaire publié mercredi. « Cet été, le nombre de cas risque d’exploser », avertit de son côté Anna-Bella Failloux, cheffe de l’unité arbovirus et insectes vecteurs de l’Institut Pasteur, à Paris.
En Ile-de-France, le nombre de cas comptabilisés en mai dépasse déjà celui de l’année 2024. Dix-neuf cas de chikungunya ont été enregistrés entre le 1er et le 13 mai en provenance de La Réunion, une seule personne ayant « eu recours à l’hôpital », selon le bulletin régional publié mercredi. La région n’avait comptabilisé que 12 cas importés entre mai et novembre 2024, auxquels il faut ajouter 3 cas observés en dehors de la période d’activité du moustique.
Le premier cas autochtone français, c’est-à-dire une personne contaminée sur le territoire, y avait été enregistré à la mi-juillet 2024. Même constat en Provence-Alpes-Côte d’Azur, où 18 cas ont été détectés depuis le 1er mai, 10 en provenance de La Réunion et 3 de l’île Maurice, alors qu’il n’y a eu aucun cas en 2024.
Mort d’un nourrisson
A La Réunion, depuis le début de l’année, près de 183 000 personnes ont consulté un médecin pour des symptômes compatibles avec la maladie, qui cause de fortes fièvres et de vives douleurs articulaires – même si seuls 49 400 cas ont été confirmés par un test positif. Douze personnes en sont déjà mortes, et trente-cinq autres décès sont en cours d’investigation, dont un nourrisson de moins d’un mois. Une personne contaminée à La Réunion a déclenché une chaîne de contamination dans l’île de Mayotte, distante de 1 400 kilomètres, où 158 personnes ont été déclarées malades depuis mars.
« Toute personne ayant séjourné à La Réunion est invitée à son arrivée en France hexagonale et durant quinze jours à se protéger des piqûres de moustiques – spray, vêtements longs – et à consulter un médecin dès l’apparition de symptômes compatibles avec le chikungunya », prévient SPF.
Le chikungunya, comme la dengue ou le zika, est une maladie transmise par certains types de moustiques de la famille Aedes. Pour qu’une épidémie se développe, il faut donc deux conditions : qu’une ou plusieurs personnes infectées arrivent dans un territoire et que ce territoire soit peuplé de moustiques vecteurs.
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En France hexagonale, les œufs du moustique Aedes albopictus, connu sous le nom de moustique-tigre, commencent en général à éclore avec l’arrivée des beaux jours, en mai, après avoir passé toute la période froide de l’hiver en diapause, c’est-à-dire un arrêt temporaire du développement. C’est d’ailleurs cette particularité de l’espèce qui lui a permis de conquérir les territoires tempérés d’Europe.
Les températures presque estivales de début mai, suivies de pluies, ont favorisé l’éclosion des larves, qui peuvent ensuite mettre une à deux semaines, selon les températures, à devenir des adultes capables de piquer – sachant que seules les femelles font des repas de sang, les mâles se contentant de nectar. Par ailleurs, le virus du chikungunya se multiplie très vite dans le corps du moustique, qui peut le retransmettre en moins de sept jours, contre dix à quinze pour la dengue. « Quand on détecte un cas, le moustique est déjà parti piquer quelqu’un d’autre », souligne Anna-Bella Failloux.
« Aucune culture de ces maladies »
Dans une étude publiée jeudi dans The Lancet Planetary Health, des chercheurs allemands et suédois analysent les liens entre le risque d’épidémies de dengue et de chikungunya en Europe et de nombreux facteurs, tels que le climat, l’environnement, les conditions de vie socio-économiques, la démographie ainsi que les données entomologiques, sur trente-cinq ans. Selon leurs projections, dans les années 2060, le risque d’épidémie pourrait être cinq fois plus élevé que sur la période 1990-2024.
Selon un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publié en septembre, la probabilité qu’une épidémie d’arbovirose (chikungunya, dengue ou zika) advienne en France hexagonale dans les cinq prochaines années est estimée entre 6 et 7 sur une échelle de 0 à 9.
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« A la différence de La Réunion, les moustiques cessent de se reproduire en hiver en métropole, donc il y a une pause dans l’année, mais ce qui nous choque c’est qu’on n’a aucune culture de ces maladies considérées comme exotiques », relève Anna-Bella Failloux.
Pour éviter de tomber malade, avant même de se protéger des piqûres de moustique, la première chose à faire est d’en limiter la prolifération. « Chacun doit veiller à lutter contre les gîtes larvaires, propices au développement des moustiques, insiste donc le ministère de la santé. Pour cela, il est important de supprimer les eaux stagnantes à l’intérieur et autour des habitats (les dessous de pots, les bâches, les déchets, les gouttières, etc.). » Cela est vrai sur presque tout le territoire, puisque au 1er janvier, le moustique-tigre était implanté dans 81 départements, les derniers à avoir été colonisés étant la Marne, la Haute-Marne et la Haute-Saône.
« Ce sont les humains qui créent un habitat propice au moustique-tigre, et cela va s’accélérer avec le réchauffement climatique : il va y en avoir plus et plus longtemps », met en garde Mme Failloux.
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