Santé scolaire en crise

La ministre de l’éducation Elisabeth Borne annonce une « refondation ambitieuse » du système de santé à l’école

Dès 2026, les élèves de 6 ans bénéficieront d’une « analyse personnalisée de leur situation de santé ». Mme Borne souhaite aussi revaloriser les salaires des médecins scolaires et augmenter les effectifs des infirmières et psychologues scolaires. 

Le Monde avec AFP

Publié aujourd’hui à 19h08, modifié à 19h15 https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/05/14/elisabeth-borne-annonce-une-refondation-ambitieuse-du-systeme-de-sante-a-l-ecole_6606114_3224.html

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La ministre déléguée à l’égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Berger, et la ministre de l'éducation Elisabeth Borne, dans la cour du palais de l'Elysée, le 7 mai 2025.
La ministre déléguée à l’égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Berger, et la ministre de l’éducation Elisabeth Borne, dans la cour du palais de l’Elysée, le 7 mai 2025.  LAURENCE GEAI / MYOP POUR « LE MONDE »

La ministre de l’éducation nationale, Elisabeth Borne, a annoncé mercredi 14 mai vouloir améliorer la santé et le bien-être à l’école, mettant l’accent sur une meilleure prise en charge de la souffrance psychique des élèves. Face à un système qui « ne répond plus aux besoins des élèves », elle a appelé à sa « refondation ambitieuse » à l’occasion des Assises de la santé scolaire à Paris.

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La ministre de l’Education a annoncé que dès la rentrée 2026, tous les élèves de 6 ans devront bénéficier d’une « analyse personnalisée de leur situation de santé ». La visite médicale ne concerne aujourd’hui que 20 % des élèves de cet âge. Autre mesure : dès juin 2025, les élèves en fragilité pourront bénéficier d’un système de « coupe-file » pour accéder en priorité aux centres médico-psychologiques.

Mme Borne a insisté sur la prise en charge de la santé mentale, définie comme « une priorité nationale », affirmant qu’une lycéenne sur trois a eu des pensées suicidaires ces douze derniers mois. Ainsi, tous les collèges et lycées devront se doter d’un protocole de santé mentale d’ici la fin de l’année, pour mieux repérer et prendre en charge la souffrance psychique des élèves.

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Revalorisation du poste de médecin scolaire

A la rentrée prochaine, un « conseiller technique en santé mentale » sera nommé dans chaque département. Ces cent conseillers devraient être recrutés principalement parmi les psychologues scolaires, mais qui manquent déjà cruellement, soulignent régulièrement les syndicats. Chargés d’apporter une expertise aux chefs d’établissements et aux inspecteurs, les conseillers techniques devront aussi établir une feuille de route sur la santé mentale. Dans chaque lycée, collège et circonscription, seront aussi formés deux « personnels-repères » en santé mentale d’ici la fin de l’année scolaire 2026.

Mme Borne a également indiqué que les inspecteurs et les directeurs d’établissements, tout comme le personnel social et de santé, auront accès à des modules de formation liés à la santé mentale. Les compétences psychosociales seront aussi développées chez les élèves, en étant intégrées au programme du socle commun de la maternelle à la troisième à partir de la rentrée 2026. L’objectif : promouvoir « l’entraide entre pairs ».

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Enfin, la question des moyens a été abordée par la ministre, qui a rappelé que près de 40 % des postes de médecins scolaires sont vacants. Leur carrière « sera revalorisée et fluidifiée », a affirmé Mme Borne. L’objectif est de permettre une revalorisation allant jusqu’à 500 euros brut par mois, a précisé le ministère à l’Agence France-Presse.

La ministre a aussi évoqué « le renforcement des effectifs d’infirmiers et de psychologues de l’éducation nationale ». Deux points qui feront l’objet de négociations lors de la préparation du projet de loi de finances 2026.

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Le Monde avec AFP

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La santé mentale au cœur des Assises de la santé scolaire

Alors que la médecine scolaire fait face à des difficultés structurelles et à un manque d’attractivité, le ministère de l’éducation nationale tient des assises pour renforcer ce secteur, en particulier pour mieux repérer les élèves en souffrance psychologique. Les syndicats dénoncent un manque d’ambition. 

Par Sylvie Lecherbonnier

Publié aujourd’hui à 10h30, modifié à 10h35 https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/05/14/la-sante-mentale-au-c-ur-des-assises-de-la-sante-scolaire_6606031_3224.html

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Yseline Dereux, infirmière scolaire, reçoit une élève à la cité scolaire du Barp (Gironde), le 6 mai 2025.
Yseline Dereux, infirmière scolaire, reçoit une élève à la cité scolaire du Barp (Gironde), le 6 mai 2025.  UGO AMEZ POUR « LE MONDE » 

Prévues depuis près d’un an, les Assises de la santé scolaire se déroulent mercredi 14 mai afin d’« interroger la manière dont l’école doit se structurer pour permettre de répondre aux enjeux concernant le bien-être des élèves ». Les rapports sur le sujet ont beau s’empiler ces dernières années, la santé scolaire reste en proie à des difficultés structurelles et à un manque d’attractivité patent. On comptait, en 2022, 900 médecins scolaires, dont un tiers ont plus de 60 ans, 9 300 infirmiers et infirmières scolaires, dont 1 800 contractuels, 3 200 assistantes sociales et 7 000 psychologues de l’éducation nationale. Les concours de recrutement dans ces métiers ne font pas le plein. Chez les médecins scolaires, le nombre de postes vacants dépasse les 40 %.

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Pourtant, ces professionnels de santé font face aux besoins grandissants de plus de 12 millions d’élèves. Depuis la pandémie de Covid-19, des enquêtes montrent une dégradation de la santé psychique des adolescents. Les tentatives de suicide ont par exemple dramatiquement augmenté depuis 2020, notamment chez les jeunes filles.

Elisabeth Borne a orienté les assises autour de la question de la santé mentale – grande cause nationale 2025 – après la mort d’une lycéenne à Nantes, fin avril, poignardée par un camarade de classe. La ministre de l’éducation nationale avait alors convenu de la nécessité d’être « mieux armé pour prévenir, pour orienter et pour repérer des jeunes en difficulté ».

Malgré ces enjeux, « la politique de santé scolaire ne parvient pas à atteindre ses objectifs », estimait déjà Robin Reda, alors député Renaissance de l’Essonne, dans un rapport parlementaire sur le sujet, en mai 2023. Les élèves trouvent trop souvent porte close quand ils vont à l’infirmerie ou voir l’assistante sociale, car ces professionnels de santé sont affectés sur plusieurs établissements. La visite médicale, lors de la sixième année de l’enfant, pourtant obligatoire, n’est réalisée que pour 18 % des élèves, et seuls 62 % des élèves de 6e ont droit à un dépistage infirmier. Ces faibles statistiques cachent en outre de fortes disparités territoriales.

Contexte budgétaire contraint

Face à ces « difficultés endémiques » relevées par la Cour des comptes dès 2020, Elisabeth Borne a lancé une consultation des différents acteurs pour préparer les assises. Elle y a testé des pistes qu’elle doit confirmer mercredi. Dans un contexte budgétaire contraint, la ministre se concentre sur la structuration de la santé scolaire et sur les partenariats à engager avec les services de santé des collectivités, les centres médicopsychologiques ou le secteur de la pédopsychiatrie, eux-mêmes en proie à des pénuries de moyens et de personnels. La priorité est mise sur le repérage des élèves en souffrance ou en difficulté, notamment à l’école primaire.

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Lors des concertations, le ministère de l’éducation nationale a évoqué la création d’un pôle ressources de santé et bien-être des élèves au sein de chaque département. Composé de conseillers techniques – médecin, infirmier, assistant social et psychologue –, il doit intervenir à la demande des établissements. Un conseiller technique en santé mentale, psychologue de l’éducation nationale, doit aussi être nommé dans chaque département.

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Pour les organisations syndicales, ces premières pistes ne sont pas en mesure de répondre à l’ampleur des besoins. « Le gouvernement doit sortir de la logique de faire plus avec moins. L’école ne peut pas tout et elle ne pourra pas continuer à compenser les renoncements d’autres politiques publiques », commente Morgane Verviers, secrétaire générale de l’UNSA-Education, en amont des assises. « Le pôle de ressources départemental semble davantage fait pour gérer la pénurie que pour résoudre les problèmes. Il conduira à nous éloigner encore davantage des élèves », abonde Saphia Guereschi, responsable du syndicat d’infirmières scolaires Snics-FSU, pour qui « il faut avant tout des personnels de santé à disposition dans les établissements scolaires ».

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Loin d’être l’aboutissement que les observateurs pensaient qu’elles seraient, les assises de la santé scolaire sont une étape dans cette nouvelle structuration. De nouveaux groupes de travail sont prévus pendant toute l’année scolaire 2025-2026 pour une pleine entrée en vigueur à la rentrée 2026.

Sylvie Lecherbonnier

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Visites médicales, santé mentale… Les annonces d’Élisabeth Borne pour «refonder» le système de santé scolaire

14/05/2025 Par  Aude Bariéty de Lagarde

Il y a 2 heures https://www.lefigaro.fr/actualite-france/visites-medicales-sante-mentale-les-annonces-d-elisabeth-borne-pour-refonder-le-systeme-de-sante-scolaire-20250514?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign=20250514_NL_ACTUALITES&een=8aa4833201a408e8a5d776ac0b844bbc&seen=2&m_i=B6i3twgMBG7wL45H9ny1oMcM9AzRAhBV0qQtuHnF5Mm%2B%2B_H2lVPzqkVe8xAY14I5IkdwAneuztbR3Ve0Q8Gyb0ZrBLHafWtNB7

La plupart des mesures concernent la santé mentale des jeunes, dont la ministre de l’Éducation veut faire une «priorité nationale».

«Notre système de santé scolaire ne répond plus aux besoins des élèves.»À l’issue des Assises de la santé scolaire, qui se tenaient ce mercredi 14 mai au théâtre Récamier (7e arrondissement de Paris), la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Élisabeth Borne a fait une série d’annonces visant à «refonder» le système de santé scolaire, en état critique depuis plusieurs années.

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Deux chiffres – parmi d’autres – en témoignent. Depuis 2019, le nombre de médecins de l’Éducation nationale a diminué de 30%. Et près de 40% des postes de médecins scolaires sont aujourd’hui vacants. «La carrière des médecins sera revalorisée et fluidifiée. Nous procéderons également à un renforcement des effectifs d’infirmiers, d’assistants sociaux et de psychologues de l’Éducation nationale», a promis Élisabeth Borne. Un peu plus tard, son entourage a précisé que la revalorisation des médecins ferait l’objet d’une concertation avec le ministère de la Fonction publique. «L’objectif est de permettre des gains par médecin scolaire allant jusqu’à 500 euros bruts par mois, en particulier en début et fin de carrière», a-t-on ajouté.

Moins de visites d’aptitude en lycée professionnel

Sur la scène du Récamier, la ministre a par ailleurs décliné une douzaine d’autres mesures visant à sortir de la crise. La première concerne la visite médicale des 6 ans. En théorie, 100% des élèves de grande section doivent en bénéficier. Dans les faits, ce n’est le cas que de 20% des enfants… La Rue de Grenelle souhaite qu’après «étude de leurs dossiers», tous les élèves bénéficient désormais d’un «examen»;soit une visite médicale avec un médecin de l’Éducation nationale, soit un bilan psychologique ou psychométrique avec un psychologue de l’Éducation nationale, soit une consultation avec une infirmière scolaire. Cette mesure doit entrer en vigueur à la rentrée de septembre 2026.

Pour «alléger la charge administrative» des médecins scolaires, l’avis de ces derniers sur les plans d’accompagnement personnalisé (PAP) ne sera plus nécessaire, et les visites médicales obligatoires pour que les lycéens professionnels puissent effectuer des travaux réglementés n’auront plus lieu qu’«en début de formation». Enfin, une convention-cadre sera signée avec la direction générale des collectivités territoriales et la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) pour que tous les enfants âgés de 3 à 4 ans bénéficient d’un dépistage des troubles de santé, qui sera assuré en priorité par la protection maternelle et infantile (PMI). La Cnam agira quant à elle en faveur de la détection des troubles de la vision et du langage. Et les personnels de santé scolaire «interviendront de manière complémentaire en cas de besoin».

La santé mentale des jeunes, «priorité nationale»

Les autres annonces concernent la santé mentale des jeunes. Dans son discours, l’ancienne chef du gouvernement a ainsi évoqué la construction d’un protocole de santé mentale dans tous les établissements, la formation de deux «personnels repères» dans chaque circonscription pour le 1er degré et dans tous les collèges et lycées, la création d’un pôle «psycho-médico-social par département, l’organisation d’un système de coupe-file pour faciliter l’accès des élèves aux centres médico-psychologiques (CMP)…

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Élisabeth Borne veut faire de ce sujet de la santé mentale une «priorité nationale» en cette année 2025 où la santé mentale a été décrétée «grande cause nationale». Les troubles psychiques «fragilisent les apprentissages. Ils minent la confiance en soi, à l’âge où elle se construit. Faute de prévention, ils peuvent mener au pire. L’actualité, et tout particulièrement le drame survenu à Nantes, nous rappellent que la détresse peut devenir danger. Pour soi ou pour les autres», a souligné la ministre, évoquant l’attaque au couteau menée par un élève d’un établissement scolaire nantais au mois d’avril. Deux jeunes ont été blessés, une troisième est décédée après avoir reçu 57 coups de couteau. Le suspect a été placé en soins psychiatriques.Passer la publicitéPasser la publicité

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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