Le nucléaire et ses déchets, « un pognon de dingue » pour des risques (*,**,***) mal maitrisés

Nucléaire : le centre d’enfouissement des déchets Cigéo pourrait coûter entre 26 milliards et 37 milliards d’euros

L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs a mis à jour l’évaluation du coût de l’installation qu’elle prévoit désormais de ne mettre en service qu’en 2050 à Bure. 

Par Perrine Mouterde et Adrien PécoutPublié hier à 06h00, modifié hier à 08h21 https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/05/12/nucleaire-le-centre-d-enfouissement-des-dechets-cigeo-pourrait-couter-entre-26-milliards-et-37-milliards-d-euros_6605238_3244.html

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Installation de capteurs de mesure avant de recouvrir la surface de la galerie, à 490 mètres de profondeur, dans le laboratoire souterrain de recherche du site d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo, à Bure (Meuse), le 8 août 2024.
Installation de capteurs de mesure avant de recouvrir la surface de la galerie, à 490 mètres de profondeur, dans le laboratoire souterrain de recherche du site d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo, à Bure (Meuse), le 8 août 2024.  JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Construire des galeries à 500 mètres sous terre, y stocker les déchets les plus dangereux produits par le parc nucléaire français et exploiter l’installation jusqu’à sa fermeture, au bout de cent cinquante ans, pourrait coûter entre 26,1 milliards et 37,5 milliards d’euros. Lundi 12 mai, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) doit remettre au ministère chargé de l’industrie et de l’énergie l’évaluation actualisée du coût total du projet Cigéo, un centre industriel de stockage géologique, pour la période 2016 (date d’une précédente évaluation)-2170. Ce chiffrage ne prend pas en compte le coût associé aux déchets qui seraient produits par six, voire quatorze nouveaux réacteurs pressurisés européens (EPR), dont la construction a été annoncée par l’exécutif.

Dans le centre d’enfouissement Cigéo, situé à cheval sur les départements de la Meuse et de la Haute-Marne, doivent être entreposés, dans une couche d’argile épaisse de 150 mètres, les déchets nucléaires dits « de haute activité et de moyenne activité à vie longue », dont certains resteront radioactifs jusqu’à des centaines de milliers d’années.

L’Andra a déposé, en janvier 2023, une demande d’autorisation de création du site, sur laquelle l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) devrait rendre un avis global, d’ici au début de 2026. Des consultations puis une enquête publique sont prévues pour 2026 avant un éventuel décret ministériel permettant de lancer le chantier de ce projet contesté, attendu d’ici au début de 2028 – seul un laboratoire souterrain a, pour l’instant, été construit à Bure (Meuse).

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« Ce dossier de chiffrage s’intègre dans le processus de demande d’autorisation de création. Le montant global du projet reste maîtrisé : nous sommes toujours dans la même échelle de coût qu’il y a dix ans », souligne Gaëlle Saquet, secrétaire générale et directrice générale par intérim de l’Andra – une nouvelle directrice générale, Lydie Evrard, est en cours de nomination.

Durée de construction revue à la hausse

Un arrêté ministériel de 2016, pris à la suite d’une précédente évaluation, avait fixé la facture globale de Cigéo à 25 milliards d’euros. Comme il y a une dizaine d’années, les producteurs de déchets nucléaires – EDF, qui exploite les centrales, le groupe Orano, qui valorise les matières nucléaires et gère les déchets, et le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) – doivent, eux aussi, livrer leurs estimations révisées, puisque ce sont eux qui financeront le centre d’enfouissement. Après avoir recueilli l’avis de l’ASNR, et en fonction de ces différentes évaluations, le ministère signera un nouvel arrêté fixant le coût total de Cigéo au plus tard en 2026. En 2016, l’Andra avait suggéré de porter le chiffrage à environ 34 milliards d’euros, tandis que le trio EDF-CEA-Orano l’estimait à 20 milliards d’euros.

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Pour parvenir à sa nouvelle évaluation, l’Andra a pu s’appuyer sur des études plus détaillées que celles d’il y a dix ans et sur les retours d’expériences d’autres grands ouvrages souterrains. A la différence d’autres projets, l’établissement public à caractère industriel et commercial doit évaluer un coût portant sur une période de cent cinquante ans. La phase de construction initiale, d’une durée de vingt ans, doit permettre de bâtir notamment les installations de surface, la zone où seront réceptionnés et descendus les colis de déchets et les premières zones de stockage – les 250 kilomètres de galeries et d’alvéoles seront ensuite creusés au fur et à mesure. Puis, la phase d’exploitation devrait durer environ un siècle, de 2050 à 2145, la phase de démantèlement et de fermeture du site, qui sera entièrement scellé, devrait s’achever aux alentours de 2170.

Alors que la mise en service était jusqu’ici prévue pour 2035-2040, ce nouveau chiffrage est l’occasion d’annoncer un report de la date estimée d’arrivée des premiers colis à l’horizon de 2050. La durée nécessaire pour effectuer les travaux de construction a notamment été revue à la hausse.

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Comment expliquer que la fourchette de coûts varie de 26,1 milliards à 37,5 milliards d’euros – en euros de 2012, ce qui facilite la comparaison avec les précédentes estimations ? « Cela s’explique à deux tiers par la fiscalité et à un tiers par l’optimisation des gains », explique Gaëlle Saquet. Alors qu’il devra verser une taxe aux collectivités locales, refacturée aux producteurs de déchets, l’établissement a étudié différentes hypothèses de fiscalité, le coefficient de la taxe n’étant pas encore fixé pour la période d’exploitation.

Densifier le stockage

La facture globale variera aussi en fonction de la capacité de l’Andra à optimiser et à densifier le stockage pour faire rentrer plus de déchets dans une surface moins grande, ce qui permettrait de creuser moins de galeries, ou à utiliser moins de matériaux ou des matériaux moins chers.

Pour l’heure, Cigéo anticipe l’enfouissement de 83 000 mètres cubes de déchets, soit les déchets les plus radioactifs des 57 réacteurs nucléaires d’EDF existants − on part de l’hypothèse que ces réacteurs, dont l’EPR de Flamanville (Manche), fonctionneront durant cinquante ans. Or, en l’état, le projet gouvernemental de nouvelle feuille de route énergétique (la programmation pluriannuelle de l’énergie, PPE) prévoit la prolongation de la durée de vie des réacteurs au-delà de soixante ans mais aussi la relance de la filière de l’atome, avec la construction d’EPR et de petits réacteurs modulaires.

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« Le nombre de réacteurs supplémentaires mais aussi les changements de politiques énergétiques, concernant, par exemple, le retraitement des combustibles usés, auront des conséquences sur le volume de déchets à stocker, la nécessité de réaliser des travaux de jouvence, le fait de devoir laisser l’installation ouverte plus longtemps… Il faut poser les bons jalons en termes d’études à réaliser, mais nous avons encore le temps », assure Gaëlle Saquet.

Perrine Mouterde et  Adrien Pécout

*Déchets nucléaires. Une étude met en lumière des risques liés à l’enfouissement

Ouest-France  avec AFPavec AFP.Publié le 27/01/2020 à 19h07

Selon des chercheurs américains, le verre et la céramique utilisés pour confiner les déchets radioactifs se détériorent de façon significative. À terme, des radiations risquent de s’échapper des contenants.

https://www.ouest-france.fr/environnement/nucleaire/dechets-nucleaires-une-etude-met-en-lumiere-des-risques-lies-l-enfouissement-6709237

Les conditions de stockage des déchets nucléaires sont remises en question par une récente étude (photo d'illustration).
Les conditions de stockage des déchets nucléaires sont remises en question par une récente étude (photo d’illustration). | JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Ouest-France avec AFPavec AFP.Publié le 27/01/2020 à 19h07 LIRE PLUS TARD PARTAGER

Le conditionnement des déchets nucléaires que certains États comme la France prévoient d’enfouir profondément sous terre ne prend pas en compte une interaction entre certains composés qui pourrait accélérer leur dégradation, met en garde une étude publiée lundi 27 janvier.

Dans plusieurs pays, dont la France qui dispose du deuxième parc de réacteurs au monde, les déchets ultimes les plus radioactifs sont conditionnés dans des blocs de verre cristallisés coulés dans des cylindres d’acier inoxydable, une vitrification destinée à assurer le confinement de la radioactivité sur le très long terme pour des matières qui peuvent être radioactives pendant des dizaines de milliers d’années.

Mais une étude pilotée par l’université américaine de l’Ohio, publiée dans la revue Nature Materials, met en lumière le fait que la corrosion du verre ou de la céramique utilisés pour confiner ces déchets est « accélérée de façon significative » dans certaines conditions.

Risque de libération des radiations

« C’est inattendu. Jusqu’à présent, on considérait que l’acier inoxydable était inerte, qu’il finirait par s’oxyder malgré son nom, mais que vis-à-vis du verre qui contient les radioéléments il ne jouait aucun rôle », a expliqué un des auteurs de l’étude Stéphane Gin, chercheur au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) en France.

Sur un temps long, quel que soit le lieu de stockage profond, l’eau finit toujours par remplir les vides, notent les chercheurs. Dans ces conditions, la corrosion de l’acier est accélérée, accélérant elle-même la dégradation du verre et le risque de libération des éléments radioactifs.

Et cette accélération est « importante », a commenté dans un communiqué Xiaolei Guo, auteur principal de l’étude. « Cela indique que les modèles actuels ne sont peut-être pas suffisants pour garantir la sûreté du stockage de ces déchets », a-t-il ajouté.

Mais l’étude ne donne pas d’éléments chiffrés sur le temps à partir duquel les colis pourraient devenir problématiques.

Des conclusions à relativiser

D’autre part, l’étude se base sur les conditions environnementales du site de Yucca Mountain dans le Nevada, un temps envisagé par les Américains comme site de stockage en couche géologique profonde.

« La durée de vie et la stabilité du verre qui encapsule les radionucléides (sont) très dépendants de l’environnement, des conditions chimiques autour du colis, donc du site de stockage dans lequel on va les mettre », a souligné Stéphane Gin, assurant que les résultats « ne sont pas transposables directement » à d’autres projets comme celui de Cigéo en France.

Les conditions chimiques sur le site du Nevada « sont plus agressives »que celles du site choisi par la France pour stocker les déchets à 500 mètres sous terre à Bure (Est de la France), a-t-il assuré. Même si les conclusions pourraient ainsi être « moins défavorables », il a toutefois jugé opportun de se poser la question pour ce projet controversé dont les antinucléaires réclament l’abandon.

**ENFOUISSEMENT DES DÉCHETS NUCLÉAIRES EN PROFONDEUR, UN DÉSASTRE ANNONCÉ ?

Publié le 19 avril 2019 https://fne.asso.fr/dossiers/enfouissement-des-dechets-nucleaires-en-profondeur-un-desastre-annonce

SOMMAIRE

CIGEO est le nom d’un projet d’enfouissement en profondeur des déchets radioactifs les plus dangereux pour des centaines de milliers d’années à Bure. Mobilisées depuis 30 ans contre ce projet, Mirabel-Lorraine Nature Environnement et France Nature Environnement reviennent sur l’une des questions explosives du projet : vouloir enfouir en profondeur des déchets nucléaires n’est-il pas l’un des choix les plus dangereux en termes de conception et de sécurité ? Premier volet de notre dossier consacré à Cigéo.

Le projet d’enfouissement des déchets nucléaires de Cigéo à Bure soulève de multiples questions. Pour éclairer le débat, France Nature Environnement a conçu un dossier en plusieurs volets présentant les principaux enjeux du projet. 

Notre dossier d’introduction de l’enquête faisait la synthèse du projet et des principaux problèmes qu’il présente. Pour entrer plus dans le détail, ce premier volet interroge la pertinence du choix de l’enfouissement en profondeur des déchets nucléaires en termes de conception et de sécurité. 

L’ENFOUISSEMENT EN PROFONDEUR : UNE SOLUTION À HAUTS RISQUES

Avant Cigéo, l’expérience du projet WIPP aux Etats-Unis

Cigéo est un projet d’enfouissement en profondeur des déchets radioactifs qui n’a aucun égal : un projet d’un tel gigantisme avec, en plus, les déchets les plus radioactifs (dits de Haute Activité à Vie Longue) et des déchets radioactifs bitumineux hautement inflammables, personne n’a jamais osé.

Toutefois, il existe un lieu qui semble similaire bien qu’il s’agisse d’un site d’enfouissement de déchets radioactifs militaires de Moyenne et de Faible Activité à Vie Longue, donc beaucoup moins irradiants qu’à Bure. Il s’agit du projet WIPP (Waste Isolation Pilot Plant), entré en fonction en 1999 aux États-Unis et co-exploité par Orano (ex Areva).

Après maints incidents, deux accidents successifs en sous-sol ont provoqué, en 2014, une contamination humaine et environnementale en surface. Le site a donc fermé provisoirement au bout de 15 ans alors même que ce tout premier site d’enfouissement de déchets radioactifs au monde était censé être sécurisé 10 000 ans. Que s’est-il passé pour en arriver là ?

Le 5 février 2014, un incendie se déclare sur un camion dans une galerie. Neuf jours après, deuxième accident, un fût de déchets explose et provoque une contamination de tout le site.

Déchets radioactifs : l’impossibilité à long-terme de l’enfouissement profond ?

Or en profondeur, rien ne se passe comme en surface. Agir dans un site d’enfouissement s’avère particulièrement ardu : il n’est pas systématiquement possible d’utiliser de l’eau à cause de la nature même des déchets à traiter.

Depuis, des milliers de pages de rapports et commentaires avec contre-expertises ont été rendus publics. Ils permettent de se faire une bonne idée des centaines d’aléas liés à l’enfouissement de déchets nucléaires, aux États-Unis comme en France.

Une longue enquête a fini par pointer du doigt la non-conformité d’un fût. Elle montre aussi que l’univers confiné dégrade très rapidement les matériels et déplore leur importante vétusté, 15 ans seulement après l’ouverture.

Le stockage a repris fin 2018 avec de réelles difficultés (éboulements). WIPP est ainsi resté fermé plus de 3 ans pour des travaux. Ils scellent notamment définitivement de manière irréversible certains quartiers où sont entreposés des fûts potentiellement de même nature que celui qui a explosé. L’activité réelle ne reprendra au mieux qu’en 2021, quand il aura été dépensé environ 2 milliards de dollars supplémentaires de « remise à niveau ».

L’échec de l’enfouissement profond de WIPP n’est pas un cas isolé. Les enseignements de ASSE II(infiltrations massives d’eau dans un site de stockage en profondeur de déchets radioactifs en Allemagne) comme de Stocamine (incendie dans un site de stockage en profondeur de déchets dangereux en France), montrent que les systèmes miniers ne sont pas en cohérence avec des stockages de déchets, qu’ils soient radioactifs ou non. En effet, la grande profondeur aggrave les difficultés à faire face au moindre accident.

Photo d'un fût endommagé de déchets radioactifs à l'intérieur de WIPP, Nouveau-Mexique, USA. La photo a été prise le 2014-05-15 au cours d'enquêtes sur la cause de la contamination radioactive. Credit US Department of Energy
Photo d’un fût endommagé de déchets radioactifs à l’intérieur de WIPP, Nouveau-Mexique, USA. La photo a été prise le 15 mai 2014 au cours d’enquêtes sur la cause de la contamination radioactive. Credit : US Department of Energy

Le projet Cigéo est-il vraiment réversible ?

Pour rassurer et tenter de mieux faire passer le projet, l’État et l’Andra font croire en permanence que le projet est réversible. Comment ? Grâce à une pirouette : il suffit de l’affirmer dans la loi.

Le concept de réversibilité recouvre deux idées :

  1. Les générations futures pourraient changer d’avis et mettre en oeuvre une autre politique.
  2. Les générations futures pourraient avoir besoin retirer les colis (car ils sont trop dégradés, qu’ils causent de lourds impacts sur l’environnement ou encore qu’il devient possible de les utiliser pour un autre usage).

D’après la définition de la réversibilité votée par le Parlement, tant que le site n’est pas fermé, soit 120 ans, les générations futures peuvent changer d’avis. En revanche, aucune durée n’est définie dans la loi pour assurer la récupérabilité des colis, seulement un minimum : le temps de la phase expérimentale soit 5 à 10 ans.

La réversibilité est donc temporaire puisque la logique est d’enfouir, puis, ensuite, fermeture des portes. La réversibilité disparaît et l’accès aux déchets est impossible.

De plus, lorsqu’il s’agit d’un enfouissement en profondeur, les expériences malheureuses de stockage à WIPP, Stocamine ou encore Asse II montrent que cette réversibilité inscrite dans la loi ressemble davantage à un vœu allégeant les consciences qu’à une réalité : en cas d’accident, elle est techniquement bien plus complexe, voire impossible tout comme le risque zéro qui relève de l’utopie. Bien plus que la théorie, le premier décès survenu sur les lieux en rappelle l’évidence.

CIGÉO : L’IMPOSSIBLE RISQUE ZÉRO

Mort d’un employé en 2002, suite à de graves manquements de sécurité

Le premier événement tragique sur le chantier de Bure est survenu en mai 2002. Alors qu’il travaillait dans le puits principal d’accès du laboratoire, un mineur de 33 ans est écrasé par un tube de 400 kg. Celui-ci s’est détaché à une quinzaine de mètres au-dessus de lui. Suite au drame, l’Inspection du travail souligne de « graves manquements en matière de sécurité ».

Bouygues Travaux Publics rétorque que « les mesures d’organisation et de sécurité sur place étaient nettement supérieures à celles prises dans la profession. ». Plus tard, face au tribunal de Bar-le-Duc en 2007, le groupe de BTP avance que l’accident s’est produit à la suite d’« une collection d’erreurs » de ses employés.

Les deux points de vue se rejoignent sur l’essentiel : il y a eu des erreurs. Que l’origine du drame provienne de manquements, de maladresses, de mauvaises intentions ou d’oublis, le drame est là et personne n’a su agir ou réagir avant, malgré un chantier identifié à risques et une sécurité annoncée comme « supérieure ».

Ce drame est survenu alors que le site de Cigéo n’accueille pas encore de déchets nucléaires. Sur les 4 pays les plus nucléarisés au monde, la France est aujourd’hui le seul à ne pas avoir vécu d’accident de grande ampleur. L’enfouissement en profondeur, avec ses nombreuses complications plus ou moins prévisibles, vient encore décupler le risque. Les experts soulèvent d’ailleurs plusieurs questions préoccupantes liées à la sécurité.

Sécurité de Cigéo : l’avis des experts conduit à revoir la conception du projet

En France, deux établissements publics surveillent le projet Cigéo et les deux expriment de sérieux doutes sur la sécurité, voire sur la conception même du projet.

L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) développe une expertise publique sur les questions nucléaires. Dans les conclusions de son expertise sur le dossier d’options de sûreté du projet CIGEO publiée en mai 2017, l’Institut demande à l’Andra de revoir quatre points du projet concernant :

  • la sécurité notamment sur les transferts de radioactivité dans l’environnement, pour protéger les populations
  • les moyens de surveillance mis en place lors de l’exploitation
  • la possibilité d’intervenir pour gérer des situations susceptibles d’entraîner une contamination des infrastructures
  • les conséquences d’un incendie de colis de déchets bitumineux

Le rapport de l’IRSN interroge la conception même du projet. Il souligne également qu’il faudra « revoir significativement les concepts afin d’éliminer la possibilité qu’un incendie puisse se propager dans l’alvéole de stockage ».

De son côté, l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN) possède un rôle de gendarme du nucléaire et de contrôle. Dans son avis du 11 janvier 2018 sur le dossier d’options de sûreté du projet Cigéo, l’ASN se base sur celui de l’IRSN. Même si cet avis s’inscrit dans la poursuite du projet, l’ASN considère notamment que « le dossier examiné apporte peu d’éléments concernant les modalités selon lesquelles l’Andra compte assurer une surveillance adaptée aux exigences de sûreté en phase d’exploitation et après fermeture du stockage » et indique que « certains sujets (../..) nécessitent des compléments », ces « sujets pouvant conduire à des évolutions de conception ».

Les experts confirment donc les doutes sur la faisabilité de Cigéo au vu des nombreuses questions scientifiques qui restent sans réponse. Mais quels dangers planent autour de cet enfouissement ?

QUELS RISQUES PÈSENT SUR LE PROJET CIGÉO ?

Infiltrations d’eau : l’exemple d’Asse II en Allemagne

Infiltrations d’eau, risques d’incendie, failles sismiques, ventilation éternelle, transports… La liste des questions que pose le choix d’un enfouissement en profondeur est très longue. Par exemple, eau et déchets nucléaires ne font pas bon ménage. L’Andra a déjà pu percevoir ces désastreux effets lorsqu’elle a participé au projet de Asse II, en Allemagne.

Contrairement à ce qui était projeté, des infiltrations d’eau ont eu lieu sur ce site d’enfouissement aux 126 000 fûts de déchets radioactifs, provoquant des contaminations radioactives en surface. L’eau y est désormais pompée en permanence. Les dégâts sont tels que l’extraction des fûts a été décidée après 2030 pour un coût estimé entre 5 et 10 milliards d’euros.

Comment garantir qu’à Bure, les couches d’argile et les ouvrages en béton ne vont pas se dégrader avant 100 000 ans et faciliter des infiltrations d’eau ? Et même sans cela, des infiltrations ne risqueraient-elles pas de se produire à travers les circuits de ventilation et les puits ?

Incendie, explosion : le risque d’une réaction en chaîne

Par ailleurs, selon leur nature, les déchets nucléaires dégagent en permanence de la chaleur, de l’hydrogène et des radioéléments. Certaines combinaisons et/ou associations de déchets sont interdites au risque de réactions ingérables.

Ainsi, à cause de la chaleur dégagée par les colis, la zone de stockage doit être ventilée en permanencepour ne pas monter en température et obtenir une concentration aussi faible que possible en hydrogène… Bref, il ne faut surtout pas atteindre 100°C, sous peine d’avoir une réaction explosive. Seulement, qui peut sérieusement garantir une absence de panne de ventilation durant les 120 ans de remplissage de CIGÉO ? Et pour les 100 000 ans suivants ?

En cas d’incendie, l’arrêt de la ventilation augmenterait la concentration d’hydrogène et donc le risque d’explosion… Tandis que l’augmentation de la ventilation pour éliminer les fumées attiserait l’incendie. Comment éviter toute étincelle avec les différents dispositifs électriques et les engins qui circuleraient pendant les quelques 120 ans de remplissage de cette méga-poubelle nucléaire, au sein d’un milieu chargé en hydrogène particulièrement explosif ?

Même en temps normal, on peut s’interroger sur les rejets d’hydrogène et les radioéléments de cette ventilation et leur impact sur la santé des habitants et l’environnement de la Haute-Marne, de la Meuse, des Vosges et au-delà ?

L’acheminement des déchets jusqu’à Cigéo, un casse-tête logistique

La construction de Cigéo signifie qu’il faudrait également des aménagements de lignes de train et de route pour transporter les déchets radioactifs jusqu’au site de stockage. Ainsi, il faudrait sécuriser 100 convois de 10 wagons radioactifs par an pendant presque 150 ans alors que les accidents ferroviaires et routiers ne sont pas rares.

Le risque sismique entre également en ligne de mire. Régulièrement réévalué par les scientifiques, il est qualifié de « stable » car il n’aurait pas bougé depuis 130 millions d’années. Seulement, le passé ne peut prédire l’avenir. Le site de Bure, ceinturé de fractures géologiques (failles de la Marne et de Gondrecourt), n’est pas à l’abri des caprices sismiques, comme en témoigne le tremblement de terre de Saint-Dié-des-Vosges (environ 150 Km de Bure) de 2003, d’une magnitude de 5.4 sur l’échelle de Richter et ressenti dans une quarantaine de départements français et jusqu’en Allemagne et en Suisse.

Ces questions de fiabilité du projet, experts et opposants au projet de Cigéo ne sont pas les seuls à se les poser : au sein de l’Andra, les doutes se manifestent aussi.

AU SEIN DE L’ANDRA, LES DOUTES S’ACCUMULENT SUR CIGÉO

Un faisceau d’arguments mettant en doute la crédibilité du projet

Décès de deux salariés sur le site, avis des organismes publics de référence qui conduisent à revoir la conception du projet, les raisons de douter de la sécurité du projet Cigéo sont nombreuses mais les craintes viennent également de l’agence chargée de mettre en place Cigéo : l’Andra.

Cette information est disponible grâce à une thèse éclairante sur Cigéo, soutenue en décembre 2017 et réalisée durant 3 ans au sein de l’Andra. Un membre de cette agence figure dans le jury de thèse. Pour la mener, le doctorant Leny PATINAUX s’est appuyé sur des réunions et documents internes, mettant en lumière d’édifiants bricolages.

Il explique que l’Andra sait à partir des années 2000 qu’il lui est impossible d’apporter une preuve de la sûreté d’un tel stockage« Pour plus de la moitié des déchets destinés au stockage, les salarié.es de l’Agence estiment que les connaissances dont elles et ils disposent sont mauvaises ou nulles », ajoute-il.Pour mettre en œuvre Cigéo, l’agence cherche donc à convaincre les autorités de sa maîtrise du projet via « un faisceau d’arguments »« Lorsque l’Agence doit produire une analyse de sûreté globale, l’arrangement des savoirs produits en un ensemble cohérent montre néanmoins un certain bricolage » écrit-il.

L’agence qui porte le projet doute donc en interne de sa fiabilité. Il existe ainsi un « faisceau d’arguments » mettant en doute la crédibilité de Cigéo.

S’arranger avec la loi : un possible passage en force ?

Autre enseignement alarmant : le doctorant rapporte certains propos de salariés de l’Andra issus de réunions internes qui laissent entendre que si jamais le projet se rapprochait d’une limite règlementaire de sécurité à ne pas dépasser et donc empêcherait sa réalisation, il serait possible de négocier cette limite

L’histoire donne raison à ce dernier constat. Passage en force, petits arrangements aux grandes conséquences et promesses non tenues émaillent l’histoire politique du projet Cigéo. Enfouir des déchets nucléaires reviendrait-il à enterrer les principes de démocratie ? C’est le deuxième volet de notre dossier consacré à Cigéo.

Lire l’histoire politique du projet Cigéo

NUCLÉAIRE : LES DEMANDES DE FRANCE NATURE ENVIRONNEMENT

L’insoluble casse-tête que représente la gestion des déchets nucléaires français nous rappelle l’impasse que constitue l’énergie nucléaire. Comme de nombreuses associations, France Nature Environnement milite pour que l’État français sorte rapidement du nucléaire afin notamment de ne plus produire ces déchets dont il ne sait que faire. Pour les gérer, nous défendons, avec d’autres organisations, l’arrêt du projet Cigéo et le lancement d’études su

***Pour GreenPeace, le site de déchets nucléaires à Bure doit être stoppé

Publié en 2018

Auteur(s) : Greenpeace France

Nucléaire

Malgré plus de soixante ans d’exploitation de l’énergie nucléaire, il n’existe toujours pas de solution durable et sûre pour gérer les déchets nucléaires. Le projet Cigéo, qui consiste à enfouir en profondeur des déchets radioactifs hautement dangereux dans les sous-sols de Bure, est une très mauvaise option, à laquelle Greenpeace France est catégoriquement opposée. Explications.

Des grimpeurs de Greenpeace escaladent le bâtiment du Parlement de l’Union européenne et déploient en plusieurs langues des banderoles rappelant que le nucléaire produit des déchets radioactifs… et que nous ne savons toujours pas quoi en faire. (2010)

Que faire des déchets nucléaires les plus dangereux et qui le resteront pendant plusieurs milliers d’années ? A cette question, EDF et l’industrie nucléaire n’ont toujours pas de réponse. Faute de pouvoir réduire la nocivité de ces déchets et face à leur accumulation, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), en charge de la gestion à long terme des déchets radioactifs produits en France, voudrait aujourd’hui les enfouir. Cacher ces déchets dangereux, sans réversibilité ni contrôle à long terme, n’est pas du tout une solution, alors que d’autres options sont envisageables.


1. Quels sont les déchets concernés par le projet Cigéo ?
2. Pourquoi Greenpeace France est-elle opposée au projet Cigéo ?
3. Quelles sont les principales failles du projet Cigéo ?
4. Y a-t-il des exemples de projets de stockage géologique des déchets nucléaires à l’étranger ?
5. Pourquoi les autorités et l’industrie nucléaire insistent-elles pour que Cigéo se fasse ?
6. Quelle option préconise Greenpeace France pour gérer les déchets nucléaires ?
7. Est-ce encore possible de stopper le projet Cigéo ?
8. Comment Greenpeace France se mobilise contre le projet Cigéo ?


1. Quels sont les déchets concernés par le projet Cigéo ?

Publié en 2018 https://www.greenpeace.fr/dechets-nucleaires-projet-cigeo-a-bure-etre-stoppe/

Le site de Cigéo est censé accueillir les déchets dits de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL) existants et à venir. Ces déchets très dangereux proviennent essentiellement de l’industrie électronucléaire, c’est à dire des centrales nucléaires d’EDF. Orano (ex-Areva, ex-Cogema), en retraitant le combustible usé des centrales d’EDF, génère des déchets qui concentrent la radioactivité. Actuellement, les déchets à haute activité issus de ces activités de retraitement (les plus dangereux) sont vitrifiés, coulés dans des colis d’inox et entreposés dans l’usine Orano de retraitement de la Hague, en Normandie, avec un système de ventilation pour réguler les températures extrêmement élevées liées à leur radioactivité. Ceux de moyenne activité sont principalement entreposés à Marcoule et à Cadarache, dans le Sud de la France.

Les déchets que l’Andra voudrait enfouir à Bure, dans la Meuse, dans le cadre de Cigéo, représentent une petite part du volume total des déchets radioactifs : 0,2 % pour les déchets de haute activité et 3% pour ceux de moyenne activité à vie longue, mais ils concentrent au total près de 99,9 % de la radioactivité de l’ensemble des déchets radioactifs. La concentration radioactive des déchets de haute activité est d’ailleurs telle que seules des machines peuvent manipuler ces conteneurs de déchets.

Le projet Cigéo n’est en revanche pas destiné à accueillir d’autres types de déchets. Les « matières radioactives » dangereuses, qui ne sont pas aujourd’hui considérées officiellement commes des « déchets nucléaires », continuent de s’entasser sans perspective d’utilisation. Et il n’est pas prévu qu’elles soient gérées dans le cadre de Cigéo.

2. Pourquoi Greenpeace France est-elle opposée au projet Cigéo ?

Le projet d’enfouissement des déchets nucléaires de Cigéo, dans la Meuse, est une très mauvaise option pour plusieurs raisons, dont les principales sont :

  • Cacher nos déchets nucléaires n’est pas une solution. Ils resteront dangereux pendant des milliers d’années. Nous devons pouvoir les contrôler en permanence.
  • La question de la réversibilité n’est toujours pas résolue et ne le sera pas dans les faits. Il sera impossible de récupérer ces déchets si une solution durable était enfin trouvée par les générations futures.
  • De nombreuses questions techniques restent aujourd’hui sans réponse (stabilité de la roche, risques d’incendie et d’inondation, signalisation du site…)
  • On ne doit pas laisser un tel fardeau aux générations futures avec les trop nombreuses inconnues que recèle ce projet.
  • Il existe d’autres options pour gérer et surveiller les déchets nucléaires, telles que le stockage à sec en sub-surface.

3. Quelles sont les principales failles du projet Cigéo ?

Faille géologique : on ne peut pas prévoir comment réagira la couche d’argile

A Cigéo, les conteneurs hautement radioactifs seraient stockés en profondeur dans une couche géologique d’argile, sélectionnée pour sa relative stabilité. L’argile est notamment connue pour ses qualités en matière d’imperméabilité.

Cependant, les travaux de forage sont susceptibles de déstabiliser cette couche argileuse. De plus, des épisodes sismiques ne sont pas totalement exclus. La stabilité historique de la zone n’est pas une preuve suffisante, du moins complètement satisfaisante. Enfin nous savons que les conteneurs et les galeries ont tendance à se déformer sous l’effet de la haute radioactivité qu’ils contiennent et des mouvements de la roche.

Dans ces conditions, nul ne peut dire comment réagira la strate argileuse au cours des siècles à venir.

Faille de sûreté : il y a des risques d’incendie, d’infiltrations et de dispersion de la radioactivité

Le risque le plus grave est celui dʼincendie, compte tenu de la présence simultanée dʼhydrogène et de colis inflammables dans les alvéoles censées abriter les déchets de haute activité à vie longue. LʼIRSN, bras technique du gendarme du nucléaire l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), a démontré que cette faiblesse du stockage était réelle et quʼil existait un véritable risque dʼincendie dans les alvéoles de stockage. Un tel événement pourrait aussi aboutir au rejet de gaz radioactifs. La modélisation de lʼIRSN montre que la vague de chaleur provenant dʼun incendie survenu dans un colis pourrait se propager à un autre en quelques heures. Il serait impossible de reprendre une exploitation « normale » après un tel accident.

L’Andra a admis quʼ« une explosion pourrait entraîner une perte de confinement » du site de Cigéo et sʼaccompagner éventuellement de la dispersion de radionucléides dans le site de stockage.

Autre risque important : les infiltrations d’eau et les fuites radioactives. LʼASN a demandé à lʼAndra de faire la démonstration des mécanismes dʼécoulement de lʼeau dans la roche de Cigéo dans ses simulations. Il s’avère que les infiltrations dʼeau dans les couches géologiques seraient probablement les risques « techniques » et inévitables les plus importants à long terme. La présence d’eau dans la couche d’argile où est prévu le stockage entraînerait la corrosion des emballages de tous les types de déchets et conduirait à des fuites d’éléments radioactifs, parmi lesquels des éléments gazeux qui remonteraient à la surface. Dans un avis public, l’ASN a souligné le manque d’analyse concernant la dégradation lié au vieillissement des composants, des conteneurs et des alvéoles de stockage. Leur robustesse et leur résistance à la corrosion ne sont pas clairement démontrées.

Faille logistique : les questions sur la saturation et les transports dangereux ne sont pas résolues

Le site de Cigéo est censé fonctionner pendant un siècle, avant d’être définitivement condamné. L’Andra souhaiterait l’ouvrir en 2030. Sauf que les déchets de haute activité déjà produits jusqu’à présent et actuellement générés ne pourront ni être transportés ni stockés dans un lieu confiné avant 2075, tant leur radioactivité est élevée : elle nécessite un entreposage dans un endroit ventilé pendant plusieurs années.

Quand bien même le site de Cigéo à Bure serait ouvert à l’horizon 2030, il ne pourrait accueillir dans un premier temps que des déchets à radioactivité moyenne, en guise de test, les autres ne pouvant de toute façon pas supporter le transport et un stockage confiné. Pour l’instant les déchets hautement radioactifs sont traités et entreposés sur le site industriel de la Hague (usine Orano, ex-Areva, en Normandie) dont le vieillissement est d’ores et déjà préoccupant. Que fera-t-on en 2030 des déchets hautement radioactifs stockés à la Hague dans des infrastructures à bout de course et au bord de la saturation, alors qu’ils ne pourront de toute façon pas être confinés dans les sous-sols de Bure avant plusieurs dizaines d’années ? Pour l’instant, aucune réponse.

Et que faire une fois que Cigéo parviendra à saturation, alors qu’il y aura encore de nombreux conteneurs à descendre si l’activité nucléaire du pays se maintient ? L’agrandir sans fin ? Question d’autant plus épineuse que les engagements pris par les pouvoirs publics et l’Andra ne prévoient aucune infrastructure en surface à Cigéo. On déplace donc le problème sans le résoudre, au risque d’en créer de nouveaux au passage.

En outre, plusieurs questions se posent quant à l’infrastructure logistique nécessaire pour assurer les milliers de transports de ces déchets extrêmement dangereux de l’usine de la Hague jusqu’à Cigéo, à Bure. Des questions pour l’instant non résolues.

Faille d’irréversibilité : retirer un colis radioactif ne sera plus possible

A Cigéo, c’est la solution du stockage définitif qui a été choisie. Cela signifie qu’une fois les conteneurs enfouis les uns derrière les autres, les galeries creusées dans l’argile seront définitivement scellées par un mélange bétonneux, de sorte qu’elles ne soient plus jamais accessibles.

Dans d’autres pays, les conteneurs sont en général stockés dans des galeries accessibles à tout moment, ce qui permet d’opérer un travail de surveillance continue et d’intervenir en cas de besoin. Or à Cigéo, une fois le site scellé, toute intervention a posteriori serait de fait impossible.

Les législateurs ont imposé à l’Andra de faire en sorte qu’il soit envisageable de retirer un colis durant la période d’exploitation du site, avant sa fermeture définitive au terme de 100 années. Ce concept de « réversibilité » figure dans l’article 5 de la loi du 28 juin 2006. L’Andra a ainsi été contrainte de prévoir des moyens supplémentaires pour récupérer les colis et affirme que des tests de retrait seront réalisés durant la phase pilote. Sauf que, pendant la période d’exploitation, aucune installation de surface n’est prévue pour recevoir les conteneurs que l’exploitant devrait éventuellement remonter. Si un conteneur doit être sorti, où ira-t-il et comment sera-t-il géré ? Rien n’est prévu techniquement et financièrement pour envisager une remontée vers la surface, surtout si elle doit être effectuée rapidement suite à une situation accidentelle.

Dans les faits, cette « réversibilité » s’avère donc aussi complexe qu’hypothétique, en plus d’être limitée à la seule période de fonctionnement, soit quelques générations. Après la fermeture définitive du site, ces déchets nucléaires ne seront plus accessibles, même si les générations suivantes parviennent à trouver des options plus sûres et plus durables pour les gérer.

Faille économique : les coûts ne sont pas maîtrisés et sont imprévisibles à long terme

Le projet de Cigéo suscite d’importantes considérations économiques, compte tenu des sommes et du temps nécessaires à sa mise en place et à son exploitation. Comment prévoir le niveau de l’inflation, le prix de l’argent, le coût de la main d’œuvre et celui des technologies sur des échelles de temps aussi longues ? À l’aide d’une boule de cristal ?

Quand il s’agit de tels ordres de grandeur – plusieurs dizaines de milliards d’euros assumés par les contribuables – cela pose un certain nombre de questions politiques auxquelles nul n’est capable de donner de réponses satisfaisantes pour le moment.

Faille éthique : c’est un cadeau empoisonné aux générations futures

L’enfouissement définitif des déchets nucléaires pose la question fondamentale d’une éthique du temps. Le nucléaire actionne des échelles de temps particulièrement longues, qui échappent par bien des égards au temps historique et politique. Les acteurs qui prennent les décisions aujourd’hui ne seront sans doute même plus vivants au moment de leur application – et ils ne seront plus comptables des effets de ces choix, qui engagent donc les générations futures.

Les déchets hautement radioactifs resteront dangereux pendant des centaines de milliers d’années encore. Ce que nous faisons aujourd’hui en matière nucléaire échappe en somme à notre contrôle et à notre implication historique.

Un jour ou l’autre, les êtres humains assisteront à la fermeture de Cigéo si ce projet est malgré tout mis en place. Pour autant, des déchets radioactifs inaccessibles et dangereux y resteront enfouis. Comment s’assurer que les générations futures, dans des dizaines ou des centaines d’années, ne tombent pas dessus par accident, ou selon des modalités dommageables voire tragiques ? Comment faire en sorte que les informations concernant le site de Cigéo et les déchets enfouis observent une continuité sur des milliers d’années ? Comment être sûr-e qu’elles soient encore lisibles et intelligibles, à la vitesse où vont le progrès technique et l’évolution des signaux communicationnels ? Comment garantir une continuité d’information ? Comment garantir une continuité politique ?

Ces questions, l’Andra les pose aussi sans pour autant apporter de réponses : selon elle, le projet Cigéo permettrait justement aux générations futures de ne pas avoir à gérer ces déchets radioactifs et de les débarrasser de ce lourd héritage. Mais cela revient à réalité à mettre la poussière nucléaire sous le tapis en dédouanant l’industrie nucléaire et les autorités actuelles de leurs responsabilités. Cacher les déchets radioactifs ne permettra en aucun cas de les faire disparaître. Compte tenu de l’ensemble des incertitudes et risques de ce projet, rien ne garantit que ces déchets dangereux ne constitueront pas un jour une grave menace pour les générations futures, peut-être même à leur insu, sous leurs pieds.

Tout cela paraît fortement hypothétique et illustre bien la nature civilisationnelle du nucléaire : une suite de paris inconsidérés où l’humanité actuelle se dédouane ouvertement de sa responsabilité historique.

4. Y a-t-il des exemples de projets de stockage géologique des déchets nucléaires à l’étranger ?

Dans le monde, tous les Etats nucléarisés sont confrontés à l’épineux problème de la gestion des déchets nucléaires. Face à cette crise mondiale des déchets nucléaires, titre d’un rapport d’expert commandé par Greenpeace France en janvier 2019, aucun Etat n’a trouvé de solution.

Aucun projet de stockage géologique n’est opérationnel, que ce soit celui de Cigéo à Bure, la désastreuse expérience d’Asse en Allemagne ou ceux à l’étude en Suède et en Finlande. Aucun n’apporte aujourd’hui des garanties suffisantes sur les plans de l’environnement, de la sûreté nucléaire, de la santé humaine et de la société. Des questions techniques majeures (notamment l’incapacité des conteneurs à résister à la corrosion et à éviter tout rejet de radioactivité dans l’environnement) restent sans réponse. Ces différents projets présentent tous des failles et dangers communs, aussi bien durant leur phase d’exploitation qu’à très long terme.

5. Pourquoi les autorités et l’industrie nucléaire insistent-elles pour que Cigéo se fasse ?

Pourquoi tant d’empressement à mettre en oeuvre le projet Cigéo, alors qu’on parle de déchets qui resteront radioactifs pendant des milliers d’années et que ce projet suscite une forte opposition ? « Admettre officiellement que les projets de stockage géologique ne sont pas la “solution” aux déchets nucléaires nuirait à une industrie nucléaire mondiale déjà sur le déclin », soulignait dans une interview Shaun Burnie, chargé de campagne de Greenpeace et coordinateur du rapport sur la Crise mondiale des déchets nucléaires.

Il s’agit bien en France d’un simple calcul politique : les autorités comme EDF et l’ensemble de l’industrie électronucléaire tentent de passer en force sur Cigéo. Elles ont en effet besoin de nous faire croire qu’il existerait une solution au stockage des déchets radioactifs, d’abord pour maintenir la fiction du nucléaire comme une énergie soutenable, ensuite pour justifier son maintien en activité et sa part prépondérante (près de 80 %) dans le mix électrique français.

Or, aujourd’hui, il n’y a toujours pas de solution aux déchets nucléaires et ils continueront à s’accumuler tant que les centrales nucléaires fonctionneront.

6. Quelle option préconise Greenpeace France pour gérer les déchets nucléaires ?

Il n’y a aucune bonne solution pour gérer les déchets nucléaires pour le moment et la priorité doit être de limiter l’ampleur du problème en cessant d’en produire le plus tôt possible. Faute de solution, trois pistes doivent être envisagées pour les déchets nucléaires actuels :

  • la poursuite des recherches afin de réduire, en quantité et dans le temps, la nocivité des déchets radioactifs ;
  • la sécurisation des entreposages et stockages actuels ;
  • et, option qui semble la moins mauvaise pour la gestion des déchets radioactifs, le « stockage à sec en sub-surface ».

Il s’agirait en fait d’un entreposage surveillé et pérennisé qui laisserait la possibilité technique réelle d’extraire les fûts de déchets à tout moment et d’en disposer autrement , tandis que le projet Cigéo présente une réversibilité très théorique durant sa phase d’exploitation et sera ensuite scellé définitivement. Le concept d’entreposage pérenne en sub-surface laisse la place aux possibilités d’évolution et de progrès (que ce soit dans les techniques de mise en colis et de conteneurs ou de réduction de la radioactivité des déchets), ce qui serait rendu impossible par l’enfouissement définitif.

Avec l’option du « stockage à sec en sub-surface », les combustibles irradiés des centrales seraient ainsi stockés ou entreposés de façon pérenne, sans aucun retraitement, dans des galeries creusées à faible profondeur, d’où ils pourraient être surveillés en permanence et extraits à tout moment, dans l’éventualité d’une solution technique. Une méthode qui serait aussi applicable aux déchets de haute activité actuellement entreposés à l’usine Orano (ex-Areva) de la Hague, après la période de refroidissement nécessaire. Cela permettrait également de réduire considérablement les transports de déchets nucléaires à haut risque(alors que le projet Cigéo les multiplierait au contraire).

Le projet d’enfouissement des déchets de Cigéo n’apporte pas les garanties de stabilité et de réversibilité nécessaires. Et trop de questions de sûreté restent à ce jour sans réponse pour se précipiter vers cette fausse solution proposée par l’Andra. Il y a urgence pour cesser de produire ces déchets dangereux dès que possible, par une sortie planifiée du nucléaire.

7. Est-ce encore possible de stopper le projet Cigéo ?

Le projet n’est pas encore complètement autorisé. De nombreuses demandes d’autorisation et enquêtes publiques sont encore à venir et le dossier technique a encore de nombreuses failles. Un débat sur le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) est ouvert jusqu’au 25 septembre 2019. Par ailleurs, une réévaluation du coût de Cigéo est prévue, ce qui pourrait avoir des conséquences importantes sur son évolution.

Le projet de Bure, dans tous les cas, n’est pas près de voir le jour. L’enfouissement des déchets de haute activité ne pourra pas commencer avant 2075, en raison de leur forte radioactivité et de leur nécessaire période de refroidissement.

8. Comment Greenpeace France se mobilise contre le projet Cigéo ?

Greenpeace France a participé activement aux différentes luttes non-violentes sur le terrain des projets de stockage de déchets nucléaires. Nous participons activement aux débats sur cette question au sein du Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR). Greenpeace France est également présente sur le terrain juridique et se montre vigilante sur les questions de pollution (comme celle de la nappe phréatique de La Hague due au stockage de l’Andra).

En ce qui concerne le projet Cigéo à Bure, Greenpeace France apporte un soutien total à l’opposition radicale et non-violente à ce projet. Nous condamnons toute méthode violente et toute forme de répression des voix d’opposition à de tels projets.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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