« C’est très difficile » : deux psychiatres pour 1500 patients, ce centre de santé mentale proche de la rupture

Le centre a perdu plus de la moitié de ses psychiatres en 10 ans. • © C. Saiseau / FTV
Écrit par Robin Doreau et Mathilde De Flamesnil
Publié le 03/05/2025 à 06h45 https://t.nl.france3.fr/r/?id=hc29e28ee,6ee6ba3a,608028ef&p1=20250503&p2=726375-1497345337-da129e8d&p3=DM1097128&p4=
Au centre de santé mentale de Millau (Aveyron), qui dépend du centre hospitalier de la ville, la prise en charge s’est fortement dégradée. Seuls deux psychiatres assurent le suivi de 1.500 patients.
Société
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au centre de santé mental de Millau (Aveyron), cinq psychiatres assuraient le suivi des patients il y a 10 ans. Ils sont aujourd’hui moins de la moitié encore en poste. Deux psychiatres, épaulés par un médecin remplaçant, suivent 1.500 patients.
« C’est une situation difficile, ne peut que constater Jean-Dominique Gonzalès, chef du pôle psychiatrie. On a une difficulté de prise en charge pour les patients, avec des délais de consultations de 6 à 8 mois, et parfois, on ne peut pas du tout.«
Un psychiatre expulsé l’an dernier
En mai 2024, le centre a perdu un élément, le docteur Houssine Turki. D’origine tunisienne, il a été expulsé pour des raisons administratives, son titre de séjour arrivant à expiration. Malgré la mobilisation du personnel et des demandes auprès de l’Agence régionale de Santé, les 300 personnes qui composaient sa patientèle ont perdu leur psychiatre.
Résultat, le risque pour ces patients, dont la prise en charge est dégradée, est très important. « On peut avoir des gens qui commencent à avoir des pathologies, une santé mentale déficiente, regrette Jean-Dominique Gonzalès. Tout cela provoque des arrêts de travail, de l’isolement, des troubles auto-agressifs ou hétéro-agressifs, et des crises suicidaires que l’on n’avait pas vu venir.«
360 personnes sont hospitalisées chaque année dans ce centre qui compte 22 lits. « On subit la même difficulté que de nombreux hôpitaux qui ferment des services, rajoute le docteur Gonzalès. Nous on est limite. On arrive à faire des astreintes, mais c’est très difficile. »