Labels alimentaires : l’Inrae et l’Ifremer ont évalué leur pertinence pour la biodiversité
Dans le cadre de la future obligation d’affichage environnemental, les chercheurs ont analysé les cahiers des charges de treize labels attachés à l’agriculture, la pêche et l’aquaculture. Ils en ont également tiré des propositions pour mieux les évaluer.
Agroécologie | 30.04.2025 | F. Gouty

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Tous les labels ne se valent décidément pas. Le 29 avril, l’Institut national de recherche agronomique (Inrae) et l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) ont présenté les résultats de leur étude « BiodivLabel (1) », commandée en 2022 à la suite de la loi Climat et résilience par l’Agence de la transition écologique (Ademe) ainsi que les ministères de la Transition écologique et de l’Agriculture. L’objectif ? Évaluer la pertinence des diverses certifications publiques ou privées, nationales ou mondiales, généralistes ou spécifiques attachées aux produits destinés à l’alimentation sur la durabilité des conditions de production et la protection de la biodiversité.
Les anciens labels restent les meilleurs
Les chercheurs se sont arrêtés sur treize labels (dix couvrant l’agriculture ou l’élevage, cinq l’aquaculture et deux la pêche). En s’appuyant sur la littérature scientifique ou une analyse directe de leur cahier des charges, ils les ont confrontés à ce qui pourraient correspondre à des « pratiques favorables à l’augmentation de la biodiversité sauvage » (en comparaison de l’agriculture conventionnelle) ou éviter certains impacts sur les écosystèmes naturels, et ainsi maintenir un « bon état écologique » du milieu exploité (pour ce qui est de la pêche et de l’aquaculture).
S’agissant des labels agricoles, les étiquettes Demeter, Nature & Progrès et Agriculture biologique – lesquelles comptent parmi les plus anciennes du lot – cochent le plus de cases relevant de « pratiques exigeantes et ambitieuses » à caractère obligatoire pour le producteur labellisé. Du reste, toujours selon l’analyse de l’Inrae et l’Ifremer, le label du Marine Stewardship Council (MSC) et l’écolabel Pêche durable « apportent des garanties de non-surpêche et de bonne gestion des espèces commerciales qu’ils ciblent » et, concernant plus spécifiquement l’aquaculture, les cahiers des charges examinés « ciblent bien les principaux impacts identifiés mais restent peu exigeants ». En outre, en règle générale, les chercheurs estiment qu’il reste difficile de diagnostiquer les éventuels impacts à une échelle au-delà d’une seule parcelle ou zone d’exploitation, mais aussi d’appréhender les effets de l’interaction entre des pratiques labellisées et non labellisées.
À la suite de cette première évaluation, les chercheurs s’accordent néanmoins sur le fait que l’efficacité d’un label dépend, d’une part, non seulement de son cahier des charges (ambition, mesures obligatoires dont l’effet est mesurable) mais également de son mode de fonctionnement (gouvernance, définitions, contrôles, suivi), d’une part ; et, d’autre part, s’il se révèle « attractif et économiquement viable » aussi bien par « le consentement à payer [le prix des produits labellisés] des consommateurs » et « l’accès garanti à certains marchés » pour les producteurs engagés. En cela, ils estiment que « les soutiens publics sous forme d’aides ou d’encadrement des pratiques sont cruciaux pour encourager l’adoption et le maintien des pratiques favorables à la biodiversité ».
Un aperçu du futur affichage environnemental ?
Schématisation des trois propositions de méthode d’évaluation des labels environnementaux.© Inrae / Ifremer
Ce projet a également été l’occasion pour les chercheurs d’élaborer trois méthodes d’évaluation de tels labels, basées sur des « agrégations de variables de biodiversité », de nature à se passer d’une analyse au cas-par-cas. Pour l’agriculture, une première « prédit un niveau de biodiversité par unité de surface, en fonction de l’occupation des terres et des pratiques contenues dans les cahiers des charges »sur une échelle de zéro (impact agricole maximal) à cent (sans aucun impact) ; tandis qu’une seconde « permet d’estimer [l’impact à l’hectare] des pratiques mises en œuvre et de comparer les impacts des produits [spécifiques] labellisés et non labellisés »prenant la forme d’un score de zéro à un. Côté pêche, la troisième et dernière méthode « établit trois scores[d’un à cinq] sur les risques de surpêche, d’abrasion des fonds marins et de captures non désirées d’espèces sensibles ou protégées » pour chaque espèce, zone d’exploitation et engin de pêche spécifiques.
De quoi alimenter les travaux de l’administration en vue du futur décret censé encadrer et rendre obligatoire l’affichage environnemental. À titre de rappel, en parallèle d’un décret similaire attendu pour les textiles, un texte réglementaire doit encore mettre en application l’article 2 de la loi Climat et résilience de 2021 en la matière. Celle-ci a en effet prescrit une période préalable d’expérimentations d’une durée maximale de cinq ans « afin d’évaluer différentes méthodologies de calcul des impacts environnementaux et modalités d’affichage » (dans laquelle s’inscrit l’étude de l’Inrae et de l’Ifremer) avant de rendre obligatoire l’affichage en question. Par ailleurs, il est à noter que le projet de directive européenne « Green claims », abordant la même problématique, fait toujours l’objet de négociations en trilogue.1. Télécharger la synthèse de l’étude
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-46086-synthese-biodivlabel-avril-2025.pdf
