Le « pacte de lutte contre les déserts médicaux », présenté vendredi 25 avril par François Bayrou, soutenu par « Le Monde »

Contre les déserts médicaux, réguler l’installation des médecins

Éditorial

Le Monde

En dépit de l’augmentation du nombre de nouveaux diplômés, la répartition du corps médical sur le territoire ne s’est pas améliorée. La mise en œuvre des deux jours de solidarité par mois annoncée, vendredi, par François Bayrou constitue donc un progrès dans un domaine où les avancées n’ont jamais été à la hauteur de l’enjeu.

Publié le 26 avril 2025 à 11h02  https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/26/contre-les-deserts-medicaux-reguler-l-installation-des-medecins_6600257_3232.html

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Parmi les inégalités qui déchirent la société française et font le jeu de l’extrême droite, l’impossibilité nouvelle d’accéder facilement et rapidement à une consultation médicale dans de nombreuses parties du pays est l’une des plus insupportables. Plus d’un tiers des patients renoncent à des soins faute de rendez-vous et 6 millions d’entre eux n’ont pas de médecin traitant.

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C’est ce qui a rendu le « pacte de lutte contre les déserts médicaux », présenté vendredi 25 avril par François Bayrou,aussi attendu. Pour la première fois, un responsable de l’exécutif a osé annoncer une mesure contraignante tendant à « réguler » l’activité des médecins libéraux, là où ses prédécesseurs avaient choisi de simples mesures d’incitation sans réussir à endiguer ce véritable scandale sanitaire.

Le premier ministre a ainsi préconisé d’imposer tant aux médecins généralistes qu’aux spécialistes exerçant dans les endroits bien dotés un ou deux jours de temps de consultation par mois dans les zones en difficulté. Cette solidarité, soutenue par des « compensations financières » mais aussi par des pénalités pour les contrevenants, permettrait, selon le gouvernement, de réorienter près de 30 millions de consultations vers les « déserts médicaux », qui couvrent 87 % du territoire.

Appels à la grève

En cas d’échec, M. Bayrou menace implicitement de passer au cran supérieur : la remise en question du principe de liberté d’installation des médecins libéraux. Une disposition dans ce sens a été votée le 2 avril à l’Assemblée nationale, incluse dans une proposition de loi dont l’examen parlementaire doit se poursuivre le 6 mai.

Consultation dans un centre médical à Carcassonne, le 15 octobre 2024.
Consultation dans un centre médical à Carcassonne, le 15 octobre 2024.  ED JONES / AFP

La mise en œuvre des deux jours de solidarité par mois annoncés par le premier ministre apparaît difficile pour des raisons tant juridiques que logistiques.

En dépit de l’augmentation récente du nombre de médecins nouvellement diplômés, la répartition du corps médical sur le territoire ne s’est pas améliorée.

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Les syndicats de médecins assurent que des mesures de régulation – appliquées à toutes les autres professions de santé et pratiquées notamment en Allemagne – vont provoquer une fuite vers l’étranger, un risque peu documenté, et réduire l’attractivité de la profession. Vent debout contre pareille orientation, ils ont maintenu leurs appels à la grève et aux manifestations à partir du lundi 28 avril, en dépit de la modération de ces annonces. Il est vrai que, depuis des années, tous les gouvernements ont reculé devant le lobby médical, amplement représenté au Parlement et au sein des exécutifs.

Comment oublier que l’actuelle pénurie de médecins résulte du numerus clausus à l’entrée des études médicales appliqué pendant des années avec le soutien conjoint des autorités sanitaires – qui en attendaient une baisse des dépenses – et des organisations de médecins défendant leur corporation ? Comment négliger le fait que les études médicales sont financées par l’argent public et que la rémunération des médecins libéraux par l’Assurance-maladie impose un équilibre entre droits et devoirs ?

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Alors que les tendances démographiques accentuent la perspective d’un vieillissement de la population et d’une aggravation des difficultés d’accès aux soins, aucune des nombreuses pistes efficaces pour lutter contre ce fléau, qui mine la confiance en l’Etat et menace la cohésion sociale, ne peut être écartée. Notamment celle d’une régulation concertée de l’installation des médecins.

Le Monde

Commentaire Dr Jean SCHEFFER

Au lieu de reprendre les contre-vérités des syndicats de médecins libéraux sur l’inefficacité de la régulation en Allemagne, le journal « Le Monde » aurait mieux fait d’expliquer que la régulation en Allemagne a amélioré l’accès aux soins mais surtout en zone rurale (LES DOSSIERS DE LA DREES N° 89 • décembre 2021) ?

Le seul point positif des propositions de François Bayrou sous forme du retour de l’obligation des gardes n’est même pas souligné.

Alors qu’il constate que l’augmentation récente du nombre de généralistes n’a rien amélioré, que les gouvernements successifs ont reculé devant le lobby médical, que les meures proposées par Bayrou sont un progrès mais très insuffisant, pourquoi dans cet éditorial il n’y a aucun soutien à la PPL trans-partisane de Guillaume Garot pourtant elle-même fort timide devant la gravité de la situation (plus se 10 millions de citoyens en désert médical).

Rien sur les 93% de Français qui réclament une régulation ! *

Enfin, « Le Monde » aurait pu élargir le débat en parlant de l’ensemble des déserts médicaux et des solutions à y apporter. Une nouvelle fois je rappelle que les déserts médicaux ne concernant pas que les généralistes.

Les déserts médicaux ne sont pas exclusivement des les zones rurales et dans les quartiers pour les généralistes et les spécialités les plus demandées (Pédiatrie, Ophtalmologie, ORL, Psychiatrie, Dermatologie). Ils sont aussi dans les Hôpitaux avec 30 % des postes vacants (40% dans les hôpitaux généraux), dans les hôpitaux psychiatriques, les CMP, les PMI, la médecins scolaire, médecins du travail, santé publique, médecine pénitentiaire…

Le manque des médecins est partout, dans toutes les disciplines, dans toutes les formes d’activité, salariées et libérales. Il s’agit donc à mon sens de voir l’ensemble des problèmes et de les solutionner en même temps, ce qui est possible.

La solution c’est un Clinicat-Assistanat pour tous, en fin d’internat, obligatoire pour tous les futurs généralistes et les futurs spécialistes, d’une durée de 3 ans.  L’activité serait partagée entre divers établissements à l’image des assistants partagés actuels entre CHG et CHU: entre CHU et CHG pour les futurs spécialistes; entre CHG-CHU et PMI, CMP, santé publique, santé scolaire, médecine pénitentiaire, médecine du travail… ; entre CHG et centres de santé et maisons de santé… Il  s’agit donc par un seul et même dispositif de solutionner en quelques années l’ensemble des manques criants et urgents de médecins dans tous les domaines, dans toutes spécialités, sans pénaliser une catégorie, les futurs  généralistes par exemple, ou les étudiants en médecine peu fortunés, obligés de s’installer dans un désert pour se payer ses études. Cela évitera de plus le dumping entre villes, entre départements pour recruter ou débaucher, les jeunes en fin d’internat, ou ceux déjà installés et répondant à une offre plus alléchante. Il faudra définir par région, département et territoire, les manques les plus urgents en généralistes et spécialistes, et en tirer les conséquences sur la répartition par spécialité pour la première année d’internat.

Afin d’améliorer l’accès aux soins Il faut aussi y associer l’élargissement du numerus clausus, la création de centres de santé multi-professionnels dans les déserts les plus criants, en finir avec les dépassements d’honoraires tout en revalorisant les actes notoirement sous cotés, étendre à la France entière le système de complémentaire tel qu’il existe en Alsace-Moselle.
C’est tout cela que l’on aurait lire sous la plume du rédacteur du « Monde », et non ce timide soutien aux propositions improductives du premier ministre.

Voir aussi :

*https://environnementsantepolitique.fr/2025/04/17/deserts-medicaux-93-des-francais-reclament-une-regulation-de-linstallation-des-medecins-ufc-que-choisir/

https://environnementsantepolitique.fr/2025/04/29/les-medecins-liberaux-refusent-tout-tant-que-ce-texte-nest-pas-retire-on-se-mobilisera/

https://environnementsantepolitique.fr/2025/04/27/deserts-medicaux-bayrou-souhaite-que-les-medecins-installes-exercent-partiellement-dans-des-territoires-sous-dotes/

https://environnementsantepolitique.fr/2025/04/25/des-menaces-et-danciennes-mesures-recyclees-et-qui-ont-deja-echoue-cest-soit-disant-un-plan-contre-les-deserts-medicaux/

https://environnementsantepolitique.fr/2025/04/18/quel-contraste-le-parcours-du-combattant-a-la-recherche-dun-toubib-et-linconsistance-des-propositions-des-medecins-liberaux-et-du-ministre/

https://environnementsantepolitique.fr/2025/04/17/deserts-medicaux-93-des-francais-reclament-une-regulation-de-linstallation-des-medecins-ufc-que-choisir/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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