Deux importantes notes de l’Anses sur l’impact délétère de plusieurs produits phytosanitaires sur la santé des enfants.

L’Anses alerte sur les effets de certains pesticides sur la santé des enfants

L’agence chargée de mesurer les enjeux des produits phytosanitaires pour la santé relève des risques de troubles neurologiques et comportementaux chez les jeunes enfants. Une évaluation qui intervient alors que l’indépendance de l’Anses est menacée.

Lucie Delaporte

24 avril 2025 à 16h52

Dans le cadre de sa mission de phytopharmacovigilance, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié jeudi 24 avril deux importantes notes sur l’impact délétère de plusieurs produits phytosanitaires sur la santé.

Elles contiennent quatre « alertes » – le niveau le plus élevé des « signaux sanitaires » de l’agence – au sujet de produits utilisés dans l’agriculture et d’insecticides domestiques contre les poux ou les moustiques.

Le groupe d’experts indépendants mandaté par l’Anses pour mener ce travail tire la sonnette d’alarme sur l’exposition aux produits organophosphorés et les pyréthrinoïdes, présents dans les insecticides.

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Un tracteur effectue un traitement phytosanitaire dans ses vignes, à Portel-des-Corbières (Aude), le 5 avril 2024.  © Photo Idriss Bigou-Gilles / Hans Lucas via AFP

L’exposition à ces produits pendant la grossesse et la petite enfance peuvent engendrer chez les enfants des « troubles anxio-dépressifs » mais aussi une « altération des fonctions motrices, cognitives, et des fonctions sensorielles », relève l’agence.

Chez les professionnels souvent en contact avec ces molécules, des « troubles cognitifs et des lymphomes non hodgkiniens – des cancers du système lymphatique – » sont également observés.

Pour mener cette évaluation, qui a duré trois ans, l’Anses s’est adossée aux résultats de l’expertise de l’Inserm de 2021 concernant les liens entre santé humaine et exposition aux pesticides, ainsi qu’à des publications scientifiques plus récentes. L’Anses les a croisés avec les données sur les usages autorisés et les toxicités de ces différents pesticides.

Au vu de ces résultats, et à titre de prévention, l’Anses recommande donc d’« identifier les sources d’exposition les plus importantes aux pyréthrinoïdes parmi tous les usages insecticides possibles : médicaments, produits phytopharmaceutiques et biocides, y compris pour traiter les matériaux de construction et d’ameublement, et les textiles ».

Dans un domaine où l’opacité est savamment entretenue, l’agence pointe par ailleurs la nécessité de pouvoir « accéder aux données précises sur les applications réelles, actuelles et passées des produits ».

Une agence sous pression

Une recommandation en écho direct à l’abandon, en février 2024, du règlement européen sur l’usage durable des pesticides qui prévoyait plus de transparence dans la collecte et l’accès de ces données essentielles à une politique sanitaire digne de ce nom.

Cette alerte de l’Anses sur les conséquences de l’utilisation des pesticides intervient dans un contexte politique bien particulier pour l’institution. Sous la tutelle de quatre ministères (santé, environnement, travail, agriculture), l’Anses est mandatée pour évaluer la dangerosité des pesticides, mais aussi pour se prononcer sur leur autorisation de mise sur le marché.

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Un rôle stratégique qui fait qu’elle est devenue la cible privilégiée du syndicat agricole majoritaire FNSEA, qui se plaint de cet encombrant « gendarme » et défend la réautorisation de certains pesticides au nom de « l’absence de solution alternative ». 

En réponse à la crise du monde agricole, Annie Genevard, l’actuelle ministre de l’agriculture, s’est dite favorable à ce que l’Anses « priorise ses travaux » selon les attentes économiques de la filière, plutôt qu’en fonction des risques sanitaires. Elle a ainsi défendu la création d’un « comité d’orientation pour la protection des cultures » qui déterminera la « liste des usages prioritaires » des produits phytosanitaires que devra respecter l’Anses.

Autant de mesures qui seront débattues en mai à l’Assemblée nationale lors de l’examen d’une proposition de loi portée par le sénateur Les Républicains Laurent Duplomb. Adopté au Sénat le 27 janvier, le texte affirme vouloir « lever les contraintes au métier d’agriculteur » et souhaite en particulier ôter tous les freins à l’utilisation des pesticides.

Auditionné à l’Assemblée nationale par la commission des affaires économiques le 25 mars, le directeur de l’Anses, Benoît Vallet, a fait savoir que la création de ce « comité d’orientation », qui mettrait au pas son agence, le conduirait à présenter sa démission.

Lucie Delaporte

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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