Noam Chomsky démontre l’illogisme et l’injustice de la politique américaine – extérieure comme intérieure – et la menace qu’elle représente pour le monde et pour les États-Unis eux-mêmes.

Dominer le monde ou sauver la planète ? – Noam Chomsky Résumé et podcast du livre

Dans Dominer le monde ou sauver la planète ? (2003), Noam Chomsky démontre l’illogisme et l’injustice de la politique américaine – extérieure comme intérieure – et la menace qu’elle représente pour le monde et pour les États-Unis eux-mêmes.

publié le 11/04/2025 

Par Élucid

L’impérialisme sans borne dont font preuve les États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, sous prétexte de libérer les peuples et de défendre les droits de l’homme, arrive à ses limites. Le monde tolère de plus en plus difficilement l’ingérence américaine et le soutien que le pays apporte à des régimes particulièrement répressifs. Les dirigeants américains, quel que soit leur bord politique, marchent d’un pas décidé vers l’abime et ne semblent pas vouloir s’arrêter.

Ce qu’il faut retenir :

Le recours permanent à la force par les États-Unis engendre une véritable prolifération des Armes de Destruction massives (ADM), le plus grand danger auquel l’humanité n’a jamais été confrontée.

La peur des peuples vis-à-vis des États-Unis atteint des sommets, et leur méfiance à l’égard de leurs dirigeants ne fait que croitre. Ces derniers, plutôt que de prendre en main les responsabilités qui vont de pair avec leurs privilèges, se retranchent derrière leurs idées moralisatrices et la propagande de masse afin de continuer à dominer, exploiter et mettre en danger l’humanité.

Que ce soient leurs projets de « guerre contre le terrorisme » ou de « guerre juste », le but est toujours le même : détruire l’espoir des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Biographie de l’auteur

Noam Chomsky, né en 1928 à Philadelphie, est un linguiste américain, professeur émérite de linguistique au Massachusetts Institute of Technology où il a enseigné durant l’intégralité de sa carrière. Également connu pour son activisme politique et sa critique de la politique étrangère et des médias américains, il s’affiche comme un sympathisant de l’anarcho-syndicalisme. Entre autres, il fustige l’utilisation du terme « terroriste » qui, selon lui, permet aux gouvernements de se dédouaner de la dimension terroriste de leurs propres politiques. Il est également un fervent défenseur de la liberté d’expression.

Très apprécié par l’extrême gauche, Noam Chomsky est soumis à de vives critiques de la part des libéraux et des partisans de la droite américaine. Il reste pourtant reconnu comme l’un des plus grands intellectuels vivants, ayant notamment reçu de nombreux diplômes honorifiques des plus grandes universités au monde.

Avertissement : Ce document est une synthèse de l’ouvrage de référence susvisé, réalisé par les équipes d’Élucid ; il a vocation à retranscrire les grandes idées de cet ouvrage et n’a pas pour finalité de reproduire son contenu. Pour approfondir vos connaissances sur ce sujet, nous vous invitons à acheter l’ouvrage de référence chez votre libraire. La couverture, les images, le titre et autres informations relatives à l’ouvrage de référence susvisé restent la propriété de son éditeur.

Plan de l’ouvrage

I. La grande stratégie impériale
II. Le nouveau siècle des Lumières
III. Heures dangereuses
IV. Le nœud irakien
V. Chaudron de colères
VI. Terrorisme et justice : quelques vérités premières

Synthèse de l’ouvrage

I. La grande stratégie impériale

En automne 2002, pour justifier leur invasion de l’Irak, les États-Unis déclarent qu’ils n’hésiteront pas à user de leur force militaire. Une telle déclaration n’eut d’autre effet que d’effrayer les États du monde entier et de les inciter à trouver les moyens de se défendre face à cet État ouvertement impérialiste. La vague mondiale de sympathie pour les Américains après les attentats du 11 septembre cède ainsi la place à la peur. Partout, y compris dans les pays « amis », l’opinion publique perçoit Bush et son administration comme une grande menace pour la paix.

Pour qualifier ce tournant dans la politique extérieure américaine, Arthur Schlesinger, ancien conseiller de président Kennedy, a écrit : « Le président a adopté une politique d’autodéfense anticipée qui offre une ressemblance inquiétante avec celle que le Japon impérial a mise en œuvre à Pearl Harbor […]. Aujourd’hui, c’est nous, les Américains, qui vivons dans l’infamie. »

Les États-Unis, quelle que soit l’administration au pouvoir, se sont efforcés d’instaurer un système mondial dans lequel leurs intérêts politiques et économiques sont garantis. Le pays ne tolère aucun rival. Leur priorité est d’empêcher tout mouvement d’indépendance vis-à-vis d’eux, de peur que ce mouvement se répande dans le reste du monde, comme un « virus infectant les autres ». Ce cynisme politique est résumé par la fameuse maxime de Thucydide : « Les grands font ce qu’ils veulent, les petits acceptent ce qu’ils doivent. »

Par ailleurs, avec l’annonce de l’invasion de l’Irak, les États-Unis ont intégré de force un concept pourtant considéré comme un crime de guerre par le reste de la communauté internationale : celui de « guerre préventive ». La guerre préventive, dans la pratique américaine, répond à quelques exigences élémentaires pour être mise en œuvre efficacement. La cible doit notamment présenter les caractéristiques suivantes :

1. être pratiquement sans défense ;
2. être assez importante pour valoir une guerre ;
3. sa réputation doit être assez mauvaise pour être présentée comme le mal absolu et une menace imminente pour les États-Unis.

L’Irak présentait effectivement ces trois caractéristiques : son armée était parmi les plus faibles de la région ; le pays possédait les premières réserves mondiales de pétrole ; et Saddam Hussein avait pour habitude, avec l’aval et le soutien matériel des États-Unis, d’user d’armes chimiques sur sa population. « L’éloge et le soutien ont cédé la place aux dénonciations dès que le monstre a commis son premier véritable crime : désobéir aux ordres (ou peut-être les interpréter de travers) en envahissant le Koweït en 1990 ».

Grâce à un gigantesque assaut propagandiste des médias et du gouvernement, en quelques semaines, 60 % des Américains considéraient Saddam Hussein comme une menace pour les États-Unis, et près de la moitié croyaient qu’il était personnellement impliqué dans les attentats du 11 septembre.

Cet engouement pour la guerre provoqua une certaine inquiétude dans les cercles de l’establishment, qui voyaient d’un mauvais œil les États-Unis devenir « une menace pour eux-mêmes et pour l’humanité » sous la direction de nationalistes radicaux. Les pays qui étaient de potentielles cibles des ambitions impériales américaines cherchèrent ainsi les moyens de tenir en respect les États-Unis. En effet, Kenneth Waltz considérait que le seul moyen de dissuader les ennemis des États-Unis de se révolter était le recours aux armes de destruction massives (ADM). Autrement dit, «la politique de Washington conduit donc à la prolifération des ADM » et à ce titre constitue un danger aussi bien pour le monde que pour les États-Unis eux-mêmes.

Et effectivement, parmi les pays cibles des États-Unis, la Corée du Nord comprit, après l’invasion de l’Irak, qu’elle avait également besoin d’une force de dissuasion nucléaire si elle souhaitait se défendre. En somme, fin 2002, « Washington inculquait aux pays du monde un principe désastreux : si vous voulez vous défendre contre nous, vous feriez mieux d’imiter la Corée du Nord et de nous opposer une menace militaire crédible ».

La classe intellectuelle, souvent, a un penchant pour le conformisme et la soumission aux détenteurs du pouvoir. Mais, il arrive, parfois, que les classes cultivées s’écartent de leur habituelle subordination. Dans les années 1990-2000, par exemple, des pays dans lesquels un régime répressif se maintenait en place grâce à une aide militaire américaine, nous ont montré que la révolte était possible. En Turquie, écrivains, journalistes et universitaires ont protesté contre les massacres à l’encontre des Kurdes. En Colombie, prêtres, universitaires et syndicalistes ont affronté la menace permanente que présentaient les États-Unis : « Leurs actes devraient inspirer honte et humilité à leurs homologues occidentaux, et le feraient si la vérité n’était pas voilée par l’ignorance intentionnelle qui apporte une contribution cruciale aux crimes en cours ».

II. Le nouveau siècle des Lumières

Les dirigeants politiques des pays occidentaux et « civilisés », conduits par les États-Unis, sont désormais au plus haut de leur gloire et agissent maintenant avec altruisme pour faire advenir la paix dans le monde. Pourtant, cette paix ne vient pas : ils ont beau faire preuve d’une ferveur morale sans faille, la guerre persiste en ce monde. Les États-Unis, en revanche, n’ont de cesse de provoquer des guerres civiles et de réprimer les régimes qui ne leur conviennent pas.

Malheureusement, « la contrainte fonctionne ; ceux qui emploient des forces massives contre leurs voisins obtiennent leur soumission, et tirent de cette soumission de multiples avantages en argent, en biens, en respect, en accès à des luxes interdits à ceux qui sont moins puissants ». Il est évidemment plus facile de comprendre cette réalité lorsque l’on se trouve du mauvais côté du bâton…

Or, il suffirait que Washington cesse de soutenir les atrocités de ses États clients pour faire un grand pas vers la paix. L’exemple du Kosovo est particulièrement parlant. La purification ethnique et les atrocités perpétrées en Serbie étaient, en réalité, une conséquence attendue des bombardements américains sur le pays. « Lorsque l’on a présenté l’acte d’accusation contre Milosevic, il détaillait une série de terribles crimes, mais tous, pratiquement sans exception, avaient eu lieu après le début des bombardements ». L’objectif des États-Unis n’était pas de rétablir la paix, mais de renforcer la suprématie américaine en Europe. Il s’agissait avant tout de préserver la « crédibilité » du maître.

En Amérique latine, l’objectif est similaire. La doctrine Monroe, que les États-Unis appliquaient à la région, consistait à empêcher le développement de ce que le département d’État américain appelait «la philosophie du nouveau nationalisme », c’est-à-dire l’idée selon laquelle les premiers bénéficiaires du développement des ressources d’un pays devraient être les habitants de ce même pays. Cette idée est évidemment inacceptable pour les États-Unis : les premiers bénéficiaires ne peuvent être que les investisseurs américains.

Il s’agissait là de « la véritable nature de la menace principale que faisait peser le communisme : la transformation économique des pays communistes sur des bases qui réduisent leur volonté et leur capacité de compléter les économies industrielles de l’Occident. »

III. Heures dangereuses

Lors de la crise de Cuba de 1962, le monde frôla la catastrophe, plus que l’on a tendance à le croire. Nous devons la survie de l’humanité à un homme : Vassili Arkhipov, officier de sous-marin soviétique qui, le 27 mars, refusa d’obéir à l’ordre de lancer les missiles nucléaires alors que son bâtiment était touché par les mines sous-marines des destroyers américains.

Cette facette de l’histoire a bien évidemment été occultée en vertu d’un principe proche d’être un universel historique : nous sommes « bon » et ils sont « mauvais » s’ils nous gênent.

En outre, Kennedy était parfaitement conscient des risques pris lors des évènements de Cuba. Il comprenait tout à fait que l’URSS ne faisait que réagir aux missiles américains postés en Turquie et braqués sur la Russie. Il craignait par ailleurs que ces faits soient divulgués au public, car l’opinion aurait pu juger tout à fait raisonnable de conditionner le retrait des missiles de Cuba à celui de Turquie – situation que Washington tentait de présenter comme inacceptable.

Comme le dit très simplement Thomas Paterson : « Cuba, comme symbole et comme réalité, défiait l’hégémonie américaine en Amérique latine ». En outre, une étude de l’American Association for World Health faisait remarquer que l’embargo américain à Cuba a de graves conséquences en matière de santé publique. En effet, seule la performance du système de santé cubain, pays pourtant « communiste », a pu empêcher une catastrophe humanitaire. Mais, parce que Cuba était considérée comme une menace directe pour la sécurité des États-Unis, et spécialement pour le modèle de démocratie capitaliste américain, l’étude sombra dans l’oubli.

À partir des années 1960, afin de maintenir leur hégémonie sur la région, l’administration américaine avait comme pratique courante de soutenir la mise en place d’États néonazis qui défendaient la « sécurité nationale » de leur pays. Pour les États-Unis, il s’agissait de faire régner l’ordre dans les pays dont la population réclamait une abolition des privilèges socio-économiques. Pour ce faire, il fallait empêcher la participation politique de la majorité numérique, c’est-à-dire des classes populaires – cela en instaurant des dictatures dans la région. Le continent connut ainsi une vague de répressions et de terreur.

Les États-Unis n’ont aucun scrupule à agir de la sorte. Par exemple, après avoir saccagé le Vietnam et les États voisins, faisant 1 à 2 millions de morts, les Américains ont refusé de s’excuser, sous prétexte que 50 000 GI avaient perdu la vie pendant la guerre, et qu’il y avait ainsi équivalence…

Les plus conciliants des hommes politiques font quelques fois mention des massacres commis par les Américains en évoquant celui de My Lai. « My Lai est commode parce que ce massacre peut être mis au compte de GI à moitié incultes s’efforçant de survivre dans des conditions effroyables. On ne peut pas en dire autant de l’opération “Wheeler Wallawa”, dont My Lai n’a été qu’une petite note en bas de page, l’une des nombreuses opérations de massacre général décidées et organisées par des personnes respectables qui nous ressemblent tout à fait ».

Ces faits sont bien trop méconnus de la population américaine et de l’Occident en général. Les victimes, quant à elles, savent mieux que quiconque que le gouvernement des États-Unis est l’un des plus grands parrains du terrorisme international.

IV. Le nœud irakien

Selon la rhétorique américaine, tous les États doivent faire bloc pour combattre l’« odieux fléau du terrorisme ». Ce discours, déjà utilisé par Reagan dans les années 1980, fut ressuscité après que l’élection présidentielle eut rendu le pouvoir aux cercles les plus réactionnaires des administrations Reagan et Bush I, représentés par la personne de George Bush Jr. Dans ces cercles, «le terrorisme, c’est ce que nos dirigeants appellent ainsi ».

La notion de « terroriste » est tellement vague qu’au cours des années 1980, les islamistes radicaux recrutés, entraînés et équipés par Reagan pour combattre en Afghanistan n’ont jamais été qualifiés de la sorte. Ces « soldats » devait permettre d’« attirer les Russes dans le piège afghan », selon les termes de Zbigniew Brzeziński, grâce à des opérations secrètes qui allaient les pousser à envahir le pays. Mais, maintenant que ces combattants ne servent plus les intérêts américains, ils peuvent mériter le qualificatif de « terroristes ». Saddam Hussein connut le même sort. Ce dernier était présenté comme un partenaire de confiance ainsi qu’un grand défenseur de la démocratie – tant qu’il obéissait aux ordres des États-Unis. Il reçut le soutien des Américains lors de la guerre Irak-Iran et put aisément acheter des armes (chimiques notamment) pour massacrer les Kurdes en toute impunité. Il fut même aidé dans le développement de l’arme atomique. Et pourtant, les États-Unis n’ont pas hésité à organiser son renversement, « au nom de la démocratie ». Finalement, «la direction américaine s’est toujours attribué sans vergogne le mérite du renversement des tyrans qu’elle a soutenus ».

Le réel objectif de ces mises en scène de politique extérieure est le maintien des États-Unis en situation de « guerre » permanente afin de faire perdurer le sentiment de peur dans la population américaine. Ce qui intéresse véritablement les dirigeants américains, c’est la situation intérieure du pays, c’est-à-dire le maintien de la population dans la servilité la plus totale. En effet, alors que les années 1950 et 1960 furent un véritable âge d’or pour les Américains, la croissance des années 1970 n’a bénéficié qu’aux plus riches. Pour faire oublier cette injustice, il fallait créer un sentiment de peur permanente dans la population. De cette manière, les Américains ont oublié que les véritables responsables de leur malheur sont ceux qui se trouvent au-dessus d’eux, et pas au-delà des frontières.

Par exemple, après les élections de 2000, Bush profita des craintes des populations pour augmenter massivement les dépenses militaires et réduire les impôts. « La montée de l’hystérie sur le déficit qui allait s’ensuivre créerait de fortes pressions pour la réduction des dépenses sociales fédérales, donc donnerait peut-être à l’administration les moyens d’atteindre son objectif : revenir sur le New Deal ». En effet, les républicains extrémistes cherchaient avant tout à provoquer un déraillement budgétaire afin de réduire – voire supprimer – les programmes sociaux du type MedicaidMedicare et Social Security, ainsi que l’ensemble des dispositifs instaurés pendant le siècle dernier pour protéger la population des pouvoirs privés.

Par ailleurs, l’extinction du social aura pour avantage de réduire les révoltes salariales. En effet, « si les salariés dépendent de la Bourse pour leur retraite, leur santé et des moyens complémentaires de survie, ils auront des raisons de se retourner contre leurs propres intérêts, de s’opposer aux augmentations de salaire, aux réglementations sur la santé et la sécurité, et à tout ce qui pourrait réduire les profits qui affluent vers leurs bienfaiteurs sur lesquels il leur faut compter (fonds d’investissement, de pension et consorts), selon une logique qui n’est pas sans rappeler le féodalisme ».

V. Chaudron de colères

Le Moyen-Orient, en plus de celle posée par les États-Unis, fait face à la menace directe d’un des plus importants États clients des Américains : Israël. Israël est un petit pays, mais « a choisi de devenir, de fait, une base militaire et technologique offshore des États-Unis, ce qui lui a permis de se doter de forces armées très avancées ». Face à la puissance israélienne, ses voisins, effrayés, tentent ainsi de se doter d’armes de destruction massive.

Fidèle à son parrain américain, Israël est un État dont l’économie et l’industrie reposent essentiellement sur le secteur militaire, en étroite collaboration avec les États-Unis. Israël ressemble d’ailleurs tellement à son patron, qu’il est le deuxième pays occidental, après les États-Unis, où les écarts de revenus, de fortunes, de capital, d’éducation et de consommation sont les plus importants ; il en va de même pour l’étendue de la pauvreté.

Israël agit par ailleurs comme un avant-poste américain, assurant le contrôle américain sur la production et sur le prix du pétrole (en ce qui concerne l’approvisionnement des États-Unis, il provient essentiellement d’Amérique latine). Il s’agissait d’ailleurs de l’un des objectifs de l’invasion de l’Irak à la fin de la guerre.

Protégés par leurs maîtres, les dirigeants israéliens mènent une politique quasi génocidaire contre le peuple palestinien. Les Palestiniens subissent à cet égard une politique de colonisation ultra-répressive qui vise à les expulser de leurs terres par tous les moyens possibles : attentats contre des centrales électriques, empoisonnement des stations d’épuration, blocage des convois humanitaires, bombardements des hôpitaux, etc.

Cependant, il ne faut pas se tromper sur l’origine du « mal » : « Washington fournit le soutien économique, militaire et diplomatique requis. Sans cet aval et sans cette aide, les possibilités d’action d’Israël sont très limitées. Il y a beaucoup d’illusions sur ce point dans les pays arabes et ailleurs. Pour les victimes tout particulièrement, vivre avec des illusions n’est pas prudent ».

Cette influence américaine a entraîné un essor du pouvoir de l’armée israélienne dans le pays. La révolte palestinienne lors de l’Intifada en 2000 révéla ainsi le militarisme forcené des Israéliens. Ben Kaspit, correspondant de guerre, avait décrit ainsi Israël : ce n’est pas « un État qui a une armée, mais une armée qui a un État ».

À l’instar de ce qui se passe aux États-Unis, la culture de la force et le choix constant de l’option militaire sont tels que l’armée intervient dans le débat politico-médiatique pour créer un sentiment d’angoisse dans la population, et détourner la société israélienne des problèmes intérieurs, comme la dégradation de l’économie ou le chômage.

VI. Terrorisme et justice : quelques vérités premières

Qu’est-ce que la guerre juste ? Sur un sujet aussi épineux, il est certainement judicieux de rappeler quelques évidences. La guerre juste implique d’évaluer les actes en fonction de leurs effets, selon un principe universel. Ces éléments, pourtant évidents, sont ignorés par les dirigeants américains. Le soutien et la tolérance des États-Unis vis-à-vis des armées latino-américaines, corrompues et violentes, montrent toute l’étendue de l’hypocrisie de la « justice » américaine.

Après les évènements du 11 septembre 2001, c’est sur la base du « nous pensons » que l’administration Bush décida que l’Afghanistan était un allié indirect d’Al-Qaïda, et qu’il fallait bombarder le pays. Selon le principe d’universalité, si les États-Unis bombardent un pays sur la simple supposition qu’une organisation terroriste ayant tué des Américains s’y trouve, ils devraient accepter l’idée que les Afghans répondent en bombardant les États-Unis, pays potentiellement dangereux pour eux.

Face à ce type de politique illogique, l’ancien directeur de Human Rights Watch Africa a dit être « incapable de trouver la moindre différence morale, politique ou juridique entre ce djihad mené par les États-Unis contre ceux qu’ils croient leurs ennemis et le djihad mené par les groupes islamistes contre ceux qu’ils croient leurs ennemis ».

Cette politique impérialiste des États-Unis est d’ailleurs à l’origine du développement des organisations terroristes qui, chaque jour, recrutent plus facilement et forment rapidement des individus dégoûtés par le comportement américain et occidental. Tant que les pays occidentaux ignoreront les problèmes sociaux, politiques et économiques qui ravagent l’Afrique et le Moyen-Orient, les États-Unis et leurs alliés continueront d’être la cible des terroristes islamistes. Or, « on ne peut pas éliminer les problèmes sociaux et politiques délicats par les bombes et les missiles ».

Ils ne nous haïssent pas « nous », en tant que peuple et individu, mais ils haïssent nos gouvernements et la politique qu’ils mènent. Beaucoup de commentateurs affirment que la colère du monde musulman provient de son ressentiment envers notre « liberté » et notre « démocratie ». Certainement très rassurantes, ces affirmations ne sont pas prudentes. Le terrorisme est avant toute chose une réaction à l’injustice des politiques des pays occidentaux, les États-Unis en tête, et leur soutien à des régimes répressifs comme l’Arabie Saoudite et l’Égypte ou encore l’Algérie.

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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