Les conséquences immédiates en Afghanistan du gel des projets internationaux de l’USAID

En Afghanistan, la fin de l’aide américaine a déjà entraîné la fermeture de 206 centres de santé

Selon l’Organisation mondiale de la santé, 1,84 million d’Afghans, principalement des femmes et des enfants, sont affectés par l’arrêt de ces établissements, provoqué par le gel des projets internationaux de l’Usaid. 

Par Jacques Follorou

Publié hier à 11h09 https://www.lemonde.fr/international/article/2025/04/08/en-afghanistan-la-fin-de-l-aide-americaine-a-deja-entraine-la-fermeture-de-206-centres-de-sante_6592672_3210.html

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Un agent de santé afghan administre des gouttes de vaccin, lors d’une campagne de vaccination contre la polio, à Kandahar, le 23 décembre 2024.
Un agent de santé afghan administre des gouttes de vaccin, lors d’une campagne de vaccination contre la polio, à Kandahar, le 23 décembre 2024.  SANAULLAH SEIAM / AFP

L’entrée en vigueur, en février, de la suspension de l’aide américaine dans le monde se fait durement ressentir en Afghanistan, l’un des pays les plus pauvres, qui vit sous la férule de talibans fondamentalistes mis au ban des nations. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 206 centres de santé ont déjà dû fermer sur l’ensemble du territoire. L’OMS indique que cette situation affecte 1,84 million de personnes dans 28 provinces, sur les 34 que compte le pays. Cette décision a provoqué « une escalade de la crise humanitaire », selon l’organisation internationale. Près de 220 autres établissements de santé pourraient être fermés dans les semaines à venir si rien n’est fait.

Dès son entrée en fonctions, en janvier, le président Donald Trump avait annoncé le gel immédiat de toute l’aide étrangère américaine, dont plus de 40 milliards de dollars (36,5 milliards d’euros) associés à des projets internationaux menés par l’Usaid, l’Agence américaine pour le développement international.

L’Afghanistan était le troisième bénéficiaire de cette manne. Depuis février, plus de 80 % des programmes de l’Usaid ont été annulés. Alors que le pays doit faire face à la recrudescence d’épidémies de rougeole, de paludisme et de polio, la réduction des aides américaines a également mis fin aux campagnes de vaccination.

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Les régions les plus touchées sont l’Est, l’Ouest et le Nord-Est, où plus d’un tiers des dispensaires ont fermé leurs portes. Dans certaines zones rurales, ces centres étaient le seul moyen pour la population locale de pouvoir accéder aux services de santé. Parmi les 206 structures de santé fermées, 112 étaient consacrées aux problèmes de nutrition, 33 géraient les soins des familles et 22 étaient consacrées aux zones très isolées. Si les hommes sont également concernés par cette privation de soins, elle touche en premier lieu, selon l’OMS, les femmes et les enfants. La disparition des services de santé maternelle et infantile a déjà causé une hausse de la mortalité, notamment dans les zones rurales.

« Un féminicide social »

Les femmes souffrent particulièrement des restrictions de l’aide américaine. Car ces mesures s’ajoutent à une politique radicale imposée par les talibans, depuis leur retour au pouvoir, en août 2021, privant de liberté, pour des raisons de genre, la moitié de la population. Après avoir interdit aux filles de plus de 12 ans tout accès au savoir, les islamistes afghans ont interdit aux femmes de voyager seules et même de sortir de chez elles sans être accompagnées d’un homme de leur famille (mari, père ou fils) en tant que « tuteur ». Des entraves qui compliquent encore davantage la possibilité de se faire soigner et mettent en danger la moitié de la population du pays.

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De plus, sachant qu’en principe seules les femmes peuvent soigner les femmes mais qu’elles n’ont plus accès aux études, la réserve de personnel de santé féminin va se tarir dans tout le pays. Cela vaut pour le diplôme initial comme pour la formation permanente. En février, interrogé par Le Monde, Eric Cheysson, président de La Chaîne de l’espoir, une ONG qui gère l’hôpital français de Kaboul, spécialisé dans l’accueil des enfants et des mères, confirmait que « la politique antifemmes des talibans assèche le pays en personnel féminin de santé ». Il ajoutait : « Les centres médicaux ferment les uns après les autres, la Croix-Rouge internationale se retire peu à peu du pays et Médecins sans frontières nous renvoie de plus en plus de cas ; c’est un cauchemar, le pays est victime d’un féminicide social. »

La réduction des financements américains comme la mise à l’écart des femmes de la société afghane affectent de nombreuses organisations humanitaires dans le cadre de leurs programmes de santé. Save the Children, par exemple, a indiqué qu’elle avait dû fermer 18 de ses 32 cliniques. Le Conseil norvégien pour les réfugiés a admis, pour sa part, qu’il avait été contraint de faire de même pour deux centres de ressources communautaires qui fournissaient des logements, de la nourriture et d’autres formes de soutien aux Afghans déplacés à l’intérieur du pays.

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Jacques Follorou

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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